Pourquoi une butte en permaculture : analyse d'une technique emblématique

La butte de culture fait partie des techniques de permaculture les plus connues. Nous pouvons même dire que c’est une égérie de la permaculture appliquée au jardin. Pourtant, cette technique n’est pas née dans le milieu de la permaculture. On la pratiquait en Amérique Latine bien avant la colonisation espagnole avec, par exemple, les camellones en Bolivie, Colombie et Équateur ou encore les chinampas au Mexique. Elle y a été intégrée en France dans les années 80 par les premiers permaculteurs du pays, notamment Emilia Hazelip. Dans l’univers de la permaculture, les buttes représentent des oasis fertiles, des écosystèmes auto-suffisants où la nature fait office d’alliée principale. Concrètement, une butte est un aménagement surélevé du sol composé de différentes couches de matériaux organiques.

Schéma illustrant la structure d'une butte de permaculture classique

Les fondements de la culture sur butte

Car oui, nous tenons ici à le rappeler vite fait, en permaculture, tout est une question de contexte ! Et la culture sur butte ne déroge pas à cette règle. C’est d’ailleurs pour cela qu’il existe de très nombreux types de buttes différentes. Le fait de former une butte en surélevant la terre par rapport au niveau de base du sol permet de favoriser le drainage des eaux de pluie et autres eaux stagnantes afin d’éviter que le sol cultivé ne soit saturé en eau. Une saturation du sol en eau est, en effet, néfaste à la plupart des cultures vivrières, entraînant généralement une asphyxie et un pourrissement du système racinaire.

Surélever le sol, c’est également offrir plus de profondeur de terre meuble aux racines des légumes qu’on va y planter. Dans une butte, le développement racinaire est facilité, il est donc plus important en taille et en profondeur que dans un sol non surélevé. Une butte, qu’elle soit permanente ou temporaire, est un espace de culture bien délimité et bien visible qu’il est facile de ne pas piétiner. L’absence de piétinements sur la zone de culture permet d’éviter le compactage de la terre lors des divers travaux au jardin.

Généralement, une butte est un espace de culture, plus ou moins permanent, où le sol n’est pas labouré, voire pas travaillé du tout, à l’exception de quelques éventuels passages de la grelinette. Dans une butte, le sol n’est pas retourné et perturbé de manière intempestive à chaque changement de culture. On sait en effet aujourd’hui que le retournement des divers horizons d’un sol lors d’un labour profond entraîne la mort de très nombreux micro-organismes essentiels à la fertilité.

Pour ou contre le labour ?

Interactions biologiques et fertilité du sol

Un sol vivant est peuplé de très nombreux habitants de toutes tailles ayant tous un rôle à jouer dans l’écosystème sol pour le rendre plus fertile et donc plus productif. Et on peut même, avec le temps et en l’absence totale de labour, voir se développer dans nos buttes de super alliés pour nos plantes : des champignons mycorhiziens. Il s’agit de champignons ayant la capacité d’entrer en symbiose avec les racines des plantes pour mettre en place des échanges donnant/donnant.

Une butte est aussi un espace de culture régulièrement mulché, même s’il est courant et même recommandé, au printemps notamment, de découvrir le sol sur quelques semaines pour accélérer le réchauffement de la terre par le soleil. Or un mulch, lorsqu’il est organique, contribue à nourrir le sol au fur et à mesure de sa décomposition par les micro-organismes de sols. Un mulch fournit aussi un abri et un garde-manger pour de nombreuses formes de vie qui vont s’y installer et enrichir votre écosystème et sa biodiversité.

En créant une butte, on cherche à recréer un sol fonctionnel idéal, adapté aux cultures que le jardinier souhaite mettre en place. En fait, c’est une forme de culture hors-sol. Les buttes de terre, quant à elles, sont plus faciles à mettre en place puisqu’il s’agit principalement de former un monticule avec de la terre de jardin et du compost. Ces deux types de buttes sont très différents dans leur conception et leur réalisation.

Avantages ergonomiques et microclimatiques

Le principe même de la culture sur butte, par surélévation du niveau du sol, permet de jardiner en se baissant moins, voire plus du tout selon la hauteur de la butte choisie. Le dos du jardinier est donc beaucoup moins sollicité, ce qui facilite beaucoup les divers travaux à réaliser sur les buttes. Avec une butte très haute, on peut même jardiner debout, ce qui peut être un gros avantage quand on a des problèmes de dos.

Le fait que la terre soit surélevée permet un réchauffement plus rapide de celle-ci dès les premiers rayons de soleil printaniers. Ces derniers atteignent la butte sur un laps de temps plus important sur la journée, accélérant son réchauffement comparativement à un jardin à plat. On peut donc commencer à cultiver plus tôt au printemps. La création de reliefs lors de la confection d’une butte, quelle qu’elle soit va créer, sur un espace très restreint, divers microclimats permettant l’installation de cultures dans les endroits les plus appropriés à leurs besoins.

« Favoriser l’effet de bordure » est un principe de permaculture universel qui vient du fait qu’une bordure entre deux milieux différents profite des avantages des deux milieux. Les bordures sont donc, généralement, des endroits très riches en biodiversité. Sur une butte, il y a, de fait, plusieurs effets de bordure, par la création du relief de la butte qui contraste avec les allées et aussi en fonction des matériaux choisis pour constituer les bordures physiques de la butte.

