La vallée de l’Authion, située sur la rive nord de la Loire, entre Angers et Saumur dans le département du Maine-et-Loire, constitue un territoire agricole d'une importance stratégique pour la production de semences en France. Bénéficiant de terres limoneuses, légères et fertiles, ainsi que d'un climat tempéré et de conditions pédologiques favorables, cette région a vu son agriculture prospérer dès les XVIIIe et XIXe siècles. Au fil des décennies, elle s'est spécialisée dans l’horticulture, le maraîchage et la production de semences, une orientation qui s'est massivement confirmée après la Seconde Guerre mondiale avec la modernisation de l'agriculture française. La structuration de filières professionnelles et la création de centres d’expérimentation ont favorisé l'installation des grandes maisons semencières, renforçant ainsi le développement et la spécialisation de ces terres pour cette activité cruciale.

Un Terroir Façonné par l'Aménagement et l'Innovation
Historiquement, la vallée de l’Authion a dû faire face aux inondations récurrentes dues aux crues de la Loire, qui recouvraient régulièrement les terres agricoles. Pour sécuriser la mise en production de ces parcelles, d'importants travaux d’aménagement ont été lancés à la fin des années 1960 sous l'impulsion d'Edgar Pisani, alors ministre de l’Agriculture. Ces travaux ont permis de mettre la plaine à l'abri des montées des eaux. La dynamique s'est ensuite accélérée avec le développement d’un puissant réseau d’irrigation, utilisant l'eau de l’Authion et de ses canaux pour irriguer les cultures lors des périodes climatiques plus sèches.
Parallèlement à ces infrastructures, la recherche agronomique a joué un rôle clé. Des instituts comme l’Inrae se sont implantés dans la région, contribuant significativement au développement des connaissances autour de la sélection variétale. Depuis 2004, la vallée bénéficie également du dynamisme du pôle de compétitivité Végépolys, qui regroupe entreprises, chercheurs et organismes de formation dans le domaine du végétal. Cette structure favorise les échanges et la collaboration entre les différents acteurs de la filière, permettant aux semenciers d'innover en faisant la part belle à des techniques de pointe. Aujourd'hui, près de 8 000 hectares sont dédiés chaque année à la production de semences dans la vallée de l’Authion, dont 5 000 à 6 000 ha pour le maïs. L'introduction du maïs dans les années 1950, initialement sur une dizaine d’hectares de multiplication, a rapidement dépassé les 1000 ha dès les années 1970. Désormais, plus de 80 espèces sont produites, incluant des potagères (carotte, poireau, laitue, oignon, radis…), des fleurs, des céréales et du chanvre.
Les Contrats de Multiplication de Semences : Un Engagement Partenarial
La production de semences dans l'ouest de la France, et particulièrement dans le Maine-et-Loire, repose sur des contrats de multiplication établis avec des agriculteurs multiplicateurs. Ces contrats s’établissent en moyenne sur des surfaces allant de 1 ha à 6 ha en plein champ, mais peuvent également être proposés sous tunnel ou sur de petites surfaces de quelques centaines de m². L'équipe de techniciens assure l’ensemble des préconisations techniques et agronomiques, depuis le semis jusqu’à la récolte, garantissant ainsi la qualité et la conformité des semences produites. Les semis s’effectuent à différentes périodes de l'année : au mois d’août, à l’automne d’octobre à décembre, et au printemps de mars à mai.
Le COP (Contrat d'objectif et de performance) & les évolutions des missions de service public de ...
Le Pois de Printemps : Intérêts Agronomiques et Défis Climatiques
Le pois de printemps, un protéagineux, est une culture qui s'inscrit dans les rotations des agriculteurs multiplicateurs, notamment en raison de ses bienfaits agronomiques. Dominique Moutault, un agriculteur de Chalonnes-sous-le-Lude, cultive des protéagineux et a pu constater leurs avantages. Il a par exemple semé une parcelle de blé au 25 octobre après une féverole de printemps, produite pour la coopérative Terrena. Cette féverole, semée en juillet et détruite en octobre, a permis d'accumuler de l'azote dans le sol, bénéficiant ainsi au blé suivant. Dominique Moutault estime pouvoir réaliser des économies significatives sur les apports d'azote, passant d'une prévision de 210 unités à potentiellement seulement 120 unités si l'analyse de terre révèle un reliquat azoté suffisant. Il souligne toutefois l'importance de la fertilisation phosphatée pour les protéagineux, car un bon développement racinaire permis par le phosphate est gage d’une grande quantité de nodosités, impliquant une fourniture azotée abondante.
