Les îles Canaries, archipel volcanique situé dans l'océan Atlantique, à seulement 250 km des côtes marocaines, sont souvent associées à leurs plages de sable fin et à leur climat ensoleillé. Pourtant, bien au-delà de leur attrait touristique, ces îles abritent une biodiversité végétale exceptionnelle, façonnée par un isolement millénaire. La flore canarienne se distingue par un degré d'endémisme particulièrement élevé, offrant un spectacle fascinant de formes végétales uniques, parentes d'espèces européennes communes mais ayant évolué de manière singulière pour s'adapter à des conditions extrêmes. Parmi ces merveilles botaniques, les plantes grasses, ou succulentes, occupent une place de choix, illustrant parfaitement l'ingéniosité de la nature face à la sécheresse.
Un archipel aux multiples facettes géologiques et botaniques
Chacune des îles Canaries possède son caractère et sa flore propres, fruit d'un modelage géologique distinct. La Palma, par exemple, est une île montagneuse et boisée, au terrain très accidenté. Elle est notamment célèbre pour sa Caldera de Taburiente, un immense cratère de 7 km de large et 12 km de long, vestige d'un volcan effondré, dont les falaises impressionnantes culminent à 2400 m d'altitude. On y trouve également la côte sauvage d'Hiscaguan, des falaises battues par l'océan, et la Cumbre Vieja, un volcan actif occupant la moitié sud de l'île, offrant des paysages saisissants de cratères et de champs de lave. Le Pinar de Garafia, au nord, protège l'une des plus belles forêts de pins des Canaries. Cette diversité de paysages et de microclimats a favorisé l'émergence d'une multitude d'espèces végétales adaptées à des niches écologiques spécifiques. Les îles de la Macaronésie, dont font partie les Canaries, partagent une flore riche et originale, avec un degré d'endémisme élevé.

Les Aeonium : Rosettes verdoyantes des rochers arides
Parmi les plantes grasses emblématiques des Canaries, les Aeonium sont particulièrement remarquables. Couramment cultivées en appartement pour l'aspect de rosace verte que leur confèrent leurs feuilles charnues, disposées comme les rayons d'une roue et imbriquées les unes dans les autres, ces plantes révèlent toute leur splendeur dans leur milieu naturel. Adaptées à la sécheresse grâce à l'eau accumulée dans l'épaisseur de leurs feuilles, ces humbles sauvageonnes illuminent par dizaines les rochers arides qu'elles colonisent. Lorsque la masse de leurs fleurs jaune vif jaillit en un jet coloré au milieu de la rosette, l'effet est saisissant.
L'Aeonium spathulatum est une espèce endémique présente sur toutes les îles à l'exception de Lanzarote et Fuerteventura. L'Aeonium aureum est une autre espèce endémique que l'on retrouve dans des habitats similaires. Ces plantes, avec leur capacité à retenir l'eau, sont un exemple parfait d'adaptation aux conditions extrêmes des environnements secs et désertiques. Leur présence par milliers sur les rochers arides souligne leur rôle écologique dans la stabilisation des sols et la création de micro-habitats pour d'autres espèces.

Les Euphorbes des Canaries : Des faux cactus aux secrets caustiques
Un autre exemple d'adaptation aux conditions extrêmes nous est donné par une plante insolite, souvent confondue avec les cactus : l'euphorbe des Canaries (Euphorbia canariensis). Lors d'une randonnée à Tenerife, on peut apercevoir au flanc d'une colline des dizaines d'étranges "tuyaux d'orgues" recourbés vers le haut. Ces plantes, bien qu'appartenant à des familles très différentes des cactus, ont adopté un aspect identique, une "convergence", pour résister à la pression des milieux extrêmes.
Il existe plus de 2 000 espèces d'euphorbes dans le monde, souvent très différentes les unes des autres, mais toutes possèdent deux caractères communs. Premièrement, elles renferment un latex blanc qui s'échappe lorsque la plante est blessée. Ce latex est très caustique et peut brûler la langue ou irriter violemment les yeux. Deuxièmement, toutes les euphorbes possèdent des fleurs semblables, extrêmement particulières, qui conservent leurs particularités au-delà de leur ressemblance morphologique avec les cactus.
L'Euphorbia balsamifera est une autre euphorbe que l'on trouve dans des endroits secs et rocheux. C'est un petit arbre pouvant atteindre 2 m de haut, avec un tronc jaune très ramifié. Ces plantes, avec leur aspect singulier et leurs mécanismes de défense uniques, sont un témoignage éloquent de la résilience de la vie végétale face à l'adversité climatique.

