Techniques et Bénéfices de la Pose de Feuilles en Couche et de l'Ajout de Fumier au Jardin

Depuis toujours, l'apport de matières organiques représente une pierre angulaire dans la fertilité des sols et la vigueur des cultures. Le fumier, notamment, est une véritable bénédiction pour les cultures, auxquelles il offre de nombreux nutriments, tout comme pour les sols qui en sont grandement améliorés. L'utilisation stratégique de feuilles en couches et l'intégration judicieuse de fumier, en particulier le fumier de cheval, constituent des pratiques fondamentales pour enrichir durablement un potager. Ces méthodes contribuent non seulement à la nutrition des plantes, mais aussi à l'amélioration structurelle et biologique du sol, éléments essentiels pour un jardinage productif et respectueux de l'environnement.

Le Fumier : Une Richesse Naturelle pour le Sol

Le fumier est un bon amendement pour le sol, composé à la fois de déjections animales, d’urines et de matières végétales (paille ou déchets). Il est donc constitué comme un parfait compost : un mélange de matières sèches, ligneuses et donc riches en carbone et de matières humides et riches en azote. Lors de sa décomposition, il offre au sol tous les nutriments dont il est composé, à savoir des minéraux et des oligoéléments. Ses matières organiques favorisent également la formation d’une couche d’humus. La structure comme la composition du sol en sont améliorées, quelle que soit la qualité du sol au départ, qu'il soit argileux ou sablonneux. Ce processus représente un grand bénéfice pour tous les organismes vivant dans le sol. Le sol devient plus aéré, permettant à l’air et à l’eau d’y circuler mieux, et l’eau y est plus facilement retenue. Tout ceci est bien sûr extrêmement profitable aux plantes cultivées dans le potager. Le fumier de cheval est un mélange de crottin, d’urine et de litière végétale. Cette litière peut être constituée de paille, de copeaux de bois ou d’autres matières végétales. Un des paramètres essentiels à connaître est le rapport carbone/azote, que l’on appelle C/N. Avec de la paille, ce rapport est assez équilibré, se situant autour de 27 à 30. Avec des copeaux de bois, ce rapport peut grimper jusqu’à 60. Il est important de comprendre ce rapport, car un fumier trop riche en carbone bloque temporairement l’azote du sol. Les micro-organismes puisent l’azote pour dégrader la matière, au détriment de vos plantes.

Schéma de la composition du fumier

Pourquoi Privilégier le Fumier de Cheval ?

Parmi les différents fumiers, l’utilisation du fumier de cheval pour le potager est un bon choix. Il est bien équilibré, grâce à sa teneur en paille, et est particulièrement apprécié pour les terres lourdes et argileuses, qu’il contribue réellement à améliorer. Il est particulièrement riche en potasse et en azote. Le fumier de cheval est peu concentré en minéraux essentiels. Il contient par exemple 0,6 % d’azote alors qu’un engrais chimique peut en contenir jusqu’à 33 %. En effet, si ce fumier est peu concentré, c’est qu’il contient beaucoup de carbone. C’est ce carbone qui va améliorer la texture de notre sol, sa structure, le rendre plus meuble, léger et poreux. Sans compter qu’il sollicitera la vie biologique qui va se régaler de manger et de décomposer ces molécules complexes carbonées pour les transformer à terme en minéraux essentiels. Autre avantage, une faible concentration en minéraux ouvre la porte à apporter de grandes quantités, ce qui, bien que parfois épuisant à véhiculer des brouettes, sera grandement apprécié par votre sol. Le fumier de cheval est un amendement complet. Il apporte des éléments essentiels comme l’azote, le phosphore et la potasse. Mais leur libération se fait lentement, au rythme de la minéralisation. Il contient également du calcium et du magnésium, qui jouent un rôle dans l’équilibre du sol et la croissance des plantes. Le fumier de cheval ne libère pas tous ses éléments nutritifs d’un coup. Dans le fumier de cheval, ces éléments sont présents sous forme organique. Ils se libèrent donc lentement, au fur et à mesure que la matière se décompose, ce qui permet d’éviter les excès, les brûlures et les lessivages.

