Depuis des millénaires, les plantes et les champignons ont été des compagnons de l'humanité, offrant nourriture, remèdes, et parfois, des clés vers des états de conscience modifiée. Guérisseuses ou toxiques, ces végétaux et autres organismes ont la capacité surprenante de modifier la perception, d'emmener l'esprit vers des zones inconnues, de créer des hallucinations et d'ouvrir à une conscience altérée. Des hallucinations visuelles accompagnées de couleurs fantastiques ou d'une distorsion des objets, aux hallucinations auditives, olfactives ou sensitives, certaines plantes et champignons sont capables de nous plonger dans un état psychédélique. La fascination pour ces substances dites psychotropes, capables d'induire un état modifié de conscience, a traversé les âges et les cultures, de l'Antiquité jusqu'à la "renaissance psychédélique" contemporaine.

Les Plantes Enthéogènes : Une Connexion avec le Divin
Lorsque l'effet psychotrope de ces plantes est utilisé à des fins religieuses, spirituelles ou chamaniques, on parle alors de plantes enthéogènes. Ce terme, issu du grec ancien "entheos" (qui a un dieu en soi) et "genesthai" (engendrer), souligne leur rôle dans la recherche d'une connexion avec un monde plus vaste, avec la nature, ou avec le divin. Les devins, les chamans, les prêtres et autres personnes liées au sacré dans diverses sociétés ont de tout temps fait appel aux bienfaits de ces plantes pour "entrer en transe", atteindre un état de conscience inaccessible permettant de communier avec les divinités et d'avoir accès à des révélations divines obscures.
Les Hallucinogènes Naturels de Nos Jardins et de Nos Campagnes
Sous nos climats, certaines plantes, d'apparence parfois inoffensive, cachent des propriétés aussi étonnantes que détonantes. Elles étaient utilisées par les "sorcières" du Moyen-Âge et sont encore, de nos jours, parfois recherchées pour des usages récréatifs. Cependant, il est crucial de souligner que ces plantes, souvent prohibées, peuvent être très toxiques et parfois conduire à la mort.
La Famille des Solanacées : Méfiance de Rigueur
La famille des Solanacées, bien connue pour inclure des plantes comestibles comme la tomate, la pomme de terre et l'aubergine, regroupe également de nombreuses espèces toxiques, dont certaines possèdent des propriétés hallucinogènes.
La Belladone (Atropa belladonna) ou "herbe au diable" : Cette plante vivace forme un buisson pouvant atteindre 1,5 mètre de hauteur. Ses feuilles sont ovales et vert franc, et ses fleurs en cloches brunes, visibles en été, laissent place à des baies noires brillantes. Toute la plante est toxique ; l'ingestion d'une dizaine de baies seulement peut être mortelle. La belladone pousse sur les zones en friches dans les prairies, les lisières de bois, les haies, en France, en Europe centrale et méridionale. Ses principes actifs sont l'hyoscyamine ainsi que deux autres alcaloïdes, l'atropine et la scopolamine, qui ont des effets hallucinogènes. Au XIIIe siècle, Sainte Hildegarde mettait déjà en garde contre son utilisation en interne, car "il est dangereux pour l'homme de manger ou de boire de « la belle dame », car elle frappe son esprit et en quelque sorte le tue." Néanmoins, elle la recommandait en onguent pour soigner les rages de dents. Les femmes italiennes de la Renaissance en consommaient occasionnellement par gouttes oculaires car les baies ont pour effet de rendre les yeux brillants et de dilater la pupille, les rendant alors plus attirantes.
Le Datura (Datura stramonium) ou "stramoine" : Plante herbacée annuelle très commune dans les friches, les champs, les sols pauvres et parfois dans les vignes, le datura se présente sous la forme d'une touffe entre 40 cm et 1,5 mètre de hauteur. Des fleurs blanches en trompettes érigées apparaissent en fin d'été. La plante est entièrement toxique. Comme la belladone, elle contient de l'atropine, de la scopolamine et de l'hyosciamine, qui provoquent des hallucinations très anxiogènes et parfois un délire. Une surdose peut conduire au décès. Il est important de noter que certains datura sont utilisés comme plantes ornementales et présentent le même type de propriétés. Déjà mentionnée dans le Kamasutra au VIe siècle, elle fut ensuite utilisée par les sorciers en Europe.
