L’Art du Jardinage Insulaire : Succulentes et Agapanthes sur l’Île de Bréhat

Ancrée sur la sublime « île aux fleurs et aux rochers roses », au large de la pointe de l’Arcouest dans les Côtes-d’Armor, la Pépinière de l’Île de Bréhat est une véritable institution locale. Arrivés sur l’île dans les années 90 pour y fonder leur famille, ils ont su tirer parti du microclimat exceptionnel de l’archipel pour acclimater une gamme originale de plantes vivaces et d’arbustes. Le travail de sélection et de conservation mené par Laurence et Charles a été reconnu au plus haut niveau. La Pépinière de l’Île de Bréhat est une structure à taille humaine où l’on cultive « à la main ». Loin des standards industriels, la méthode de culture vise la robustesse : les plantes sont élevées sous tunnels non chauffés, puis cultivées en partie en extérieur. Ce processus permet de les endurcir naturellement face aux éléments marins. Lors de votre venue sur l’île, Laurence et Charles vous accueillent pour partager leur passion.

Vue panoramique des jardins fleuris sur l'île de Bréhat

La culture des succulentes : L’aeonium, une éternité végétale

L’aeonium est une plante succulente, car elle accumule de l’eau dans ses tissus. Comme de nombreuses succulentes, elle appartient à la famille des crassulacées. Son nom aeonium vient du grec « aeonion » qui signifie éternel. Cette plante peut durer toute votre vie !

Pour réussir sa culture, plusieurs principes fondamentaux doivent être respectés. En pleine terre, les succulentes ont besoin d’un sol de type sableux afin de favoriser un bon drainage. Dans les autres régions, elles seront cultivées en pot. Le substrat doit être drainant, idéalement un mélange composé de 2/3 de terreau de bonne qualité et 1/3 de sable et graviers ou pouzzolane, ou bien un terreau spécial pour plantes grasses. Les pots en terre cuite doivent être percés afin de faciliter le drainage. Évitez de les installer dans des pots trop grands et n'oubliez pas que les plantes succulentes doivent être rempotées tous les 2 ans.

L’entretien varie selon les saisons. L’hiver, arrosez l’aeonium 1 fois par mois et tenez-le éloigné du gel. L’été, consacrez-lui un arrosage hebdomadaire, en laissant sécher la terre entre deux arrosages. Les excès d’eau peuvent être fatals ! L’aeonium peut être cultivé en plante d’intérieur, s’il a de la lumière, idéalement proche d’une fenêtre, dans une véranda ou un garage. La pièce devra être la plus fraîche possible pour éviter l’étiolement. En hiver, la coloration de votre aeonium varie, elle reprendra d’autres teintes au fur et à mesure que les jours rallongeront. Sortez votre aeonium après les gelées, en l’habituant progressivement à une exposition ensoleillée.

Gros plan sur une rosette d'Aeonium dans un jardin ensoleillé

En mai, la plupart des aeonium ont de belles fleurs jaunes. Cette floraison a lieu au printemps. Toutefois, la vigilance est de mise : au début du printemps et au début de l’automne, votre plante peut être attaquée par des cochenilles farineuses. Il suffit de verser sur les feuilles et le tronc un mélange d’alcool ménagé (3/4) et huile d’olive ou colza + eau (1/4). Répétez le traitement 2 à 3 fois, espacé de 10 jours. Faites également attention aux cochenilles et pucerons qui affectionnent les hivernages en intérieur.

L’Agapanthe : La fleur emblématique de Bréhat

L’agapanthe est ici reine. Sa présence sur le caillou nous est si commune que des présentations seraient superflues : plantation et entretien, période de floraison ou moyens de reproduction, ce sont là des connaissances qui touchent presque à la tradition culturelle de notre île. Se remémorer que son nom vient du grec ancien « agapê » et « anthos » qui veut dire littéralement fleur de l’amour, nous illustre à quel point son affection est ancrée dans le cœur de tous depuis le début de cette trouvaille, en Afrique du Sud, au Cap de Bonne-Espérance.

