Le Lierre : Une Liane Intemporelle entre Botanique, Mythes et Poésie

Le lierre grimpant (Hedera helix L., 1753), une longue liane arbustive aux feuilles persistantes, tisse son histoire à travers les âges, se parant de significations symboliques profondes et inspirant d'innombrables thèmes littéraires. Connue sous de nombreux noms vernaculaires en français - drienne, herbe à cors, herbe à dents, herbe de Bacchus, herbe de saint Jean, lierre des poètes, lierret, rondelette, rondette, rondeau, sauvageon, terette, etc. - cette plante, bien plus qu'un simple ornement végétal, incarne la persévérance, la fidélité, le mystère, la transformation et la vitalité. Sa capacité à croître et à envelopper tout sur son passage, à s'accrocher fermement à ses supports, en fait un sujet d'étude fascinant tant pour les botanistes que pour les poètes et les penseurs. Son contact avec l'homme est inhabituellement étroit, qu'il s'agisse de son utilisation rituelle comme archétype du feuillage persistant, de sa popularité comme revêtement décoratif pour les murs et les clôtures, ou même comme plante d'intérieur.

Un Arbrisseau Ancien aux Multiples Facettes Botaniques

D’un point de vue botanique, le lierre grimpant est un arbrisseau très ancien, probablement d’origine tropicale. Il aurait connu les dinosaures au Crétacé (il y a -145 à -65 millions d’années) et se serait adapté aux changements climatiques qui ont suivi, au point d’être désormais une plante de milieux tempérés. Ses tiges sarmenteuses sont couchées-radicantes sur le sol ou grimpantes par des crampons. Il fait des jeunes pousses deux fois par an, au printemps et à la fin de l’été, et c’est lors de la seconde pousse que se forment les tiges florifères. Déconcertant au vu du faible diamètre de ses tiges qui dépassent rarement celui d’un poing, le lierre grimpant peut atteindre 100 m de long et 30 m de hauteur avec une croissance annuelle pouvant atteindre le mètre. Il se distingue par deux types de feuilles : les juvéniles à lobes palmés sur les tiges rampantes et grimpantes, et les adultes, en forme de cœur sur les tiges fertiles portant les fleurs exposées au plein soleil, habituellement tout en haut dans la couronne des arbres ou sur le sommet des parois rocheuses.

Illustration des deux types de feuilles de lierre : juvéniles lobées et adultes cordiformes

Les jeunes pousses et les pousses adultes diffèrent aussi, la première étant élancée, flexible et escaladant ou grimpant avec de petites racines pour fixer la pousse sur le substrat (roche ou écorce des arbres), la deuxième plus forte, se soutenant elle-même et sans racine. Ses racines superficielles ne concurrencent pas celles des arbres, plus profondément enfouies dans leur quête de nourriture. Les rameaux sont spontanément grimpants et dotés de poils étoilés grisâtres à 5-6 rayons. Ils portent au milieu des entrenœuds des crampons parfois difficiles à enlever à la main, qui sont des racines adventives transformées émettant de nombreux poils ventouses qui s’accrochent au support (rocher, mur, arbre, arbuste, etc.) qu’ils trouvent. Il est crucial de noter que ces racines modifiées n’ont aucune fonction absorbante : contrairement à ce que beaucoup de gens pensent à tort, le lierre n’est pas une espèce parasite (comme le gui ou l’orobanche par exemples), et il se nourrit uniquement avec son système racinaire souterrain.

Les feuilles alternes sont pétiolées, coriaces (cuticule épaisse), luisantes, persistantes, vert foncé ou légèrement blanchi sur les contours du limbe. Le lierre présente en effet un cycle phénologique inversé par rapport aux arbres dont il se sert comme support. La floraison a lieu chez les individus déjà âgés d’au moins une dizaine d’années, fin août sur les bords de la Méditerranée et en septembre-novembre plus au nord. Les fleurs jaunes verdâtres se présentent en ombelles terminales globulaires, à rayons nombreux, pubescents-blanchâtres. Elles sont principalement pollinisées par les diptères, les abeilles, les guêpes, les abeilles solitaires et les papillons. Leur calice est doté de 5 petites dents, leur corolle à 5 pétales lancéolés, pubescents, réfléchis ; elle a 5 étamines et son style simple est persistant. Le fruit est une baie globuleuse (drupe de 8-10 mm), noire à maturité, riche en lipides interstitiels, cerclée vers le sommet par le limbe du calice qui renferme 3 à 5 graines.

