La Permaculture Face au Défi du Pic Pétrolier : Les Principes de David Holmgren pour une Vie Soutenable

À la croisée de l’écologie, de l’agronomie et de la philosophie, la permaculture propose bien plus qu’une méthode agricole : elle offre une vision globale pour créer des écosystèmes humains durables. Ce sujet, résolument dans l’air du temps, se trouve à la confluence de plusieurs courants de pensée qui traversent le monde agricole et l’ensemble de notre société. En effet, il est aujourd’hui impossible d’ignorer en France l’apparition d’une néo-paysannerie souvent associée, à juste titre, au développement de la permaculture. Ces nouveaux paysans, souvent des citadins courageux et encore assez jeunes pour se lancer dans une reconversion professionnelle périlleuse, fuient la ville et ses activités futiles pour un retour à la terre écologiquement engagé. Leurs aspirations collent parfaitement à l’éthique permaculturelle, que l’on peut résumer ainsi : prendre soin de la Terre, prendre soin de l’Homme, et s’ouvrir au partage équitable. À cela s’ajoute la recherche d’une plus grande autonomie, sans pour autant s’isoler.

Cependant, ces apprentis paysans appliquent parfois ce credo de façon caricaturale, leurs convictions se mêlant alors à une certaine radicalité. Pourtant, les préceptes de la permaculture sont plus souples que d’aucuns le pensent. Dès lors, la réflexion holistique de ses fondateurs mérite bien quelques éclaircissements, en particulier au regard des défis énergétiques et environnementaux de notre époque, notamment le pic pétrolier.

Les Origines de la Permaculture et ses Fondateurs Visionnaires

Les deux cofondateurs de la permaculture, Bill Mollison (1928-2016) et David Holmgren (né en 1955), sont australiens. Bill Mollison est originaire de Tasmanie, une île verte où une flore exceptionnelle abrite une faune originale et malheureusement menacée. Cette île a été une source d’inspiration évidente pour lui, avec sa forêt primaire admirable, en partie protégée par l’UNESCO grâce à son inscription au « patrimoine mondial ». Cette nature fragile est cependant soumise à la pression destructrice d’une agriculture intensive, ainsi qu’à l’exploitation commerciale sans scrupules de son bois. Face à cette situation, Bill Mollison a très tôt interrogé notre rapport au monde et à la nature afin de bâtir une agriculture pérenne, d’où le nom de permaculture, qu’il a créé au milieu des années soixante-dix. Devenu enseignant à l’université de Tasmanie après un parcours professionnel riche de nombreuses expériences, Bill Mollison a théorisé sa pensée en collaboration avec l’un de ses étudiants, David Holmgren.

Bill Mollison et David Holmgren ont mis en avant l’étude des écosystèmes naturels, qui offrent un fabuleux modèle à reproduire (par biomimétisme) et à préserver. Les fondateurs de la permaculture ont aussi observé les techniques et le rapport pratique, tout autant que symbolique, des anciennes sociétés avec leur milieu naturel. Cette approche a été influencée par des figures telles que Joseph Russell Smith (1874-1966) et son travail sur l’agroforesterie, ainsi que Masanobu Fukuoka (1913-2008) et son ouvrage « La révolution d’un seul brin de paille » paru en 1975. Le fameux « rapport Meadows », initié par le Massachusetts Institute of Technology (M.I.T) et publié sous l’égide du Club de Rome en 1972 avec pour titre « Les limites à la croissance », a également joué un rôle dans cette prise de conscience des limites de notre planète.

Bill Mollison et David Holmgren

David Holmgren, né en 1955 en Australie, a été exposé très jeune au militantisme politique par ses parents, qui s’opposaient à la guerre du Vietnam. Cela a servi de socle à son propre engagement écologiste. En 1974, après un an passé à sillonner le pays en stop, il s’est installé en Tasmanie pour étudier le design environnemental, où il a rencontré Bill Mollison. En 2002, dans son livre Permaculture: Principles and Pathways Beyond Sustainability, il a théorisé les douze principes qui guident aujourd’hui le mouvement. Depuis 1983, David Holmgren offre ses services à travers sa société Holmgren Design Services.

