Les géraniums, et plus particulièrement les pélargoniums, sont les stars incontestées de nos balcons et jardins. Cependant, cette plante vigoureuse peut être terrassée par un champignon redoutable : la pourriture grise, ou Botrytis cinerea. Bien connaître cette pathologie est la première étape pour protéger vos fleurs et assurer une floraison éclatante tout au long de la saison.

Qu'est-ce que la pourriture grise ?
La pourriture grise est causée par Botrytis cinerea, un champignon pathogène appartenant au genre Botrytis. Ce champignon est communément appelé pourriture grise en raison de la couleur grisâtre de son mycélium et est un agent pathogène important de nombreuses plantes ornementales, dont le géranium. Il se caractérise par être un champignon saprophyte opportuniste, ce qui signifie qu'il peut attaquer les tissus végétaux affaiblis par des facteurs tels que des blessures, le stress environnemental ou la présence d'autres agents pathogènes. De plus, Botrytis sp. produit des spores abondantes qui se dispersent facilement dans l'air, ce qui contribue à sa propagation rapide dans des conditions favorables.
Contrairement à d'autres cultures comme la vigne où Botrytis cinerea peut être bénéfique (pourriture noble), il n'apporte aucun avantage aux plantes ornementales. Il s'agit purement d'un agent de maladie des plantes destructeur. Le champignon hiverne dans le sol et les débris végétaux sous la forme de mycélium, de conidies ou de sclérotes. Sous la forme de sclérotes, Botrytis peut persister plusieurs années dans le sol. Le champignon est dispersé par le vent, les courants d’air, l’eau (pluie, irrigation par aspersion, condensation), les outils et les travailleurs.
Symptômes et identification
La maladie se manifeste principalement dans les tissus végétaux les plus tendres, comme les feuilles et les tiges. Les symptômes comprennent l'apparition de taches aqueuses sur les feuilles qui deviennent ensuite brunes et sont recouvertes d'une moisissure grise caractéristique. Sur les fleurs, les premiers signes sont généralement de petites taches circulaires ressemblant à des « pustules ». Celles-ci peuvent parfois s’agrandir et se transformer en lésions gris-brun.
Le collet et la tige peuvent présenter des traces de pourriture et des chancres beiges. Sur le géranium zonale, les premiers signes apparaissent souvent sur les fleurs fanées ou les feuilles blessées. Cette moisissure grise progresse ensuite vers les tiges et les feuilles saines. Les tiges peuvent présenter des lésions brunâtres et molles, et finir par pourrir complètement. Une attaque sévère de Botrytis cinerea provoque un flétrissement généralisé, la chute des boutons floraux et la pourriture des jeunes pousses.

Facteurs favorisants et conditions de développement
Le principal facteur déclenchant est l'humidité persistante. Le champignon adore les conditions humides et fraîches. Chez les plantes ornementales en serre, les infections ont lieu lorsque les conditions sont humides (> 85 %), fraîches à tempérées (15 à 21 °C) et lorsqu’un contact est assuré avec de l’eau libre pendant au moins 6 heures. Une mauvaise circulation d'air entre les plantes, souvent due à une plantation trop dense, aggrave la situation. Les blessures causées par la taille, les insectes ou le vent offrent également des portes d'entrée parfaites pour le pathogène.
Stratégies de prévention et bonnes pratiques culturales
Pour contrer le développement de la moisissure grise, il faut employer une stratégie qui allie la gestion du climat, les bonnes pratiques culturales et les traitements. Tout commence par un bon espacement entre vos géraniums pour assurer une bonne circulation d'air. Nettoyez régulièrement les fleurs fanées et les feuilles mortes, car ces débris sont des foyers potentiels d'infection.
Arrosez toujours au pied, jamais sur le feuillage. Évitez les blessures sur les végétaux, en particulier lorsque les feuilles sont humides. Il faut éliminer les résidus de culture de toutes les plantes affectées par Botrytis, éviter les blessures et prévoir un espacement adéquat entre les plantes et les rangs afin d’assurer une bonne ventilation. En milieu contrôlé, une saine gestion du climat (humidité relative et durée de mouillure du feuillage) est primordiale.
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Interventions et traitements curatifs
Dès les premiers symptômes, agissez vite. Isolez la plante malade pour limiter la propagation. Retirez et détruisez (ne compostez pas) toutes les parties atteintes avec un outil désinfecté. Pour les attaques modérées, des traitements naturels peuvent suffire. Une pulvérisation de décoction de prêle ou de savon noir dilué renforce les défenses.
En cas d'infection sévère, des fongicides peuvent être nécessaires. Il est recommandé de réaliser une rotation des familles de fongicides afin de retarder le développement de la résistance. Parmi les substances parfois mentionnées dans le cadre de la protection des cultures, on retrouve :
- Carbonate d'hydrogène de potassium
- Piraclostrobine 6,7% + Boscalide 26,7%
- Trichoderma asperellum (souche T34)
- Produits à base de soufre (autorisés en agriculture biologique)
Il est important de rappeler que les géraniums ont plus de chances de tomber malades par excès d'eau que par manque d'eau. Un pélargonium sain est une plante vigoureuse. En cas de doute sur une infection, assurez-vous de bien nettoyer les pots en les brossant à l'eau de javel avant toute replantation.
Confusion possible avec d'autres affections
Il est crucial de ne pas confondre la pourriture grise avec d'autres maladies du pélargonium. La rouille du pélargonium (Puccinia pelargonii-zonalis), par exemple, provoque des taches jaunâtres sur le dessus des feuilles et des pustules couleur rouille sur le revers. L'œdème, quant à lui, est un trouble physiologique causé par un excès d'eau qui provoque des boursouflures liégeuses sur les feuilles.
La pourriture bactérienne, causée par Xanthomonas hortorum pv. Pelargonii, provoque des taches arrondies, brunâtres et cernées de jaune, souvent en forme de V. Enfin, la verticilliose, due à Verticillium albo-atrum, infecte le géranium par ses racines, entraînant un noircissement des tiges et des pieds. Chaque pathologie demande une approche spécifique ; une identification précise est donc la clé pour sauver vos plantes.