La culture sur butte : comprendre, concevoir et adapter

Emblème de la permaculture à la française, la culture sur butte est l’une des premières choses auxquelles pensent de nombreux jardiniers en évoquant la permaculture. Le terme « culture sur butte » est vaste et peut regrouper plusieurs façons de s’y prendre. Dans une logique de permaculture, ces buttes ne sont jamais retournées, toujours paillées et sans cesse amendées avec des déchets organiques locaux. La permaculture est une méthode de culture visant à créer des écosystèmes exploitables et équilibrés. On la pratiquait en Amérique Latine bien avant la colonisation espagnole avec, par exemple, les camellones en Bolivie, Colombie et Équateur ou encore les chinampas au Mexique.

Schéma illustrant la structure en couches d'une butte de permaculture (bois, déchets verts, terre)

Les fondements techniques et historiques

Lorsque l’on parle de butte, on imagine souvent les « Hugelkultur », ces hautes buttes dans lesquelles on installe du bois en décomposition. Cette technique est ancienne en Europe de l’Est et a été démocratisée dans les années 2000 par Sepp Holzer, fermier et permaculteur autrichien. Le principe est simple, mais pas sans effort : on commence par décaisser les planches de cultures en mettant la terre de côté, on installe de gros rondins de bois en décomposition puis tout type de matière organique. On retrouve également des buttes moins importantes de 10 à 30 cm de haut.

On viendra, à la manière d’une lasagne, superposer des couches de matières organiques sur les planches de culture. La « Morez » consiste à placer une couche brune composée de lianes, rondins, troncs et autres en dessous de la couche décomposable. La butte en lasagne alterne couches brunes et vertes à la façon d’un plat de lasagne. La « forestière » compose sa couche brune de troncs coupés longtemps auparavant, déjà en décomposition avancée afin d’avoir plus d’équilibre.

Avantages agronomiques et ergonomiques

Cultiver sur butte ou juste sur planches surélevées permet, surtout en hiver et lors des passages pluvieux, de mieux drainer le sol. En effet, la plupart des cultures n’aiment pas avoir les pieds dans l’eau de façon prolongée. Si vous avez chez vous un sol très argileux, lourd et qui a tendance à se gorger d’eau, la butte permet de maintenir les pieds de vos plantes hors de l’eau. Une saturation du sol en eau est, en effet, néfaste à la plupart des cultures vivrières, entraînant généralement une asphyxie et un pourrissement du système racinaire.

Surélever le sol, c’est également offrir plus de profondeur de terre meuble aux racines des légumes qu’on va y planter. Dans une butte, le développement racinaire est facilité, il est donc plus important en taille et en profondeur que dans un sol non surélevé. En surélevant légèrement le sol au printemps, on gagne quelques degrés sur la température du sol. Et chaque degré gagné, c’est de la précocité potentielle pour le jardinier.

Le fait que la terre soit surélevée permet un réchauffement plus rapide de celle-ci dès les premiers rayons de soleil printaniers. Ces derniers atteignent la butte sur un laps de temps plus important sur la journée, accélérant son réchauffement comparativement à un jardin à plat. Le principe même de la culture sur butte, par surélévation du niveau du sol, permet de jardiner en se baissant moins, voire plus du tout selon la hauteur de la butte choisie. Le dos du jardinier est donc beaucoup moins sollicité.

L'importance du contexte en permaculture

Car oui, nous tenons ici à le rappeler vite fait, en permaculture, tout est une question de contexte ! Et la culture sur butte ne déroge pas à cette règle. Avant de vous lancer dans une butte de culture dans votre jardin, je vous invite à vous demander si vous avez vraiment besoin de ce type de support de culture. Il n’est pas du tout adapté à tous les contextes et surtout nécessite beaucoup de temps et d’énergie.

Par exemple, dans un contexte climatique de fortes chaleurs, l’évaporation sur une butte peut-être très importante et entraîner la création d’un milieu trop sec pour vos cultures. Si vous avez des étés chauds et secs, ces buttes vont nécessiter plus d’arrosage qu’un potager à plat. Idem dans un contexte où le vent est un facteur limitant fort, faire une butte ne sera pas une bonne idée, car les végétaux sur la butte seront d’autant plus soumis aux vents ce qui peut grandement freiner leur développement.

Culture sur Butte : la Technique de Permaculture Facile pour un Sol Fertile 🌱

Gestion de la fertilité et vie du sol

Dans une butte, le sol n’est pas retourné et perturbé de manière intempestive à chaque changement de culture. On sait en effet aujourd’hui que le retournement des divers horizons d’un sol lors d’un labour profond entraîne la mort de très nombreux micro-organismes essentiels à la fertilité. Un sol vivant est peuplé de très nombreux habitants de toutes tailles ayant tous un rôle à jouer dans l’écosystème sol pour le rendre plus fertile et donc plus productif.

Et on peut même, avec le temps et en l’absence totale de labour, voir se développer dans nos buttes de super alliés pour nos plantes : des champignons mycorhiziens ! Il s’agit de champignons ayant la capacité d’entrer en symbiose avec les racines des plantes pour mettre en place des échanges donnant/donnant.