Les Différentes Formes de Fumier de Cheval et Leurs Utilisations

Tous les fumiers de cheval ne se valent pas. Leur efficacité dépend de leur état de décomposition et du moment où vous les utilisez.

Le Fumier Frais : Précautions et Avantages Spécifiques

Le fumier frais présente quelques inconvénients : il est assez riche en ammoniaque à cause des urines, donc une quantité importante peut être polluante. Il peut également contenir des restes de traitements médicamenteux, comme des vermifuges, ou des pathogènes (bactéries ou autres). Cependant, sa rapide montée en température et la présence d’oxygène vont assez rapidement les détruire. Il est assez conseillé de ne pas l’épandre juste avant de faire des plantations, il est préférable de le faire au moins 3 à 4 mois avant. La quantité d’azote qu’il contient est un peu importante pour certaines de vos plantations et risque de brûler leurs racines. Le fumier de cheval est néanmoins assez fibreux et moins chargé en azote que d’autres fumiers. L’utiliser frais a par contre l’avantage de doper l’activité biologique du sol. Après environ 1 mois, le fumier de cheval pourra tout à fait être utilisé comme lit de culture pour certains légumes, tels que les tomates et les courges. Par contre, il ne faut pas l’utiliser frais en cours de culture, lorsque les plants ont déjà poussé, car les éventuels agents pathogènes qui pourraient s’y trouver seraient encore actifs et pourraient contaminer votre production. Un fumier frais ne doit jamais être utilisé directement au pied des cultures. Sans compostage, le fumier de cheval peut faire plus de mal que de bien car il contient de l’ammoniac, très concentré juste après la collecte. Un fumier trop riche en azote peut provoquer une faim d’azote. Il peut aussi transporter des parasites (strongles) ou des bactéries pathogènes comme E. coli. Si vous ne connaissez pas la provenance exacte du fumier, il est recommandé de faire un bio-essai simple : semez quelques graines de pois ou de haricots dans un mélange contenant du fumier. Si les chevaux sont traités, ces résidus sont éliminés via la phase de compostage. Alors, pour une telle utilisation de ce fumier frais, prenez soin à ce qu’il vienne de chevaux non traités, non vermifugés. La température pourra vite monter sitôt qu’on met une couche épaisse de vingt centimètres, il y aura alors un risque de brûler les racines de nos cultures. Le fumier frais ne doit jamais être enfoui. Sous terre, sa fermentation dégage des substances toxiques pour les racines des plantes. Disposé en petits tas irréguliers, le fumier frais se décompose mal et subit des pertes élevées en azote, le rendant inefficace.

Le Fumier Décomposé ou Composté : La Forme Idéale

Il faut environ 6 mois pour composter correctement un fumier. Le fumier de cheval, qui monte très haut en température, peut ainsi se débarrasser des éventuelles bactéries ou parasites qu’il peut contenir. Ce compostage permet également d’équilibrer les ratios NPK (N pour azote, P pour phosphore, K pour potasse). Un fumier de cheval bien décomposé présente ainsi un NPK de 0,6 % d’azote, 0,4 % de phosphore et 0,7 % de potassium. Il ne fait donc courir aucun risque aux racines de jeunes végétaux qu’une forte quantité d’azote peut brûler, et les quantités de minéraux apportés au sol restent raisonnables. Vous pouvez donc l’épandre en quantité sans crainte, les doses conseillées étant de 1 à 3 kg par m² par an.Le compostage n’est pas une option, c’est la clé pour transformer un fumier brut en un amendement stable, sain et efficace. Le fumier de cheval, s’il est composté, peut s’utiliser à toute période de l’année. Les molécules qu’il contient sont complexes, se libèrent très lentement dans le sol, ce qui permet d'oublier tout risque de brûlure. Si le fumier est mal composté, il perdra une grande partie de ses avantages. Le compost de fumier de cheval agit comme un booster biologique.

