Le Plessage en Dordogne : L'Art Ancestral des Haies Tressées avec des Branches de Noisetiers

Le plessage, une technique ancestrale de gestion des haies vives, connaît un regain d'intérêt en France, notamment dans des régions comme la Dordogne, où la valorisation du patrimoine naturel et des savoir-faire anciens est essentielle. Cette méthode consiste à créer une clôture naturelle et vivante en tressant des arbres et arbustes, offrant une alternative durable et esthétique aux clôtures modernes. Le noisetier, grâce à ses propriétés spécifiques, se révèle être un matériau de choix pour la réalisation de ces structures.

Haie plessée avec des branches de noisetier

Les Rejets de Noisetiers : Un Matériau Idéal pour le Plessage

Le noisetier est un matériau qui se prête bien à la réalisation de clôtures tressées, également appelées plessis ou plessage. Bien que moins utilisé que le saule osier, idéal pour le tressage grâce à ses rameaux souples, ou le châtaigner, dont la durabilité en terre est de 10 ans, le noisetier présente de nombreux avantages. C'est une ressource très répandue et donc très facile à se procurer, que ce soit dans les jardins privés ou dans la nature.

Les noisetiers produisent en abondance des rejets droits et flexibles qui font de belles et longues perches propices au plessage. Leur durée de vie est plus longue que celle des perches en saule, avec 5 ans pour le noisetier contre 2 ou 3 ans pour le saule. De plus, les rameaux de noisetier, à l'écorce lisse, brillante et couverte de lenticelles claires, sont esthétiques, contribuant à l'attrait visuel de la haie plessée.

Quand Tailler le Noisetier pour Récupérer les Perches ?

La période de taille du noisetier pour la récupération des perches est cruciale pour garantir la qualité du matériau et la santé de l'arbre. Il est généralement préconisé de tailler le noisetier entre novembre et février. À cette période, l'arbre entre en dormance et la sève ne circule plus, ce qui minimise le stress pour la plante et favorise une meilleure cicatrisation.

Certains vanniers ont pour habitude de récolter le noisetier toute l'année, mais à la condition que la lune soit décroissante (lune vieille) ; la sève circule alors au ralenti. Cependant, pour avoir une perche à l'écorce qui tienne bien au bois, et moins sujette aux attaques de vers, il est préférable d'éviter les moments de forte circulation de sève, c'est-à-dire la fin du printemps et l'été.

Le choix des rameaux se porte sur des rejets longs et droits de 3 à 4 ans. Des rameaux plus jeunes seraient cassants. Ils doivent être sans ramifications, d'environ 3 cm de diamètre et d'au moins 1,50 mètres de long. Après la récolte des perches, il est conseillé de les relier en fagots et de les laisser reposer quelques jours. Les branches de grosse section durent plus longtemps mais sont plus difficiles à tresser ; elles peuvent néanmoins être utilisées pour faire les piquets, un diamètre de 6 cm environ étant suffisant. Il est à noter que l'utilisation, pour les piquets, d'une essence plus résistante, comme le châtaigner ou le robinier, ou encore de fers à béton, prolongera la durée de vie de votre clôture.

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Matériel Nécessaire pour Réaliser une Bordure en Plessis

La réalisation d'une bordure en plessis requiert un outillage spécifique et une bonne préparation. Le matériel essentiel comprend :

  • Les piquets : Leur hauteur se calcule en fonction de la hauteur de la clôture et de la profondeur de plantation. Leur nombre dépend de la longueur de la clôture et de l'espace entre les piquets ; plus les perches sont longues, plus les piquets peuvent être espacés. Il est important de savoir que plus les piquets sont resserrés, plus les perches doivent être souples.
  • Les perches pour le tressage : Elles doivent être très nombreuses. Pour un aspect homogène, il est recommandé de garder la même distance entre chaque piquet.

Pour la mise en place, il faut tailler l'extrémité des piquets en pointe puis les planter bien droit, à 15 ou 20 centimètres de profondeur, en fonction de la hauteur de la clôture désirée.

Le Tressage des Perches de Noisetier : Une Technique Ancestrale

Le tressage est le cœur même du plessage et demande de la méthode pour obtenir une clôture solide et esthétique. Le tressage commence au bas et à l'un des bouts de la clôture. La première perche est tressée entre les piquets de la façon suivante : elle passe devant le premier piquet, puis derrière le deuxième, devant le troisième, et ainsi de suite.

