L'Arboriculture Fruitière en France : Dynamiques, Enjeux et Perspectives

L'arboriculture fruitière française, un pilier de l'agriculture nationale, se caractérise par une diversité de productions et une adaptation constante aux défis contemporains. En 2018, elle couvrait près de 200 000 hectares, répartis sur 16 600 exploitations. Ce secteur, bien que connaissant des évolutions contrastées, demeure dynamique et hautement évolutif.

Les Productions Arboricoles Majeures en France

La pomme se positionne comme l'espèce la plus cultivée, occupant environ 37 000 hectares. Cette suprématie est d'ailleurs maintenue au niveau européen. Parmi les variétés de pommes, la Golden domine avec 11 000 hectares, suivie par la Gala (6 000 ha), la Granny (3 000 ha) et la Pink Lady (2 000 ha).

Répartition des surfaces des principales espèces fruitières en France

Derrière la pomme, le noyer représente 20 000 hectares, les pruniers 17 000 hectares, les abricotiers 12 000 hectares, les pêchers et nectariniers 11 000 hectares, et les cerisiers 8 000 hectares. Pour la prune, la prune d’ente, connue sous le nom de « pruneau d’Agen », constitue 75% des surfaces dédiées aux pruniers. Quant aux pêchers-nectariniers, les nectarines jaunes et blanches occupent 48% des surfaces, tandis que les pêches représentent 52%.

Il est important de noter que d'autres fruits contribuent également à la richesse arboricole française, notamment les poires qui regroupent un peu plus de 4 000 ha de surfaces agricoles, même si leur surface a diminué de moitié sur 20 ans. La production des fruits à coques, comme la noix et la noisette, a connu un doublement, générant même, depuis deux ans, une crise de surproduction. L'amandier, malgré des surfaces encore modestes (2 200 ha), bénéficie d'un engouement croissant.

Évolution et Répartition Géographique de la Production Arboricole

Depuis 2010, les surfaces dédiées à l’arboriculture en France sont en baisse régulière. Les pêchers et les pruniers sont les premiers concernés, tandis que les surfaces de noyers progressent. Le verger français s'est contracté, passant de 195 000 ha en 2000 à 178 000 hectares en production en 2022. En 20 ans, le verger de pommes a perdu 25 % de ses surfaces, et les pêchers, cerisiers et poiriers ont diminué de moitié sur la même période.

En 2016, 50% du verger français était situé dans le bassin Rhône-Méditerranée, près de 25% dans le bassin Sud-Ouest et 7% dans le Val de Loire. La région Rhône-Alpes est un gros producteur de fruits, bien que son verger régional ait perdu 14% de ses surfaces en 10 ans. Cette région est particulièrement présente en Ardèche et dans le sillon alpin. La tendance est favorable aux espèces qui se conservent facilement.

Carte de la répartition géographique des vergers en France

Le verger français est fortement régionalisé le long d'un axe comprenant la vallée du Rhône et la vallée de la Garonne.

Les Marchés Arboricoles : Échanges et Défis

En 2016, la France était le troisième plus gros producteur de fruits européen. Sur le marché européen, l'Espagne domine la production avec 11,2 millions de tonnes, devant l'Italie (8,7 millions de tonnes), la Pologne (3,4 millions de tonnes), la Grèce (3,3 millions de tonnes) et la France, dont la production s’élevait à 2,4 millions de tonnes.

Les principaux marchés d'exportation français en 2016 étaient la pomme (536M€, +1% en 5 ans), la banane (153 M€, -10% en 4 ans), l’abricot (77M€, -9% en 5 ans) et la pêche-nectarine (64M€, -7% en 5 ans). Cependant, les exportations françaises de fruits, notamment les pommes, ont beaucoup diminué ces dernières années (800 000 tonnes en 2000 contre 350 000 en 2022). Les exportations de fruits tropicaux se maintiennent aux alentours des 350 000 tonnes, principalement grâce à la banane antillaise et à l’ananas réunionnais.

À l'inverse, la France importe beaucoup d'orange-clémentines (647M€ en 2016, +9% en 4 ans), de bananes (395M€, -1% en 4 ans), de pêches-nectarines (199M€, +30% en 5 ans), de pommes (112M€, -11% en 5 ans) et de poires (109M€, +9% en 5 ans). Le déficit du commerce extérieur des fruits est significatif, atteignant 2,6 millions de tonnes en volume et 4,1 milliards € en valeur. L'Espagne est le premier fournisseur de la France (34% des importations), suivie par la Côte d’Ivoire (8%) et l’Italie (6%). Il est intéressant de noter que l'Espagne est également le premier client à l'exportation pour la France, représentant 23% du total des exportations françaises, devant le Royaume-Uni.

Le marché de la pomme est globalement stable, avec un chiffre d’affaires en 2018 en progrès de +6% par rapport à la moyenne 2012-2016. En revanche, le marché de la noix, malgré la hausse de ses surfaces, était déficitaire en 2017-2018 (-16% dans le Sud-Ouest et -20% en Auvergne-Rhône-Alpes). Le marché des fruits d’été est également en recul depuis quelques années. La compétitivité des fruits français à l’export est un enjeu majeur.