Les protéagineux ont également l’avantage de libérer le sol tôt, permettant la culture de plantes estivales comme le sarrasin, cultivé par Dominique Moutault en contrat avec la CAPL pour répondre à la demande des filières sans gluten. En plus d’apporter de l’azote, les protéagineux laissent des sols bien structurés, une caractéristique appréciée par les agriculteurs. Cependant, ces cultures ne sont pas sans difficultés. Leur manque de rentabilité limite parfois leur développement, tout comme la nécessité de rotations longues (5 ans pour le pois). Dominique Moutault a essayé plusieurs protéagineux avec plus ou moins de succès, diminuant sa sole ces dernières années. Il a cultivé jusqu'à une quinzaine d'hectares de pois potager de printemps pour Coopagri Bretagne via la CAPL, des petits pois destinés à la conserve.
Le principal problème de cette production réside dans sa fragilité face aux coups de chaleur du mois de juin, qui peuvent entraîner une perte de la récolte. En 2021, trois jours de forte chaleur suivis d’une grêle le 17 juin ont été fatals aux pois, dont le système racinaire est peu développé et superficiel. Malgré l'irrigation, les sols de l'agriculteur ont une faible réserve en eau utile. Dans l'espoir de contourner cette vulnérabilité, il s'est tourné vers le pois d’hiver, mais a malheureusement subi trois années de bactériose sur cinq ans de culture (en 2016, 2020 et 2021), favorisée par les conditions climatiques. La féverole de printemps, qu'il cultive depuis trois ans pour la filière alimentation animale de Terrena, est une culture "pas trop difficile à mener, avec une implantation précoce, dès janvier, et peu d’interventions phytosanitaires, des adventices assez bien maîtrisées, des matières actives en alternance avec le blé…". Cependant, elle n'est pas non plus à l'abri des accidents climatiques. Pour diversifier sa palette, l'agriculteur cultive aussi du lupin en contrat avec Terrena, mais uniquement sur les parcelles sans calcaire actif, soit une dizaine d’hectares maximum. Le lupin est une culture intéressante qui ne nécessite pas de phytosanitaires et se montre assez résistante aux maladies cryptogamiques et aux insectes. Contrairement aux autres protéagineux de son exploitation, le lupin n'est pas irrigué, avec un rendement de 25 à 30 quintaux par hectare, mais des coûts de culture peu élevés qui le rendent intéressant.
Intégration du Pois de Printemps dans les Rotations et Optimisation des Pratiques
François Deschère, un autre agriculteur du Maine-et-Loire, a semé ses pois de printemps le 9 février dans une parcelle de 10 ha après un précédent orge. Il a depuis longtemps intégré ce protéagineux dans sa rotation, reconnaissant l'intérêt agronomique de la culture et l'amélioration de l'autonomie alimentaire de son troupeau de vaches allaitantes. Une trentaine de tonnes de pois protéagineux sont données chaque année aux animaux : un kilo par jour pour les animaux à l’engraissement (avec du maïs grain sec et de l’enrubannage d’herbe précoce) et 500 grammes par jour pour les femelles à la reproduction et gestantes. Sur environ 35 tonnes récoltées, l’éleveur en garde 5 tonnes pour les resemer, réduisant ainsi ses coûts d’implantation. Il renouvelle ses semences tous les trois ans.
Malgré les aléas climatiques, comme les pluies de juin qui ont réduit les rendements à 30 quintaux par hectare l'année précédente au lieu des 50 quintaux espérés, François Deschère reste motivé. Le pois est "une culture qui pousse en 5 mois, il faut veiller à la mettre dans les meilleures conditions !", explique-t-il. Il détaille son itinéraire technique : le semis est réalisé à une densité de 245 kg/ha, avec l'objectif d'obtenir 100 grains au m² pour 80-85 grains levés. Entre l’orge, culture précédente, et le pois, l’agriculteur sème en général un engrais vert, souvent une moutarde, qui gèle en hiver et peut être roulée. Depuis quatre à cinq ans, il a réintroduit le labour, suivi d'un semis en herse et semoir combiné, après avoir été en semis simplifié. Labourer permet de réduire la pression en adventices et de diminuer l’utilisation de phytosanitaires. Ses rotations s'étendent sur cinq ans (maïs, blé, pois, blé, orge). Le pois est un excellent précédent pour les céréales, un avantage d'autant plus pertinent avec la hausse des cours des engrais. Sur le blé semé à l’automne derrière son pois, François Deschère compte économiser entre 30 et 40 unités d’azote par hectare, ce qui représente une économie estimée à environ 54 euros par hectare pour l'année en cours.

