La pomme de terre en Bretagne : entre tradition maraîchère et excellence biologique

La pomme de terre, tubercule né sur les terres d’Amérique du Sud, a mis beaucoup de temps avant de se faire apprécier en France. Aujourd'hui, elle est devenue un pilier central de l'agriculture bretonne. À travers des initiatives locales comme celles de Nicolas Raflé à Cléguérec, ou des structures coopératives comme Douar Den et l'association Payzons Ferme, la filière bretonne illustre une transition réussie vers des pratiques plus respectueuses de l'environnement, tout en maintenant une exigence de qualité technique et gustative.

champs de pommes de terre en Bretagne

Les racines d'une conversion : l'exemple de Cléguérec

À Cléguérec (56), Nicolas Raflé est installé depuis 1992 sur la ferme familiale. Il a commencé à produire des plants de pommes de terre en 1994. « J’ai entamé une conversion bio en 2019 », raconte le producteur. « Plusieurs raisons motivaient ce changement : les problèmes de santé de mes voisins agriculteurs, l’engouement pour la bio à l’époque, et mes comportements d’achat personnels qui étaient de plus en plus écologiques. » Enfin, le travail supplémentaire induit par ce nouveau système permettait à Nicolas Raflé d’embaucher un salarié en CDI.

De quatre cultures, l’agriculteur est passé à 11 sur ses 100 ha de SAU. « Ma nouvelle rotation facilite grandement les désherbages et permet de ne pas mettre tous mes œufs dans le même panier. C’est une sécurité économique. » Par exemple, le Morbihannais cultive du blé, du maïs grain, des brocolis, des haricots ou encore du sarrasin. La surface de pommes de terre représente aujourd’hui environ 9 ha, dont 80 % servent à produire du plant.

Techniques de culture et gestion du sol

Nicolas Raflé utilise quatre variétés différentes de pommes de terre : une primeur, une destinée à faire des frites et deux à chair ferme. Elles sont généralement implantées après un couvert végétal lui-même semé juste après une légumineuse ou une céréale. « Après le broyage du couvert, j’apporte 6 t de fumier de volaille et 240 kg/ha de chlorure de potasse. Je passe ensuite avec un Dynadrive pour tout mélanger. »

Une fois le sol préparé, les pommes de terre sont plantées à une densité d’environ 65 000 tubercules par hectare. L’objectif de l’agriculteur est en effet de favoriser le nombre et non le calibre. Dès que ce dernier est atteint, les fanes sont broyées pour arrêter le développement. Pour désherber, une herse étrille à ressorts est l’outil de prédilection du Morbihannais. « Contrairement aux herses à plateaux, la pression est la même sur toute la surface du sol », explique-t-il. Chaque année, au moins quatre passages sont effectués. Le premier intervient dès le stade filament des adventices. « Il faut être très réactif pour ne pas se laisser débordé. »

schéma explicatif de la herse étrille à ressorts

Gestion des ravageurs et irrigation

En ce qui concerne les ravageurs, de l’huile minérale est épandue 10 à 12 fois par campagne pour empêcher les pucerons de piquer les plants et propager les viroses. Enfin, toute la ferme est irriguée depuis 1992. Concernant la pomme de terre, il arrose dès que la culture initie ses tubercules et jusqu’à fin floraison. Chez Nicolas Raflé, le rendement des pommes de terre varie entre 20 et 45 t/ha. Le prix de vente est d’environ 500 €/t. « Le chiffre d’affaires généré est très important mais il ne faut pas oublier les charges. »

Le rôle structurant de Bretagne Plants

En Bretagne, 6 700 ha sont consacrés à la production de plants de pomme de terre. 350 d’entre eux sont en bio et sont cultivés par 46 producteurs. Chacun a l’obligation d’adhérer à l’OP Bretagne Plants dont les missions sont, entre autres, d’assurer le contrôle et la certification des plants. « Nous avons 18 techniciens sur le terrain qui contrôlent les cultures à tous les stades », indique Philippe Dolo, responsable du développement technique chez Bretagne Plants. « Ils vérifient notamment la présence de virus, de bactéries, de champignons ou de nématodes. »

Bretagne Plants possède également une station de création variétale à Ploudaniel (29). « Une à quatre nouvelles variétés sortent chaque année », poursuit Philippe Dolo. « Nous recherchons avant tout de la rusticité et de la résistance aux maladies comme le mildiou. La voie génétique est plus prometteuse que la voie chimique dont les effets sont étroitement liés à la météo. »

Différentes variétés de mûres et conseils pour bien tailler les plants

Diversité variétale et spécificités de la primeur

La pomme de terre appartient à la famille des solanacées. La première pomme de terre est une culture de tunnels. C’est une production fragile et délicate qui nécessite de la part du producteur beaucoup de soin et d’attention. Les premiers sarclages et buttages s’opèrent un mois après la plantation. S’en suivent les phases d’observations des températures, de l’hygrométrie car la culture reste très sensible. On retrouve ensuite la pomme de terre de plein champ, toute aussi délicate et pleine de saveur. Pour exemple, la pomme de terre de l’Ile de Batz pousse dans des terres fertilisées aux algues, un fertilisant naturel, qui donne à la pomme de terre un goût et une saveur unique.

