Guide complet du compagnonnage au potager : plantes amies et ennemies

Le jardinage est une activité qui, bien au-delà de la simple production alimentaire, s'apparente à une véritable gestion d'écosystème. Dans la pratique du jardinage naturel et biologique, la notion de compagnonnage végétal occupe une place centrale. Bien avant que la permaculture ait vu le jour, certains jardiniers prônaient déjà un jardinage naturel, biologique. C’est le cas de Louise Riotte, auteure et artiste, et surtout jardinière expérimentée. Dans quelques-uns de ses ouvrages, tout de même datés des années 1970 et plusieurs fois réédités, parmi lesquels « Carrots love Tomatoes », elle explique avec précision cette notion de compagnonnage des plantes.

En botanique, et plus prosaïquement en jardinage, une plante compagne se définit comme une plante qui exerce une forme d’influence sur une autre, négative ou positive. En gros, une plante compagne peut avoir un impact favorable ou défavorable sur celle(s) qui pousse(nt) à proximité. Pour faire plus sérieux et plus scientifique, une plante compagne est une plante allélopathique, ce qui signifie qu’elle produit des substances biochimiques qui ont des répercussions et influencent les plantes (ou la faune) alentours.

Schéma illustrant les racines et les interactions chimiques dans un potager

Les principes fondamentaux du compagnonnage

Le compagnonnage au potager est une méthode de culture utilisée principalement dans l’agriculture biologique, qui consiste à associer certaines plantes dans le but de favoriser leur croissance mutuelle. Ou, à l’inverse, à éviter l’association de certains légumes ou plantes qui, de par leurs associations, peuvent entraver leur croissance.

Le principe du compagnonnage repose sur la complémentarité des plantes en termes de besoins nutritifs, de structure racinaire, d’attraction ou de répulsion d’insectes, ou encore de protection contre les maladies. En associant les bonnes plantes, on peut favoriser la pollinisation croisée, prévenir l’apparition de parasites et encourager la croissance saine des cultures.

Il convient de noter que le compagnonnage peut varier en fonction des régions, des conditions de croissance spécifiques et des préférences individuelles des jardiniers. Il est donc toujours préférable de consulter des ressources locales ou des guides de compagnonnage spécifiques à votre région pour obtenir des recommandations précises sur les associations de plantes bénéfiques au potager.

Protection naturelle contre les ravageurs

L'odeur de certaines plantes repousse les insectes nuisibles. Certaines plantes, fleuries ou aromatiques, dégagent de fortes odeurs, agréables à nos narines, mais désagréables pour d’autres, en particulier les insectes. Ce sont des plantes dites répulsives qui, plantées un peu partout dans le potager, peuvent éloigner certains ravageurs ou insectes indésirables.

  • L’œillet d’Inde ou tagète : éloignerait les pucerons, les aleurodes et les nématodes.
  • Le souci : éloignerait les pucerons, les mouches blanches, le vers de l’asperge et du chou, les doryphores.
  • La lavande et la sauge officinale : ne sont pas aimées des fourmis.
  • L’absinthe : éloignerait les limaces.
  • Le lin à grandes fleurs : détournerait les doryphores.

L’idée ici est de mettre par exemple des œillets d’Inde près des tomates, ou des soucis près des choux, afin de profiter de leur « pouvoir ». Les essences qu'elles libèrent ont un fort pouvoir répulsif vis-à-vis de nombreux insectes parasites et viennent se mêler aux odeurs attractives des légumes « garde-manger ».

Plantes aromatiques intercalées dans un rang de légumes

Optimisation de l'espace et des ressources

Les plantes à croissance rapide (radis, salades) se récoltent avant que les plantes plus lentes (tomates, courgettes) n'occupent toute la place. Les légumes à racines profondes cohabitent bien avec ceux à racines superficielles. La planification est donc de mise afin d'optimiser la récolte, mais le plus important s'avère encore et toujours la patience.

En été, le soleil tape parfois fort au potager. Certaines années, la canicule règne, plongeant les légumes les plus craintifs dans une certaine détresse. Les légumes-feuilles, et en particulier les laitues aux feuilles tendres, peuvent vite souffrir de la chaleur. J’ai donc l’habitude de semer mes salades à l’ombre des tomates. De même, les choux sont d’excellentes plantes compagnes pour apporter de l’ombre, tout comme les poirées, ou mieux encore les tournesols ou les haricots grimpants.

Amélioration de la fertilité du sol

Vous aimez les petits pois, les fèves, les pois chiches ? Riches en protéines végétales, ces Fabacées (ex-légumineuses) sont aussi d’excellentes plantes compagnes. Les Fabacées ont en effet la capacité de fixer l’azote atmosphérique sur les nodosités de leurs racines et de le restituer au sol, et donc aux plantes. Les plantes qui suivent en profitent, mais aussi celles qui sont plantées à proximité.