Peu exigeante quant au profil du sol qu’elle aime également tapisser, l’espèce comprend trois sous-espèces diploïdes (2n = 2x = 48) entre 0 et 1200 m : H. helix L. subsp. helix est commune en Europe, Ukraine et Afrique septentrionale ; H. helix L. subsp. poetarum (Nyman) McAllister & Rutherford en Italie et dans l’ouest de la Transcaucasie ; et H. helix L. subsp. chrysocarpa. Le genre Hedera comprend une douzaine d’espèces rampantes ou grimpantes, incluant des formes diploïdes, tétraploïdes, hexaploïdes et octoploïdes. Hedera est un genre comprenant environ dix espèces de plantes ligneuses à feuilles persistantes grimpantes ou rampantes de la famille des Araliaceae, originaires d’une zone allant des îles de l’Atlantique, de l’Europe occidentale, centrale et méridionale, au Nord-Ouest de l’Afrique et s’étendant jusqu’à l’Asie centrale et du Sud-Est et au Japon. Sur des surfaces appropriées (arbres et parois rocheuses), il peut grimper jusqu’à au moins 25 à 30 mètres au-dessus du niveau du sol de base.

Plusieurs espèces supplémentaires ont été décrites dans les régions méridionales de l’ancienne URSS, mais les botanistes ne les classifient pas comme des espèces distinctes. Parmi elles, on trouve Hedera algeriensis (lierre algérien) du Nord-Ouest de l’Afrique, Hedera azorica (lierre des Açores) des Açores, Hedera canriensis (lierre des Canaries) des Îles Canaries, Hedera colchica (lierre du Caucase ou lierre de Perse) du Nord de la Turquie à l’Iran, Hedera helix (lierre commun ou lierre anglais) d’Europe de l’Ouest et du centre (sauf sur les côtes atlantiques), Hedera hibernica (lierre de l’Atlantique) des zones côtières atlantiques d’Europe de l’Écosse et de l’Irlande au Portugal, Hedera maderensis (lierre de Madère) de Madère, Hedera nepalensis (lierre de l’Himalaya) de l’Himalaya, Chine, Taïwan, Hedera pastuchowii (lierre de Pastuchov) d’Asie centrale, et Hedera rhombea (lierre japonais).

L'Écosystème du Lierre et ses Bienfaits Insoupçonnés

Le lierre grimpant est mellifère (nectar, pollen) et ses fruits constituent un garde-manger à la sortie de l’hiver pour nombre d’oiseaux, d’insectes et d’autres petits animaux. Sa floraison, qui a principalement lieu à la fin de l’été et à l’automne, est une période où les arbres perdent leurs feuilles ; le lierre peut donc profiter de trouées pour s’étaler au pâle soleil de l’automne. Ses fleurs apparaissent bien après les intenses périodes de floraison que sont le printemps et l’été. Elles s’ouvrent en septembre ou octobre dans l’hémisphère Nord : elles sont alors les seules dans ce cas dans la majorité des écosystèmes où évolue le lierre. Une fois pollinisées, celles-ci se transforment en fruits en plein milieu de l’hiver, qui sont alors une bonne source de nourriture pour les oiseaux restés sur place et les mammifères qui n’hibernent pas.

6 minutes pour comprendre l'importance de la biodiversité

Les passereaux frugivores qui ne digèrent pas les graines de ses baies contribuent largement via leurs déjections à la diffusion du lierre. Son feuillage est un refuge pour toute la petite faune diurne et nocturne de nos campagnes. Les larges feuilles persistantes offrent un abri aux oiseaux à la saison froide et beaucoup préfèrent construire leur nid dans le lierre plutôt que d’autres buissons. Les feuilles sont une nourriture de choix pour les larves de certaines espèces de lépidoptères (papillons) comme les méticuleuses (Phlogophora meticulosa), le collier soufré (Noctua janthe), l’ennomos dentelée (Odontopera bidentata), les brillantes (Euplexia lucipara), la vieillie (Idaea seriata - qui ne se nourrit que de lierre), la phalène du sureau (Ourapteryx sambucaria) et la boarmie rhomboïdale (Peribatodes rhomboidaria).

