Le Datura stramonium : Comprendre les dangers de "l'herbe du diable" et la gestion des risques végétaux

Le monde végétal, bien qu'essentiel à notre cadre de vie, recèle des dangers insoupçonnés. Parmi les espèces les plus préoccupantes, le Datura (Datura stramonium) occupe une place particulière. Souvent qualifiée d’« herbe du diable », cette plante herbacée, présente partout en France, impose une vigilance absolue en raison de sa toxicité extrême. Qu’elle soit confondue avec des cultures potagères ou introduite par erreur dans des environnements domestiques, sa dangerosité nécessite une connaissance approfondie de ses caractéristiques et des mesures de prévention adaptées.

Illustration botanique du Datura stramonium mettant en évidence sa tige bifurquée et ses fleurs en entonnoir

Anatomie et identification d'une plante redoutable

Le Datura stramonium est une plante annuelle qui peut atteindre pratiquement 2 m de hauteur. Sauvage, dangereuse… ce sont les deux termes que nous utiliserons sans doute le plus pour désigner le datura stramonium. Les jardiniers en herbe pourront reconnaître le datura par sa taille, entre 40 cm et jusqu’à plus d’un mètre de hauteur. Il a une « odeur nauséabonde », assurent dans un communiqué commun l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) et l’Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement (Inrae).

Sa tige est robuste et se divise en deux à chaque bifurcation. L’herbe du diable a aussi de grandes feuilles (3 à 24 cm) qui forment un ovale, avec des dents. Pour ce qui est de la fleur, elle est souvent solitaire, blanche, et de grande taille (6-11 cm) en entonnoir. Ces fleurs, pouvant atteindre 20 cm de long, sont dressées et s’épanouissent en solitaire à chaque bifurcation des tiges. Le fruit forme une sorte de capsule épineuse d’environ 5 cm pouvant s’ouvrir. À l’intérieur, des graines brunes/noires de quelques millimètres.

Il convient de ne pas confondre cette espèce avec le Brugmansia. La différence entre le Datura et le Brugmansia est relativement ténue mais ce dernier a des fleurs pendantes alors que le Datura a des fleurs dressées.

La toxicologie du Datura : une menace systémique

Le datura est très toxique. Ce qu’il faut retenir, c’est que « tous les tissus sont dangereux », insiste le chercheur de l’Inrae. Il contient, en particulier dans ses graines, des alcaloïdes. Les alcaloïdes contenus dans le datura (atropine et scopolamine principalement) peuvent provoquer un syndrome anticholinergique ou atropinique.

De très petites quantités suffisent pour déclencher une intoxication. Selon la quantité consommée, cette intoxication peut être mortelle. Les symptômes se manifestent d’abord par des troubles périphériques (dilatation de la pupille et troubles de l’accommodation ; tachycardie, vasodilatation etc..) puis des troubles centraux (agitation, confusion, hallucinations…). Les autres conséquences sont une sécheresse de la bouche prononcée, des troubles de la vue, agitation, confusion, désorientation spatio-temporelle, des paroles incohérentes.

Ils peuvent entraîner une intoxication modérée persistant 8 à 12 heures ou une intoxication sévère durant 2 à 3 jours (la dilatation de la pupille étant particulièrement lente à disparaître). Ces effets induisent, très rapidement après l’ingestion, des signaux marqués de malaise (dessèchement des muqueuses, perte de l’équilibre, pupilles dilatées, le tout suivi d’un délire et d’un coma) qui peuvent entraîner la mort.

Plantes toxiques dans le jardin : attention aux fleurs, feuilles et fruits ! (88 caractères)

Risques de contamination dans la chaîne alimentaire

Le datura pousse particulièrement dans les cultures de légumes. « Elle est présente sur les cultures d’été », indique à actu.fr Xavier Rebout, directeur de recherches en agroécologie à l’Inrae. En France, le datura affectionne les cultures d'été, maïs et tournesol, ou encore les cultures de légumes de plein champ.

La DGCCRF a déjà rappelé des produits à cause du datura. Le datura est en effet à floraison quand se fait la récolte de certains légumes verts. Les épinards, les haricots et flageolets sont plus particulièrement sujets à ce que des fragments de la plante, tous toxiques, soient inclus par inadvertance. Pour ce qui est du sarrasin, c’est plus complexe. Il s’agit « d’une culture en dérobée », c’est-à-dire qui a une croissance rapide et peut donc se faire entre deux cultures annuelles. Le sarrasin, cultivé pour ses grains, peut se retrouver synchronisé avec la période de maturité du datura.

