
L'observation d'une texture collante sur le feuillage d'une plante, qu'elle soit d'intérieur ou de jardin, suscite une inquiétude immédiate. Ce phénomène, loin d’être anodin, constitue presque toujours un signal d’alerte émis par le végétal. Derrière cet aspect poisseux se cachent des causes bien identifiées, le plus souvent liées à des parasites ou à un déséquilibre de l’environnement de culture. Comprendre la nature de cette substance, ses origines et les stratégies pour y remédier est essentiel pour assurer la santé et la vigueur de vos plantes.
Le miellat : la substance collante par excellence
Dans l’immense majorité des cas, des feuilles collantes résultent de la présence de miellat. Cette substance sucrée est excrétée par certains insectes piqueurs-suceurs lorsqu’ils se nourrissent de la sève élaborée des plantes. En perforant les tissus végétaux, ces parasites prélèvent une sève riche en sucres, mais pauvre en protéines. L’excédent de glucides est alors rejeté sous forme de gouttelettes visqueuses qui se déposent sur les feuilles, les tiges, voire le sol environnant. Le miellat peut rapidement devenir un vrai casse-tête pour vos plantes.
Ce problème peut faire surface n’importe quand au cours de l’année, mais est surtout courant à la fin de l’hiver et au printemps, car plusieurs insectes en diapause (dormance) l’hiver se réveillent et commencent à se reproduire - massivement! - avec le retour des journées plus longues.
Les principaux coupables : des parasites insidieux
Plusieurs types de parasites sont connus pour produire du miellat. Pour sauver votre plante, il faut d'abord savoir quelle colonie se développe dessus. Si rien ne paraît anormal à part cette substance collante, il est conseillé de regarder sous les feuilles, les tiges ou le tronc, c'est là que ces minuscules bêtes se cachent.
Les pucerons

Les pucerons sont de petits insectes dodus, souvent verts, qui s'attaquent à toutes les plantes. Ils se regroupent en colonies denses, visibles à l’œil nu, sur les jeunes pousses et la face inférieure des feuilles. En raison de leur petite taille et de leur couleur camouflage, ils peuvent être plus difficiles à trouver. Cependant, les pucerons sont plus faciles à éliminer et les traitements naturels sont également efficaces.
Pour un début d’invasion, vous pouvez juste passer votre plante sous l’eau du pommeau de douche pour enlever les pucerons. Un mélange d'eau et de savon noir naturel est très efficace pour les éliminer. Le purin d’ortie marche également très bien sur les pucerons. En outre, certaines plantes sont réputées pour les éloigner, comme la menthe, le thym, la lavande, la sarriette et l’œillet d’Inde. Faire pousser ces plantes à proximité peut donc être une stratégie préventive efficace.
Les cochenilles
Les cochenilles sont un autre type de parasite producteur de miellat. Elles laissent des traces caractéristiques et peuvent se développer très rapidement. Au début, elles sont très discrètes. Il existe différents types de cochenilles :
- Cochenilles farineuses : Elles se présentent sous forme d’amas blancs ouatés ou cotonneux.
- Cochenilles à carapace : Elles sont un peu plus difficiles à détecter car elles ne ressemblent presque pas à un insecte : pas de pattes, pas d’antennes, elles sont lisses et de couleur grise/brune. Le camouflage est presque parfait. Elles se déplacent seulement au stade de larves, où elles sont indétectables, puis se fixent sur une tige où elles passent le reste de leur vie. Pour être sûr de ne pas les confondre avec une cicatrice ou une boursouflure de la plante, il est recommandé de donner un petit coup sur ce qui ressemble à une bosse.
Les cochenilles ont besoin d’un climat assez chaud pour vivre et pullulent donc souvent dans les serres où les plantes grandissent avant d’arriver en jardinerie. Il est donc recommandé d’isoler une nouvelle plante pendant quelques semaines et de la rempoter le plus tôt possible au cas où la terre abrite un intrus.