Les 12 Principes de la Permaculture selon David Holmgren face au Pic Pétrolier

Alors que la production mondiale de pétrole a atteint son maximum et que c’en est désormais fini des énergies fossiles bon marché, la permaculture constitue une réponse pragmatique aux enjeux de notre époque. Elle utilise la pensée systémique pour « élaborer en toute conscience des paysages qui imitent les schémas et les relations observés dans la nature et fournissent en abondance nourriture, fibres et énergie afin de subvenir aux besoins locaux ». En quatre décennies, la permaculture est devenue un mouvement international, apportant une contribution pratique au débat sur la soutenabilité. Dans Permaculture, désormais le livre de référence sur le sujet, David Holmgren théorise et illustre concrètement 12 principes sur lesquels s’appuyer pour concevoir un mode de vie soutenable et s’adapter à la « descente énergétique » qui suivra le pic pétrolier.

1. Observer et Interagir

Le principe « observer et interagir » est le premier des douze principes de permaculture formulés par David Holmgren. C’est la porte d’entrée de tout design permaculturel, et pourtant, c’est un principe qu’on croit souvent comprendre sans en saisir toute la profondeur. Si « observer » semble accessible, « interagir » reste flou pour beaucoup. La permaculture est un apprentissage permanent. L’observation est essentielle en permaculture. David Holmgren l’a formulé ainsi dans son ouvrage fondateur Permaculture: Principles and Pathways Beyond Sustainability (2002), accompagné de cette maxime : « La beauté est dans l’œil de celui qui regarde. » Il s’agit de deux verbes d’action, pas de principes abstraits : Observer. Interagir.

Observer, selon le Larousse, c’est « examiner attentivement quelque chose, quelqu’un afin d’analyser, de comprendre, d’étudier ». Nous n’observons donc pas qu’avec nos yeux, mais avec tous nos sens et notre intelligence. Observer, c’est remarquer que les limaces ne ravagent qu’un seul de vos trois plants de courgettes et se demander pourquoi celui-là. C’est sentir que la réunion d’équipe du lundi a une tout autre énergie que celle du vendredi. Bill Mollison a posé les bases de cette approche dans son Permaculture: A Designers’ Manual (1988). Le monde qui nous entoure est plein d’exemples de personnes qui agissent sans avoir vraiment observé comment le soleil se déplace, comment l’eau s’écoule, comment le vent souffle. Lire le paysage pour comprendre les motifs préexistants - ceux créés par la nature et par l’usage ancestral du territoire - est le fondement du design en permaculture. Avec une observation appropriée, nous réalisons que nulle part n’est une page blanche. Chaque lieu a une histoire.

Observation du paysage en permaculture

Interagir, selon le Larousse, c’est « avoir avec quelque chose d’autre une action réciproque ». Le mot-clé ici est réciproque. Interagir n’est pas simplement « agir ». C’est agir avec, pas agir sur. L’interaction crée un pont entre l’observation et l’action. Elle est itérative : vous effectuez un changement, vous observez les résultats, vous ajustez. Se contenter d’observer ne fait rien arriver. Se contenter d’agir peut rendre les problèmes de plus en plus grands. C’est le contraire de notre réflexe culturel qui consiste à « faire quelque chose » - de préférence quelque chose de visible, de mesurable, d’impressionnant. L’interaction s’inscrit dans un processus cyclique : énoncer un problème ou un défi, considérer des options réalistes, mettre en œuvre la meilleure option, observer les résultats, réfléchir à ce qui a été appris, reformuler le problème et recommencer. Ce cycle n’est jamais terminé.