Au pic de la floraison, des cohortes d’abeilles solitaires, d’abeilles à miel ou de bourdons, certaines guêpes, des papillons ou encore des mouches bourdonnent joyeusement entre toutes ces fleurs. Le stratagème du lierre est de former de petites boules dressées contenant des centaines de fleurs, attirant ainsi mieux l’œil qu’une simple fleur. Ensuite, l’autre stratégie du lierre consiste à nourrir à grand renfort de nectar les insectes affamés en cette saison tardive. En effet, les premiers frimas de l’hiver ne sont pas très loin, et pourtant bon nombre de pollinisateurs sont encore actifs, et ont d’autant plus besoin de nourriture qu’il fait froid ! Pour les abeilles à miel, le lierre est bien souvent la dernière chance de faire le plein de nectar à transformer en miel une fois dans la ruche, pour passer l’hiver. Ainsi, le lierre étant une fleur hautement nectarifère, elle en devient très mellifère. Par ailleurs, même si cet abondant et très riche nectar donne un miel excellent, il ne viendrait pas à l’idée d’un apiculteur soucieux du bien-être de ses abeilles de commercialiser du miel de lierre : celui-ci est laissé dans la ruche pour l’aider à passer l’hiver. Le lierre a même entraîné un insecte particulier à se décaler lui aussi : l’abeille du lierre ou collète du lierre (Colletes hederae), une espèce presque exclusivement inféodée au lierre pour sa survie. C’est une abeille solitaire, active dès la fin de l’été jusque fin octobre.

Le Lierre, Allié des Murs et des Arbres : Contre les Idées Reçues

On s’est beaucoup demandé si le lierre grimpant nuisait ou non aux arbres sur lesquels il s’accrochait. En Europe, on considère qu’ils ne les blessent pas de façon significative, bien qu’ils puissent entrer en compétition avec eux pour les nutriments et l’eau du sol dans une faible mesure. Les arbres supportant une forte croissance de lierre sont plus susceptibles d’être renversés par le vent. Il est important de répéter que le lierre ne tue pas les arbres en bonne santé sur lesquels il grimpe.

Lierre couvrant un mur ancien, illustrant son rôle protecteur

Les problèmes sont plus importants en Amérique du Nord, car il arrive que les arbres soient à tel point submergés par le lierre qu’ils en meurent ; il est possible que ce soit parce que le lierre a été introduit en Amérique du Nord où aucun parasite naturel ou maladie ne contrôle sa vigueur comme dans ses régions d’origine. Le lierre pose un autre problème plus sérieux car il forme un couvre-sol vigoureux à feuilles persistantes, dense et tolérant l’ombre (c’est précisément pour cela qu’on le cultive) qui peut recouvrir de très grandes zones et faire une trop grande concurrence aux plantes natives.

On s’est posé les mêmes questions au sujet des dommages aux murs. Ici, on considère généralement qu’un mur solidement maçonné est impénétrable aux racines d’escalade du lierre et n’en sera pas dégradé, car il est aussi protégé des intempéries par le lierre qui empêche la pluie d’atteindre le mortier. Les murs déjà faibles ou ayant perdu du mortier peuvent cependant être gravement endommagés car le lierre est capable de planter ses racines dans le mortier abîmé, ce qui fera s’écrouler le mur ensuite. Loin d’être une tare, sa capacité à recouvrir la matière peut, au contraire, se révéler protectrice, un régulateur thermique du meilleur effet, pour les maisons comme pour les arbres. Foin de la rétention de l’humidité déplorée par le Chevalier de Lamarck, les spécialistes nous affirment aujourd’hui au contraire que le lierre absorbe l’excès d’humidité et qu’il a même une action chimique inhibitrice sur les champignons, bactéries ou parasites pouvant s’attaquer au tronc. Il est aussi sélectionné et valorisé aujourd’hui comme plante ornementale rustique, notamment au travers de plusieurs variations et couleurs de feuillages. La plante peut vivre jusqu’à un grand âge, ses tiges devenant de plus en plus boisées et atteignant souvent une taille considérable - les troncs de lierre peuvent atteindre les trente centimètres de diamètre là où la plante a pu croître pendant de nombreuses années sans être dérangée sur les roches et les ruines.