La maîtrise des risques sanitaires à tous les stades de la chaîne alimentaire, y compris en production primaire agricole, est couverte par la réglementation relative au « Paquet Hygiène ». Pour vérifier la bonne application de cette législation, la Direction générale de l’alimentation (DGAL) a mis en place des plans de contrôle chez les agriculteurs sur tout le territoire national. Les contrôles menés par les services de la DGAL visent à vérifier la mise en place efficace de Bonnes Pratiques d’Hygiène chez les agriculteurs. Ces bonnes pratiques sont indispensables pour assurer la qualité sanitaire des produits (par exemple, bonnes pratiques de fertilisation, d’irrigation, de conditionnement des produits, etc.).

Confusion au potager : le risque domestique

Mi-juillet, 4 personnes d’une même famille ont cueilli dans leur jardin potager puis consommé ce qu’elles pensaient être des feuilles de tétragone cornue (Tetragonia tetragonoides, famille des aizoacées), alors qu’il s’agissait de datura. À la base de la confusion, deux points sans doute : datura et tétragone sont des espèces annuelles qui apprécient les températures clémentes, voire estivales et les sols sableux, ce qui en fait des plantes présentes en jardin ; ensuite, les plantules des 2 espèces peuvent présenter une vague similitude de forme.

Comme le rappelle si bien Xavier Reboud, chercheur INRAE en agroécologie, « ce n’est pas parce qu’une plantule émerge là où on a semé qu’elle est issue du lot semé ». Il faut vraiment apprendre à reconnaitre le datura, une plante très caractéristique aux grandes fleurs blanches, qui est un peu l’amanite phalloïde côté plante. La forte odeur vireuse de ses feuilles doit aussi questionner les jardiniers et les récolteurs de plantes sauvages. Si vous en avez acheté ou que le datura pousse contre votre gré, il faut prendre des précautions importantes : ce n’est à manipuler qu’avec des gants.

La toxicité au-delà du Datura : vigilance intérieure

Le monde végétal domestique, qu'il s'agisse de plantes grasses ou de fleurs ornementales, comporte d'autres risques. Certaines plantes, bien qu'esthétiques, présentent des dangers pour les enfants ou les animaux. L'Aloe vera, par exemple, bien que bénéfique sous forme de gel certifié, possède un latex situé sous la peau de la feuille qui est toxique. À l'ingestion, il provoquera des crampes intestinales et aura un effet fortement laxatif. On retrouvera les mêmes risques chez plusieurs succulentes comme l'agave ou l'arbre de Jade.

Tableau comparatif des plantes d'intérieur toxiques et de leurs alternatives sécurisées

La famille des Ficus (elastica, benjamina, lyrata) s'avère toxique pour l'humain comme pour l'animal. Mâcher ses feuilles et éventuellement les ingérer provoquera des vomissements et des diarrhées. Les bulbes à fleurs, comme l'amaryllis, les crocus, les jacinthes ou les tulipes, sont également dangereux : mâchouiller ou ingérer le bulbe provoquera bien des désagréments à nos amis à poils, avec nausée, diarrhée et vomissements.

De même, les Philodendron et Monstera possèdent une sève qui provoquera des irritations cutanées et des gonflements oculaires. Quant à une éventuelle ingestion, ce sera alors la bouche et la gorge qui seront fortement irrités avec la survenue d'hypersalivation, de vomissements et parfois d'atteinte plus sévère de l'estomac. Enfin, le pommier d'amour, dont les fruits ressemblent à des tomates cerises, est un piège redoutable. Fièvre, irritation, gastroentérite et conséquences parfois plus sévères attendent ceux qui s'aventureraient à croquer dans ces grosses baies.

Face à ces risques, la prévention reste la règle d'or. Il est conseillé de choisir des plantes non toxiques ou, à défaut, de les placer hors de portée des publics à risque. Des alternatives existent : pour les succulentes, le genre Haworthia est un choix sûr ; pour les grandes plantes arbustives, la famille des palmiers, comme le kentia, est idéale. Pour les grimpantes, le Hoya carnosa offre une alternative esthétique et sans danger. Enfin, pour les fêtes, le cactus de Noël (Schlumbergera) est une plante grasse à privilégier pour rejoindre un bord de fenêtre enguirlandée, limitant grandement les risques en comparaison avec le houx ou le gui.

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