Pour les cochenilles, un lavage attentif avec de l’eau savonneuse suivi d’un rinçage au jet fort peut être tenté, mais le traitement est rarement efficace. L'alcool isopropylique à 70% peut être efficace. Il faut mélanger 1 partie d’alcool à 7 parties d’eau et vaporiser généreusement sur toutes les surfaces de la plante infestée : les tiges, les feuilles (dessus et dessous), ainsi que les aisselles des feuilles. Cependant, il est extrêmement difficile d’éradiquer complètement une infestation de cochenilles, même avec l’alcool à friction. Certaines personnes peuvent passer des mois à se débarrasser des cochenilles.
Cochenilles : comment éliminer naturellement et se débarrasser facilement de ces insectes.
Les aleurodes (ou mouches blanches)
Les aleurodes sont de la même famille que les pucerons et sont également des piqueurs de feuilles. Ces parasites, aussi appelés mouches blanches, s’envolent en nuage lorsque l’on effleure un feuillage infesté. Les adultes résistent assez bien aux insecticides du commerce. D’ailleurs, ces insecticides sont inefficaces sur les œufs d’aleurodes car ils possèdent une pellicule cireuse qui les protègent.
Une autre solution existe pour piéger les adultes : l’utilisation de pièges collants de couleur jaune. La couleur les attire et ils viennent se coller dessus. C’est une manière d’en venir à bout à condition que toutes les bêtes adultes tombent dans ces pièges. Cependant, les abeilles, coccinelles, etc. peuvent également se coller dessus.

La fumagine : une conséquence du miellat
Le miellat crée un environnement propice au développement d’un champignon noir appelé fumagine. Ce champignon se développe sur les feuilles à partir du miellat expulsé par les cochenilles, pucerons et aleurodes. La fumagine a envahi cette plante… et les fourmis aussi! Vous devrez nettoyer les feuilles avec un coton ou un chiffon pour retirer la fumagine et le miellat, afin d’améliorer la respiration des tissus végétaux. Il n’y a pas de remède miracle.
Le rôle des fourmis
La présence de fourmis autour des plantes concernées constitue un indice supplémentaire que le jardinier ne devrait pas négliger. Attirées par le miellat, ces insectes entretiennent une relation mutualiste avec les parasites producteurs de sucre, notamment les pucerons. Cette interaction complique la lutte, car éliminer les parasites sans limiter l’activité des fourmis favorise une recolonisation rapide.
Autres causes possibles des feuilles collantes
Dans certaines situations marginales, un aspect collant peut provenir de sécrétions naturelles de la plante elle-même. Certaines espèces produisent des exsudats sucrés au niveau de certains organes : les nectaires extrafloraux, notamment pour attirer des insectes auxiliaires.
Un excès de fertilisation azotée peut également favoriser une sève trop riche qui rend la plante plus attractive pour les parasites et augmente indirectement la production de miellat. Éviter les excès d’engrais particulièrement riches en azote contribue à limiter l’attractivité du feuillage.
Stratégies de traitement et de prévention
Lorsque vous remarquez que votre plante devient collante, préparez-vous à la soigner, car il s’agit à 100% d’un parasite qui s’est installé. Dépêchez-vous d’agir avant qu’il ne soit trop tard.
Solutions naturelles
- Lavage à l'eau savonneuse : Un lavage à l’eau tiède additionnée de savon noir permet de dissoudre la substance poisseuse sans agresser la plante. Ensuite, un traitement ciblé contre les parasites s’impose. Les solutions à base de savon noir ou d’huile végétale agissent par asphyxie sur les insectes à corps mou.
- Eau sous pression : Pour les pucerons, un simple passage sous l'eau du pommeau de douche peut suffire pour un début d'invasion.
- Plantes répulsives : Faire pousser des plantes que les pucerons n’aiment pas à proximité, comme la menthe, le thym, la lavande, la sarriette et l’œillet d’Inde.
- Purin d'ortie : Très efficace contre les pucerons.
- Auxiliaires naturels : Au jardin ou sur le balcon, favoriser la présence d’auxiliaires naturels, tels que les chrysopes ou les coccinelles, constitue une stratégie durable.