Toxicité et Vertus Médicinales : Une Plante à Double Tranchant

Attention : comme toutes les parties de la plante, les baies sont toxiques pour la plupart des mammifères et en particulier pour l’homme. Leur toxicité est due à la présence de saponosides qui se transforment par hydrolyse partielle en un suc gommo-résineux hautement toxique, l’hédérine. L’ingestion de deux à trois baies conduit à des signes d’empoisonnement : brûlures dans la gorge, maux de tête, tachycardie, crampes, vomissements et diarrhées. Une consommation plus importante provoque spasmes musculaires, délire, hallucinations, mydriase, puis plus rarement paralysie et mort par asphyxie. La plante contient des saponines triterpéniques (hederacoside C et alpha-hederine), présents dans les feuilles et les fruits, certains triterpenoïdes, et des composés polyacétyléniques (polyines) tels que le falcarinol et le didéhydrofalcarinol, des flavonoides. Falcarinol et didéhydrofalcarinol sont considérés comme étant à l’origine de la sensibilisation au lierre.

L’ingestion de baies, confondues avec des fruits comestibles, est souvent le fait de jeunes enfants. Les signes irritatifs sont représentés par une sensation de brûlure dans la bouche, une hypersalivation, des nausées, des vomissements, des douleurs abdominales et une diarrhée. En cas de contact cutané, une dermatite de contact peut apparaître avec une réaction œdémateuse. Des lésions eczématiformes peuvent survenir au niveau des zones en contact avec la plante, avec une rougeur, des lésions élémentaires à type de macules, de papules, de vésicules, voire de bulles prurigineuses. Des lésions irritatives ou eczémateuses surviennent le plus souvent lors de l’élagage du lierre, effectué s’il devient trop exubérant. Des manifestations allergiques peuvent survenir chez des personnes antérieurement sensibilisées au lierre lors de l’utilisation de certains thés, lotions cosmétiques ou médicaments.

Du fait de sa toxicité, le lierre a longtemps été considéré comme une plante magique et reste une espèce médicinale. Son bois et ses feuilles sont riches en saponosides, flavonoïdes, acide caféique et acides chlorogéniques. Le pharmacologue grec Dioscoride (circa 30-90) l’employait pour traiter les ulcères, les maux de dents. Le Romain Pline l’Ancien (23-79) préconisait des macérations de feuilles de lierre et de rose dans du vinaigre de vin contre les migraines. Au Moyen-Âge, on l’utilisait pour se purger et contre les maux de tête, les affections cutanées, etc. Aujourd’hui, la phytothérapie fait encore appel au lierre grimpant surtout pour ses hédérasaponines qui ont des propriétés antispasmodiques et expectorantes efficaces pour apaiser la toux, dégager les voies respiratoires et soigner bronchites et coqueluches. En usage externe, il sert également à soulager l’arthrose et les rhumatismes, cicatriser les plaies et les brûlures, les coups de soleil, soulager les cors aux pieds et traiter la cellulite.

Les feuilles de lierre fraîches ont une odeur balsamique, forte, nauséeuse, surtout quand on les écrase. Leur saveur est amère, âpre, désagréable. Les baies ont une saveur acidulée, résineuse, un peu piquante et amère. Il découle des vieux troncs une gomme nommée hédérée ou hédérine ; elle est en morceaux opaques d’un brun foncé, offrant quelquefois des taches roussâtres, à cassure plus ou moins vitreuse, transparente, de couleur orangée ou rouge de rubis ; son odeur est désagréable, sa saveur mucilagineuse et amère. Pelletier l’a trouvée composée de gomme, de résine, d’acide malique et de ligneux.

Représentation graphique des saponines et autres composés actifs du lierre

Les feuilles de lierre fraîches sont usitées pour panser les vésicatoires et les cautères ; on se sert aussi de leur décoction en lotions et en fomentation sur les ulcères sanieux et sur les éruptions cutanées, particulièrement les dartres et la gale. Sèches et pulvérisées, on les a recommandées à dose altérante dans l’atrophie mésentérique et contre les tubercules pulmonaires. Les baies sont éméto-cathartiques ; les paysans en avalent 10 à 12. On les dit aussi fébrifuges. Mûres et pulvérisées on les administre dans du vinaigre ou du vin blanc. L’écorce faisait partie de la tisane de Feltz. La gomme paraît être la partie la plus active de la plante ; on la dit excitante, astringente, emménagogue et fondante ; elle semble jouir aussi d’une vertu parasiticide ; on assure enfin qu’elle calme les douleurs résultant de la carie dentaire. L’infusion ou décoction des feuilles (2 à 6 grammes par 1,2 litre d’eau) et la poudre des feuilles (1 à 2 grammes) sont des formes traditionnelles. L’infusion ou décoction des baies est de 2 à 4 grammes par demi-litre d’eau.