Pour bien mener ce compostage, plusieurs choses sont importantes :

  • Ne réalisez pas de tas trop hauts, dans lesquels le processus ne se passerait pas correctement.
  • Installez-le sur des branchages, qui permettront à l’air de passer en-dessous et qui favoriseront également l’écoulement du liquide qui se forme au cours de la décomposition.
  • Retournez-le au moins 3 fois au cours des 6 mois.
  • Il est conseillé de couvrir le fumier, par exemple avec de la paille. Cela évitera le lessivage de tous les nutriments dans le sol, entraînés par la pluie.
  • L’idéal est de le monter en tas sur bien un mètre de hauteur et qu’il soit humide. Recherchez toujours cette sensation d’humidité comme une éponge essorée.
  • Il faudra ensuite le recouvrir pour éviter toute déperdition d’azote par volatilisation. Autre phase importante, le brasser, l’aérer tous les 15 jours, pour harmoniser sa décomposition et l’oxygéner. Voyez-le comme une recette de cuisine : un saladier dans lequel il faut mélanger tous les ingrédients pour obtenir un résultat remarquable.

Le Fumier Déshydraté : Commodité et Efficacité

Très simple à utiliser de par sa présentation en granulés, le fumier déshydraté est idéal pour tous ceux qui n’ont pas accès à du vrai fumier. Il a de plus l'avantage de pouvoir être employé à tout moment et pour de nombreuses plantes potagères : pommes de terre, tomates, salades, petits fruits, etc. Vous l’emploierez aussi bien pour fertiliser le sol avant une plantation que pour apporter des nutriments en cours de croissance de vos plantes potagères. Il se mélange très simplement à la terre ou au terreau et s’incorpore par griffage ou ratissage. En entretien, il sera apporté 1 fois par an, à l’automne ou au printemps, à raison d’1 kg/m². Le fumier déshydraté est un fumier séché, souvent compressé en granulés. Il est propre, pratique à stocker, mais plus cher. Son action est plus douce, car les micro-organismes doivent le réactiver avec l'humidité du sol. Le fumier de cheval en sac pour potager est du fumier déjà composté, que vous pouvez donc utiliser dès l’achat. Dans ces sacs, il sera souvent complété d’engrais naturels, comme des algues marines, pour lui donner plus de richesses. Ainsi, avec un tel mélange, il suffira de cinq cents grammes au mètre carré plutôt que trois ou quatre kilos.

Le compost parfait : c'est le fumier de cheval

Application du Fumier de Cheval dans le Potager : Techniques et Moments Clés

Le fumier de cheval est bon pour presque tout au potager. Il sera utilisé frais, à demi-mûr ou totalement composté selon les cas.

Cibler les Plantes Gourmandes

Il faut l’apporter aux légumes et autres plantes potagères qui en ont le plus besoin : toutes les courges, les tomates et autres solanacées (poivrons, aubergines, etc.). Ces légumes gourmands supportent bien le fumier à demi-mûr, voire à peine composté. Les pommes de terre en sont également friandes, car le fumier de cheval est riche en potasse. Les salades peuvent aussi en profiter, mais ne leur donnez que du fumier bien décomposé. Les cultures gourmandes sont les grandes gagnantes :

  • Tomates, poivrons, aubergines : apprécient un sol riche en humus.
  • Courgettes, potirons, concombres : ces cucurbitacées ont besoin de beaucoup de matière organique.
  • Choux, poireaux, céleris : leur cycle long demande un sol structuré et nourri.Évitez par contre de planter des alliacées comme les oignons, l’ail, l’échalote, à des endroits que vous avez enrichi avec du fumier (ou autres matières organiques d’ailleurs), elles ont horreur de ça ! Les légumes-racines comme les carottes, les navets ou les radis réagissent mal à un excès de fertilité. Dans ce cas, mieux vaut éviter tout apport de fumier, même bien composté. Ces cultures préfèrent un sol léger et peu enrichi.

Sur les Planches de Culture : Une Approche Douce

Le meilleur moyen pour bien intégrer le fumier dans le sol, c’est de ne pas l’intégrer ! Il convient en effet de l’étaler sur le sol et de le laisser se décomposer jusqu'au moment des plantations, environ 3 à 4 mois. En effet, sa décomposition doit se faire en milieu aérobie, c’est-à-dire exposé à l’air. La pratique la plus répandue est d’incorporer son fumier de cheval sur les premiers centimètres, plus encore s’il est frais. C'est toujours cette crainte de déperdition d’azote et l'idée d'enfouir très légèrement le fumier sous quelques centimètres de terre sans pour autant trop l’enterrer.