Une association célèbre est celle des « 3 sœurs » : la courge, les haricots et le maïs. Ce dernier apporte une ombre bienfaisante et tuteure les haricots. Ceux-ci fournissent de l’azote au sol, et la courge en s’étalant protège naturellement la terre en offrant un paillage naturel.

Méthode de culture "des trois soeurs"

Les plantes compagnes qui attirent les insectes auxiliaires

Au potager, certains insectes sont les bienvenus en tant qu’alliés, auxiliaires ou compagnons de lutte biologique. Parmi ces insectes amis, la coccinelle est une sacrée tueuse de pucerons. Les larves de syrphes et de chrysopes sont aussi assez efficaces. L’idéal est donc de les attirer au jardin pour se préserver contre les pucerons. Et pour les séduire, vous pouvez planter des plantes compagnes comme les centaurées, l’absinthe, la phacélie, la bourrache… ou laisser pousser une touffe d’ortie.

Pour avoir de belles courgettes ou courges, des fraises ou des framboises bien rouges, des fruits en nombre, les insectes sont essentiels. C’est pourquoi planter des fleurs mellifères et nectarifères va attirer des insectes pollinisateurs qui vont butiner toutes les fleurs voisines.

Tableau récapitulatif des associations

PlanteÀ associer avecPourquoi ?À éviter
AilBetterave, carotte, fraisier, tomateÉloigne les insectes par son odeurChou, haricot, fève, pois, poireau
BasilicChou, courge, haricot, tomateÉloigne doryphores et mouches-
MentheChou, radisÉloigne altises et mouches-
SaugeCarotte, chou, pomme de terreTient à distance mouches et doryphores-
RomarinChouRepousse la mouche du chou-

La question des associations néfastes

Si certaines plantes s'aiment, d'autres sont des ennemies naturelles. Leur association est néfaste : elles empêchent la croissance, attirent certains insectes ou maladies ou encore, se font de l’ombre en grugeant les réserves minérales dont ils ont autant besoin l’un que l’autre.

Par exemple, les tomates et les pommes de terre ne font pas bon ménage ensemble, car appartenant à la même famille des Solanacées, elles partagent les mêmes maladies (mildiou) et ravageurs (doryphores). De même, l'ail, l'oignon et l'échalote ne sont pas de bons voisinages avec les choux, les haricots, les fèves et les pois. Le fenouil, quant à lui, est souvent cité comme le boudeur du potager, car il peut inhiber la croissance de nombreuses autres plantes.

Photo d'un potager en carrés bien organisé

Limites et réalité scientifique

Notons d’emblée que certaines associations de plantes compagnes s’appuient sur le bon sens, d’autres sur l’observation et l’expérience, d’autres encore sur des fondements scientifiques. Et puis d’autres encore n’ont aucune explication… et ne marchent pas à tous les coups. Le mieux est de faire ses propres expérimentations et d’en tirer des conclusions personnelles, peut-être liées à la nature du sol, au climat, à l’exposition… ou au hasard.

Scientifiquement parlant, rien ne prouve la véracité de toutes ces associations. Peut-être l’odeur, peut-être l’influence de substances sécrétées par le système racinaire… Soit ! Mais on peut affirmer, sans s'attirer les foudres du milieu scientifique, que la diversité dans un jardin est source de perturbations pour les parasites et prédateurs en tout genre qui ont alors bien du mal à s'y retrouver. N'hésitez donc pas à varier vos plantations et à faire vos propres expériences.

Gardez à l’esprit que chaque jardin a son propre équilibre : la fertilité du sol, l’exposition, la densité de plantation ou les pratiques d’arrosage peuvent influencer le résultat. L’expérience reste votre meilleure alliée ! Observez vos cultures d’année en année, notez les résultats et ajustez. Les légumes et plantes qui sont ennemis devraient être éloignés les uns des autres d’au moins 1,5 mètre pour éviter toute interférence non-désirée.

La mise en proximité peut s'organiser dans le potager ou le jardin de diverses façons :

  • Organisez les cultures en lignes plutôt qu'en planches.
  • Intercalez différents plants de légumes (ou de fleurs) sur une même ligne.
  • Réalisez un potager en carré ; les légumes y sont naturellement variés et très rapprochés les uns des autres.
  • Fleurissez à tout va les bordures du potager et les espaces libres du jardin.
  • Plantez ou semez aux pieds des arbres et des arbustes.

En fin de compte, le compagnonnage est une technique de jardinage basée sur l’observation des bonnes et mauvaises interactions des plantes entre elles. Depuis des siècles, les jardiniers et paysans associent les plantes amies et évitent de cultiver les plantes qui ne s’entendent pas les unes à côté des autres. Ces interactions naturelles, observées depuis des siècles, reposent sur des phénomènes comme l’allélopathie. Cette technique controversée revient au goût du jour et conquiert de nombreux jardiniers, car elle permet de réduire, voire d’éliminer, l’usage de traitements chimiques.

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