L’utilisation interne du lierre a été reconnue pour ses propriétés antispasmodiques, respiratoires, dépuratives, cholagogues et excitantes. Il était de plus connu pour faciliter la menstruation. Il était ainsi supposé traiter, par voie orale, la coqueluche, la bronchite chronique, les trachéites, les laryngites, les rhumatismes, la lithiase biliaire, les règles insuffisantes, les leucorrhées et l’hypertension. L’infusion de feuilles a une action spasmolytique (due à l’alphahédérine, un saponoside des feuilles), mucolytique et légèrement sédative, d’où une action sur les toux coqueluchoïdes ou en cas de coqueluche. L’extrait des feuilles est antibactérien. Les feuilles de lierre étaient également utilisées en application cutanée pour guérir les névralgies, les rhumatismes, les névrites, les séquelles de phlébite, les plaies, les brûlures, les cors, les durillons et les polypes du nez. Les feuilles peuvent être utilisées sous plusieurs formes : en applications, confites dans du vinaigre, en décoction (200 g dans un litre d’eau), sous forme de teinture pure, de cataplasme (1/4 de feuilles fraîches incorporées à 3/4 de farine de lin) ou de pommade à 10 %. Le lierre est utilisé dans certains cosmétiques (ex. : crèmes amincissantes), dans des lotions pour les cheveux, dans certains shampooings, dans certains médicaments tels que des expectorants et dans certains thés. Les feuilles de lierre font l’objet d’une monographie à la Xe édition de la Pharmacopée.

Les laboratoires homéopathiques français préparent une teinture mère à base de rameaux frais feuillés et fleuris, reconnue pour ses propriétés expectorantes, antibactériennes et antispasmodiques. Les jardiniers amateurs d’aujourd’hui peuvent tirer profit de la richesse en saponines (5 à 8%) des feuilles de lierre pour préparer un purin insecticide qui repoussera acariens, aleurodes et pucerons. Pour la lessive aux cendres de bois et lierre : faire bouillir 1kg de feuilles de lierre dans 3 litres d’eau pendant 5mn à feu doux, rajouter 2 verres de cendres de bois. Laisser refroidir, passer et filtrer à travers 2 linges fins, puis utiliser pour laver le linge (le lierre contient 5% de saponines naturelles), en rinçant bien. Pour le liquide vaisselle, faire bouillir 200gr de feuilles de lierre pendant 10 mn, puis passer au chinois.

Le United States National Institute of Health (Institut National de la Santé des Etats-Unis) et les organismes apparentés ont même participé à une étude sur les utilisations médicinales du lierre (dans ce cas comme anti-inflammatoire). Il pourrait avoir des effets bénéfiques dans le traitement du cancer : les plantes « invasives » contiennent souvent des composants de valeur pour aider à soigner les maladies. Le lierre est apparenté au Ginseng selon la base de données en ligne Botanical Dermatology Database : ARIALACEAE (Ginseng ou Aralia ou famille du Lierre). Cette famille d’environ 700 espèces et de 55 genres consiste principalement en arbres et en buissons, mais aussi quelques lianes. La plupart des espèces habitent dans les régions tropicales, particulièrement en Indomalaisie et en Amérique tropicale. D’autres sont natives des régions tempérées, et certaines ont été largement répandues par l’horticulture et comme plantes d’intérieur. Une caractéristique de la famille est la présence de passages résineux qui produisent une odeur aromatique lorsqu’ils sont écrasés. La racine de Panax ginseng C. Meyer est le ginseng coréen ou oriental du commerce, également appelé Ren Shen ou Radix Panacis Ginseng.