Cette région du monde, aux climats et biotopes variés, a permis de nombreuses sous-espèces aux caractéristiques différentes : résistance au gel, à la sécheresse, à la salinité… de fait que chez nos cultivars, nous retrouvons des variétés caduques ou persistantes, par exemple. Contrairement aux idées établies, certaines agapanthes peuvent affronter des températures extrêmement basses. La floraison est en général estivale, elle passe en revue tout le panel des bleus, du très pâle au bleu très intense et bleu violet, ainsi que différents blancs, en passant par le gris et les fleurs bicolores. Les plantations se font hors période de gel, dans un sol bien drainé. Pour les régions aux hivers rigoureux, faites vos plantations jusqu’à la fin septembre, en garantissant une exposition ensoleillée.

Les Agapanthe, conseils et plantation

Histoire et défis sanitaires : La menace de la cécidomyie

Malheureusement, peu de choses semblent être conservées quant à son histoire. Traditionnellement, elle aurait été utilisée par les populations locales pour protéger et aider la femme au cours de sa vie, de façon médicinale ou magique. Ce seraient des explorateurs néerlandais au 17e siècle qui l’auraient rapportée. Un siècle plus tard, c’est en Angleterre qu’est créée l’hybride connue de nos jardins. Un siècle encore plus tard et cette fleur de l’amour accoste Bréhat.

Deux cents ans de prospérité et de croisements pour en arriver à des jardins fleuris de centaines de cultivars différents, mais depuis peu un mal sévit : Enigmadiplosis agapanthi, la cécidomyie de l’agapanthe. C’est une nouvelle espèce d’un nouveau genre ; nous ne connaissons donc que très peu de choses sur ce moucheron diurne qui serait possiblement de la région d’origine de l’agapanthe. Il serait arrivé lors d’import pour de nouvelles collections. C’est un insecte minuscule, moins de 3 mm, qui a été signalé pour la première fois en 2014 en Angleterre.

Schéma illustrant le cycle de vie de la cécidomyie et ses effets sur les boutons floraux

La femelle pond dans les boutons floraux, provoquant gales et déformation de la fleur jusqu’à flétrissement prématuré. Les boutons peuvent être touchés jusqu’au cœur de la plante, rendant impossible toute floraison. Évidemment, il y a des espèces plus ou moins résistantes, ce qui rend leur étude plus complexe, mais nous informe déjà que tout n’est pas perdu. Face à la gravité de la situation, la Pépinière de l’île s’est rapprochée de spécialistes dans l’intention d’étudier la cécidomyie et d’établir un plan d’action pour endiguer le problème.

Stratégies de préservation et gestion des jardins

Traitements phyto, traitements bio à base d’argile, remèdes de grand-mère avec liquide vaisselle et alcool ménager, filets protecteurs « insecte proof », coupe et destruction par le feu des tiges vrillées et contaminées, nettoyage systématique des outils, plantes répulsives telle que la tulbaghia : tout est mis en œuvre pour préserver sa collection riche de centaines d’espèces.

Un passeport phytosanitaire a été mis en place depuis trois ans pour suivre tout mouvement d’agapanthe. Cette procédure permet d’attester l’absence d’infection sanitaire chez les plants de la pépinière ; ainsi, les touristes peuvent rentrer chez eux sans risque de propager le mal. D’ailleurs, c’est le gros risque des échanges de plants entre particuliers : disséminer les œufs de cécidomyie.

Alors que faire ? Il semblerait que le seul moyen réellement fiable pour les particuliers soit de raser le massif infecté avant l’éclosion des boutons et d’en brûler les déchets. Un an de floraison serait ainsi perdu, mais le massif serait plus durablement protégé contre la prolifération. Cette malheureuse situation rappelle une autre histoire, celle d’Aculops fuchsiae, un acarien qui a ravagé les massifs de fuchsia il y a une dizaine d’années. Les premiers foyers confirmés en Europe étaient également en Angleterre et l’insecte provenait également du pays d’origine de la plante. Il y avait eu pour ordre de tout couper et de repartir sur des variétés originelles, plus résistantes. Certains s’y sont employés, d’autres moins. Le problème paraît résolu et pourtant, il n’en est rien : la gale du fuchsia est toujours présente. Dès lors, pourquoi cette impression paisible ? C’est que le fuchsia était présent partout à Bréhat. La résilience des jardins insulaires dépend donc de cette attention constante portée à la diversité et à la santé des espèces acclimatées.

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