La Flore Exubérante de Cuba : Entre Invasion et Valorisation Économique

Cuba, une île des Caraïbes souvent associée à la salsa, aux plages idylliques et aux symboles révolutionnaires, révèle une biodiversité végétale d'une richesse inouïe. Avec près de 8 000 espèces végétales répertoriées, dont environ 50 % sont endémiques, la flore cubaine est un trésor naturel. Cependant, cette richesse est également confrontée à des défis, notamment l'invasion d'espèces exotiques comme le marabou et la gestion de ses conséquences sur l'environnement et l'économie locale. Au-delà des espèces envahissantes, l'île abrite une grande diversité de plantes grasses, ou succulentes, qui fascinent par leur capacité à s'adapter à des environnements arides.

Carte de la flore de Cuba

Le Marabou : Une Plante Envahissante aux Multiples Facettes

Le marabou, de son nom scientifique Dichrostachys cinerea, est une légumineuse de la famille des fabacées, également connue sous les noms de mimosa clochette, sicklebush, Bell mimosa, Chinese lantern tree ou Kalahari Christmas tree. Originaire de l'Afrique du Sud, cette essence envahissante, introduite à Cuba au XIXe siècle, s'est répandue à partir de Camagüey le long des voies de communication. Sa progression a été fulgurante : de 400 hectares en 1930, il a envahi 1 141 550 hectares au XXIe siècle, recouvrant aujourd'hui 1,7 million d'hectares de terres autrefois productives.

Le marabou est une plante très agressive qui pousse dans tous les sols, à toutes les altitudes et dans tous les microclimats, se retrouvant dans presque tous les types de végétation présents sur l’île. Son aspect buissonnant et ses épines redoutables pourraient en faire de bonnes haies naturelles dans les immenses exploitations de la plaine centrale. Cependant, il a envahi les terres agricoles abandonnées et peut limiter la capacité de production des aires agricoles actuellement utilisées. Il rivalise pour l’espace dans les aires protégées, empêchant l’établissement d’une végétation indigène.

Plante de marabou avec son feuillage et ses fleurs

Une fois établie, la plante est très difficile à éradiquer, ses immenses racines produisant des rejets à foison. À l’image du chiendent, plus vous la coupez, plus elle prospère. Sauf que ce chiendent-là a des troncs de 18 cm de diamètre et des épines redoutables. En l’absence d’herbicides (ce marabou est bio), les brûlis et les chèvres sont d’un certain secours mais ne viennent pas à bout du marabou.

La Valorisation Économique du Marabou : Un Ennemi Devenu Allié

Face à cette invasion, Cuba a cherché des moyens de transformer ce problème en opportunité. L'adage populaire « Faisons de l’ennemi un allié » a pris tout son sens. Comme ce bois est résistant aux termites, il se révèle intéressant pour un usage domestique qui comprend les poignées d’outils, les meubles, les objets artisanaux, les poteaux de clôture et le bois de chauffage. En outre, sa capacité à brûler lentement en fait une source idéale pour un charbon de haute qualité, son utilisation la plus répandue. Ce charbon est recherché pour ses qualités : flamme bleue, pas de fumée, peu de cendres, idéal pour faire cuire le pain et les pizzas.

La production de charbon de marabou a augmenté à Cuba, et elle est devenue un produit d'exportation notable. Cuba exporte du charbon en Europe, et le charbon de marabou est même devenu le premier produit artisanal cubain exporté aux États-Unis depuis des décennies. La première livraison aux États-Unis a eu lieu le 18 janvier, avec 40 tonnes destinées à chauffer les fours à pizza de Floride, une quantité modeste au regard des 40 000 à 80 000 tonnes vendues à l’Italie ou l’Allemagne, mais significative compte tenu de l'assouplissement récent de l'embargo.

Dans la Forêt Modèle Sabanas de Manacas de Cuba, où 34 % des surfaces sont couvertes par le marabou, on aborde à la fois le problème de son pouvoir envahissant et l’occasion qu’il procure d’améliorer les sources de revenus locales. Par exemple, un programme de reboisement dans la Forêt Modèle a permis la conversion, sur une période de sept ans, de 3000 hectares infestés de marabou en forêts très productives. Des équipes de deux ou trois fermiers travaillent ensemble à sélectionner les meilleurs arbustes de marabou en fonction de leur diamètre et de leur accessibilité. Le marabou est coupé, transporté, trié et, après un placement soigné dans les fours, transformé en charbon par l’intermédiaire d’une combustion lente et contrôlée sur une période de dix à douze jours.

La Forêt Modèle étudie l’utilisation d’autres procédés de fabrication pour produire le charbon qui sont plus efficaces, favorisent de meilleures conditions de travail et se traduisent par une production accrue et des sources de revenus améliorées. Outre la production de charbon, d'autres pistes sont explorées pour l'utilisation du bois, comme l'ameublement et la fabrication d'ustensiles de cuisine. Récemment, deux ingénieurs cubains ont inventé une machine à récolter le marabou. Cette machine coupe l’arbuste sans abîmer le sol et le transforme en biomasse, laquelle pourrait servir à alimenter en combustible les centrales sucrières.

