La culture des céréales en méteil : avantages et techniques pour une agriculture durable

Le méteil, une pratique agricole ancestrale remise au goût du jour, représente une association de céréales et de protéagineux, offrant de multiples avantages pour l'élevage et la durabilité des systèmes agricoles. Longtemps utilisé pour garantir la subsistance en des temps incertains, le méteil a évolué pour devenir une solution agroécologique pertinente face aux défis contemporains, notamment la recherche d'autonomie protéique et la réduction des intrants.

Schéma de composition d'un méteil

Qu'est-ce que le méteil et ses différentes formes ?

À l'origine, le méteil, qui signifie mélange, était une association uniquement de deux céréales : le blé et le seigle. Au Moyen Âge, il était semé sur les terres moyennes afin de garantir un rendement suffisant selon les mauvaises années pour le blé ou pour le seigle. Les grains récoltés étaient alors transformés en farine pour la fabrication du pain, mais la présence du seigle colorait la farine et donnait un pain de méteil compact et gris.

Aujourd'hui, le méteil est un mélange de plantes, composé en partie de céréales et de légumineuses. Il s'agit d'une culture composée d’une à quatre céréales (comme du blé, du seigle, de l'orge, du triticale ou de l'avoine) en association avec une ou deux légumineuses (comme la vesce, le pois fourrager ou la féverole). Ce mélange est destiné principalement à l'alimentation des animaux d'élevage, couvrant aujourd'hui 80 000 hectares en France.

Il existe autant de méteils que d’agriculteurs qui les sèment, car cette association est choisie en fonction des objectifs spécifiques de l'agriculteur (alimentation en fourrage, en grain, apport de biomasse). On distingue principalement trois types de méteils en fonction de leurs modes d'exploitation :

  • Méteil précoce / dérobées : Ce type de méteil est récolté de début avril à mi-mai afin de produire un fourrage riche en matières azotées et en fibres digestibles, excellent complément du maïs dans une ration de vache laitière. Il permet également d'implanter une seconde culture (maïs, sorgho fourrager, dérobée estivale).
  • Méteil immature : Récolté au stade de grain laiteux ou pâteux de la céréale (début juin), il vise à produire du fourrage en minimisant son exposition aux risques de sécheresse estivale. Il offre un rendement élevé, un bon équilibre en énergie et protéines, et une flexibilité des modes d'exploitation (ensilage, enrubannage, foin).
  • Méteil grain : Récolté en juillet, ce méteil est destiné à produire un aliment riche en énergie et protéines pour les animaux. Il permet d'améliorer le taux de protéines par rapport à une récolte de céréale pure tout en obtenant un rendement identique.

Les avantages agronomiques et zootechniques du méteil

L'association de céréales et de protéagineux en méteil présente des intérêts significatifs tant sur le plan agronomique que zootechnique, répondant aux enjeux des éleveurs et de l'agroécologie.

Avantages agronomiques

Le méteil offre une série d'atouts pour la gestion des cultures et la santé des sols :

  • Réduction des intrants : L'un des principaux avantages du méteil est sa capacité à limiter l'utilisation d'herbicides, de fongicides et d'insecticides. Le pouvoir couvrant du méteil lui permet d'occuper rapidement l'espace, étouffant les mauvaises herbes. En comparaison avec un pois fourrager semé seul, le méteil nécessite moins de désherbage. De plus, les légumineuses, grâce à leur capacité à fixer l'azote de l'air, réduisent considérablement les besoins en fertilisation azotée, laissant même un reliquat d'azote bénéfique pour la culture suivante.
  • Résistance aux aléas climatiques et maladies : En diversifiant les espèces, le méteil diminue le risque de pertes liées aux aléas de la météo. Il est globalement peu soumis au stress hydrique, surtout lorsqu'il est récolté en fin de printemps. Le mélange de plusieurs espèces permet une meilleure résistance aux maladies, car il y aura toujours une espèce adaptée à la situation.
  • Amélioration de la structure du sol et de la biodiversité : La biomasse racinaire des méteils contribue à améliorer la structure du sol. C'est un système qui favorise la durabilité des systèmes agricoles en offrant une alternance de cultures qui permet de réduire les pertes de nutriments et les maladies du sol.
  • Rendements réguliers et élevés : Les complémentarités entre les deux espèces de méteil se traduisent par des rendements plus réguliers, voire supérieurs, comparativement à des cultures pures. Des rendements de 4 à 6 tonnes pour une récolte précoce et de 6 à 10 tonnes pour une récolte plus tardive sont couramment observés. Le rendement en grain de l'association est autant, voire plus important que la moyenne des deux cultures pures avec peu ou pas d'intrants.
  • Rôle de tuteurage : Les céréales du méteil servent de tuteur pour la croissance des légumineuses grimpantes comme le pois ou la vesce, évitant ainsi leur verse au sol.

