Le département du Var, avec sa richesse en milieux naturels, abrite une biodiversité d'insectes remarquable. Ces petites créatures, souvent discrètes, jouent un rôle fondamental dans le maintien des écosystèmes et la reproduction d'une vaste majorité de plantes, notamment les nombreuses plantes méditerranéennes qui dépendent directement des insectes pollinisateurs. Cependant, ce maillon essentiel de la biodiversité est aujourd'hui confronté à de multiples menaces, allant de l'introduction d'espèces exotiques envahissantes aux pressions liées aux activités humaines et au changement climatique.

La diversité des insectes dans le Var : des alliés incontournables
La diversité des milieux naturels varois génère une biodiversité importante en insectes, véritables piliers des chaînes alimentaires locales. Ces insectes sont indispensables au bon fonctionnement des milieux naturels varois, participant activement à la pollinisation des plantes et au recyclage de la matière organique.
Des espèces emblématiques et leurs rôles
Parmi les insectes que l'on rencontre dans la région, plusieurs se distinguent par leur beauté, leur rôle écologique ou leur importance culturelle :
- Mante religieuse : Redoutable insectivore de l'ordre des Dictyoptères, elle participe à la régulation des populations d'autres insectes.
- Libellule et Demoiselle : Ces insectes fascinants, souvent observés près des rivières et des zones humides, sont des prédateurs efficaces d'autres insectes, contribuant ainsi à l'équilibre des écosystèmes aquatiques. Les plus grandes sont les libellules, les plus petites sont les demoiselles (Agrion et Caloptéryx). Leur vol rapide et leurs couleurs métalliques attirent l’attention des amateurs de nature et de photographie, particulièrement visibles durant l’été, autour des lacs et des étangs varois.
- Abeille : Insecte hyménoptère, de la famille des Apoïdés, elle vit dans des ruches de 50 000 à 100 000 individus et collecte le pollen des fleurs qui donnera les différents miels de Provence. Elles sont, aux côtés des abeilles sauvages, des pollinisateurs majeurs.
- Papillon : Symbole de légèreté et de transformation, le papillon pond ses œufs dans la végétation. Après incubation et éclosion, une chenille voit le jour, elle se transformera ensuite en chrysalide puis en papillon. Il vivra le temps de s'accoupler et de pondre. Les papillons figurent parmi les insectes les plus appréciés des promeneurs. Au printemps et en été, les prairies et les bords de chemins se parent de couleurs vives. On peut notamment observer le flamboyant Machaon ou encore le Grand Nègre-des-Bois. Ces espèces apprécient les milieux ouverts, riches en fleurs sauvages.
- Cigale : Emblème de la Provence, la cigale craquette les chaudes journées d'été. La larve vit 4 ans sous terre, l'adulte se nourrit de sève et ne vit que 3 à 4 mois. Elle est un marqueur sonore des paysages méditerranéens.
- Cochenille tortue du pin : Cet insecte discret mais très destructeur représente une menace importante pour les forêts et les paysages du Var.
- Cicindèles : Ces coléoptères appartenant à la famille des Carabidés sont de redoutables insectes prédateurs. Quinze représentants, réparties en six genres en France métropolitaine.
- Coccinelle : Faisant partie de l'ordre des coléoptères, elle est un auxiliaire précieux pour les jardiniers, se nourrissant de pucerons.
- Coléoptères divers : Le Var abrite de nombreuses espèces de coléoptères, incluant hannetons, cétoines dorées, coccinelles et scarabées divers.
- Criquets et sauterelles : Dans les garrigues et les terrains secs typiques du paysage méditerranéen, ils sont omniprésents en été.

Le rôle crucial des pollinisateurs sauvages
Moins connus que les abeilles domestiques, les pollinisateurs sauvages représentent pourtant un chaînon essentiel de la biodiversité. Près de 90 % des plantes à fleurs dans le monde dépendent, au moins en partie, de la pollinisation pour se développer. Ces travailleurs de l’ombre comprennent une multitude d’espèces :
- Abeilles sauvages : Derrière le mot « abeilles » se cache une multitude d’abeilles sauvages : abeilles tisserandes, charpentières, halictes, mégachiles, colettes, bourdons… Environ 20 000 espèces ont été décrites à ce jour à travers le monde, dont un millier en France. Les abeilles sauvages ne sont pas des espèces eusociales (qui vivent en groupe dirigées par une reine) comme le sont les abeilles domestiques.