Les plantes succulentes ... Adaptation à la sécheresse des plantes succulentes par Norbert Rebmann
Les Vipérines : Géantes des Canaries et transformatrices de pH
En Europe, les vipérines sont des plantes de taille moyenne, hérissées de poils raides et piquants, aux feuilles allongées regroupées en une rosette presque parfaite à la base de la tige. Leurs larges fleurs, roses avant leur éclosion puis bleues, changent de couleur à la façon du papier tournesol, en même temps que leur pH passe de l'acide au basique. Aux Canaries, leurs cousines ont évolué pour former de gros buissons à tige épaisse et ligneuse, dépassant le mètre. Leurs feuilles allongées sont tout à fait reconnaissables, ainsi que leurs fleurs, souvent blanches et rassemblées en grappes coniques disposées comme d'immenses chandelles sur le feuillage grisâtre.
L'Echium wildpretii subsp. trichosiphon est probablement la plante la plus spectaculaire des Canaries. Elle pousse dans les zones sèches et rocheuses en haute altitude, au-dessus de 2000 m. L'épi floral peut atteindre 4 mètres et contient des milliers de fleurs, qui attirent de nombreux insectes. La sous-espèce trichosiphon, avec ses fleurs roses et violettes, ne se trouve qu'à La Palma, sur la crête de la Caldera de Taburiente, où elle est menacée par les chèvres.
L'Echium gentianoides est une autre buglosse rare qui pousse dans le même habitat. C'est un grand arbuste aux feuilles glabres et aux fleurs d'un bleu profond. L'Echium bethencourtianum forme également de grands arbustes, avec des épis floraux légèrement allongés portant des fleurs blanches et des feuilles allongées aux bords lisses. Ces géantes des Canaries illustrent l'effet de l'isolement insulaire sur l'évolution des espèces, conduisant à des formes de gigantisme remarquables.