Solutions commerciales
Il existe des produits tout prêts vendus en jardinerie ou en ligne qui sont efficaces et brutaux. Il est recommandé de les utiliser le soir pour ne pas exposer la plante au soleil immédiatement après traitement, et de manipuler le produit avec précaution, dans la douche par exemple. Le Neudorff Anticochenilles a par exemple très bien fonctionné après plusieurs pulvérisations réparties en une semaine.
Précautions et conseils généraux
- Moment de traitement : Pour chaque produit pulvérisé sur vos plantes, attendez la fin de journée pour agir.
- Plantes fragiles : Attention aux plantes fragiles qui peuvent mal supporter le traitement à l’huile, comme les plantes translucides, les feuillages duveteux ou bien les cactus et fougères.
- Microclimat : Regroupez les plantes qui ont les mêmes caractéristiques entre elles pour les renforcer. Par exemple, pour éviter d’attirer les acariens qui aiment la sécheresse, aidez vos plantes tropicales à maintenir une bonne humidité en les regroupant pour qu’elles se créent un microclimat.
- Isolation des nouvelles plantes : L’introduction de nouvelles plantes sans période d’observation préalable représente une source fréquente de contamination. Il est toujours recommandé d’isoler une nouvelle plante pendant quelques semaines et de la rempoter le plus tôt possible au cas où la terre abrite un intrus.
- Éviter les excès d'engrais : Maintenir des conditions de culture équilibrées et éviter les excès d’engrais particulièrement riches en azote contribue à limiter l’attractivité du feuillage.
Des feuilles collantes ne constituent pas une fatalité, mais elles ne doivent jamais être ignorées. Un diagnostic précis, basé sur l’observation attentive des symptômes, permet d’agir efficacement. Derrière cette texture collante se cache avant tout un signal envoyé par la plante. L’observer avec attention permet de mieux comprendre ce qui perturbe son équilibre.
Les sphaignes : plantes architectes des zones humides

La sphaigne est une mousse qui a une importance toute particulière dans la formation d’un milieu très riche, les tourbières. Elle est également appelée "plante architecte" pour son rôle essentiel dans la formation et la stabilité des tourbières.
Un écosystème précieux : les tourbières
Les tourbières sont des écosystèmes cruciaux dans la nature, notamment en matière de régulation et de filtration de l’eau, et surtout car elles représentent le plus gros réservoir de carbone sur Terre, en plus de la biodiversité très spécifique qu’elles abritent.
Formation des tourbières
Il est tout d’abord crucial que le climat soit humide et les précipitations régulières et abondantes, d’autant plus si le climat est chaud, pour compenser l’évapotranspiration. Il y a peu de tourbières en milieu très froid, car la matière ne s’y décompose pas facilement, et bien sûr les milieux secs ne présentent pas non plus les bonnes conditions. Il est également nécessaire au départ qu’il y ait une dépression dans le sol, ou toute autre condition topographique qui permette à l’eau de s’accumuler.
Une fois la dépression pourvue d’eau, la sphaigne va s’y développer, formant des sortes de radeaux à sa surface. Elle a une croissance relativement lente mais continue, et ses nouvelles tiges et feuilles vont peu à peu recouvrir les parties plus anciennes, qui vont mourir faute d’oxygène et de lumière. C’est la décomposition de ces parties mortes qui constitue la tourbe, blonde pour la partie supérieure, brune puis noire en-dessous, les couches inférieures étant constituées de charbon et pour finir de pétrole. L’ensemble mousse et tourbes va former des sortes de buttes, des coussins de matières mortes en-dessous et vivantes dessus, buttes qui peuvent mesurer plus d’1 m de hauteur. Ce processus est bien sûr excessivement lent, s’étirant sur des milliers d’années (environ 200 ans pour 1 cm de tourbe blonde). Ce milieu est particulièrement acide et riche d’une biodiversité très spécifique.
Les sphaignes stockent une grande quantité d’eau, jusqu'à 30 fois leur poids sec, grâce à leurs cellules mortes, ce qui contribue à l’accumulation de tourbe. Leur résistance à la décomposition favorise la création de vastes et épaisses couches de tourbe, en faisant des acteurs clés des écosystèmes tourbeux.