Le Brugmansia (Brugmansia vulcanicola) : Parfois confondu avec le datura, le brugmansia est un arbuste pouvant atteindre 5 mètres de hauteur en Amérique du Sud, dont il est originaire. Il est cependant souvent cultivé dans nos jardins si les hivers y sont doux pour ses grandes fleurs en trompettes retombantes, à la fois colorées et odorantes. Toutes les parties de la plante sont toxiques et contiennent de la scopolamine, qui provoque des hallucinations.
La Mandragore (Mandragora officinarum) : Cette plante herbacée vivace est légendaire par sa connotation magique. Elle forme une touffe de 30 cm de hauteur et dégage une forte odeur. Ses grandes feuilles molles vert franc servent d'écrin en automne et en début d'hiver à des fleurs en clochettes blanc verdâtre à mauve. Sa racine pivotante, évoquant la forme d'un corps humain, a encore accentué les légendes qui l'entourent. On la trouve sur le pourtour méditerranéen, mais elle se fait de plus en plus rare. La mandragore contient de nombreux alcaloïdes tropaniques qui provoquent des hallucinations, une narcose et une dilatation des pupilles. Bien connue des fans d’Harry Potter, la mandragore existe bel et bien. On la rencontre souvent dans les écrits magiques ou les herbiers du Moyen-Âge et même chez Hippocrate au Ve siècle av. J.-C. ! Le célèbre médecin grec la conseillait en remède contre la mélancolie ou la dépression, mais mettait en garde contre le surdosage qui pourrait causer le délire. Les Grecs l'appelaient "kirkaia", en référence à la magicienne Circé. Ses effets hallucinogènes sont remarquables, notamment grâce à la capacité de ses principes actifs de traverser facilement la peau et d’atteindre la circulation sanguine. La légende raconte que les sorcières s’enduisaient les muqueuses et les aisselles avec un onguent à base de mandragore et entraient en transe. L’usage enthéogène de cette plante a connu son âge d’or avec les sorcières qui, d’après les légendes, consommaient de la racine de mandragore sous forme d’onguent avant de se rendre au sabbat (l'absorption étant plus rapide), ou encore s’en enduisaient bâtons et autres fourches durant le sabbat afin de connaître des crises psychédéliques.
L'Hortensia : Une Tendance Douteuse
Si les gros bouquets de fleurs d'hortensia ne vous tentent pas que pour la décoration, il est fortement déconseillé de fumer les feuilles et les pétales séchés de cette belle plante de nos jardins pour obtenir des effets psychotropes similaires à ceux du cannabis. Cette tendance, venue d'Allemagne, risque même de provoquer des empoisonnements dus à la présence d'acide cyanhydrique dans la plante. L'effet hallucinogène n'a pas été prouvé pour le moment, et l'on soupçonne même un fort effet placebo dans ce type de "fumette". Il faut souligner que cette pratique est récente et très peu suivie dans le reste de l'Europe.
Les Champignons Hallucinogènes : Des Enthéogènes Redécouverts
Bien que n'étant pas des végétaux au sens botanique du terme, les champignons leur sont souvent assimilés à tort. Leur utilisation est très ancienne, avec des traces remontant à plus de 7 000 ans avant J.-C. dans le Sahara. Des indices de leur usage lors des rites religieux ont été découverts en Europe au XIXe siècle.
Le "psilo" (Psilocybe semilanceata) : C'est la star des champignons psychédéliques, même s'il est discret. Ne dépassant pas 2,5 cm, il arbore une couleur chamois et un chapeau en fer de lance surmonté d'un mamelon proéminent. Le pied est fin. Ce champignon "magique" pousse communément dans les prairies fertilisées par le bétail entre la fin de l'été et le début de l'hiver, plutôt en altitude. Il contient pour substances actives la psilocybine et la baeocystine, aux propriétés hautement hallucinatoires qui agissent sur les cinq sens à la fois. Chez certaines personnes, il peut entraîner un "bad trip", voire un délire paranoïaque. Le psilocybe, considéré comme une substance stupéfiante, est prohibé à la vente et à la consommation en France.