Ce premier principe ne s’applique pas qu’aux jardins. Dans un collectif, observer signifie prendre le temps de comprendre les dynamiques existantes avant d’intervenir. Qui parle ? Qui se tait ? Quelles sont les tensions sous-jacentes ? Quels sont les talents présents, les ressources disponibles, les fragilités ? Et interagir ? C’est accepter que notre présence modifie le système. Que nous ne sommes pas des observateurs neutres mais des participants. Mollison lui-même posait une question fondamentale qui peut être formulée de deux façons : « Que puis-je obtenir de cette terre ou de cette personne ? » ou bien « Qu’est-ce que cette terre ou cette personne a à donner si je coopère avec elle ? » Cette dimension humaine de l’interaction se retrouve dans ce que certains appellent la « permaculture financière ». Jennifer English Morgan, du Financial Permaculture Institute, parle d’intimité : la relation entre consommateurs et producteurs crée une responsabilité mutuelle. On retrouve cette idée dans le mouvement des Villes en Transition, initié par Rob Hopkins. Après une première expérimentation à Kinsale en Irlande avec ses étudiants en 2005, Hopkins a lancé la première Transition Town formelle à Totnes en Angleterre en 2006.

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Ce principe est vraiment la porte d’entrée pour le design, quelle que soit la méthode de conception que l’on adopte. Mais au-delà du design, le principe « observer et interagir » n’est-il pas la porte d’entrée pour notre compréhension fine de tout environnement, naturel ou social ? Comment agir sans comprendre ? Comment comprendre sans observer ? C’est peut-être là le cœur de ce principe : l’observation n’est jamais neutre. Observer, c’est déjà être en relation.

2. Capter et Stocker l’Énergie

Il s’agit d’utiliser les ressources énergétiques de manière efficace. Face à l’échéance prochaine des pics de production (en 2030 pour les hydrocarbures ?), il est clair que les ressources énergétiques fossiles ne sont pas éternelles. Cela pourrait signifier la capture de l’énergie solaire avec des panneaux, la plantation d’arbres pour le bois de chauffage, ou la création d’un système de collecte d’eau de pluie. S’inscrire dans les cycles naturels, c’est aussi gérer au mieux l’énergie disponible (principalement fournie par le soleil ou l’eau). Le permaculteur doit bien répondre à des besoins, les siens comme ceux de ses clients. L’aménagement paysager permet de freiner, canaliser, capter et stocker les eaux pluviales. On pense bien sûr à l’eau pluviale (qui se fait rare, certaines années).

3. Obtenir une Production

C’est le principe de faire en sorte que nos systèmes produisent une abondance de nourriture, de matériaux ou d’énergie. Il faut planter des cultures rapides, si possible à haute valeur ajoutée, pour lancer son entreprise. Un projet en permaculture se signale souvent par la diversité (génétique) des espèces ou des races, permettant ainsi d’obtenir une production résiliente. La polyculture est un bon moyen pour atteindre cette diversité. Mais associer des cultures à la recherche de l’interaction optimale, symbiose ou synergie, est un art subtil. Les méteils sont utilisés pour les grandes cultures.

4. Appliquer l’Auto-régulation et Accepter la Rétroaction

C’est l’idée que les systèmes naturels ont leurs propres mécanismes d’autorégulation et de feedback. La rétroaction, qu’elle soit positive ou négative, est l’ensemble de signaux que la nature nous envoie suite à nos comportements et actions envers elle. Faire un bilan complet (ce qui marche ou pas) de son action révélera les problèmes à résoudre. En outre, tout projet évolue. Permaculture ne veut pas dire immuabilité ! On pourrait comparer cela à un jardinier qui ne regarderait que le rendement en kg/m² de son potager sans jamais observer la santé du sol, la biodiversité, la consommation d’eau ou son propre bien-être. Ce serait une observation partielle et trompeuse.

5. Utiliser et Valoriser les Ressources et les Services Renouvelables

Cela signifie favoriser l’utilisation de ressources qui sont renouvelables ou qui se régénèrent rapidement, plutôt que de dépendre de ressources non renouvelables. Il faut faire la meilleure utilisation possible de l’abondance de la nature afin de réduire notre comportement consommateur et notre dépendance face aux ressources non renouvelables. L’agroforesterie est « un élément absolument crucial pour la mise en place d’agroécosystèmes réellement durables ». Elle permet à l’Homme d’agir en symbiose avec la Nature, et non contre elle, sans déranger les grands cycles biogéochimiques. Des allées en grande culture : on applique le même principe que dans l’agroforesterie, mais à plus grande échelle.