Répartition et historique
Présentes dans divers environnements humides, les sphaignes se développent principalement dans les milieux pauvres en nutriments et acides, où leur capacité à acidifier leur milieu leur donne un avantage écologique. Leur répartition est mondiale, sauf dans les régions arides, avec une forte prédominance dans les zones nord extratropicales. Les sphaignes existent depuis le Carbonifère inférieur, il y a environ 350 millions d’années, et leur genre s’est diversifié au Jurassique.
Sur le terrain, elles forment des tapis plats dans les tourbières basses ou des buttes dans les tourbières hautes. Leur morphologie variée et leur capacité de reproduction végétative - par fragmentation ou bifurcation - leur permet de coloniser des milieux très variés.
Propriétés des sphaignes
Bien que très pauvre en éléments nutritifs et donc ayant peu d’influence sur la vie microbienne du sol, la sphaigne est un végétal étonnant.
- Rétention d'eau : Elle possède d’importantes capacités de rétention de l’eau, atteignant jusqu’à 20 fois sa masse (1 kg de sphaigne est capable d’absorber 20 litres d’eau). Elle absorbe l’eau comme une éponge, grâce à la ceinture de cellules vides qui entourent les cellules chlorophylliennes.
- Modulation du pH : Elle augmente les capacités tampon du sol, c’est-à-dire son pouvoir de conserver un pH stable et équilibré, ce qui favorise l’absorption des éléments nutritifs présents par les plantes. Son pH bas lui permet d’apporter plus d’acidité à un sol trop calcaire. Les sphaignes sont sensibles à la composition du sol : elles préfèrent les milieux pauvres en nutriments, acides, et peuvent moduler le pH en libérant des acides toxiques pour ralentir la décomposition de la matière organique.
- Aération : La mousse absorbe également dans ses cellules vides de l’oxygène, aussi nécessaire pour les plantes que l’eau. Ses fibres sont élastiques, ce qui lui permet de rester aérée longtemps, à l’inverse du terreau qui se compacte bien plus rapidement.
- Stimulant racinaire : Elle est un bon stimulant racinaire, à utiliser pour vos semis, boutures, repiquages ainsi que pour les marcottages aériens.
- Propriétés antibactériennes : La sphaigne, naturelle, est un véritable allié pour la plante afin de combattre les maladies qui peuvent l’affecter. Elle contient en effet des polysaccharides qui lui donnent des propriétés antibactériennes, tout comme son acidité (pH de 4,8 en moyenne) et son taux élevé de lignine.
- Durée de vie : Elle reste active plus longtemps (plusieurs années) que le simple terreau qui devient une matière morte au bout de 4 mois, ce qui est bienvenu pour vos cultures en pot qui auront besoin moins souvent d’un rempotage ou d’un surfaçage.
Utilisation de la sphaigne au jardin et en pot
La sphaigne peut être utilisée telle quelle, pure, ou bien mélangée à un autre substrat. Lorsque l’on achète de la tourbe pour le jardin, il s’agit de sphaigne morte, décomposée. Il est également possible d’en acheter séchée, donc non décomposée mais morte, ou bien de la mousse vivante. La tourbe a le défaut d’être très difficile à réhydrater. Elle peut également être vendue mélangée à du terreau.
La mousse séchée que vous trouvez dans le commerce est déshydratée, il est donc recommandé de la réhydrater avant utilisation, pendant au moins 12 heures. Une fois sortie de l’eau, vous la presserez entre vos mains pour en enlever l’excès d’humidité.
Au potager
Cette mousse peut être mélangée à raison de 50 % à la terre ôtée d’un trou de plantation, terre qu’elle rendra plus aérée et donc plus favorable à l’enracinement. Ce n’est qu’après 3 ans que vous ajouterez de la mousse au même endroit, environ moitié moins que la première fois.
Au jardin
- Plantes d'ornement annuelles : Vous apporterez environ 20 % de mousse à la terre de plantation, quantité que vous pouvez cependant augmenter en fonction de la plante, jusqu’à 50 %.
- Gazon : Ici également elle va être mélangée à la terre de plantation, plutôt en surface (sur les 10 à 15 premiers centimètres), pour limiter les besoins d'arrosage. L’apport sera d’environ 40 litres pour 3 m².
