La nature regorge de trésors méconnus qui, bien que familiers, cachent des histoires fascinantes et des propriétés oubliées. Ce soir, auprès du feu, il est temps de lever le voile sur deux plantes aux noms proches mais aux natures distinctes : le lierre terrestre (Glechoma hederacea) et le lierre grimpant (Hedera helix). Bien que souvent confondus par leur nom, ils appartiennent à des familles botaniques différentes et possèdent des vertus que nos ancêtres connaissaient bien.
Le Lierre terrestre : Le petit lutin de nos jardins
Le lierre terrestre (Glechoma hederacea) est une plante dont les tiges carrées sont couchées au sol. Elles forment des radicelles aux intersections des feuilles dès qu’elles touchent la terre et s’enracinent pour s’étaler en tapis. C’est cela qui lui a donné le nom de lierre terrestre car il court au sol comme le lierre grimpe aux arbres. Au printemps, notre lierre terrestre développe, en partant des tiges couchées au sol, des tiges florifères qui se dressent jusqu’à 20 - 30 cm de hauteur sans se ramifier. Elles sont légèrement velues. Les feuilles sont opposées, réniformes ou cordiformes, crénelées et souvent luisantes. Les feuilles basales sont plus rondes que celles qui poussent sur les tiges florales. La couleur des feuilles varie en fonction de l’endroit et de l’ensoleillement. Dans les endroits les plus ensoleillés, on voit souvent des feuilles tirant vers le violet, surtout au sommet de la tige.
Les fleurs se développent, groupées par 2 ou 3, à l’aisselle des feuilles et regardent toutes du même côté. Elles sont de couleur mauve à violet, tachetées de pourpre. Ce sont des fleurs à deux lèvres qui ressemblent à celles du romarin ou de la sauge. Elles font partie de la même famille botanique des lamiacées. Froissez bien une feuille entre vos doigts et sentez son parfum : il sera boisé, mentholé et citronné à la fois. Ce n’est qu’avec la ficaire qu’il faut être prudent. Une fois que vous aurez senti une feuille de lierre terrestre, vous vous en rappellerez.

Traditions ancestrales et usages du lierre terrestre
À l’époque pré-chrétienne, au temps des germains, nos lointains ancêtres se retrouvaient pour célébrer un culte sacré et préparaient la « soupe aux neuf herbes ». Ce culte s’est prolongé jusqu’à notre ère, à travers la coutume de manger des épinards ou d’autres légumes verts le jeudi saint. Le lierre terrestre poussait à proximité des habitations, en lisière des forêts, dans les clairières, au bord des chemins ou sur des terrains vagues.
Nos ancêtres le considéraient comme gardien des maisons, bon esprit de la ferme et lutin protecteur. Il était utilisé pour conjurer des mauvais sorts à l’aide d’incantations. Avec un bouquet de lierre terrestre, on bénissait des personnes et des lieux. Aujourd’hui, son utilisation est presque tombée dans l’oubli, pourtant, il a de nombreuses vertus qui valent la peine d’être connues. En cuisine, il se comporte comme une plante aromatique. Vous pouvez le hacher et en aromatiser des sauces, des vinaigrettes et des crudités. Au Moyen-Âge, le lierre terrestre a servi à aromatiser la bière tout en l’aidant à mieux se conserver.
Lierre terrestre délicieuse plante sauvage comestible et médicinale
Le Lierre grimpant : Un pilier de la pharmacopée classique
Le nom de genre, Hedera, est une corruption du mot latin Hedea qui signifie : la corde, l’attache. Il appartient à la famille des Araliacées. Au Néolithique, son feuillage semble avoir servi de fourrage. En Égypte déjà, le lierre est le symbole du Dieu Osiris, et associé à la vie éternelle. En Grèce et à Rome, il accompagne Dionysos/Bacchus. À cette époque, on en distingue trois sortes (blanc, noir, et en spirale) et on lui accorde beaucoup de propriétés médicinales.
Contrairement à l’image que l’on s’en fait, il y a une synergie entre le lierre et son arbre support. Le lierre apporte la fraîcheur et un compost remarquable à l’arbre qui le porte. Il abrite une faune si riche qu’il est l’un des éléments essentiels à la biodiversité. Le lierre met l’édifice sur lequel il grimpe à l’abri des intempéries. Il va aussi assainir le sol en évitant l’excès d’humidité, mauvais pour les fondations.
Propriétés médicinales et précautions
Aujourd’hui, on reconnaît essentiellement au lierre des propriétés contre la bronchite, sans doute dues aux saponines qu’il contient. Le lierre possède une essence riche en sesquiterpènes, des composés aux propriétés anti-inflammatoires apaisantes. L’Agence européenne du médicament (EMA) considère les extraits de lierre grimpant d’un usage médical bien établi comme expectorant en cas de toux productive.
Cependant, la prudence est de mise. Le lierre peut donner, par ingestion de ses feuilles ou de ses baies, des effets indésirables digestifs graves. Les fruits sont des baies noires très toxiques. De plus, l’EMA déconseille l’usage des extraits de lierre grimpant chez les enfants de moins de deux ans. En cas de manipulation, le lierre grimpant peut entraîner des irritations de la peau ou des réactions allergiques cutanées.

Préparations artisanales et recommandations
Pour réaliser une lessive naturelle au lierre, il suffit de hacher 50 à 75 feuilles fraîchement récoltées et de les faire bouillir 10 minutes dans 1L d’eau, puis de laisser macérer 24h. Pour les maux de gorge, le sirop de lierre terrestre est un allié précieux. La concentration idéale pour un sirop médicinal est de 500 mL d'infusion pour 800 g de sucre.
Il est crucial de rappeler que la cueillette sauvage comporte des risques. Le lierre grimpant, notamment, doit être manipulé avec connaissance. Si vous cherchez à traiter une toux, il faut distinguer la toux grasse de la toux sèche, car les saponines irritantes du lierre peuvent être contre-productives en cas d'irritation simple. Pour les problèmes de retour veineux, un macérât huileux de lierre peut être utilisé en massage de bas en haut. Enfin, pour les maux de tête chroniques, les anciens préconisaient des usages aujourd'hui largement supplantés par la médecine moderne, mais qui témoignent de l'importance historique de cette plante fascinante dans notre culture commune.