6. Ne Produire Aucun Déchet

C’est l’idée que tout ce qui est produit dans un système doit être utilisé d’une manière ou d’une autre. Les déchets sont vus comme des ressources mal utilisées. En trouvant une valeur et une utilité à chaque ressource disponible, aucun déchet n’est produit. Et si, malgré tout, des déchets sont produits, comment les recycler et faire en sorte qu’ils profitent au permaculteur en herbe (ou à un autre acteur économique de son territoire) ? C’est la notion, très importante en permaculture, de recherche de synergie, entendez d’interactions positives entre les éléments d’un système donné. Par exemple, l’ensemble des activités du secteur agro-alimentaire est responsable de la perte d’un tiers de la production agricole française selon la FAO ; la permaculture vise à réduire ce gaspillage.

7. Concevoir des Motifs aux Détails

C’est le principe que la conception doit venir de la compréhension des systèmes naturels et de leur fonctionnement. Prendre du recul afin d’avoir la vue d’ensemble nous permet de la reproduire et d’en faire la colonne vertébrale de notre système. La conception, des motifs aux détails : l’aspirant permaculteur doit prendre en compte le contexte général de son projet. Bien sûr, il doit analyser le sol qu’il souhaite travailler, mais il doit aussi obtenir, auprès des Chambres d’agriculture ou d’industrie, des données éclairant le contexte socio-économique du territoire où il se trouve.

Schéma de conception en permaculture (zonage)

La vision du projet peut être formalisée à travers une carte mentale, un nuage de mots, ou un dessin. Il faut formaliser ses aspirations en termes de salaire, de relation avec le territoire et d’ouverture sur l’extérieur. Déterminer l’ambition économique de l’entreprise et sa dimension familiale ou collective. L’observation implique de connaître le contexte juridique, institutionnel et politique de son projet autant que la situation économique, les ressources disponibles et les données physiques (sol, topographie, climat). L’on se tournera ainsi rapidement vers la documentation cartographique fournie par les sites internet cadastre.gouv.fr ou geoportail.gouv.fr. Les bordures, c’est-à-dire l’environnement du projet et les influences pouvant le modifier, sont également à prendre en compte. Une évaluation du projet, phase charnière, peut appliquer la grille de lecture AFOM (Atouts, Faiblesses, Opportunités, Menaces) et examiner les objectifs en se souvenant d’un autre acronyme, SMART pour Spécifiques, Mesurables, Acceptés par les parties prenantes, Réalistes, Temporalisés. Un zonage lié à la fréquence d’usage des différents espaces pourra être défini (de 0 pour une zone d’habitation à 5 pour une zone laissée sauvage). Le but étant de positionner les éléments du projet de manière logique et optimale. Une évaluation doit être réalisée au minimum une fois par an afin d’identifier les éventuels changements à réaliser.

8. Intégrer au lieu de Ségréger

Cela signifie créer des systèmes où les différentes parties travaillent ensemble de manière harmonieuse. L’interaction entre tous les éléments fait l’objet d’un soin particulier. Une même zone peut ainsi avoir plusieurs fonctions. Principe en opposition totale avec l’agriculture intensive dominante. Par exemple, les animaux peuvent développer des synergies intéressantes : en succédant aux vaches, les poules se nourriront des vers contenus dans leurs bouses, débarrassant cette prairie des parasites. Développer le système de production polyculture-élevage où le fumier des animaux (herbivores le plus souvent) fertilise les cultures. Développer l’agroforesterie, en associant l’arbre à des cultures, ou à de l’élevage.