L'Amanite tue-mouche (Amanita muscaria) : Ce champignon au pied blanc présente un anneau. Son beau chapeau rouge orangé (10 à 20 cm) est couvert de verrues blanches. L'amanite tue-mouche pousse dans les forêts de feuillus et de conifères. Elle contient des composés psychotropes comme la muscimole et l'acide iboténique qui, notons-le, sont présents en plus grande quantité sur les champignons de printemps. Hallucinations, grande joie, envie de chanter et de danser, perception colorée, mais aussi convulsions et tremblements sont au programme. Attention, ce champignon peut être mortel à hautes doses s'il n'est pas préalablement détoxifié dans l'eau bouillie.
L'ergot de seigle : Ce champignon parasite a été à l'origine de véritables épidémies autour de l'an Mil, connues sous les appellations de "mal des ardents" ou "feu de Saint-Antoine", en raison des propriétés de ses alcaloïdes. C'est également un dérivé synthétique d'une substance produite par l'ergot de seigle, le LSD (acide lysergique), qui est l'un des hallucinogènes synthétiques les plus connus.
Le danger des champignons hallucinogènes !
Les Plantes Exotiques Psychotropes et les Traditions de Guérison Anciennes
Outre les plantes de nos régions, de nombreuses plantes hallucinogènes exotiques sont utilisées lors de rituels chamaniques ou religieux à travers le monde, particulièrement en Amérique du Sud. La "renaissance psychédélique" actuelle met en lumière l'intérêt croissant des sciences occidentales pour ces substances, anciennement considérées comme des drogues irrémédiablement nuisibles, aujourd'hui largement étudiées pour leurs bienfaits thérapeutiques.
Le Pérou : Carrefour des Systèmes de Guérison Traditionnels
Le Pérou, troisième plus grand pays d'Amérique du Sud, se distingue par sa remarquable diversité culturelle et biologique, qui a donné naissance à des systèmes de soins traditionnels uniques dans chacune de ses trois régions géographiques distinctes : les déserts arides de la côte pacifique (costa), les forêts humides du bassin amazonien (selva) et l'imposante chaîne de montagne andine (sierra). Ces systèmes de guérison traditionnels, dont certains remonteraient à l'époque préhistorique, sont reconnus pour leur utilisation saillante des plantes psychotropes.
Les Andes (sierra) et le Cocaïer (Erythroxylum coca) : La médecine traditionnelle dans les Andes est intimement liée à la plante de coca que les Incas précolombiens vénéraient comme sacrée. La plus ancienne preuve archéologique de l’utilisation de la feuille de cette plante remonte à 8 000 ans avant notre ère, soit des milliers d’années avant les Incas, ce qui en fait l'une des plus anciennes plantes cultivées sur le continent américain. Elle reste au cœur de la vie contemporaine des Andins et sert communément à des fins nutritionnelles, médicinales et spirituelles. Les feuilles se trouvent couramment dans les pharmacopées familiales (par exemple, pour soigner les malaises gastro-intestinaux) et sont largement utilisées pour les offrandes rituelles thérapeutiques ou comme paiement à la terre. Dans l’ontologie andine, la terre est conçue comme sentiente et sacrée ; les Aymaras et les Quechuas, par exemple, vénèrent la terre (pacha ou Pachamama) et les sommets enneigés des montagnes andines (apus) comme des divinités de premier ordre. Dans ce contexte, la plante de coca agit comme une sorte de pont entre l'être humain, la nature et le monde des esprits. Elle n’est pas simplement vue comme une plante ou un objet, mais comme un être sensible doué de sagesse. Les guérisseurs traditionnels spécialisés des Andes font appel à ses propriétés pour communiquer avec le monde des esprits, afin de diagnostiquer et soigner les problèmes de santé. Par exemple, elle est utilisée pour traiter la maladie de la frayeur, ou susto, un trouble de la santé qui résulte d’un choc ou d’un effroi, et qui s’accompagne d’un ensemble de symptômes typiques que l’on interprète comme étant causés par la perte de l’âme. Pour soigner ce mal, le guérisseur consulte la plante de coca qui l’aide à localiser dans l’espace et le temps la partie dissociée du patient, soit de son âme, de son énergie vitale ou de sa psyché.