- Plantes de zones humides et boisées : Les iris, les fougères, les astilbes, les bruyères, les fraisiers… se plaisent beaucoup dans un substrat composé en partie de ce type de mousse.
Pour les plantes en pot
En tant que substrat comme en tant que paillis, cette mousse convient très bien à de nombreuses plantes en pot.
- Paillis pour plantes tropicales : La mousse séchée est un bon paillis pour les plantes tropicales : calatheas, fittonias, philodendrons, alocasias, syngoniums… En conservant l’humidité, elle forme une barrière qui empêche le substrat de se dessécher. Il suffit de vérifier son hygrométrie régulièrement et de l’humidifier si besoin avec un vaporisateur.
- Plantes carnivores : La mousse vivante sera utilisée comme paillis (avec un substrat de sphaigne séchée) ou comme substrat pour les plantes carnivores. Dans le premier cas, vous veillerez à ce que la couche de sphaigne vivante reste bien humide.
- Plantes acidophiles : Vous ajouterez de la mousse dans le terreau des plantes acidophiles : anthuriums, monsteras notamment. Remplacez par contre le terreau tous les ans, car la sphaigne va commencer à s’y décomposer et ce n’est pas recommandé dans ce cas.
- Orchidées : Plusieurs caractéristiques de cette mousse sont appréciables pour les orchidées : la rétention d’eau, la stimulation racinaire, ses propriétés anti-bactériennes. Placez quelques billes d’argile au fond du pot et entourez la racine ou la bouture d'orchidée avec la sphaigne. Un tuteur viendra maintenir la plante droite. Vous changerez ce substrat une fois par an. Attention aux orchidées achetées dans un substrat composé d’écorces. Il est très possible qu’elles aient tout autour des racines un bouchon de sphaigne, car c’est ce qui est souvent utilisé pour les jeunes plants et il n’est pas ôté lorsque les plants grandissent. Or, écorces et mousse ne s’arrosent pas de la même façon, d’autant moins si l’on ne connaît pas l’existence de cette mousse, et les racines de vos orchidées risquent la pourriture par trop d’humidité. Arrosez donc parcimonieusement pendant les premières semaines, et rempotez dès que possible.
Pour multiplier vos plantes
- Marcottage aérien : Le marcottage consiste à provoquer la formation de racines sur un rameau en maintenant celui-ci en contact prolongé avec un substrat humide. Dans le cas du marcottage aérien dans de la mousse, il suffit de placer celle-ci, bien humidifiée, dans une papillote de papier aluminium par exemple, et de ficeler le tout autour d’un rameau de la plante que vous souhaitez multiplier. Vous taillerez après quelques semaines (ou plus, cela dépend des végétaux) pour rendre indépendante la nouvelle plante qui sera placée dans un mélange drainant, à mi-ombre, jusqu’à sa mise en place.
- Boutures de plantes d'intérieur : De nombreuses plantes d’intérieur sont d’origine tropicale, c’est pour ça que c’est à l’intérieur qu’on les cultive ! Ce sont donc des plantes qui apprécient une bonne hygrométrie, et ce sera notamment un critère important pour réaliser des boutures. Prélevez les boutures de monsteras, peperomias, bégonias bambous, hoyas, pothos et entourez-les de mousse. L’utilisation d’une mini-serre est un plus pour leur apporter des conditions idéales.
- Semis : Ce substrat bien aéré et humide a tout pour plaire aux graines qui lèveront sans problème. Vous l’utiliserez de préférence pour les graines assez grosses car il s'agit d'une matière de gros calibre, dans laquelle les graines les plus fines peuvent se perdre et ne pas arriver à lever car enfouies trop profondément.
La sphaigne et les moisissures vertes
Dans une tourbière sous la sphaigne et au pied des plantes, on peut observer une moisissure verte. Ce genre de phénomène, ainsi que beaucoup de signes de fatigue des sphaignes, est souvent dû à une accumulation de minéraux ou de tanins à la surface suite à l'évaporation de l'eau. La présence d'autres types de mousses indique également souvent ce problème.