9. Utiliser des Solutions Lentes et à Petite Échelle

C’est l’idée que les petites actions, réalisées sur une longue période, peuvent avoir un grand impact. Il est préférable d’établir des systèmes lents et petits, qui seront plus faciles à maintenir que des gros, et produiront des résultats durables tout en faisant un meilleur usage des ressources locales. Dame Nature n’est pas pressée et nous incite à penser à long terme. S’inscrire dans la longue durée permet de développer ses compétences tout en mettant à profit son expérience pour s’adapter à un contexte évolutif. Les outils low tech peuvent-ils vraiment faire partie des remèdes aux angoisses liées au pic pétrolier ? Ils se caractérisent par leur faible coût, le « fait maison » où chacun laisse libre cours à son esprit ingénieux, et enfin leur réparabilité. Quoi qu’il en soit, il faut tout de même trouver un équilibre dans le degré d’utilisation de telle ou telle technologie. Le coût de l’énergie mécanique reste aujourd’hui bien inférieur à celui de l’énergie humaine. Et demain ?

10. Se Servir de la Diversité et la Valoriser

La diversité des espèces (en terme génétique) rend un système de production plus résilient face aux aléas climatiques, ou autres attaques de ravageurs. En effet, un agroécosystème diversifié présente plusieurs avantages. Il permet d’amortir les fluctuations économiques tout en développant des synergies agronomiques. Par la diversité de plantes, d’animaux et de micro-organismes, un système peut être plus résilient face aux perturbations et plus productif. La restauration des trames écologiques est fondamentale dans un projet permaculturel. En effet, ils offrent « le gîte et le couvert » à bon nombre d’espèces. Ils correspondent aux zones 4 et 5 de la fréquence d’usage. « Grande trame écologique s’il en est », il a connu son apogée en France entre 1850 et 1930. Pour reconstituer cette trame verte, pas de secret, il faut planter des haies de manière appropriée. On délimite aussi une trame bleue en rapport avec les zones humides. Cette fois, le salut passe par la mare. Moins visible, mais à ne pas négliger, il existe aussi une trame brune formée par le réseau mycélien souterrain. Celui-ci, beaucoup plus fin et étendu que le système racinaire des plantes, démultiplie leur surface de captation de l’eau et des nutriments.

Diagramme de la biodiversité en permaculture

11. Utiliser les Bordures et Valoriser la Marge

Les zones de transition, ou « bordures », entre différents types d’habitats sont souvent les plus productives et diversifiées. Il s’agit donc de valoriser et d’exploiter ces espaces de transition dans nos systèmes de permaculture. Kate Raworth, économiste britannique, a développé la théorie du Donut (2017) qui traduit parfaitement cette vision systémique. Le Donut définit un plancher social (12 besoins humains fondamentaux) et un plafond écologique (9 limites planétaires). Raworth nous rappelle aussi que dans la nature, rien ne croît indéfiniment. La croissance peut être une phase saine de la vie, mais les systèmes qui réussissent sont ceux qui grandissent jusqu’au moment où il est temps de mûrir et de prospérer autrement. Un écosystème mature - comme une forêt ancienne - ne croît plus en biomasse totale, mais augmente en complexité, en diversité et en résilience.

12. Face au Changement, Être Inventif

Cela signifie être prêt à s’adapter et à innover face aux défis et aux changements. La permaculture n’est pas un ensemble de règles rigides, mais plutôt une approche flexible qui encourage l’expérimentation et l’adaptation. Aujourd’hui, le mot climatique est comme soudé à celui de changement. Nous le subissons avec des sécheresses et des canicules récurrentes, parfois des inondations. La philosophie permaculturelle a d’ores et déjà inspiré de nombreuses propositions. David Holmgren a délivré en 2008 des « Scénarios pour le futur » très remarqués. Auparavant, dès 2006, c’est un enseignant en permaculture britannique, Rob Hopkins (né en 1968), qui expérimenta son concept des « villes en transition » chez lui, dans la petite cité de Totnes (sud-ouest de l’Angleterre). Il compléta cet élan par l’écriture d’un « Manuel de transition, de la dépendance au pétrole à la résilience locale », publié en 2008 (traduction française en 2010). Et le titre de son ouvrage paru en 2020 « Et si… ? » souligne cette posture d’ouverture et d’innovation.