Méteils Fourragers - Episode 1

Avantages zootechniques

Le méteil est une ressource précieuse pour l'alimentation animale, contribuant à l'autonomie et à la santé des élevages :

  • Autonomie protéique et réduction des coûts : Le méteil participe activement à l’autonomie en protéine des élevages, grâce à l'ajout de légumineuses, qui sont plus riches en protéines que les céréales seules. Cette augmentation de la teneur en protéines du mélange permet aux éleveurs de réduire leurs achats de compléments protéiques, diminuant ainsi les coûts d'alimentation.
  • Fourrage équilibré et digeste : Le méteil constitue un fourrage équilibré en protéines, minéraux et autres nutriments nécessaires, favorisant une bonne rumination des animaux. Il est riche en fibres (environ 170 g de cellulose par kg de matière sèche), moins riche en sucre et en amidon que d'autres fourrages, ce qui limite les risques d'acidose chez les ruminants. Il remplace avantageusement la paille du foin ou la luzerne brin long.
  • Diversification de la ration alimentaire : Le méteil peut s'intégrer efficacement dans la ration des animaux. Pour les vaches laitières, il constitue un fourrage appétent et fibreux, idéal en complément d'une ration à base de maïs ensilage. Pour les génisses, le méteil peut même se substituer au maïs. Il couvre les besoins des vaches allaitantes et des gestantes.
  • Sécurisation des stocks fourragers : En fournissant une grosse quantité de fourrage en une seule coupe, le méteil permet de sécuriser les stocks, et donc d'accroître l'autonomie fourragère de l'exploitation, notamment en zone séchante avec des semis d'automne.
  • Amélioration de la santé animale : Le méteil contribue à la sécurité sanitaire des élevages. Les éleveurs constatent de très bons résultats sur le plan cellulaire chez les vaches laitières, avec une bonne digestibilité et moins de risque d'Escherichia coli.

Techniques de culture du méteil

La mise en œuvre de la culture du méteil nécessite une attention particulière aux espèces choisies, au travail du sol, au semis, à la fertilisation et à la récolte pour maximiser ses bénéfices.

Choix des espèces et des mélanges

Le choix du mélange est crucial et dépend de l'utilisation finale du méteil. Pour les céréales, le blé, l'épeautre, le triticale et le seigle peuvent être utilisés. Le triticale et le blé forment souvent les éléments de base du mélange et assurent en grande partie le rendement. L'orge d'hiver, à maturité trop précoce, n'est pas idéale, tandis que l'avoine convient bien pour les semis de printemps à la place du triticale.

Pour les protéagineux, on retrouve classiquement le pois fourrager d'hiver, la vesce et la féverole. Les légumineuses apportent de l’appétence au mélange et permettent d'améliorer sa teneur en protéines. Un exemple de mélange qui a fait ses preuves est triticale 160 Kg + pois fourrager 25 Kg. Un autre mélange avec un bon potentiel en protéine mais qui attire le gibier et est plus sensible aux maladies est orge 80 Kg + pois protéagineux 150 Kg. En plaine, il est possible de semer 80 kg de triticale + 120 kg de féverole, en ajustant en fonction du poids des 1000 grains, très variable pour cette espèce, en visant 25 graines de féverole au m².