Sur une zone régulièrement arrosée par la pluie, les pointes de sphaigne ne "brûlent" pas comme on peut l'observer sur certaines photos. Même en plein soleil, la sphaigne reste verte et bien saine. Contrairement à une idée bien trop répandue, l'arrosage par le haut n'est pas nocif pour les carnivores, que du contraire. Si une tourbière est arrosée par le dessous via une réserve d'eau, il est probable qu'il faille l'arroser plus par le dessus pour éviter ces accumulations.
La culture des sphaignes

Difficilement remplaçable dans certains cas, vous pourrez cultiver la sphaigne pour en disposer en petites quantités. Il vous suffit de préparer un bac d’eau peu profond mais assez large et d’y placer du terreau de feuilles ou de la tourbe pour un bon environnement. Ce substrat va former un support de culture pour la mousse et éviter que ses brins ne soient totalement submergés. Attention en la manipulant, cette mousse est très fragile.
Utilisez pour le bac comme pour l’arrosage de l’eau déminéralisée ou de l’eau de pluie, l’eau du réseau est trop calcaire pour elle. Déposez de la mousse achetée vivante sur le dessus du bac et arrosez avant de tasser légèrement. Vous maintiendrez l’ensemble toujours humide. Vous garderez le bac à mi-ombre ou à l’ombre, si possible à l’abri du froid, par exemple dans une mini-serre.
Vous pourrez prélever de la mousse dès qu’elle se sera développée, en en laissant toujours suffisamment pour qu’elle puisse se renouveler.
Préservation de la sphaigne
La sphaigne est une ressource qui n’est pas inépuisable, bien qu’elle soit renouvelable puisque vivante. La croissance des différentes Sphagnum est en effet très lente, entre 2 et 12 cm par an selon son environnement. De plus, comme sa partie basse se compacte et se décompose, la pousse réelle ne dépasse pas le millimètre.
De plus, le processus extrêmement lent de formation de la tourbe impose que l’exploitation de cette mousse (comme de la tourbe) soit drastiquement réduite. D’ailleurs les espèces de Sphagnum que l’on trouve en Europe sont interdites de récolte. Sont utilisées principalement les sphaignes du Chili, de Nouvelle-Zélande…
Précieuse pour les plantes du jardin et en pot de par ses formidables et rares propriétés, la sphaigne l’est cependant bien plus dans son milieu naturel, c’est pourquoi il est indispensable de la préserver en limitant le plus possible son utilisation. Ce document met en évidence leur importance pour la biodiversité, la lutte contre la dégradation des sols et la protection des tourbières.
Alternatives à la sphaigne
Pour remplacer la sphaigne, plusieurs options existent :
- Terreau de feuilles et écorce de pin : Ces matériaux sont acidifiants, comme la sphaigne.
- Fibre de coco : Ce matériau a un fort pouvoir de rétention d’eau, mais il n’est pas non plus très conseillé dans la mesure où il est produit très loin et qu’il faut l’acheminer.
- Apports d'eau plus fréquents : Des apports d'eau plus fréquents et réguliers compenseront l'absence de cette matière.
Les plantes carnivores et les sphaignes

Aimant les milieux pauvres et humides, les plantes carnivores sont présentes en France, quoique rares et menacées. Elles se nourrissent au moyen de pièges passifs ou de pièges actifs dans lesquels tombent nombre d’insectes, de protozoaires, d’arachnides, de mollusques, voire d'oisillons et de souris (pour les plus grosses et gourmandes). C’est de cette manière qu’elles captent les oligoéléments qui leur manquent, vivant dans des milieux pauvres en nutriments. La rareté en azote et en phosphore qui caractérise la plupart des milieux où elles vivent à l’état naturel leur a valu cette évolution adaptative. C’est la raison pour laquelle il convient, lorsqu’on cultive une plante carnivore chez soi, de ne lui donner que de l’eau déminéralisée ou de l’eau de pluie. Les minéraux qui lui sont nécessaires, la plante les trouvera dans ses proies et un peu dans le substrat sur lequel elle pousse.
Historiquement, les plantes carnivores ont suscité de nombreux fantasmes, avec des récits de plantes dévoreuses d'hommes. Cependant, la réalité est tout autre.