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La Permaculture comme Réponse aux Enjeux du Sol et de l'Eau

L’industrialisation de la production agricole contrarie la vie biologique du sol. Ainsi, le taux de matière organique dans les champs n’est plus que de 1 à 2 %, contre 4 à 5 % dans les années 50. Et ce n’est qu’un effet négatif parmi d’autres de ce mode de production. Le sol est « sous perfusion », amendé à l’excès. En outre, le travail mécanique compacte le sol et lui fait perdre sa perméabilité, sans parler de son érosion. On pourrait allonger cette liste avec la réalisation d’aménagements hydriques ou la couverture du sol. « Si nous faisons bien notre travail en tant que permaculteurs, nous créons des agroécosystèmes où l’on maintient la fertilité [du sol] et l’eau d’une façon qui devrait être durable sur des décennies, voire sur des siècles. Mais comment faire ? »

Pour cela, il faut bien connaître les grands cycles biogéochimiques, ceux de l’eau et du carbone en premier lieu. On se rend compte que nous avons le plus souvent une gestion linéaire de la fertilité : les grands cycles sont rompus. Ainsi, les minéraux des sols, éléments majeurs de la fertilité, finissent irrémédiablement dans la mer (avec nos déchets plastiques non recyclés). D’où une perte de fertilité systémique. La permaculture souhaite « reboucler les boucles » de ces grands cycles afin de sauvegarder ces minéraux. Alors voici quelques propositions en réponse à la question posée plus haut : « mais comment faire ? Développer le système de production polyculture-élevage où le fumier des animaux (herbivores le plus souvent) fertilise les cultures. Produire moins de déchets organiques. La notion de ration du sol rejoint ce processus d’entretien de la fertilité. Pour la gestion de l’eau, le système de « keyline design » (conceptions et lignes clés) de Percival Alfred Yeomans est adopté par la permaculture. L’aménagement paysager permet de freiner, canaliser, capter et stocker les eaux pluviales.

Le permaculteur doit prendre en compte le contexte général de son projet. Bien sûr, il doit analyser le sol qu’il souhaite travailler, mais il doit aussi obtenir, auprès des Chambres d’agriculture ou d’industrie, des données éclairant le contexte socio-économique du territoire où il se trouve.

Permaculture : une Approche Non Dogmatique et Adaptable

Joris Danthon l’affirme : la permaculture n’est pas dogmatique, elle nous propose simplement des pistes de réflexion. S’il tient tant à cette précision, c’est parce que la permaculture est parfois définie à gros traits, ce qui en donne une vision caricaturale de la place faite au « sauvage », au vivant. Il est vrai que certaines pratiques caractérisent souvent les projets en permaculture. Mais, selon le contexte, elles peuvent se révéler superflues. Une bonne fois pour toutes, « il n’y a pas de cahier des charges [de contrainte] technique ; il n’y a pas de labellisation en permaculture ». C’est au cas par cas, selon les spécificités du projet, que le permaculteur décidera d’utiliser (ou non) les ressources de la mécanisation (et sa promesse d’un travail rapide et économique…). Une mécanisation lourde peut même s’imposer dans la mise en place d’un projet. On peut aussi y recourir au quotidien, selon l’importance de son entreprise, pour des travaux réguliers d’entretien des cultures.

Masanobu Fukuoka a inspiré, comme nous l’avons vu, les fondateurs de la permaculture. Notre expert le dit sans détour : « il y a une attention forte dans l’approche permaculturelle sur comment l’on va diminuer la charge de travail ». Mais il distingue le projet s’inscrivant dans une agriculture vivrière de celui développé à des fins commerciales. Certes, David Holmgren et Bill Mollison ont questionné la place de l’argent dans le fonctionnement de notre société, en pointant du doigt la marchandisation du monde. En retour, ils ont même proposé des alternatives comme le troc, l’échange, ou le don. Cela signifie, en quelque sorte, qu’il ne faut pas mettre la charrue avant les bœufs !

Bien que le secteur agricole engendre aujourd’hui 20 % des gaz à effet de serre émis en France, il est aussi le seul qui peut envisager un bilan carbone positif. La permaculture offre des voies pour atteindre cet objectif, en intégrant des pratiques respectueuses de l’environnement et en cherchant des synergies positives entre les différents éléments du système.

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