Quand Mettre du Fumier ?C’est à l’automne qu’il est conseillé de réaliser cet épandage. Une fois le printemps venu, le gel et les pluies étant passées sur le fumier, aidées par les microorganismes vivants dans le sol, le fumier sera parfait pour les plantes potagères. Les vers de terre et autres vont faire leur travail et l'incorporer progressivement dans le sol, en douceur et déjà décomposé. Vous le grifferez légèrement avant d’y faire vos plantations. Cette méthode permet de nourrir le sol, de l’enrichir, sans pour autant nuire à la vie indispensable qui s’y cache. Et non seulement vos légumes y trouveront les nutriments dont ils ont besoin pour une bonne croissance, mais en plus votre terre sera améliorée.La couche de fumier de cheval doit être épaisse, et il est judicieux de couvrir cet amendement avec par exemple toutes les feuilles mortes ramassées dans votre jardin. Si vous êtes dans une zone ventée, fixez un filet sur les feuilles, vous serez sûr qu’elles ne risquent pas de s’envoler !

Alternative Printanière :Autre possibilité : utiliser le fumier de cheval pour le potager au printemps. Lorsqu’il est bien décomposé, cette matière organique peut tout à fait être apportée sur les planches un peu avant les plantations. Au début du mois de mars, il faut faire une couche de 6 cm environ et patienter une quinzaine de jours. Vous aurez juste ensuite à l’enfouir superficiellement et planter ou semer comme vous le faites habituellement. Le fumier frais peut être apporté sur des cultures, mais veillez à n’en mettre qu’une très petite quantité.

Une Approche Permaculturelle avec les Couches

Plutôt que de vouloir enfouir, ne serait-ce que superficiellement, le fumier de cheval épandu, celui-ci peut tout simplement être recouvert de matières ligneuses, entendez par là des matières composées de lignine (substance organique qui, associée à la cellulose, compose le bois), par exemple de la paille, des feuilles, du BRF (Bois Raméal Fragmenté). Vous formerez ainsi, progressivement, des buttes sur lesquelles vous pourrez planter vos légumes sans avoir à travailler le sol.

Illustration d'une butte de culture en permaculture

La Couche Chaude : Un Atout pour les Semis Précoces

Il est très simple de faire une couche chaude au potager, où elle servira pour les semis et jeunes plants frileux à planter plus tard. La couche chaude est très populaire dans les jardins bio. Elle permet de créer les conditions parfaites pour le bon développement de vos plantes d’extérieur même quand la météo n’est pas favorable, notamment en hiver. Elle remplace les serres ou les abris chauffés mais est bien plus écologique car elle n’a besoin d’aucune énergie. La couche chaude comprend un châssis en bois au fond duquel on dépose un fond de fumier frais associé à des feuilles mortes ou des branches broyées, le tout recouvert de terreau. C’est la fermentation des différentes matières organiques qui va créer de la chaleur. Celle-ci va activer et accélérer la pousse de vos plantes.

Le Fumier de Cheval : Idéal pour les Couches Chaudes

Le fumier de cheval est tout à fait approprié à la confection de ces couches chaudes, car il monte rapidement en température. C’est un fumier qui chauffe vite, d’où son attrait pour réaliser des couches chaudes, en alternance de fumier frais et de paille ou foin. On obtient des andains sur lesquels on peut par exemple déposer des bacs à semis au printemps. Ils auront alors un chauffage naturel. Le fumier peut au choix être enterré ou posé sur le sol.