La Côte Pacifique Nord (costa) et le Cactus Huachuma (Echinopsis pachanoi) : Les déserts nordiques de la côte pacifique du Pérou et les montagnes adjacentes sont considérés comme une région où convergent les systèmes de soins traditionnels. Typiquement, les guérisseurs traditionnels de cette zone utilisent la huachuma, un cactus psychotrope qui croît dans la région et qui est aussi appelé le cactus San Pedro. Des fouilles archéologiques ont permis entre autres de découvrir des céramiques pré-incaïques représentant ce cactus dans des contextes d’autels de guérison, ce qui nous laisse croire que cette tradition remonte à des milliers d’années. Le cactus demeure un outil et un allié importants pour les guérisseurs contemporains de la région. Ceux-ci président des cérémonies curatives appelées mesadas, qui ont souvent lieu sur des sites naturels importants. À l’instar du plant de coca dans la tradition andine, le cactus psychotrope n’est pas considéré comme une simple substance à partir de laquelle on prépare un remède, mais comme un être sensible et conscient doté de la faculté d’agir, qui informe et aide le guérisseur quant au processus de traitement. Au cours d’une mesada, qui peut durer toute la nuit, les patients prennent part à une cérémonie guidée par un huachumero formé (aussi appelé sanpedrero). Le diagnostic et le traitement se réalisent par le biais d’interventions complexes de la part du guérisseur et du cactus, utilisant comme interfaces des objets rituels de la mesa (autel de guérison).
L'Amazonie (selva) et l'Ayahuasca (Banisteriopsis caapi) et le Tabac (Nicotiana rustica) : Les systèmes médicaux qui se sont développés à l’est des Andes, dans la zone tropicale amazonienne, ont une manière raffinée d’utiliser les plantes médicinales de la forêt en faisant appel à des techniques traditionnelles sophistiquées. Ils comptent une abondance de moyens thérapeutiques ayant différents effets et fonctions, y compris la fameuse infusion d’ayahuasca. Cette dernière est abondamment étudiée dans le contexte de la renaissance psychédélique, entre autres, pour le traitement de la dépression, de l’angoisse et de la toxicomanie. Cependant, l’ayahuasca n’est qu’une plante psychotrope parmi tant d’autres qui composent la pharmacopée amazonienne. Tout comme dans les traditions côtières et andines, ces plantes médicinales sont considérées comme plus qu’un simple remède à base de plantes ; elles sont « des personnes non humaines » qui peuvent aider les malades et former les aspirants guérisseurs. La plante spécifique qui est considérée comme sa principale enseignante déterminera le domaine de spécialisation du guérisseur amazonien : parmi les mestizos curandero/as (guérisseurs), il y a l’ayahuasquero/a, un guérisseur qui a reçu ses principaux enseignements de l’ayahuasca ; le tabaquero, qui a principalement été formé par la plante de tabac ; le palero qui travaille surtout avec les arbres médicinaux (palos), et ainsi de suite. La collaboration et la communication interespèces se manifestent surtout en relation avec des plantes qu’on appelle plantas maestras (plantes maîtresses ou mentores), plantas con madre (plantes avec mère), plantas que enseñan (plantes d’enseignement) ou doctores (docteures). L'ayahuasca est un mélange d'écorce et de tiges d'une liane du genre Banisteriopsis et d'un additif. Il contient un hallucinogène naturel : la diméthytryptamine ou DMT. Ce mélange accompagne des expériences spirituelles et de médecine divinatoire depuis des milliers d'années. Les chamans le consomment pour entrer en communication avec les esprits de la nature et trouver le bon remède pour soigner leurs patients. Le tourisme de l’ayahuasca s’intensifie depuis le début des années 2000, avec des Occidentaux cherchant à planer, à faire une introspection et à exorciser quelques mauvaises expériences de façon « traditionnelle ». Il est important de noter que l'Ayahuasca est sujet à controverse depuis quelques années.