Le Lierre dans les Mythes et Rites Anciens : Un Symbole Sacré

Le lierre a toujours été utilisé dans différents buts tout au long de l’histoire. Il était très estimé des anciens. Son nom latin Hedera est dérivé du celtique hedra, qui signifie « la corde ». Les anciens Égyptiens l’avaient consacré à Osiris, symbole de l’immortalité. Dans la mythologie grecque, le lierre, la « plante à belles feuilles » chantée par Aristophane dans ses Thesmophories, a fréquemment été associé à la vigne. Lyerre, jeune danseur de Dionysos, dansa si longtemps qu’il tomba. À Rome, le lierre consacré à Bacchus (proche du Dionysos des Grecs) était symbole de volupté parce que l’on pensait que nuisant au cep de vigne, il protégeait de l’ivresse et permettait de goûter aux plaisirs de la vie sans y sombrer - le lierre accroché encore aujourd’hui à la porte de certaines tavernes en conserverait la signification de rendre le vin léger. Les anciens auteurs nous racontent que les effets de l’intoxication par le vin sont éliminés si on met à bouillir doucement une poignée de feuilles de lierre froissées dans le vin que l’on boit ensuite. Plutarque nous apprend que les prêtres de ZEUS devaient éviter la vigne, le vin et le lierre permettait de ne pas sombrer dans l’ivresse (baies, couronnes, décoration des statues).

Dionysos couronné de lierre, entouré de ménades

Le lierre, chez les anciens Grecs, était un attribut de Dionysos, le dieu du vin, de la joie de vivre et de la vitalité. C’était aussi le symbole de l’immortalité. Un Dionysos kissos (nom du lierre en grec) dieu du vin, protecteur des arbres, esprit de l’écorce et de tous les sucs vitaux, du renouveau printanier. Un dieu de toutes les exubérances mais aussi le dieu de la vie foisonnante, émergeant de toute contrainte ! Les représentations de Dionysos sur les céramiques ioniennes, toujours associé à des guirlandes de lierre, témoignent du lien qui uni ces deux-là dès les VIème siècle avant notre ère. Les vases et amphores du potier athénien Amasis en sont un bel exemple ou encore le fameux Cratère, utilisé comme urne funéraire dans le tombeau de Deverni, ayant auparavant servi pour mélanger du vin et de l’eau.

Le culte de Dionysos et Bacchus reste indissociable des Ménades (grecs) et Bacchantes (romains). Accompagnatrices du Dieu, ce sont des femmes rendues délirantes par le vin. Elles n’avaient pas de temple et les forêts denses étaient leur domaine. Là, Dionysos les abreuvait du lait des chèvres sauvages, d’herbes et de baies. Suivant en procession le Dieu, elles jouaient du tambourin et de la flûte, leur mois de prédilection était le mois de septembre (mois des vendanges). Les Ménades consommaient du vin mais aussi de la bière additionnée de baies de lierre, toxiques mais psychodysleptiques à faible dose, ainsi que des champignons hallucinogènes comme l’amanite tue-mouche.

OVIDE raconte que juste après sa naissance, Dionysos fut confié aux Nymphes de Nysa qui dissimulèrent son berceau en le recouvrant de lierre pour le soustraire à la colère de JUNON. Le lierre était aussi la plante de Cissus, jeune homme cher à Bacchus, qui fut tué par accident en jouant avec les Satyres. Le dieu le métamorphosa en lierre et depuis, la plante lui est consacrée. Les Cissotemoi (fêtes grecques en l’honneur de Cissus et Hébé déesse de la jeunesse) voyaient la plante utilisée en couronnes. Il était aussi consacré au géant Antée, fils de Poséidon et Gaïa, et à Harpocrate, dieu égyptien représentant Horus enfant, adoré à Alexandrie et ramené dans le panthéon Gréco-romain. Harpocrate était souvent associé au culte de Bacchus et représentait le dieu du silence, enfant nu, portant un doigt à sa bouche, couronné de lierre, une « nébride » sur les épaules (peau de daim), portant une corne d’abondance (symbole de la fécondité de la nature).