Diagramme des microclimats créés par le relief d'une butte

Les défis de la mise en œuvre et du contexte

Quel que soit le type de butte que vous envisagez de mettre en place, il s’agit généralement d’éléments qui vont vous demander pas mal d’énergie à leur mise en place. Mise à part quelques buttes temporaires type lasagne ou bottes de paille plus faciles à mettre en place, la plupart des buttes permanentes devront être réalisées soit à la force des bras soit à l’aide d’engins mécanisés. Une fois réalisée, votre butte pourra durer plusieurs années, mais elle ne sera pas éternelle non plus.

Comme nous l’avons vu, une butte n’est pas la panacée et faire une butte sans l’adapter à son contexte peut être complètement contre-productif. Par exemple, dans un contexte climatique de fortes chaleurs, l’évaporation sur une butte peut-être très importante et entraîner la création d’un milieu trop sec pour vos cultures. Idem dans un contexte où le vent est un facteur limitant fort, faire une butte ne sera pas une bonne idée, car les végétaux sur la butte seront d’autant plus soumis aux vents ce qui peut grandement freiner leur développement. Dans certains contextes, il sera même préférable de cultiver plutôt dans des creux.

Dans le cas de buttes permanentes, l’espace de culture est toujours le même et il est très sollicité par des plantations souvent denses et successives. Il est donc important de veiller au maintien de la fertilité dans vos buttes. Cela demande une attention particulière, notamment pour nourrir la microfaune du sol et favoriser la création d’humus. Quand on cultive sur buttes permanentes, on réutilise le même espace relativement restreint d’une année sur l’autre, il est donc préférable de savoir ce qui a été cultivé dans ce même espace les saisons précédentes afin de ne pas y replanter la même chose.

Typologie des buttes et approches techniques

On range deux types de buttes très différentes dans le même panier. Les buttes auto-fertiles sont formées d’un empilement de différentes couches de matériaux compostables. Ces derniers vont progressivement être décomposés par la micro-faune et les mycorhizes, pour libérer les nutriments nécessaires à la croissance des plantes cultivées en surface. Les buttes de terre, quant à elles, sont plus faciles à mettre en place puisqu’il s’agit principalement de former un monticule avec de la terre de jardin et du compost. Tu peux récupérer la terre en creusant les chemins te permettant l’accès aux différentes plates-bandes de ton jardin.

Il existe de très nombreux types de buttes, dont notamment :

  • Les buttes bio-intensives maraîchères.
  • Les buttes de cultures arrondies classiques.
  • Les buttes façon Philip Forrer.
  • Les buttes HugelKultur du permaculteur Sepp Holzer.
  • Les buttes sandwich de Robert Moretz.
  • La culture en lasagne.
  • Le Keyhole garden ou jardin en trou de serrure.

La conception des buttes auto-fertiles n’est pas évidente et il existe aujourd’hui de nombreux débats sur l’enfouissement de matière organique dans le sol. Pour cause, les processus de décomposition de la matière organique nécessitent un apport en oxygène conséquent. En théorie, le sol a tendance à s’acidifier et à perdre de l’azote lorsqu’il ne contient pas assez d’oxygène. Une partie de l’azote est consommée par les décomposeurs évoluant sans oxygène, ce qui peut avoir l’effet inverse à celui souhaité : appauvrir le sol.

Considérations pratiques pour le jardinier

Un point crucial si vous souhaitez implanter des buttes dans votre jardin est de vous souvenir que c’est un gros boulot ! Il vous faut donc parfaitement concevoir votre projet AVANT de vous lancer et dessiner votre jardin en fonction de vos objectifs et de vos usages. Bref, c’est une technique déconseillée aux débutants et aux particuliers en général à moins d’être guidé pas à pas, mois par mois, dans son utilisation.

Si vous souhaitez essayer, commencez peut-être par une butte de 2/3 m de long pour vous faire une idée. Ce sera peut-être de l’énergie économisée par la suite ! Dès la première année, la butte se tasse et commence son long processus de décomposition. Pour assurer une certaine fertilité, il faudra veiller à régulièrement rapporter de la matière organique sur la butte. C’est selon notre expérience le principal désavantage de la culture sur butte. Cette dernière étant surélevée, elle est beaucoup plus séchante.

Pour produire des légumes tout en favorisant la biodiversité et les interactions positives, il y a un duo gagnant très intéressant à mettre en place chez vous : le duo mare et potager. Pourquoi combiner ces deux éléments dans votre jardin en permaculture ? Les associations de cultures : on en parle beaucoup en jardinage, et ça fait bien longtemps que certains agriculteurs les pratiquent. Et bien avant l’homme, la nature le faisait déjà depuis des millions d’années. En permaculture, Bill Mollison nous invite à imiter le fonctionnement de la nature, alors allons-y !

Exemple d'aménagement en jardin mandala avec des buttes permanentes

En résumé, si la butte de culture est une égérie de la permaculture, elle n’est pas pertinente dans tous les jardins. En prime, elle peut être très complexe à mettre en place. Les buttes ne sont pas des fondamentaux de la permaculture. Il s’agit seulement d’une technique particulière, à adapter à son propre contexte. Pour savoir si c'est pour vous, observez votre terrain, définissez vos objectifs et, surtout, commencez petit. Le potager, c’est avant tout les résultats, mais aussi les croyances du jardinier et les pratiques qui en résultent.

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