Pour un emploi en fourrages, on favorisera des associations triticale, pois fourragers, vesce ou avoine. Alors que pour une utilisation en grains, les pois protéagineux, féveroles, le triticale et le blé seront privilégiés. Certains éleveurs ajoutent du Ray-grass d'Italie dans leur méteil destiné à l'ensilage. Les céréales barbues (certains blés, orge) sont déconseillées en ensilage.

Préparation du sol et semis

Le travail du sol est généralement classique (déchaumage puis labour). Comme le méteil est très couvrant, dans la majorité des cas, il ne nécessite pas de faux semis. Un ou plusieurs faux-semis peuvent s'avérer intéressants pour limiter le salissement avant l'installation du mélange.

Les semis de triticale/pois s’étalent généralement sur le mois d’octobre selon les fenêtres climatiques. Il est souvent intéressant de rouler. Pour les semis d’automne, l’important est que le protéagineux ne soit pas trop développé. Les méteils à base d’avoine de printemps se sèment généralement courant mars à début avril, une fois qu'il n'y a plus de risque de gelée.

Le méteil étant un mélange de graines de différentes tailles, le semis est un véritable compromis pour optimiser une germination maximale de toutes les plantes. Les espèces du mélange ayant des poids de semences très différents, il faut veiller à bien mélanger les semences avant et régulièrement pendant la phase de semis, pour éviter les risques de sédimentation dans la trémie. Cependant, si le mélange contient de la féverole, il sera plus prudent d’effectuer le semis en deux passages, la féverole nécessitant une profondeur de semis de 7 à 8 cm pour limiter le risque de gel. Idéalement, un semis à la volée de la féverole, suivi d’un labour et d’un semis en ligne du reste du mélange, ou un semis à deux profondeurs du mélange est à privilégier. Au semis, la densité de pois fourrager est à limiter pour éviter la verse, 20 grains/m², contre 220 grains/m² de céréales avec une dominante triticale.

Matériel agricole pour le semis du méteil

Fertilisation et entretien

Les apports d'engrais azoté ne sont pas forcément nécessaires, car la présence de légumineuses dans le mélange permet d'approvisionner les graminées en azote minéral. Cependant, des apports peuvent être envisagés, notamment au début du printemps avec 30 à 50 unités d'azote minéral. Ils permettent d'obtenir des rendements légèrement supérieurs, de l'ordre de 15 % suivant les cas. Il est important de noter qu'une quantité d'azote trop élevée peut entraîner un développement trop important et la verse du mélange au mois de juin. La fertilisation azotée complémentaire sera apportée au stade épi 1 cm de la céréale dominante. Elle variera de 0 à 70 unités par ha selon la proportion de graminées et de légumineuses et le potentiel agronomique de la parcelle.

Les besoins en P et K sont de 30 à 50 unités et de 80 à 130 unités respectivement. Les exportations de P et K sont importantes du fait d’une récolte plante entière et doivent être compensées dans la rotation. Il est conseillé de vérifier la disponibilité en P et K du sol avant implantation. Pour leur croissance, les légumineuses sont exigeantes en P et en K.

Il n’y a pas de produits homologués pour le désherbage des mélanges céréales-protéagineux. Le méteil est une culture bas-intrants : 65 % des éleveurs ne font aucune intervention entre le semis et la récolte.

Récolte et valorisation

La récolte se fait entre mai et juin pour le méteil vert, dont les grains de céréales sont laiteux et les tiges également fauchées. Pour les méteils en grains, la moisson se fait plus tardivement, entre juillet et août, lorsque les épis des céréales du méteil sont mûrs et que les graines des légumineuses ne sont pas encore tombées au sol.