Construction d'une Couche Chaude

Vous pouvez la construire directement sur le sol, mais il est plus judicieux de creuser une fosse d’une cinquantaine de centimètres, cela permettra de conserver la chaleur émise par la décomposition des matières organiques qui la composent. Sans fosse, fabriquez un cadre en bois de 30 cm environ de hauteur qui sera posé sur le tas, le cadre doit être un peu plus petit que le tas de fumier. La longueur dépendra de la surface voulue. Les planches latérales, découpées en biais (20 à 25 cm d’un côté et 30 cm de l’autre) feront 1m30 de longueur (la largeur du châssis). Des cadres vitrés (en bois ou en métal) de 1m30 x 1m formeront le couvercle du châssis ; leur nombre dépendra de la longueur de la couche.

Matériaux Nécessaires :Pour fabriquer une couche chaude, vous aurez besoin des matériaux suivants : un châssis prêt à accueillir une couche chaude, des briques (utiles mais pas indispensables) pour constituer la base enterrée du dispositif, un châssis si possible incliné vers l’avant avec un couvercle vitré permettant une fermeture hermétique, des paillassons pour éventuellement couvrir les châssis par grand froid, de la paille pour entourer et protéger le dispositif au-dessus du sol, et du fumier frais de cheval ou à défaut de vache ou de mouton (mais le fumier de cheval chauffe mieux et plus vite) mélangé à divers débris végétaux.Le châssis peut se fabriquer : 4 planches de bois constitueront le coffrage supportant le châssis. La planche de devant fera environ 20 à 25 cm de haut et celle de derrière environ 30 cm.

Montage Étape par Étape :

  1. Orientation : La couche chaude devra être orientée plein sud.
  2. Fosse : Commencez par creuser une fosse de 30 à 60 cm de profondeur et de 1m30 de large. La longueur sera variable selon la surface souhaitée. Dans le cas où vous ne souhaitez pas enterrer votre couche chaude, vous devez créer un caisson de 80 à 100 cm de haut en bois ou avec des parpaings, des bottes de paille.
  3. Isolation (optionnel) : Placez les briques sur les côtés de la fosse. Que votre couche chaude soit enterrée ou non, commencez par pailler le tour du châssis pour avoir un bon isolant.
  4. Couche de Fumier : Faites une couche de 30 à 40 cm de fumier de cheval. Déposez entre 40 et 60 cm de fumier. Si le fumier n’est pas pailleux, ajoutez de la paille. Le fumier peut être mélangé à des déchets verts variés, type tontes de gazon ou encore du BRF.
  5. Tassement et Arrosage : Tassez bien pour enlever l’air du mélange et optimiser la fermentation. Arrosez copieusement, attention, le fumier ne doit pas être gorgé d’eau. Si l’on presse une poignée du mélange dans la main, l’eau ne doit pas s’écouler.
  6. Couverture : Placez le châssis au-dessus de la fosse ainsi remplie. Mettez ensuite 15 à 20 cm de terreau par-dessus le fumier et recouvrez d’une couche de compost. Étalez du terreau par-dessus.
  7. Isolation Externe : Entourez le tout de bottes de paille pour limiter les pertes de chaleur.

Gestion de la Température et Utilisation

Votre couche chaude est créée. À présent, vous allez devoir surveiller la température. Le fumier va commencer par monter haut en température, trop haut pour planter vos légumes. Il peut faire jusqu’à 80 °C au centre du tas de fumier. Si la couche chaude est correctement constituée, le processus de fermentation démarrera rapidement pour atteindre 60 à 70 °C au bout de 7 à 10 jours (selon la composition de la couche, le temps, le taux d’humidité) - on appelle cela le « coup de feu ».

Phase et Température :

  • Démarrage : Montée rapide, 1 à 3 jours. Arrosage si nécessaire, contrôle quotidien, vérification de l’étanchéité du châssis.
  • « Coup de feu » : 60 à 70 °C, 7 à 10 jours. Vous attendez, vous surveillez, vous aérez dès que le soleil chauffe.
  • Phase idéale : 20 à 25 °C, environ 1 mois. Semis, repiquages, élevage de plants, aération quotidienne.
  • Fin de chauffe : 15 à 20 °C, plusieurs semaines. Culture en cours, endurcissement progressif, protection nocturne si besoin.