Cedronella canariensis : Le baumier de Galaad aux parfums envoûtants
Parmi les rencontres végétales les plus émouvantes aux Canaries, la Cedronella canariensis, parfois nommée "baumier de Gilead", se distingue par son parfum unique. Cette plante, d'apparence plutôt ordinaire avec ses feuilles vert sombre composées de plusieurs folioles en forme de longs triangles dentelés, exhale une odeur d'encens dès que l'on s'en approche ou que l'on touche ses feuilles. Cette fragrance, à la fois légère et puissante, résineuse et florale, est sans nulle autre pareille. Il s'agit d'un végétal unique à l'archipel, un véritable trésor de fragrance. Sa présence rappelle la richesse olfactive insoupçonnée de la flore canarienne, bien au-delà de ses attraits visuels.
Autres espèces endémiques et adaptations notables
La flore canarienne regorge d'autres espèces endémiques fascinantes, chacune présentant des adaptations spécifiques à son environnement.
- Ceropegia dichotoma : Cette étrange plante possède de petites feuilles qui tombent rapidement de la tige, une adaptation pour minimiser la perte d'eau par évapotranspiration.
- Erysimum scoparium : Cette jolie espèce appartient à la famille du chou et est un exemple de la diversité des Brassicaceae adaptées aux Canaries.
- Cistus symphytifolius : Cette ciste endémique est typique de la forêt sèche de pins des Canaries, où elle peut former de grandes populations. C'est une plante haute avec de grandes fleurs roses, contribuant à la beauté des paysages.
- Adenocarpus viscosus : Cette espèce ressemblant à un genêt a des tiges et des fleurs glanduleuses. Ses gousses sombres à la surface rugueuse sont distinctives.
- Le Dragonnier des Canaries (Dracaena draco) : Cette espèce emblématique peut atteindre une grande taille et un âge avancé, devenant un symbole de la longévité et de la résilience de la flore locale.
- L'Orchis de La Palma (Orchis lapalmensis = Orchis mascula subsp. lapalmensis) : Cette orchidée ne se trouve qu'à La Palma, où elle semble plutôt rare, soulignant la fragilité de certaines espèces endémiques.
- Le Plantain de Webb (Plantago webbii) : Ce plantain est reconnaissable à ses feuilles argentées et érigées, une adaptation pour refléter la lumière du soleil et réduire la surchauffe.
- Adiantum reniforme : Cette petite fougère aux feuilles particulières pousse dans les surplombs humides, généralement au fond des barrancos, démontrant la diversité des micro-habitats.
- Bencomia exstipulata : Cette plante de la famille des roses pousse sur la crête de la Caldera de Taburiente. Elle forme de grands buissons pouvant atteindre 2 m de haut, avec un tronc très divisé et des feuilles composées. Endémique de La Palma et de Tenerife, elle a failli disparaître à cause du surpâturage, avec seulement quelques dizaines d'individus subsistant sur chaque île.
- Scrophularia glabrata : Cette espèce de scrophulaire est endémique de La Palma et de Tenerife.
- La Violette de La Palma (Viola palmensis) : Cette jolie violette endémique pousse également dans l'habitat fragile de la crête de la Caldera de Taburiente.
La richesse de la flore canarienne, en particulier ses espèces succulentes et endémiques, est un témoignage vivant de l'évolution et de l'adaptation. Ces plantes, souvent ignorées par le grand public, sont un trésor de la biodiversité mondiale et méritent une attention particulière pour leur conservation.

La faune insulaire : Discrète mais riche en endémisme
Bien que la faune soit plutôt discrète sur les îles, elle est néanmoins assez riche, en particulier avec de nombreuses espèces d'invertébrés endémiques. Ses représentants les plus célèbres sont probablement les deux pigeons endémiques vivant dans les restes des forêts de lauriers : le pigeon ramier à queue blanche (Columba junoniae) et le pigeon de Bolle (Columba bolli).
On y trouve également le Lézard de La Palma (Gallotia galloti subsp. palmae), un lézard à la tête large pouvant atteindre 40 cm. Certains mâles sont de couleur vive, avec une gorge bleue. Endémique de La Palma, ce lézard est très commun dans de nombreux habitats de l'île. Le Gecko de Tenerife (Tarentola delalandii), un petit gecko sombre, se trouve dans les fissures de roches et les murs de pierre.
Parmi les papillons, on peut observer le Tircis des Canaries (Pararge xiphioides), endémique de l'archipel et présent sur la plupart des îles, très abondant à La Palma. Le Bleu des Canaries (Cyclyrius webbianus) et l'Azuré porte-queue (Lampides boeticus), facilement identifiable par le motif marbré de ses dessous d'ailes et ses fines queues, complètent le tableau des insectes remarquables. Enfin, l'Argiope trifasciata, une araignée de jardin rayée, a une distribution mondiale, mais sa présence aux Canaries contribue à l'équilibre de l'écosystème.