- Autres hyménoptères : fourmis, guêpes, etc.
- Diptères : mouches, moustiques, moucherons, etc.
- Coléoptères : cétoines, hannetons, etc. Bien que tous ne soient pas pollinisateurs, beaucoup d’entre eux se nourrissent des fleurs, de leurs étamines, etc.
- Lépidoptères : papillons.
Si l’abeille mellifère, du fait d’étroites adaptations à la récolte du pollen et du nectar, joue un rôle important dans la pollinisation des cultures, la participation des insectes sauvages est elle aussi considérable. Elle ne pourrait d’ailleurs pas être compensée par la seule pollinisation assurée par l’abeille mellifère. Le rapport d’évaluation de la plateforme intergouvernementale scientifique et politique sur la biodiversité et les services écosystémiques (IPBES) sur les pollinisateurs (2016), précise : « une communauté de pollinisateurs présentant une grande diversité fournit généralement une pollinisation des cultures plus efficace et plus stable qu’une seule espèce ».
Les menaces pesant sur la biodiversité varoise et les pollinisateurs
Dans le Var, quatre espèces exotiques envahissantes - le frelon asiatique, la fourmi électrique, le crabe bleu et la cochenille tortue du pin - menacent la biodiversité locale. Face à leur prolifération, les autorités ont renforcé leur plan de lutte et la coordination des actions pour limiter leurs impacts sur l’environnement et les activités humaines. Ces espèces sont bel et bien des ennemis de la biodiversité varoise et font l’objet d’une attention toute particulière des autorités.

Espèces exotiques envahissantes : des intrus aux conséquences désastreuses
- Le frelon asiatique à pattes jaunes (Vespa velutina) : Cet insecte envahissant originaire d’Asie, introduit accidentellement en France au début des années 2000, est aujourd’hui largement implanté dans le sud de la France. Il représente une pression importante sur les insectes pollinisateurs, en particulier les abeilles domestiques, dont il est un prédateur redoutable. Les actions de lutte reposent principalement sur la destruction des nids, le piégeage encadré et la mobilisation des apiculteurs et des professionnels habilités.
- La fourmi électrique (Wasmannia auropunctata) : Très petite mais extrêmement invasive, cette fourmi originaire d’Amérique du Sud forme des colonies interconnectées capables de s’étendre rapidement dans différents milieux, qu’ils soient naturels ou urbains. Ses piqûres sont douloureuses et elle peut affecter gravement la faune et la flore locales.
- Le crabe bleu (Callinectes sapidus) : Cette espèce invasive originaire du continent américain est désormais observée sur les côtes méditerranéennes. Le crabe bleu est un prédateur opportuniste qui se nourrit de poissons, de coquillages et d’autres crustacés, ce qui entraîne une perturbation des écosystèmes aquatiques, une concurrence avec les espèces locales ainsi que des impacts importants sur la biodiversité.
- La cochenille tortue du pin : Cet insecte discret mais très destructeur représente une menace importante pour les forêts et les paysages du Var. Les autorités imposent des mesures de surveillance, d’élagage et, dans certains cas, d’abattage, accompagnées de traitements phytosanitaires réalisés par des professionnels agréés.
Le déclin des pollinisateurs : une réalité mondiale
Depuis plusieurs décennies, la diminution des insectes pollinisateurs sauvages et les pertes croissantes de colonies d’abeilles mellifères nuisent à la diversité du vivant. Aujourd’hui, le déclin des pollinisateurs est une réalité mondiale : 1 espèce sur 10 d’abeille et de papillon est menacée d’extinction selon l’Union Internationale pour la Conservation de la Nature (UICN).
Plusieurs facteurs sont en cause :
- L’agriculture intensive et l’uniformisation des paysages : La monoculture réduit la diversité des ressources alimentaires et des habitats disponibles pour les insectes.
- L’utilisation de pesticides : Ces substances chimiques sont toxiques pour les insectes, y compris les pollinisateurs, et peuvent avoir des effets subléthaux qui affaiblissent les colonies.
- L’artificialisation des sols : Elle détruit les habitats naturels (70 % des abeilles sauvages nichent dans le sol) et fragmente les paysages, isolant les populations d'insectes.