Avertissement : Ne semez pas et ne plantez pas pendant le « coup de feu ». Attendez une semaine, le fumier de cheval qui monte très haut en température se stabilise. Passé ce délai, la température sera plus douce, environ 20°, et vous pourrez y installer vos semis et jeunes plantes potagères. Une fois à 25 °C, vous pourrez commencer à planter vos semis et repiquer vos plants. Vous pourrez bénéficier de la chaleur pendant 1 à 2 mois. Pendant toute l’utilisation de votre couche chaude, il faudra veiller à ce que la température ne soit pas trop haute pour que vos légumes et plantes ne soient pas grillés par la chaleur. Il faudra donc ouvrir le couvercle du châssis dès que le soleil chauffera un peu. Au contraire, pour les nuits les plus froides, vous pouvez couvrir le châssis avec une couverture ou un vieux tapis.

Thermomètre à compost et relevé de température

Semis et Cultures sur Couche Chaude

La couche sera utilisée pour :

  • Élever des plants au chaud (utile par exemple pour une culture de tomates précoces).
  • Semer directement des légumes primeurs (carottes courtes, navets, épinards, radis, etc.).
  • Cultiver en primeur des plants achetés (ou semer en intérieur par exemple) de salades ou choux-fleurs par exemple.

Les variétés précoces de légumes comme les carottes, les navets, les radis, les épinards ou les laitues peuvent être plantées dès le mois de janvier. Au mois de mars, si vous n’avez pas de véranda ou de serre, vous pouvez directement y faire vos semis de légumes d’été. En effet, la décomposition des matières organiques à l’intérieur de la couche chaude offre un compost très riche qui sera parfait pour les plants de poivrons, de tomates ou d’aubergines. C’est une bonne alternative si vous n’avez pas assez de place dans votre serre par exemple. N’hésitez pas à enchaîner vos cultures pour rentabiliser l’espace et la fertilisation.

Surveillance Quotidienne :Une surveillance quotidienne de la couche chaude est impérative :

  • La température doit être régulièrement contrôlée en utilisant un thermomètre à compost dans le terreau. Elle ne doit pas dépasser 25 °C.
  • Mesurez la température dans le terreau (pas uniquement l’air sous le châssis). Enfoncez un thermomètre à compost à environ 10 cm de profondeur, plutôt au centre de la couche. Un jour de soleil, l’air peut grimper très vite alors que le terreau reste correct. C’est justement là que l’aération fait toute la différence.
  • Dès que le soleil brille, la température peut monter très vite à l’intérieur du dispositif. Il faut alors ouvrir les châssis dans la journée et les refermer le soir.
  • Les paillassons posés sur les châssis pour les nuits fraîches doivent être retirés de bonne heure le matin, ceci pour éviter l’étiolement des plantes.
  • N’oubliez pas d’arroser de temps en temps votre couche chaude pour conserver une légère humidité qui optimisera la fermentation et permettra à la température de monter progressivement.

Erreurs Fréquentes et Dépannage :

  • Ça chauffe trop : Ouvrez plus tôt, aérez davantage, vérifiez l’étanchéité (un châssis trop « parfait » peut faire grimper l’air très vite au soleil).
  • Ça ne chauffe pas : Fumier trop vieux, mélange trop sec ou trop mouillé, tassement insuffisant. Réhumidifiez si c’est sec, ou ajoutez des matières plus « chauffantes » si le fumier est fatigué. Si votre couche chaude ne chauffe pas, plusieurs explications sont possibles. Votre fumier peut ne pas être assez frais ou ne pas contenir assez de paille qui permet à l’oxygène d’entrer dans le tas.
  • Plants qui filent (étiolement) : Manque de lumière et excès de chaleur. Retirez les paillassons tôt le matin et aérez dès que le soleil apparaît. L’étiolement vient presque toujours d’un duo : trop chaud et pas assez lumineux. Évitez de maintenir une température inutilement élevée.
  • Gel nocturne : Remettez paillassons/couverture le soir et pensez à isoler les côtés (bottes de paille).