Les perches suivantes sont placées de la même manière, en inversant la trame à chaque rang. Par exemple, au rang numéro deux, la perche passe derrière le premier piquet, devant le deuxième, derrière le troisième, etc. Cela permet d'obtenir une clôture équilibrée et une meilleure solidité de l'ensemble. Il est également possible d'obtenir un motif différent en tressant, par exemple, les 4 premières perches dans un sens puis les 4 suivantes dans le sens inverse.

Lorsque 5 à 6 rangs ont été réalisés, il est important de tasser les perches tressées en tapant dessus légèrement avec une massette. Une fois le plessage terminé, la dernière perche est fixée au piquet avec du fil de fer ou de la corde. Les extrémités des perches sont ensuite coupées pour égaliser les bords et, si nécessaire, les piquets sont enfoncés ou décapités pour faire en sorte qu'ils affleurent le dernier rang de perches posé.

Schéma des étapes de tressage d'une haie plessée

L'Entretien d'une Bordure de Plessis

L'entretien d'une bordure de plessis est essentiel pour assurer sa durabilité. Les perches au contact du sol se détériorent plus vite que celles du dessus. Il est donc important de surveiller ces parties et d'intervenir si nécessaire. La haie plessée, étant une haie vivante, continue de croître, de se densifier et d'évoluer au fil des saisons, nécessitant une surveillance et, éventuellement, des réparations pour maintenir sa fonction de barrière.

Qu'est-ce que le Plessage ? Ses Origines et sa Réinvention

Le plessage trouve ses origines dans le terme « plessis », désignant historiquement une clôture tressée de branches. Cette technique traditionnelle consiste à inciser partiellement le tronc d’arbres et arbustes pour les coucher et les tresser, créant ainsi une barrière naturelle d’une efficacité remarquable. Le patrimoine toponymique français témoigne de l’ancienneté de cette pratique, avec de nombreux lieux-dits portant le nom de « Plessis ».

L'évocation de cette technique remonte à l'époque romaine, Jules César décrivant les Nerviens qui "taillaient et courbaient de jeunes arbres, lesquels poussaient en largeur de nombreuses branches, des ronces et des buissons épineux et coincés dans les intervalles, si bien que semblables à des murs, ils leur offraient une protection que le regard même ne pouvait violer". Le plessage, pratique millénaire, est né là.

Cette clôture végétale vivante présente l’avantage unique de conserver ses propriétés vitales. Contrairement aux clôtures mortes, la haie plessée continue de croître, de se densifier et d'évoluer au fil des saisons. Autrefois, le plessage était une manière de contenir le bétail et protéger les cultures, permettant également de récolter le bois de chauffage et de régénérer et densifier les haies. C'était une activité masculine très physique, à laquelle tous les hommes s'adonnaient avec plus ou moins d'habileté et de patience.

Avec la disparition de l’élevage et la concentration agricole, ces haies taillées ont cédé la place à des poteaux, des bâches plastiques, des grillages. La pratique est devenue pratiquement très rare en France, à part dans quelques régions de bocage. Cependant, à l'heure de la transition écologique, la question ressurgit, sous la forme de replantations de haies d’une part, et d’une réinvention du plessage d’autre part, forme de résistance à l’agro-industrie.

Haie Vive et Technique du Plessage, Étape par Étape

La réalisation d'une haie plessée est un processus qui demande de la précision et le respect de certaines étapes.

Période d'Intervention

Le plessage s’effectue exclusivement de novembre à mars, hors période de gel. Cette saison correspond au repos végétatif des arbres, période où la sève circule au ralenti, les défenses naturelles de l'arbre sont optimales, la cicatrisation des plaies s'effectue dans de meilleures conditions et les risques de maladies ou parasitoses sont réduits. Pour un entretien plessage réussi, il est préférable de privilégier un temps sec et sans gel, l'absence de vent fort pour faciliter le travail et un sol portant pour éviter le tassement.

L'Incision : Cœur de la Technique Traditionnelle

L’efficacité d’une clôture naturelle infranchissable repose sur la précision de l’incision. Cette entaille doit être réalisée avec un gouet bien affûté, en biais à 30° environ, ne conservant qu’une charnière d’écorce et d’aubier d’1 à 2 cm de largeur.