Autres Plantes Exotiques Notables
Le Peyotl (Lophophora williamsii) : Ce cactus sans épine, velu avec de petites touffes soyeuses, contient une forte concentration de mescaline (un puissant alcaloïde) et est connu pour ses effets psychédéliques. On retrouve des traces de sa consommation en 4 000 ans av. J.-C. Les peuples méso-américains Huichols et Mazatecs utilisent le peyotl. La mescaline a des effets semblables au LSD ou aux champignons (hallucinations, visions psychédéliques, risque de paranoïa, terreur). Elle serait l’une des plus anciennes et puissantes substances psychoactives utilisée par l’Homme.
L'Iboga (Tabernanthe iboga) : En Afrique centrale, cet arbuste de la famille des Apocynaceae est associé au Bwiti, un rite de passage gabonais où les jeunes hommes entrent dans l’âge adulte en retrouvant symboliquement l’état d’avant la naissance. Une forme de ce rite est réservée aux femmes. Depuis le début des années 60, l’iboga a été expérimenté dans la lutte contre l’addiction aux opiacés, mais souffre de la même interdiction que toutes les substances psychoactives. Son principe actif est l'ibogaïne. Des risques importants ont été répertoriés en 2006, notamment en cas de sevrage "sauvage" sans accompagnement médical strict.
La Salvia divinorum (Sauge divinatoire) : Originaire du Mexique, la « sauge des devins » est traditionnellement cultivée dans les régions montagneuses de la Sierra Mazateca d’Oaxaca et utilisée par les chamanes et indiens Mazatèques. La préparation traditionnelle consiste à en retirer la pulpe et à la faire infuser à une certaine température avant de la boire ou de la manger. Les molécules psychoactives sont plus facilement absorbées par la muqueuse buccale que par l’estomac, ou lorsqu’elles sont fumées. La salvinorine A, son principe actif, est notablement l'une des rares substances hallucinogènes naturelles non inscrites sur la liste des stupéfiants en France.
La Calea zacatechichi : Également utilisée par les chamanes Chontals de la région d’Oaxaca, son utilisation est ancestrale, mais peu de recherches et d’écrits ont été faits, les études étant récentes et ne donnant que peu d’information. Son nom indigène « Thle-Pelakano » signifie plante amère, traduisant bien son goût peu délicat et même plutôt écœurant en infusion.
La Guayusa : Appelée également « night watchman’s plant », cette plante améliorerait la vision des chasseurs de nuit et leur permettrait de « voir de nuit comme le jour ». Cette plante traditionnelle possède d’autres vertus notamment grâce à sa haute teneur en caféine et en antioxydants, elle est énergisante, dynamise la digestion, aphrodisiaque et permet une clarté psychique et physique.
Le Yauhtli (Tagetes lucida) ou "herbe des nuages" ou estragon mexicain : Le Yauhtli est une plante du Mexique et d’Amérique Centrale dont les feuilles et les fleurs sont utilisées traditionnellement pour parfumer le chocolatl (boisson à base d’eau, de cacao, de vanille et de piment) consommé par les Aztèques et les Mayas. Cette plante avait un usage médicinal destiné à calmer les crises de panique et de folie mais était également utilisée en tant qu’encens destiné au dieu de la pluie Tlaloc, et en fumigation pour les hommes destinés à être sacrifiés à Xiutecuhtli, le dieu du feu.