- Le changement climatique : Il modifie leurs conditions de vie, avec par exemple une sortie plus précoce de certains insectes, obligés de s'adapter car la floraison dont ils dépendent est bouleversée. Les plantes à fleurs et les insectes pollinisateurs sont interdépendants. Ce qui affecte les pollinisateurs affecte les plantes à fleurs, et inversement.
Dr Nadia Brague Bouragba Des impacts du changement climatique sur les espèces d'insectes
Les actions de protection et de préservation
Face à ces menaces, la préfecture a renforcé son plan de lutte afin de limiter leurs impacts sur l’environnement et les activités humaines lors d’un deuxième comité départemental le 9 avril dernier. Il est bon de rappeler que, même si certains insectes peuvent paraître gênants, ils permettent la pollinisation des plantes, le recyclage de la matière organique et qu'ils font partie de la chaîne alimentaire. Les insectes constituent une source de nourriture essentielle pour les oiseaux, les reptiles et certains mammifères.
Plans nationaux et régionaux
Des mesures concrètes sont mises en œuvre pour la conservation et la restauration des espèces les plus menacées :
- Plans Nationaux d’Actions : Mis en place en application de la Stratégie Nationale Biodiversité, ils visent à définir les actions nécessaires à la conservation et à la restauration des espèces les plus menacées.
- Plan national en faveur des insectes pollinisateurs et de la pollinisation 2021-2026 : Ce plan rassemble des mesures concrètes en faveur des insectes pollinisateurs sauvages et des abeilles domestiques pour restaurer leurs habitats et améliorer leurs ressources alimentaires disponibles, ainsi que pour restaurer les services écologiques rendus par la pollinisation.
- La Région Sud : Elle propose un cadre de financement unique regroupant plusieurs dispositifs pour la préservation, la reconquête et la valorisation de la biodiversité terrestre.
Mesures individuelles et collectives
Chacun peut contribuer à la protection de ces précieux alliés de la nature :
- Favoriser la diversité florale : Planter des fleurs variées, notamment des espèces locales et mellifères, offre des ressources alimentaires aux pollinisateurs. Dans le Var, sur les terrains ouverts et ensoleillés, la garrigue domine. Cistes, thym, romarin, lavande, stoechas ou immortelle d’Italie tapissent les sols pauvres et caillouteux. Ces plantes basses supportent la sécheresse et attirent une multitude d’insectes pollinisateurs.
- Réduire l'utilisation de pesticides : Privilégier les méthodes de jardinage écologiques pour protéger les insectes utiles.
- Préserver les habitats naturels : Éviter l'artificialisation des sols et favoriser les zones de refuge pour les insectes. Près de Sillans-la-Cascade, la nature est partout. Les sentiers forestiers, les berges de la Bresque et les zones de garrigue se trouvent à proximité immédiate.
- Sensibilisation et observation : Le printemps marque le réveil de la biodiversité. La photographie d’insectes demande patience et discrétion. Approchez lentement, évitez les gestes brusques, utilisez un objectif macro si possible, respectez toujours l’environnement. Le conseil du Relais de la Bresque : restez sur les sentiers. Certains sites varois se prêtent particulièrement bien à l’observation. Dans les gorges du Verdon, la nature prend de la hauteur. La faune et la flore sauvage du Var forment un équilibre précieux, façonné par le climat méditerranéen et la diversité des milieux naturels.

La richesse de la faune varoise au-delà des insectes
Au-delà des insectes, la faune sauvage du Var se dévoile à qui prend le temps d’observer. Sanglier, renard roux, hérisson d’Europe ou blaireau européen occupent forêts et lisières. Le sanglier fouille le sol à la recherche de nourriture, surtout à l’aube et au crépuscule. Le renard, très adaptable, traverse garrigues et clairières avec une grande discrétion. Les milieux secs et ensoleillés favorisent la présence du lézard des murailles, de la tarente de Maurétanie ou de la couleuvre verte et jaune, totalement inoffensive. Dans le ciel, vautours et autres rapaces profitent des courants ascendants dans les gorges du Verdon.
Le conseil du Relais de la Bresque : pour avoir la chance d’observer la faune sauvage du Var, privilégiez les sorties tôt le matin ou en fin de journée. Sans trajet long ni affluence démesurée, les paysages varois permettent d’observer la faune et la flore du Var au rythme de votre promenade, tout simplement !
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