Plantes carnivores en France
L’Observatoire citoyen des Plantes Carnivores sauvages Françaises (OPCF) estime qu’une trentaine d’espèces et d’hybrides de plantes carnivores sauvages pousse en France. Aujourd’hui, un grand nombre de zones humides de notre pays, où poussent essentiellement les plantes carnivores, sont protégées, mais leur isolement géographique ne favorise pas le brassage génétique, les rendant plus fragiles et défavorisant leur reproduction. Nous devons toutefois nous féliciter de compter encore un certain nombre de plantes carnivores en France, en Belgique et en Suisse, notamment dans des tourbières à sphaignes, au bord d’étangs ou de cours d’eau, ou encore sur des pelouses alpines.
On trouve ainsi des Drosera rotundifolia, des Drosera intermedia Hayne, des Drosera anglica Huds. À côté de la Trinité-Langonnet, dans la réserve naturelle régionale des marais de Glomel et alentour, des plantes carnivores de type Rossolis intermédiaire, Rossolis à feuilles rondes ou encore Grassette du Portugal sont présentes.
La Grassette du Portugal (Pinguicula lusitanica)

Historiquement, la Grassette du Portugal était présente en France dans les régions de Bretagne et en Vendée, sur le plateau de Langres et dans le parc naturel régional de la Brenne, dans le Parc naturel régional du Périgord-Limousin, dans le Bassin aquitain, dans le Parc naturel régional des Landes de Gascogne, dans les Pyrénées, dans les Alpes-Maritimes, et encore dans quelques rares endroits. Pinguicula lusitanica appartient à la famille des Lentibulariaceae. Ne dépassant pas 1 cm de haut pour quelque 4 cm de large, sans compter la fleur, la Gobe-mouche du Portugal est annuelle ou bisannuelle. Elle se plaît particulièrement dans les Landes et les lieux tourbeux.
Le Rossolis intermédiaire (Drosera intermedia Hayne)

Drosera intermedia Hayne est une espèce caractéristique des tourbières tremblantes à Rhynchospora alba, et des cuvettes à fond boueux. Appartenant à la famille des Droséracées, elle est pourvue, sur la surface supérieure des feuilles, de poils qui sécrètent à leur extrémité un liquide collant. Elle mesure entre 5 et 20 cm de haut, ses feuilles sont spatulées, aussi larges que longues, et obtuses au sommet. Ses fleurs sont blanches et en grappes unilatérales. Elle fleurit en été. Elle est potentiellement présente dans une grande partie de la France, excepté en région PACA, en Corse et dans le Pas-de-Calais. C’est une plante vivace qui préfère la lumière à l’ombre et un sol acide à un sol calcaire. On la dit ainsi turficole (qui croît dans les tourbières), héliophile (qui aime le soleil), hygrophile (qui a besoin d’humidité) et acidiphile (qui recherche l’humus acide).
Le Rossolis à feuilles rondes (Drosera rotundifolia)

Drosera rotundifolia se trouve quasiment partout en France, excepté dans le Gers, le Tarn-et-Garonne, les Deux-Sèvres, les Bouches-du-Rhône, le Var, le Vaucluse et Paris. Elle se répand, disposée en rosette étalée au sol. Ses feuilles sont orbiculaires, jusqu’à un cm de large, avec un long pétiole étroit d’un à trois centimètres de couleur vert olive qui vire au rouge sous l’influence du soleil. Le rebord comme la face supérieure sont couverts de poils glandulaires roussâtres à rouge vif, enduits de substances végétales, constituées de polysaccharides qui gonflent au contact de l'eau en prenant une consistance visqueuse, parfois collante, semblable à de la gélatine. On appelle cela un mucilage. En automne, les feuilles cessent de se développer et restent à l’état d’embryon, nombreuses et serrées au centre de la rosette pour former un bourgeon d'hiver.
Le droséra est également une plante médicinale. On considère habituellement que ses feuilles fraîches ont des propriétés antitussives. Il lui est également prêté des propriétés antibactériennes, anti-inflammatoires, antibiotiques, hypoglycémiques et antispasmodiques. Le droséra aurait encore des vertus contre la coqueluche et l'asthme.