Le Gofio et l'Agua Miel : Patrimoine alimentaire des Guanches
Bien avant l'arrivée des touristes et des colons espagnols, les Canaries abritaient une population originale, les Guanches, probablement parvenue sur ces îles il y a quelque 5 000 ans. Ces héritiers présumés des civilisations sahariennes ont laissé peu de traces culturelles, hormis de rares peintures rupestres, mais ont légué à l'humanité un aliment particulièrement digeste, facile à préparer et savoureux : le gofio. Base traditionnelle de leur nourriture, il est toujours quotidiennement consommé sur les sept îles canariennes.
Le gofio se présente comme une farine extrêmement fine obtenue par mouture d'orge, de blé ou de maïs préalablement grillés. Le maïs, introduit d'Amérique après la conquête espagnole à la fin du XVe siècle, est d'usage plus récent. Ordinairement, on se contente de saupoudrer le gofio sur la nourriture, en particulier sur les soupes de légumes qu'il épaissit en même temps qu'il leur apporte une agréable note grillée. Une de ses spécificités est d'absorber les liquides et de se transformer en une pâte malléable également consommable telle quelle.
L'agua miel est une autre particularité typique de la culture alimentaire canarienne. Elle est spécifiquement produite sur l'île de La Gomera à partir des palmiers-dattiers. La sève recueillie en coupant les inflorescences est bouillie et concentrée, produisant ainsi un sirop peu épais ressemblant par l'aspect et le goût au célèbre sirop d'érable. Cette pratique est peu fréquente dans les régions où se cultive couramment le palmier-dattier, en Afrique du Nord et au Moyen-Orient, ce qui en fait une spécificité culturelle des Canaries. Ces traditions culinaires sont un lien tangible avec l'histoire préhispanique de l'archipel, offrant un aperçu des modes de vie et des ressources utilisées par les populations autochtones.

Le rôle des pépinières spécialisées dans la diffusion des espèces exotiques
Pour les amateurs de plantes exotiques, des pépinières spécialisées comme Canarius offrent un accès à des espèces rares, souvent introuvables dans les jardineries traditionnelles. Ces entreprises proposent à la fois des espèces naturelles et des hybrides rares, expédiant leurs commandes partout en Europe et dans le monde. Les plantes succulentes, ou "plantes grasses", sont des espèces qui retiennent l'eau, adaptées aux conditions sèches des déserts et des zones arides du monde.
Les plantes exotiques sont généralement des espèces d'autres régions du monde, possédant souvent des qualités ornementales : un feuillage luxuriant, des fleurs colorées ou des formes inhabituelles. Contrairement aux fruits, herbes et plantes médicinales qui sont axés sur l'amélioration de la santé, les plantes exotiques n'ont pas d'usage particulier défini. Des plateformes comme canarius.com s'efforcent de faciliter l'achat et la vente de plantes à l'échelle mondiale, contribuant ainsi à la diffusion et à la connaissance de la diversité botanique.
Parmi les exemples de plantes exotiques proposées, on trouve :
- Jacaranda mimosifolia : Communément appelé jacaranda ou tarco, c'est un superbe arbre subtropical de la famille des Bignoniacées, originaire d'Amérique du Sud.
- Abelia 'Glossy' : Un arbuste semi-persistant au feuillage vert profond et à longue floraison, avec d'abondantes fleurs rose lavande et des calices rouges voyants. Très parfumé ! Ses feuilles conservent un feuillage rougeâtre tout l'été.
- Acalyphas : Ce sont des arbustes à croissance rapide qui peuvent vivre en pot. L'Acalypha aux feuilles énormes en damier est celui qui a les plus grandes feuilles, mesurant 20-40 cm de long. D'autres cultivars offrent des feuilles pointues cuivrées avec une marge crémeuse, plus rustiques au froid, ou des feuilles rondes, froissées, rouges à presque noires.
- Acalypha 'Queue de chat' ou 'Chenille Plant' : Un arbuste arrondi spectaculaire, avec de larges feuilles vertes et des queues spectaculaires de fleurs rouge vif, produites tout au long de l'année.
- Feijoa ou 'Goyave ananas' : Le fruit d'un arbuste subtropical ornemental originaire d'Amérique du Sud. L'Acca pousse sans effort dans les climats méditerranéens et fructifie régulièrement.
- Palmiste des marais : Ce palmier cespiteux se trouve généralement dans les marais, avec des troncs minces atteignant 7 m de haut. Il est un symbole des Everglades en Floride.
Ces exemples montrent comment le commerce des plantes exotiques permet d'apprécier la diversité botanique mondiale et de cultiver des espèces d'autres continents dans des jardins ou des intérieurs, enrichissant ainsi nos environnements personnels et notre connaissance des trésors végétaux de la planète.