L'Armoise (Artemisia) : Il existe 365 espèces d’artemisia dans le monde, certaines possédant des propriétés intéressantes. L’utilisation de l’armoise n’est pas récente, en effet, elle remonte à l’Antiquité et était associée aux femmes, c’est la raison pour laquelle elle porte le nom d’Artémis, déesse de la lune, des accouchements, de la nature et de la chasse. Les Gaulois, eux, la nommaient « ponema ». Cette plante est un antispasmodique, stimulant digestif, anti-inflammatoire, antibactérien, remède à un empoisonnement à la ciguë et permet de réguler les cycles féminins. Les initiés du culte d’Isis portaient un petit bouquet et on peut facilement imaginer qu’elle était utilisée en fumigation, offrande ou tout autre usage religieux et spirituel.
Le Chanvre (Cannabis sativa) : Le Plus Célèbre des Enthéogènes
Le chanvre, aussi appelé Cannabis sativa, est sans doute l’une des plus connues et des plus anciennes de ces plantes. Bien que son utilisation ait été interdite dans le courant du XXe siècle, le cannabis côtoie l’Homme depuis le Néolithique et sa culture remonte au moins à l’Antiquité. Bien que l’on retrouve des traces de cette plante sous la plume du grec Hérodote au Ve siècle avant J.-C., c’est en Orient que son usage spirituel et religieux se développe. La plus ancienne mention du chanvre date du XVe siècle avant notre ère et apparaît dans l’un des textes sacrés de l’hindouisme : l'Atharva-Véda. Le chanvre était considéré comme une plante sacrée, associée à Shiva et à des rituels de purification.
D'un point de vue botanique, il n’y a qu’une seule espèce de Chanvre, Cannabis sativa, et ce sont seulement les variations des conditions environnementales qui vont « orienter » son métabolisme vers l’élaboration, soit de fibres textiles, soit de résine potentiellement hallucinogène. On a pu isoler de cette résine plus de 80 molécules. On sait aujourd’hui que c’est le tétrahydro-cannabinol ou THC qui est responsable de ces effets. Il semble que cette molécule pourrait dériver d’une autre molécule, le cannabidiol ou CBD, qui est dépourvu d’effets psychotropes.
Il existe des formes très diverses de Cannabis et pas toutes psychotropes, car elles ne contiennent pas toutes du THC, mais en revanche le CBD y est toujours présent.
Cannabis sativa subsp. indica : Cette sous-espèce possède du THC essentiellement présent sur les poils glanduleux qui recouvrent les parties externes de la fleur femelle. Les sommités fleuries en contiennent davantage que les feuilles. Originaire des régions montagneuses du Pakistan et de l’Afghanistan, il est plus adapté aux climats difficiles. On l’appelle aussi “chanvre indien”, qui se distingue du “chanvre utilitaire” (Cannabis sativa subsp. sativa), cultivé pour le textile et peu chargé en THC.
Cannabis sativa subsp. sativa : Cette sous-espèce aime les climats doux et très ensoleillés. Il peut aider à nettoyer des sols abîmés, est une source naturellement riche en acide gras oméga-3, et propose des fibres solides et recyclables.
Cannabis ruderalis : Originaire d’Asie centrale, cette espèce est une sorte de juste milieu entre les deux précédentes, tant en THC qu’en CBD. Il a été découvert en 1924 par D.E. Janischevsky, botaniste, dans une forêt au climat froid et sec de Russie. Ses feuilles, nombreuses et plus petites, permettent de le différencier des variétés sativa et indica.
Depuis juillet 2019, l’Agence Française du Médicament a donné son accord pour une expérimentation sur 2 ans. Des patients souffrant de douleurs neuropathiques, d’épilepsies sévères, de certains symptômes en oncologie, de soins palliatifs et de sclérose en plaques recevront un traitement de cannabis. Ce traitement, délivré avec un contrôle strict, est prescrit exclusivement par les spécialistes des maladies précitées.
La Renaissance Psychédélique et l'Intérêt Thérapeutique
Le domaine de la santé mentale connaît actuellement une "renaissance psychédélique" : des substances qui possèdent des propriétés psychotropes, comme le champignon psilocybe, l’ayahuasca, l’iboga ou le cannabis, anciennement considérés comme des drogues irrémédiablement nuisibles, sont aujourd’hui largement étudiées pour leurs bienfaits thérapeutiques. Les résultats s’avèrent prometteurs pour le traitement des troubles de l’humeur, de l’anxiété, de la douleur ou des toxicomanies.