Les étapes de l'incision sont les suivantes :

  • Incision verticale sur les ¾ du diamètre du tronc.
  • Conservation d’un « talon » d’écorce pour maintenir la circulation de sève.
  • Angle d’incision permettant le couchage sans rupture.
  • Préservation de l’aubier pour assurer la survie de l’arbre.

Le Couchage et le Tressage

Une fois incisés, les arbres sont couchés et tressés entre des poteaux espacés d’environ 50 cm. Cette technique traditionnelle permet de maintenir la circulation de sève tout en rendant le tronc suffisamment souple pour le façonnage. La rigidité de l’ensemble est assurée par le plessage des branches secondaires entre les piquets et une tresse finale de gaulettes de noisetier. La parure (taille de finition) de la haie plessée vient compléter le travail.

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Essences Adaptées au Plessage de Haie et Critères de Sélection

Le plessage peut être réalisé avec la plupart des arbres et arbustes autochtones. Contrairement aux clôtures artificielles, cette clôture végétale vivante offre gîte et couvert à une faune diversifiée, participant activement aux équilibres écologiques locaux.

Essences Recommandées pour la Haie Champêtre

On privilégie les essences souples comme l’aubépine, le prunellier, le charme, le noisetier ou encore l’érable champêtre. Le frêne, le bouleau et le chêne sont également des essences qui peuvent se prêter au plessage. Dans certains cas, les branches de deux arbres distincts, pressées l’une contre l’autre, finissent par fusionner : les cambiums se rejoignent, forment une greffe naturelle, ce qu’on appelle une anastomose.

Essences Déconseillées

Les conifères et les peupliers sont déconseillés pour le plessage en raison de leurs caractéristiques de croissance et de flexibilité.

Outils Nécessaires pour le Plessage

Le plessage nécessite un outillage spécifique, mêlant tradition et modernité.

Outillage Traditionnel

L'outil traditionnel est la serpe, accompagnée de son crochet porte-serpe, aujourd’hui introuvable en commerce malgré sa nécessité pratique. La cognée était autrefois utilisée pour appointer les pieux, les enfoncer dans le sol, récolter des branches ou encore les entailler à la base pour les plier. Les guettes, appelées aussi quettes, sont des scions fendus en biseau à un mètre de terre qui sont pliés et servent à maintenir les petites branches.

Outillage Moderne

Depuis les années 1960, la tronçonneuse thermique et électrique a été adoptée par les paysans pour son gain de temps considérable. Le travail de préparation de la haie se fait quant à lui au sécateur ou au croissant, pour retirer les ronces et le bois mort. Les gants (autrefois la moufle en cuir) et l'affûtage des outils sont également essentiels pour la sécurité de l'opérateur.

Outils traditionnels et modernes pour le plessage

Impact Écologique et Biodiversité du Plessage

Le plessage présente des avantages écologiques non négligeables. L'énergie grise est minime (hormis l'utilisation éventuelle de la tronçonneuse) et son bilan carbone est presque nul.

Un Corridor Écologique Essentiel

La haie bocagère facilite les déplacements de la petite faune (hérissons, belettes, musaraignes) et constitue un réseau de communication essentiel pour maintenir les populations animales. La densité de la structure plessée offre protection et sites de nidification privilégiés pour les oiseaux nicheurs. Les épines de l’aubépine et du prunellier découragent les prédateurs, créant des zones refuges optimales.

Bénéfices pour l'Agroécologie

En agroécologie, la haie vivante plessée remplit plusieurs fonctions complémentaires :

  • Protection contre l’érosion : le système racinaire dense et étagé stabilise efficacement les sols, particulièrement sur les terrains pentus. Les racines superficielles retiennent les particules fines tandis que les racines profondes drainent l’excès d’eau.
  • Refuge pour insectes pollinisateurs : la floraison échelonnée des essences (aubépine en mai, ronces en juin, lierre en automne) nourrit les pollinisateurs sur une longue période, soutenant les populations d’abeilles sauvages et domestiques.

Stockage Carbone et Régulation Climatique

La haie champêtre plessée constitue un puits de carbone significatif. Elle permet le stockage dans la biomasse aérienne et souterraine, l'enrichissement du sol en matière organique, la régulation thermique par l’évapotranspiration et la création de microclimats favorables à la biodiversité.