En principe, les matières utilisées pour concevoir la butte vont permettre aux plantes de pousser, mais il faudra entretenir cette fertilité. Il va donc falloir penser à fertiliser au fur et à mesure nos buttes. Cela demande une attention particulière, notamment pour nourrir la microfaune du sol et favoriser la création d’humus. Pensez donc à ajouter des paillages diversifiés au fil de l’année ainsi que des engrais organiques ou du compost.

Aménagement paysager et biodiversité

Une butte dans le jardin représente un formidable potentiel d'aménagement paysager. Cette élévation naturelle ou créée après des travaux peut devenir le point focal de votre espace extérieur. La forme de la butte, avec ses côtés inclinés, augmente la surface de culture sans occuper plus de place dans le jardin. La création de reliefs lors de la confection d’une butte va créer, sur un espace très restreint, divers microclimats permettant l’installation de cultures dans les endroits les plus appropriés à leurs besoins.

« Favoriser l’effet de bordure » est un principe de permaculture universel. Sur une butte, il y a, de fait, plusieurs effets de bordure, par la création du relief de la butte qui contraste avec les allées et aussi en fonction des matériaux choisis pour constituer les bordures physiques de la butte. La retenue de terre constitue un élément fondamental de l’aménagement de la butte. Cette structure prévient l’érosion, facilite les plantations et évite que la terre ne s’étale sur les surfaces environnantes.

Photo d'une butte aménagée avec des fleurs et des légumes en association

Mise en œuvre pratique

L’automne est la meilleure saison pour créer une butte de culture. Vous pouvez mettre en place les couches superposées jusqu’à la réalisation des plantations en mars ou en avril. Lorsque vous créez une butte, veillez à l’orientation nord-sud afin que tous les côtés reçoivent suffisamment de lumière. Formez une gouttière de plusieurs centimètres de profondeur au sommet de la butte afin que vos jeunes plants reçoivent toute l’eau de pluie et d’arrosage dont ils ont besoin.

La plantation sur la butte demande des techniques spécifiques pour garantir la reprise des végétaux. La plantation en quinconce, par multiples de trois, crée un effet naturel et optimise la couverture du sol. Un minimum de trois plants par mètre carré assure une colonisation rapide de la butte. La gestion de l’eau sur la butte nécessite une attention particulière. Le drainage naturel de la pente peut être complété par l’installation de tuyaux perforés derrière les retenues de terre.

Les limites et retours d'expérience

Les buttes types « Hugelkultur » demandent beaucoup d’énergie pour leur création. Décaisser sur plusieurs dizaines de centimètres est déjà en soi un travail peu agréable au jardin. Déplacer toute cette terre, puis venir apporter des brouettes et des brouettes de bois en décomposition, c’est beaucoup d’énergie. Et la permaculture, c’est aussi économiser l’énergie humaine !

Au-delà de l’énergie nécessaire à déplacer toute cette matière organique, il faut également la recueillir et la rassembler. Dès la première année, la butte se tasse et commence son long processus de décomposition. Pour assurer une certaine fertilité, il faudra veiller à régulièrement rapporter de la matière organique sur la butte. C’est selon notre expérience le principal désavantage de la culture sur butte. Cette dernière étant surélevée, elle est beaucoup plus séchante. Sans faire de généralité, je dirais que si vous avez des étés chauds et secs (ce qui tend à se généraliser ces dernières années), ces buttes vont nécessiter plus d’arrosage qu’un potager à plat.

Les buttes de cultures sont occupées une bonne partie de l’année. On y enchaîne deux voire trois rotations par an. Cela entraîne une exportation importante de minéraux du sol. Il va donc falloir penser à fertiliser au fur et à mesure nos buttes. Bref, pour la culture sur butte, une certaine rigueur s’impose au niveau des rotations potagères tant qu’on n’a pas atteint des niveaux de mélanges et de diversités dans les cultures.

Schéma comparatif entre un potager à plat et un potager sur butte selon le climat

Optimisation de l'espace et du rendement

Pour les cultures légumières, le sol doit être humide en surface et ce n’est pas toujours évident sur les buttes. On vient alors les pailler copieusement pour limiter l’évaporation, mais à moyen terme, cette pratique peut également poser problème. Une trop grosse épaisseur de paillage filtre les pluies et les arrosages. Ainsi, l’eau peinera à atteindre les racines des plantes. En revanche, si vous avez des pluies régulières, même en été, ces buttes peuvent être une solution pour votre potager.

Dans une butte, vous pouvez semer des radis, de la laitue ou des épinards entre les variétés de légumes très éloignées les unes des autres, telles que les choux, afin d’exploiter au mieux la surface de la butte. Les deux premières années, privilégiez des plantes à gros besoins en nutriments, qui absorbent beaucoup d’azote. À partir de la troisième année, vous pouvez cultiver des plantes à faibles besoins en nutriments, dont la teneur dans la butte diminue chaque année.

Sur les buttes, vous pouvez non seulement planter des légumes, mais aussi des fleurs, telles que des tagètes. Le haut de la butte subit les intempéries et présente un sol souvent sec. Cette exposition nécessite des plantes résistantes à la sécheresse. Le milieu constitue la partie la plus pentue, vulnérable à l’érosion et au ruissellement. La base de la butte, plus humide, accueille les rosiers couvre-sol qui apportent élégance et parfum.

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