Les sciences occidentales ont commencé à s’intéresser à l’usage thérapeutique des substances psychotropes au milieu du XXe siècle, mais la plupart des recherches universitaires ont fini par être abandonnées en raison de mesures législatives prohibitives et de l’évolution du contexte sociopolitique. Bien que l’étude scientifique de ces substances soit considérée comme une innovation clinique, en réalité, plusieurs d’entre elles sont issues d’anciennes traditions autochtones de guérison.
Dès février 2014, la revue Scientific American lançait un appel pour assouplir la législation sur les drogues psychoactives (MDMA/Ecstasy et LSD). Deux ans plus tard, la Food and Drug Administration (agence américaine du médicament) acceptait les premières études sur l’usage de la MDMA dans le traitement des syndromes post-traumatiques et les troubles anxieux graves. La psilocybine, connue pour ses effets psychédéliques, contenue dans les champignons, fait également l’objet d’études. Elle pourrait compléter favorablement un travail de psychothérapie. En 2017, William Richards, psychologue de l’université John-Hopkins à Baltimore, a lancé une recherche sur 400 patients souffrant d’anxiété et de dépression. La moitié d’entre eux étaient en bonne santé, l’autre était atteinte de cancer. L’accompagnement thérapeutique est un impératif pour utiliser ces substances qui agissent comme des catalyseurs, mais dont les effets sont extrêmement dépendants de l’environnement et de la psyché des patients.

La Classification des Substances Psychotropes
Il est important de distinguer les différentes catégories de substances psychoactives pour mieux comprendre leurs effets et leurs risques.
Les narcotiques au sens strict : Ils correspondent aux opiacés, avec le Pavot. Ils peuvent aller de l'opium fumé à la morphine, puis à l'héroïne et enfin aux antidouleurs actuels.
Les stimulants : Ils constituent un groupe à part, avec le Cocaïer d’Amérique du Sud et le Khat du pourtour de la mer Rouge. Si, à faible dose, ces plantes sont des palliatifs aux conditions de vie des populations locales, elles deviennent rapidement accoutumantes.
Les hallucinogènes délirants : Ils rassemblent des Solanacées, dont l’absorption provoque, à partir d’une certaine dose, des phases de délire dues à la présence d’atropine. Ce sont d’une part des plantes européennes avec les fameuses « plantes de sorcières » du Moyen Âge (Mandragore, Jusquiame, Belladone, Datura), d’autre part les Brugmansia originaires de la Cordillère des Andes mais que l’on introduit dans nos plates-bandes. L’atropine, aujourd’hui obtenue par synthèse, est très utilisée en thérapeutique.
Les hallucinogènes dissociatifs : Ils provoquent une sensation de décorporation et de rencontre avec des entités spirituelles. On citera l’Ayahuasca qui est une liane du bassin de l’Amazone, ainsi que les feuilles d’un arbuste du bassin de l’Amazone, Psychotria viridis, dont l’usage concomitant avec l’Ayahuasca permet de décupler ses effets. Il y a également les champignons du genre Psilocybe recherchés sur tous les continents.
Cadre Légal et Consommation en France
En droit international, la Convention de Vienne de 1971 sur les substances psychotropes classe comme stupéfiants la psilocine et la psilocybine, contenues dans certains champignons. Le droit français est beaucoup plus strict puisque tous les champignons hallucinogènes sont classés comme stupéfiants, quel que soit leur genre. Il en va de même des hallucinogènes d’origine synthétique (LSD, GHB, kétamine, etc.). À ce titre, les hallucinogènes tombent sous le coup de la loi du 31 décembre 1970 relative aux mesures sanitaires de lutte contre la toxicomanie et à la répression du trafic et de l’usage de substances vénéneuses. La consommation de ces plantes enthéogènes est fortement réglementée, voire interdite.