Alternatives pour une Couche Chaude Sans Fumier

Oui, c’est possible, mais il faut garder en tête un point simple : ce qui chauffe, c’est une fermentation. Donc, sans fumier, il faut un mélange de matières organiques suffisamment « actives », en bon volume, avec une humidité correcte, sinon la montée en température sera plus lente ou très timide. Le BRF peut remplacer le fumier pour constituer une couche chaude. Le BRF peut fonctionner, surtout si vous en mettez une quantité suffisante et que le mélange reste humide (sans être détrempé). Dans la pratique, on obtient souvent de meilleurs résultats quand le BRF n’est pas seul, mais associé à des matières plus « chauffantes » (déchets verts, matières plus fraîches), afin de lancer la fermentation. L’objectif n’est pas de battre des records, mais d’obtenir une chaleur stable et exploitable pour vos semis ou cultures primeurs.

Quantité et Fréquence d'Apport du Fumier de Cheval

Le dosage de fumier de cheval pour le potager dépend de plusieurs facteurs. En règle générale, les plantes les plus gourmandes du potager nécessitent entre 15 et 20 g d’azote, entre 8 et 10 g de phosphore et entre 20 et 30 g de potassium, par an et par m². Cependant, ces besoins sont en partie apportés par d’autres biais : la décomposition du paillage lorsqu’il est organique, le compost, l’utilisation d’engrais verts.

Doses Recommandées :

  • Fumier frais : Comptez 2 à 3 kg par m², soit environ 20 à 30 tonnes à l’hectare. Ce type de fumier ne doit jamais être utilisé juste avant une plantation.
  • Fumier composté : La matière est déjà transformée. 1 à 2 kg par m² suffisent pour enrichir le sol avant les plantations de printemps. La première année, 3 kg de fumier de cheval décomposé est une bonne dose, puis 1 kg par m² la deuxième année. En entretien, l’épandage de fumier décomposé ne sera pas fait tous les ans. Vous pourrez apporter ce fumier tous les 2 ou 3 ans, à raison d’1 kg par m².
  • Fumier déshydraté : Ce type de fumier est plus concentré. Il suffit souvent de 0,5 à 1 kg par m², ou quelques poignées autour de chaque plant.
  • Cultures en pots ou en bacs : Le volume de terre est limité, donc il vaut mieux réduire les quantités. Une petite poignée mélangée au terreau, ou un surfaçage léger, est largement suffisant.

Quelle que soit sa forme, utilisez le fumier de cheval pour votre potager qui vous le rendra bien sous forme de beaux et bons légumes. Les apports de fumiers vont améliorer votre sol au fil des années, qui deviendra plus facile à travailler.

Le compost parfait : c'est le fumier de cheval

Réglementation et Stockage du Fumier

Le fumier, comme tout effluent d’élevage, est strictement encadré par la réglementation. Dans certaines zones dites vulnérables (notamment aux nitrates), vous êtes limité à 170 kg d’azote par hectare et par an. Cela correspond à environ 25 à 30 tonnes de fumier frais par hectare, selon sa composition. Le fumier doit être stocké dans de bonnes conditions. De préférence sur une fumière étanche, protégée de la pluie, pour éviter les écoulements polluants. On trouve du fumier de cheval dans toutes les jardineries et souvent en centre équestre. C’est souvent un bon moyen pour trouver du paillage gratuitement, car on peut aussi récupérer les litières qui vont avec. Dans ces centres, il sera parfois composté de façon non optimale, sans bâchage. Vient alors le risque d’une déperdition d’azote (par volatilisation) ou pire encore un lessivage des minéraux (par excès de pluie).

Quand Éviter le Fumier de Cheval ?

Même s’il est très utile, le fumier de cheval n’est pas toujours la solution idéale. Dans certaines situations, il peut compliquer les choses plutôt que d’aider. Si votre sol est déjà noir, souple et riche en humus, ajouter du fumier peut être superflu, voire contre-productif. De même, sur un sol lourd et argileux, un fumier mal décomposé risque d’amplifier le phénomène. Toutes les plantes ne tolèrent pas bien les sols enrichis en matière organique. Si vous ne savez pas d’où vient le fumier - ce que les chevaux ont mangé, s’ils ont été traités, ou quel type de litière a été utilisé - restez prudent. Certains résidus d’herbicides (aminopyralid, clopyralid) sont invisibles à l’œil nu mais très persistants.

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