Producteur de fruits et légumes – Les Fruits du Verger à La Bruyère (Apaq-W)

L'Emploi dans la Filière Arboricole

La filière arboricole emploie un nombre important de personnes, avec environ 90 000 salariés permanents au sein des exploitations et une main-d'œuvre saisonnière évaluée à 180 000 emplois. La région Rhône-Alpes compte 5 000 emplois dans la filière, et le segment "transformation-conserve" représente 2 300 emplois. Sur l'ensemble de la filière, quatre emplois sur dix sont non-salariés.

La gestion de la main d’œuvre, notamment les travailleurs saisonniers, et les installations, sont des enjeux centraux. Les emplois permanents de la filière sont concentrés dans la production de fruits (570 salariés) et dans le commerce de gros (610 salariés), ainsi que dans la transformation-conserve (430 salariés). Les emplois saisonniers, au nombre de 400 ETP d'avril à octobre, sont principalement occupés dans le tri, l’emballage et l’expédition.

Le commerce de gros est caractérisé par des entreprises de plus de 50 salariés, souvent implantées dans la zone lyonnaise et dans le sillon alpin, à proximité des infrastructures routières. Des entreprises comme Andros et Cie, Charles et Alice, et Natura’Pro (Montélimar) sont des acteurs majeurs. Le marché de gros de Lyon, par exemple, s’approvisionne sur le lieu de production et sert 2 500 clients, pour la plupart implantés dans la région Rhône-Alpes.

Les travailleurs saisonniers sont nombreux, avec des pics d'activité en avril et octobre, et un pic majeur au mois d'août. Ils travaillent en moyenne 46 jours par an, soit une demi-heure de plus que les salariés permanents. Les ouvriers et les employés permanents sont les catégories les plus représentées. Les saisonniers sont en moyenne plus jeunes que les exploitants (55% ont moins de 40 ans), et la moitié des actifs a plus de 40 ans. Le salaire net horaire moyen dans l’arboriculture est de 14 euros, soit 8 points de moins que l’ensemble des IAA.

Innovations et Adaptations dans la Pomiculture

Au Québec et partout en Amérique du Nord, les pommiers nains ou semi-nains sont de plus en plus privilégiés pour l'établissement de nouveaux vergers ou le renouvellement de parcelles. L'intérêt pour ces variétés est multiple : une densité de plantation plus élevée (de 2000 à 3000 arbres/hectare, contre 700 arbres/hectare pour les pommiers standards), une mise en production plus rapide, une production de fruits de qualité et des travaux d'entretien et de récolte facilités.

Schéma comparatif de la densité de plantation entre pommiers standards et nains

Cependant, le coût d'implantation d'un verger à haute densité peut être très élevé, pouvant dépasser 62 000 $/hectare, comparativement à moins de 30 000 $/hectare pour les densités plus faibles. Le retour sur investissement est donc crucial. Des simulations réalisées par le CRAAQ avec l'outil Profitabilité démontrent qu'une plantation à haute densité (2324 arbres/hectare) pourrait devenir rentable à partir de la 10e année, générant un bénéfice total de 228 000 $ sur 25 ans, alors qu'une plantation à faible densité (594 arbres/hectare) ne deviendrait rentable qu'à partir de la 15e année, avec un bénéfice total de 99 000 $.

La rentabilité d'une entreprise pomicole dépend largement des conditions d'implantation de son verger et de la mise en marché de sa production. Des facteurs comme le type de sol, l'espacement entre les arbres et les conditions climatiques influencent les besoins en préparation du sol, en irrigation et en tuteurage. Pour les plantations à haute densité, un niveau de connaissances plus élevé est requis pour la gestion appropriée de la production, incluant les travaux d'entretien, l'irrigation et la fertilisation, afin d'assurer une mise à fruit rapide et une implantation durable.

Les innovations variétales et les techniques de production offrent une modernisation de la pomiculture et permettent une meilleure adaptation aux marchés.

Défis et Perspectives de la Filière Arboricole

La filière arboricole française est confrontée à des défis majeurs. Outre les besoins en main d’œuvre saisonnière, le changement climatique et la ressource en eau sont des préoccupations centrales. Les arboriculteurs s’adaptent avec succès et diversifient leurs productions pour répondre à ces enjeux. La demande en fruits des consommateurs reste vigoureuse.

Parmi les adaptations, on observe une tendance vers des espèces qui se conservent facilement, tandis que les surfaces de pêches, de poires et de prunes ont connu un effondrement. La question de la compétitivité est également essentielle pour répondre aux besoins du marché dans un contexte de forte concurrence internationale. Des entreprises comme Andros, Charles et Alice, et Vergers de Châteauneuf se distinguent.

La filière régionale en Rhône-Alpes met en avant la notion d'indication géographique protégée (IGP) pour les pommes et poires de Savoie, soulignant l'importance de la qualité et de l'origine. Les salariés de la filière sont encouragés à être qualifiés et polyvalents, et l'organisation du travail au sein des entreprises est un facteur clé de succès.

Le périmètre de la filière régionale est déterminé par les entreprises produisant des fruits de façon significative, le commerce de gros de fruits et légumes, la transformation-conserve de fruits, et la pépinière fruitière. Les fruits concernés incluent les fruits à pépins (pommes, poires, coings), les fruits à noyau (cerises, griottes, pêches et nectarines, prunes), les fruits à coque (noix, amandes, châtaignes, noisettes) et les petits fruits (myrtilles, cassis, groseilles, kiwis, framboises, fraises).

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