La récolte en vert s'effectue au stade laiteux/pâteux de la céréale, avec un objectif d'atteindre 35 % de matière sèche pour un ensilage. Lorsque la récolte s'effectue sous forme d'ensilage, elle doit intervenir au stade 30 % de matière sèche afin d'assurer une bonne consommation et ingestion du mélange par les animaux. Pour une fauche à un stade jeune, il est conseillé de laisser la culture une journée au sol, pour qu'elle soit bien ressuyée. Pour une récolte en direct, une machine avec coupe spéciale est nécessaire. Pour une récolte en enrubannage, il est conseillé de diminuer voire supprimer le triticale, d'augmenter l’avoine et d'utiliser un blé sans barbe.

La date de récolte s'avère parfois difficile à déterminer, car les espèces ne sont pas mûres au même moment. Il faut donc faire un compromis afin d'avoir un maximum de céréales mûres et de réduire au minimum les pertes de graines de légumineuses.

Récolte de méteil en ensilage

Utilisation des méteils

Les mélanges céréales/légumineuses sont exclusivement utilisés pour l'alimentation animale. Pâturés ou récoltés en foin, en ensilage, en enrubannage ou même en grains, ils constituent une source intéressante d'amidon, de protéines et de fibres digestibles. Ils sont par ailleurs très appétants s'ils ne sont pas récoltés trop secs. La valeur alimentaire du méteil dépend fortement de la part de légumineuses dans le mélange. La qualité du fourrage récolté est fortement liée au stade de récolte pour les fibres et au taux de protéines.

Le méteil peut également être utilisé pour la production de biogaz grâce à ses propriétés de production de méthane. Il comprend des espèces qui produisent du méthane lors de la méthanisation, et peut donc être utilisé pour générer de l'énergie.

Témoignages d'éleveurs et perspectives

Des éleveurs laitiers comme Patrick Gerin et son frère, à la tête d'un troupeau de 40 montbéliardes à Saint-Jean-de Bournay, ne tarissent pas d'éloges envers les méteils. Ils les ont introduits dans la ration fourragère de leurs animaux il y a quatre ans et ne le regrettent pas. La production a légèrement baissé, mais ils ont sécurisé l'élevage du point de vue sanitaire. En effet, le méteil favorise la rumination des animaux, il est plus riche en cellulose, et moins riche en sucre et en amidon, réduisant ainsi le risque d'acidose.

Le méteil constitue une sécurité « fibres » pour limiter l'acidose, remplaçant avantageusement la paille du foin ou la luzerne brin long. C'est un fourrage qui, en apportant de la fibre, favorise la rumination des animaux.

Vaches laitières se nourrissant de méteil

Les éleveurs, de plus en plus, cherchent à assurer l’autonomie fourragère et protéique de leur exploitation tout en limitant les intrants. Les aléas climatiques fréquents les poussent également à diversifier les ressources fourragères. Dans ce contexte, les méteils présentent des intérêts stratégiques pour les systèmes fourragers. L’adaptabilité et la souplesse de la culture permettent de récolter à des périodes variées selon l’objectif poursuivi. La rusticité de la culture permet de limiter les interventions dans la parcelle. Le méteil apporte une sécurité du système fourrager car les créneaux d’implantation, de récolte et les modes de valorisation sont multiples.

Les mélanges céréales-protéagineux sont une solution technique intéressante pour répondre aux enjeux des éleveurs et de l’agroécologie. Des études menées auprès d'éleveurs de chèvres ont montré que les méteils récoltés avaient une valeur en protéines de 16 % en moyenne, et 1 UFL, ce qui en fait un aliment riche en protéines valorisé « tel que » par les éleveurs. Son coût de production est faible, estimé à 150 €/t de MS (hors main d’œuvre).

La culture du méteil est un levier essentiel pour une agriculture plus autonome, résiliente et respectueuse de l'environnement, offrant des bénéfices tangibles pour les éleveurs et la filière agroalimentaire.

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