La pomme de terre « primeur » est une spécialité bretonne car le temps doux permet des plantations très précoces dans l’année. En Bretagne, associée aux fêtes de Pâques, elle marquait l’arrivée du printemps. Le terme « primeur » désigne une pomme de terre récoltée avant maturité. C’est donc un produit frais, encore gorgé d’eau et de sucre, et qui ne se conserve pas car c’est un véritable légume primeur. Les toutes premières pommes de terre primeur sont récoltées à la main, car elles sont extrêmement fragiles. En début de saison, la pomme de terre primeur est « peleuse » : la peau s’enlève très facilement, simplement en frottant avec du gros sel. Mais il vaut mieux faire comme les producteurs : contentez vous de laver les tubercules, sans les peler.

Valeurs nutritionnelles et idées reçues

Contrairement aux idées reçues, la pomme de terre ne fait pas grossir. Elle est énergétique, très nourrissante et digeste car riche naturellement en sucres lents. La pomme de terre primeur est riche en glucides complexes (amidon) et est dépourvue de lipides (graisses) : elle offre donc un rééquilibrage de la ration alimentaire. Elle fournit des protéines de bonne qualité biologique, et des fibres alimentaires bénéfiques pour le transit intestinal.

Les pommes de terre de conservation, comme leur dénomination l’indique, sont des pommes de terre que l’on sait garder tout l’hiver, et ce jusqu’au printemps (mai/juin). Elles présentent une large diversité, qu’il s’agisse de couleur, de texture, de forme ou d’utilisation. À Chair ferme ou à Chair tendre, elles se déclinent en salade, au four, en purée, en potage, frites, sautées, rissolées ou en chips.

infographie sur les bienfaits nutritionnels de la pomme de terre

Modèles économiques et coopératifs : Douar Den et Payzons Ferme

Nous avons créé en 2007, au cœur de la Bretagne, une société coopérative porteuse de valeurs stratégiques fortes et singulières. Nos activités reposent exclusivement sur des produits issus de l’Agriculture Biologique. Pourquoi ? Les aliments que nous consommons tous les jours nécessitent une chaîne de production relativement longue et complexe, que l’on appelle des filières agricoles. À une extrémité de ce « fil » vous avez le marché qui dicte les prix, et de l’autre vous avez le paysan qui doit accepter, peu ou prou, le résultat de la soustraction entre le prix de vente final au consommateur et les marges des intermédiaires.

Ce modèle économique conduit nombre d’agriculteurs à vivre sous le seuil de pauvreté et à décourager les jeunes. Pour rompre avec cette mécanique suicidaire, les fondateurs de Douar Den ont décidé de réunir l’ensemble des acteurs autour d’une même table. Afin de redonner sa place au paysan et de remettre le calcul de la valeur dans le bon sens, grâce à la méthode de la « Construction ascendante des prix, basée sur les coûts de revient ». En outre, pour répondre aux attentes des consommateurs de pomme de terre Bio mais également aux besoins des producteurs Bio, nous avons mis en place au sein de Douar Den un programme de sélection variétale spécifique en 2010. La première issue de ce travail est Maïwen. En dehors des pommes de terre destinées au marché du frais, nous cultivons également des pommes de terre pour nos partenaires fabricants de produits surgelés ou de chips ainsi que du plant de pomme de terre.

Payzons Ferme regroupe en association 8 fermes biologiques de Bretagne avec un but commun : produire ensemble une large gamme de plants de pommes de terre et d'échalotes de sélection, ainsi que de la pomme de terre de consommation. Retrouvez ainsi notre catalogue qui offre plus de 30 variétés de pommes de terre, et deux d'échalotes, expédiées à travers toute la France de Novembre à Mai. Notre association est animée par les valeurs propres à l'agriculture bio et paysanne : nous cultivons sur des surfaces à taille humaine, avec le désir d'aller plus loin que le cahier des charges de la bio en matière de respect environnemental, avec un souci d'écoute permanent des besoins de nos clients qui sont pour la plupart des fermes maraîchères, ainsi que des jardiniers.

L'engagement maraîcher local : "Le Pays fait son Jardin"

Comme tout Jardin de Cocagne, « Le Pays fait son Jardin » produit des légumes dans le strict respect du cahier des charges de l’Agriculture Biologique. Ces légumes sont certifiés par un organisme agréé indépendant (notre certificateur : Bureau Veritas). Ce mode de production respectueux de l’environnement bannit l’utilisation de produits chimiques de synthèse (pesticides, herbicides…), garantit des légumes sains et de qualité, et préserve la qualité de l’eau, des sols et des écosystèmes.

« Le Pays fait son Jardin » cultive tout au long de l’année environ 50 légumes pour une centaine de variétés différentes. Nous assurons la livraison des paniers 50 semaines par an ; seules deux semaines font l’objet de suspension : pendant la semaine du Nouvel An, le chantier ferme ses portes et l’ensemble des salariés est en congé. Le Jardin s’étend sur 5,5 hectares de S.A.U. dont 4,6 ha cultivés actuellement, et dispose de 3400 m² de serres. Tout le monde a entendu parler de Parmentier, ce pharmacien militaire qui, à l’époque de Louis XVI, vulgarisa la consommation humaine de pommes de terre lors de la grande famine de 1785. Aujourd'hui, en Bretagne, ce tubercule continue d'écrire son histoire, alliant la rigueur des producteurs à une conscience écologique renouvelée.

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