Les substances hallucinogènes ne font pas l’objet d’un trafic organisé ou de grande ampleur en France comme d’autres substances illicites. Le nombre de saisies et d’interpellations pour usage simple et trafic ou usage-revente de substances hallucinogènes sont très faibles du fait de l’absence de trafic structuré. Ainsi, les quantités saisies, qui connaissent une part importante de variation aléatoire d’une année sur l’autre, ne sont pas réellement représentatives de la présence des substances sur le territoire national. En outre, ces substances hallucinogènes échappent aux kits utilisés lors des contrôles routiers.

Consommation en population adolescente et adulte en France
Population adolescente : Parmi les lycéens, 2,2 % ont déclaré en 2022 avoir déjà expérimenté les champignons hallucinogènes et 1,3 % le LSD. Ces niveaux parmi les lycéens sont en baisse par rapport à 2018. À 17 ans, dans l’Enquête sur la santé et les consommations lors de la journée défense et citoyenneté (ESCAPAD) 2022, les niveaux d’expérimentation déclarés sont comparables avec respectivement 1,1 % et 1,0 %, ces niveaux sont également en baisse relativement à l’enquête 2017.
Population adulte : Les champignons hallucinogènes, même si leur usage reste faible en population générale adulte, sont parmi les produits illicites les plus expérimentés après le cannabis chez les moins de 30 ans. En 2023, 8,0 % des personnes âgées de 18-64 ans en ont déjà consommé au moins une fois dans leur vie (11,7 % chez les hommes et 4,5 % chez les femmes), mais ce niveau est plus élevé chez les 25-34 ans (12,0 %) et les 35-44 ans (12,5 %), traduisant ainsi un fort phénomène générationnel. La consommation au cours de l’année ne concerne, quant à elle, pas plus de 0,9 % des 18-64 ans. Elle est maximale entre 18 ans et 25 ans (2,4 %). En 2023, la fréquence de l'expérimentation de LSD en population générale est relativement faible (4,6 % des personnes de 18 à 64 ans). Là encore, ce sont les jeunes générations qui l’ont le plus fréquemment essayé, la part la plus importante étant celle observée chez les 26-34 ans (6,7 %). L’usage au cours de l’année passée ne concerne que 0,6 % des 18-64 ans, et 1,8 % des 18-24 ans, classe d’âge la plus consommatrice.
Comparaison avec les autres pays européens
Chez les jeunes adultes (15-34 ans), les données disponibles au niveau européen font état d’estimations de la prévalence du LSD et des champignons hallucinogènes pour l’année précédente égales ou inférieures à 1 % pour les deux substances. Les exceptions à cette règle sont la Finlande (2,0 % en 2018), l’Estonie (1,6 % en 2018, 16-34 ans) et les Pays-Bas (1,1 % en 2019) pour les champignons hallucinogènes, et la Finlande (2,0 % en 2018) et l’Estonie (1,7 % en 2018, 16-34 ans) pour le LSD.
Conséquences et Perceptions
Les hallucinogènes n'entraînent habituellement ni dépendance ni tolérance, en particulier du fait de leur consommation en séquences relativement espacées. En agissant sur les neurones du cerveau, leur usage induit des distorsions des perceptions qui peuvent être visuelles, auditives, spatiales et temporelles ou concerner la perception que l'individu a de son corps.
Les effets négatifs évoqués par les usagers sont surtout les « bad trips », des malaises « à tonalité cauchemardesque » accompagnés d’angoisse. Des effets durables, parfois sur plusieurs jours (usagers « scotchés » ou « perchés »), mais aussi des risques avérés d’accidents ou d’actes inconsidérés liés au vécu délirant sont également mentionnés. Les effets secondaires non recherchés sont également liés aux aléas dans la pureté des produits.
Les usagers décrivent la consommation de LSD comme ayant un statut à part. Elle est associée à une expérience initiatique souvent dotée d’une dimension mystique ou d’introspection qui marque les esprits. Si la popularité du LSD parmi les amateurs de voyages psychédéliques demeure, le produit continue à faire peur à nombre d’amateurs de substances psychotropes, limitant probablement sa diffusion.