Adaptation aux Changements Climatiques et Stratégies d'Avenir
Comme toutes les régions de France, la vallée de l’Authion doit faire face à l’impact du changement climatique. Semae, l’interprofession des semences, a présenté début 2025 des travaux d’anticipation à l'horizon de 2050, confirmant l’augmentation des risques liés à l'eau et à la chaleur. Pour le maïs semence par exemple, l’étude indique que le Maine-et-Loire passera d’un risque modéré à fort. La pluviométrie et l’accès à l’eau resteront le premier facteur de risque, mais c’est celui de la chaleur qui connaîtra la plus forte progression. Plus que jamais, la gestion de la ressource hydrique deviendra cruciale pour préserver la qualité et la quantité des semences produites. Parmi les adaptations possibles, on compte la création de variétés plus résilientes et plus résistantes à ces stress, l’adaptation des pratiques culturales, et l’optimisation des systèmes d’irrigation.
Face aux défis du changement climatique, de la biodiversité agricole et de la souveraineté alimentaire, la production de semences dans la vallée de l’Authion apparaît comme stratégique. L'ensemble de la filière est mobilisée pour assurer la durabilité de cette activité essentielle.
Enquêtes sur les Itinéraires Culturaux et Coûts de Production
En 2025, à la demande de la FNAMS, la section Céréales à paille et Protéagineux de SEMAE a accepté de financer et d’accompagner un travail d’enquête sur les itinéraires culturaux auprès des agriculteurs multiplicateurs. L'objectif était de déterminer les coûts de production liés à la multiplication des principales espèces en production de semences de céréales et protéagineux, incluant le blé tendre d’hiver (en conventionnel et en agriculture biologique), le blé dur, l’orge d’hiver, le pois d’hiver, et le pois de printemps. Ce travail a été mené avec un double objectif technico-économique. D’une part, dans le cadre de la loi EGAlim, SEMAE, en tant qu’interprofession, doit se doter d’indicateurs économiques pertinents, transparents et fiables pour accompagner les échanges contractuels entre les agriculteurs multiplicateurs et les établissements semenciers. Les résultats de cette enquête serviront de base pour définir l’indicateur interprofessionnel des charges de la multiplication de semences.
Cette enquête a été menée auprès des agriculteurs multiplicateurs de ces espèces, dans l’objectif d’établir des premières références technico-économiques pour ces cultures à partir des données de récolte de 2024, en se basant sur des références de coûts de cette même année. Le formulaire d’enquête, établi par la FNAMS, a été envoyé à l’ensemble des agriculteurs multiplicateurs de semences de céréales et protéagineux par le biais de SEMAE. Au total, 266 agriculteurs ont répondu à cette enquête, précisant leur itinéraire technique pour une ou plusieurs espèces. Pour intégrer la diversité des zones géographiques de production dans le référencement des itinéraires techniques, cinq bassins de production ont été définis, sur la base des bassins de production régionaux utilisés par la FNAMS (figure 1). Ce travail a permis d’élaborer six fiches de référence sélectionnées par la FNAMS, correspondant aux cinq espèces étudiées, ainsi qu’une fiche pour les semences de blé tendre d’hiver biologiques.
Le descriptif de l’itinéraire technique type de référence de la FNAMS a été établi et retenu à partir des pratiques constatées. Cet itinéraire prend en compte l’ensemble des interventions inhérentes à la production, de la préparation du sol jusqu’aux interventions de post-récolte le cas échéant. Ces itinéraires techniques ont été présentés, discutés et validés par la Commission Économie de la Section Céréales à paille et Protéagineux de SEMAE. Chaque étape de l’itinéraire technique de référence a été chiffrée en termes de charges d’intrants, de mécanisation et de main-d’œuvre, à partir de bases de données de coûts communes et nationales. L’analyse des coûts de production est basée sur l’année 2024, caractérisée par des conditions très pluvieuses. Par ailleurs, les pratiques des multiplicateurs sont susceptibles d’évoluer dans les années à venir en fonction des évolutions climatiques, réglementaires (comme le retrait du flufénacet) ou technologiques.