Les prêtres grecs présentaient une couronne de lierre aux nouveaux mariés. De tous temps, le lierre était considéré comme un symbole de la fidélité. La coutume de décorer les maisons et les églises avec du Lierre à Noël a été interdite par l’un des premiers Conciles de l’Église, du fait de son lien avec le Paganisme, mais la coutume dure toujours. Une feuille de Lierre est l’emblème des Gordon. Dans la mythologie Celte, le lierre naît du contact entre la foudre et la terre. Le Lierre est associé à l’ogham gort, à la lettre G, et à la période allant du 30 Septembre au 27 Octobre. En Bourbonnais, porter à son cou une tige de lierre accrochée à un fil a longtemps été considéré comme un talisman protégeant des serpents. On plaçait aussi des racines de lierre sous l’oreiller contre les maux de dents des jeunes enfants, pratique qui semble aussi avoir été pratiquée en Bretagne. En Normandie, autrefois, pour connaître quel saint il fallait invoquer dans une maladie, on jetait dans l’eau d’une fontaine des feuilles de lierre, sur chacune desquelles était tracé le nom d’un saint.

Le Lierre : Symbole de Fidélité, de Persistance et de Vie Éternelle

Le lierre symbolise la fidélité (il ne lâche pas facilement les objets sur lesquels il grimpe) et la vie éternelle (car la plante reste toujours verte). Sa capacité à pousser et à envelopper tout sur son chemin est non seulement un signe de vitalité, mais aussi un symbole de persistance. Le lierre pousse constamment, malgré les défis et les obstacles qu’il rencontre sur son chemin. Cette capacité à persévérer est souvent associée à des vertus telles que la détermination et la force intérieure.

Dessin stylisé d'un lierre entrelacé symbolisant l'amour éternel

La symbolique du lierre est étroitement liée à l’amour éternel et à la fidélité. Ce concept remonte à la Grèce antique, où le lierre était associé à Dionysos, le dieu du vin, et à son amante Ariane. On croyait que le lierre était un signe d’amour éternel entre les deux et qu’il portait chance dans les relations amoureuses. L’Encyclopédie des Plantes en ligne (Encyclopedia of Herbs) dit : « le Lierre est planté à l’extérieur de la maison pour agir en tant que gardien et protecteur. Il est porté par les futures mariées pour porter chance à leur union. C’est un symbole d’amitié et de fidélité. » Un autre site décrit la façon dont le houx et le lierre étaient assemblés pour symboliser l’homme et la femme, ce qui apportait la paix au foyer à Noël : « Considéré comme un symbole de la femme. Si assemblé avec du Houx (le symbole de l’homme) à Noël, il assurera la paix à la maison entre le mari et sa femme, pour l’an… ».

Avec ses feuilles épaisses recouvrant les surfaces, le lierre a également des connotations de mystère et de secret. Souvent, dans les histoires et la littérature, le lierre est utilisé comme toile de fond pour cacher des objets ou des personnes. Cette symbolique de la dissimulation peut représenter l’idée qu’il existe des secrets et des mystères qui ne sont pas toujours visibles à l’œil nu. Le lierre est une plante qui change avec les saisons. Pendant l’hiver, ses feuilles peuvent tomber, mais elles reviennent au printemps avec une nouvelle vie. Ce cycle de vie représente la transformation et la renaissance. Le lierre nous rappelle que, même dans les phases les plus sombres de nos vies, il y a toujours la possibilité de renaître et de grandir à nouveau.

Le Lierre a fourni divers emblèmes : entourant une colonne brisée, c’est la vie et la mort ; rampant sur un tombeau, le présent et le passé ; s’appuyant sur un arbre vigoureux, la faiblesse et la force. On disait que le lierre n’atteignait sa perfection qu’en s’appuyant sur un support, comme le décrivait Molière : « Le lierre, Qui croît beau tant qu’à l’arbre il se tient bien serré, Et ne profite point s’il en est séparé ».

Le Lierre en Poésie et Littérature : Un Thème Récurrent

Le lierre est une source d'inspiration inépuisable pour les poètes, les sculpteurs et les peintres. Les ruines lui doivent leur principal ornement, et il les préserve d’une complète destruction. C’est lui qui entoure les tombeaux et qui cache, sous un réseau de branches, l’orgueil des épitaphes. Si le lierre a été dans l’impossibilité de quitter le sol, c’est à peine un arbrisseau ; c’est au contraire un arbuste vigoureux s’il a pu être favorisé dans son développement. Souvent il survit à la plante sur laquelle il est fixé ; alors il se soutient seul, et dédaignant tout secours étranger acquiert les dimensions d’un grand arbre, capable à son tour de protéger la jeunesse d’une plante dont, par son âge, il serait le père.