Producir carbón vegetal a la antigua, en el corazón de Cuba | AFP

La Richesse des Plantes Grasses à Cuba : L'Aeonium et les Succulentes

Au-delà de l'enjeu du marabou, Cuba abrite une grande diversité de plantes grasses, également appelées succulentes. Le terme "succulente" vient du latin suculentus, signifiant "plein de suc", faisant référence à leur capacité à accumuler de l'eau dans leurs tissus pour résister aux périodes de sécheresse. Il est important de noter qu'une sorte d'amalgame se fait souvent entre les plantes grasses et les cactus, comme s'il s'agissait de la même chose, alors que les cactus ne sont qu'une des nombreuses familles de succulentes.

L'aeonium, par exemple, est une plante succulente appartenant à la famille des Crassulacées. Son nom, du grec « aeonion », signifie éternel, car cette plante peut durer toute une vie. En mai, la plupart des aeonium ont de belles fleurs jaunes, cette floraison ayant lieu au printemps. En hiver, la coloration de l'aeonium varie, reprenant d'autres teintes au fur et à mesure que les jours rallongent. Après les gelées, il est recommandé de sortir l'aeonium, en l'habituant progressivement à une exposition ensoleillée.

Aeonium avec fleurs jaunes

Pour la culture en pleine terre, les succulentes ont besoin d’un sol de type sableux afin de favoriser un bon drainage. Dans les autres régions, elles seront cultivées en pot. Le substrat doit être drainant (mélange 2/3 de terreau de bonne qualité, 1/3 sable et graviers/pouzzolane, ou bien un terreau pour plantes grasses). Les pots en terre cuite doivent être percés afin de faciliter le drainage, et il est important d'éviter de les installer dans des pots trop grands. Les plantes succulentes doivent être rempotées tous les 2 ans.

L'arrosage des aeonium doit être adapté aux saisons. En hiver, un arrosage par mois suffit, en veillant à le tenir éloigné du gel. L'été, un arrosage hebdomadaire est conseillé, en laissant sécher la terre entre deux arrosages, car les excès d’eau peuvent être fatals. L’aeonium peut être cultivé en plante d’intérieur, à condition qu’il ait de la lumière (proche d’une fenêtre, véranda, garage…). La pièce devra être la plus fraîche possible pour éviter l’étiolement.

Il convient de surveiller les cochenilles et pucerons qui affectionnent les hivernages en intérieur. Au début du printemps et début d’automne, la plante peut être attaquée par des cochenilles farineuses. Pour y remédier, il suffit de verser sur les feuilles et le tronc un mélange d’alcool ménager (3/4) et huile d’olive ou colza + eau (1/4), en répétant le traitement 2 à 3 fois (espacé de 10 jours).

Diversité des Familles de Succulentes

Les plantes succulentes regroupent plusieurs grandes familles, chacune avec ses particularités :

Les Cactacées

Avec plus de 2300 espèces, c'est la plus importante famille parmi les succulentes. Il s'agit des vrais cactus que l'on ne doit pas confondre avec les euphorbes. Pour les distinguer, les cactus ont des petits coussinets feutrés à la base des aiguillons (et non pas des épines). Les cactées sont classées en 3 sous-familles : les Pereskioïdées, les Opuntioïdées et les Cactoïdées.

Illustration des différents types de cactus

Les Mésembryanthémacées

Cette famille compte plus de 2000 espèces. Leur fructification les réunit. On les appelle aussi plantes-cailloux, doigt de sorcière, ficoïdes et "mesems". Elles présentent des formes variées : rampantes, arbustives, sans tiges (acaules), ou encore mimétiques.

Les Crassulacées

Avec environ 1300 espèces connues, c'est leur feuillage et leur floraison qui font leur charme. On les retrouve beaucoup dans les intérieurs mais aussi dans les rocailles. L'aeonium en est un exemple emblématique.

Les Composées

Quelques plantes succulentes appartiennent à la plus riche des familles botaniques, les Composées, démontrant la grande adaptabilité de ces plantes à divers environnements.

Composition de différentes plantes succulentes

La Richesse de la Faune et de la Flore Cubaines : Un Équilibre Fragile

La flore exubérante de Cuba, marquée par ses forêts tropicales, ses arbres fruitiers (manguiers, goyaviers, avocatiers…), ses bois précieux (acajou, cèdre), ses mangroves et ses magnifiques palmiers royaux, est le résultat d'un effort constant de reboisement et de préservation des espaces naturels, un des enjeux majeurs de la révolution cubaine après une période coloniale de déforestation massive.

Cependant, la faune terrestre n’est pas très représentative à Cuba. Chassés à outrance et surtout victimes de la déforestation massive avant la révolution, les gros mammifères ont quasiment, voire complètement disparu de l’île. C'est plutôt du côté des oiseaux et des fonds marins que Cuba fascine. Selon les saisons de migration, près de 350 espèces d’oiseaux, dont 28 endémiques à l’île, peuvent être observées, notamment dans la péninsule de Zapata, un vaste marécage protégé depuis 1959. Dans les cayos, des colonies de flamants roses et autres oiseaux marins animent les paysages.

Parmi les reptiles, le Crocodylus Rhombifer, le crocodile cubain, une espèce menacée d’extinction, fait l’objet d’un programme de protection et d’élevage, tout comme le manjuari, un poisson fossile tout droit sorti de la préhistoire. Les iguanes, lézards, crapauds et grenouilles font également partie des espèces remarquables de l'île. L'équilibre entre la préservation de cette richesse naturelle et la gestion des espèces invasives comme le marabou reste un défi majeur pour Cuba.

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