Préservation du Patrimoine Paysager

Au-delà de ses fonctions écologiques, le plessage maintient le patrimoine paysager traditionnel. Ces haies bocagères structurent le paysage rural depuis des siècles, témoignant d’un savoir-faire ancien aujourd’hui reconnu comme patrimoine vivant par l’UNESCO. Le plessage n’est pas une nostalgie, c’est une réponse concrète à des questions très contemporaines : comment clore un champ sans acier ? Comment produire de la biomasse sur les marges ? La haie plessée abrite, protège, produit et dure, elle n’a besoin ni d’importation ni de pétrole.

Dominique Mansion et la Transmission du Savoir-faire

Dominique Mansion, né en 1952 à Chauvigny-du-Perche, est un artiste-plasticien et auteur français. Illustrateur botaniste et naturaliste talentueux, il est connu pour ses dessins de la Flore forestière française et son engagement en faveur de la protection de la nature. Fondateur de l’association Perche Nature en 1980, Mansion est un fervent défenseur des trognes et du paysage percheron. Diplômé des Beaux-Arts de Tours, il a travaillé comme animateur et au Conservatoire des espaces naturels de Loir-et-Cher. Artiste polyvalent, Mansion s’exprime à travers le dessin, la sculpture, la peinture et la photographie. Son œuvre artistique et son militantisme écologique font de lui une figure emblématique de la protection de l’environnement dans le Perche Vendômois.

Dominique Mansion garde le souvenir vivace de son père, agriculteur, façonnant ses haies. Au début des années 1990, Franck Viel, animateur nature et acteur majeur de la relance du plessage en France, a été marqué par sa rencontre avec un paysan au détour d’une haie. Ces rencontres avec les anciens, dépositaires de ce savoir-faire, sont au cœur de la transmission.

La Maison Botanique de Boursay, créée en 2000, est pionnière dans l'animation de stages pratiques sur le plessage. Dès 1980, Dominique Mansion avait travaillé à la conception d'une exposition sur le bocage pour rendre hommage "au génie paysan inventeur et gestionnaire de ce patrimoine unique". Cette haie sera plessée en 2001 pour l'inauguration de la Maison Botanique, avec deux paysans retraités, André et Gérard Pottin, détenteurs du précieux savoir. Une journée de formation au plessage est depuis lors organisée tous les ans. En 2011, Boursay a accueilli les Premières rencontres nationales du plessage, avec des participants venus de toute la France et d'Europe.

Une nouvelle génération de formateurs transmet aujourd'hui le geste, conciliant techniques traditionnelles et approches modernes. Étienne Monclus, directeur de la Maison Botanique, privilégie l'efficacité des Anglais, qui "taillent à la base et ils empilent. Il n'y a plus de tressage. Ça fait un gros amas buissonnant, je trouve ça intelligent." Dominique Mansion privilégie les gestes minutieux, mais les deux hommes s'entendent pour valoriser l’inventivité.

Les stagiaires, venus de divers horizons, sont fascinés par cette manière de faire avec le vivant et ont mis en pratique leurs acquis dans des projets de haies plessées, que ce soit pour délimiter des espaces, dissimuler des ouvrages techniques ou favoriser la biodiversité en plantant des espèces locales.

Une Clôture Naturelle Infranchissable

Au-delà de son esthétique champêtre et de sa fonction écologique, le plessage excelle en tant que barrière naturelle. Une fois les arbres et arbustes tressés et solidifiés, la haie devient une véritable muraille végétale. Les branches entrelacées forment un réseau dense et impénétrable, dissuadant efficacement le passage du bétail, des animaux sauvages et même des intrus. Cette clôture vivante offre une alternative durable et respectueuse de l’environnement aux clôtures traditionnelles en métal ou en bois traité, tout en participant à la création d’un écosystème favorable à la biodiversité.

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Le Plessage en Dordogne : Un Avenir Prometteur

Le plessage, bien que pratiqué de manière très rare aujourd'hui en France, retrouve une actualité et intéresse de plus en plus les amateurs de jardin, particuliers ou professionnels. Il peut trouver sa place comme élément structurant dans la conception de jardins contemporains : en haies destinées à séparer des espaces ou pour maintenir des talus ou des berges, par exemple. Des ateliers sont parfois organisés par des associations ou des écomusées afin de conserver cette technique liée à l'agroforesterie qui fait partie du patrimoine.

En Dordogne, région au riche patrimoine naturel et agricole, le plessage avec des branches de noisetiers pourrait connaître un développement significatif, offrant des solutions durables et esthétiques pour l'aménagement paysager, la protection des cultures et la préservation de la biodiversité.

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