Le lierre était très-célèbre chez les anciens Grecs et Romains. C’est avec lui qu’on couronnait les poètes. Les peuples de la Thrace, les Bacchantes en ornaient leurs thyrses, et en couronnaient encore leur tête pour célébrer les fêtes de Bacchus. Le lierre commun est celui auquel il est fait allusion dans les idylles de Théocrite, et on suppose que le Lierre Doré de Virgile est une variété aux baies jaunes (Hedera chrysocarpa), maintenant très rare.

Poète antique couronné de lierre, symbole de distinction

Les écrivains romains parlant de l’agriculture recommandaient de donner des feuilles de lierre comme nourriture au bétail, bien que les vaches ne les apprécient pas et que les moutons comme les cerfs n’en mangent que parfois l’hiver. Autrefois, le dessin d’un buisson de lierre était dessiné sur les portes de tavernes anglaises pour indiquer l’excellence des spiritueux qu’on y vendait : d’où le dicton « Good wine needs no bush » (traduction littérale : le bon vin n’a pas besoin de buisson ; dicton français correspondant : « à bon vin point d’enseigne »).

Victor Hugo, dans ses Odes, Rêves, l'évoque en ces termes : « La tour hospitalière, Où je pendrai mon nid, Ait, vieille chevalière, Un panache de lierre Sur son front de granit ». Le lierre est non seulement une superbe plante verte d’intérieur mais a aussi le pouvoir de purifier l’air. La maison devient donc à la fois plus belle et plus fraîche. Les tests de dépollution par les plantes effectués par la NASA ont donné des résultats surprenants ; ils montrent que la capacité destructrice des molécules toxiques par les plantes vertes varie considérablement en fonction de l’espèce considérée. Ainsi, en vingt-quatre heures, le lierre est-il à même d’éliminer 90% du benzène de l’atmosphère.

Perceptions Modernes et Enjeux Environnementaux

Aujourd’hui, on peut dire que le lierre a perdu son aura ! Tombé de son piédestal, il est même devenu mal aimé. Pourtant, son rôle écologique et ses propriétés ne devraient pas être sous-estimés. Le lierre est très rustique : il est rare que ses feuilles soient endommagées par le gel et elles ne souffrent guère plus de la fumée ou de l’air vicié des villes industrielles. Le bois de lierre peut atteindre 20 cm de diamètre. Quand son bois atteint une taille suffisante, il peut être employé par les tourneurs du Sud de l’Europe, mais comme il est très mou, il est rarement utilisé en Angleterre, sauf pour aiguiser les couteaux des tailleurs de cuir. Il est très poreux, et les anciens pensaient qu’il avait la propriété de séparer le vin de l’eau par filtration, une erreur provenant du fait que le bois absorbe la couleur du liquide dans son passage par les pores. Sur le continent, il a parfois été utilisé en fines tranches comme filtre.

La présence des lierres dans les jardins est très populaire dans leur aire d’origine, que ce soit pour attirer la vie sauvage ou pour leur feuillage persistant ; de nombreux cultivars ont été sélectionnés pour leurs feuilles panachées et/ou pour la forme inhabituelle de leurs feuilles. Ils sont particulièrement intéressants pour couvrir des murs inesthétiques. Les lierres se sont toutefois révélés être des plantes très invasives dans les régions d’Amérique du Nord où les hivers sont doux, et leur culture y est à présent souvent déconseillée. Cette exubérance végétale, cette capacité à recouvrir la matière, loin d’être une tare, peut, au contraire, se révéler protectrice, un régulateur thermique du meilleur effet, pour les maisons comme pour les arbres.

Le lierre est bien plus qu’une plante ornementale ; c’est un symbole riche de sens qui traverse les cultures et les époques. Lorsque nous regardons le lierre, nous devrions réfléchir à sa capacité à croître et à prospérer malgré l’adversité, à son lien avec l’amour éternel et la fidélité, à sa capacité à cacher des secrets, et à son message de transformation et de renaissance. Alors, la prochaine fois que vous verrez du lierre grimper le long d’un mur ou d’un arbre, arrêtez-vous un instant pour réfléchir à sa symbolique et à sa beauté intrinsèque. Vous pourriez découvrir de nouvelles perspectives et des significations cachées dans cette délicate plante grimpante.

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