La Vigne face aux Défis Génétiques et Sanitaires : Comprendre le Bouturage et les Anomalies

Grappes de raisin avec symptômes de court-noué

La viticulture, pilier de nombreuses économies et traditions culturelles, est un domaine où la compréhension des dynamiques génétiques et sanitaires de la vigne est primordiale. Les pratiques de multiplication végétative, notamment le bouturage, bien qu'anciennes et efficaces, sont intrinsèquement liées aux problématiques d'anomalies génétiques et de propagation de maladies virales. Cet article explore les enjeux complexes de la santé de la vigne, des maladies virales dévastatrices comme le court-noué aux mutations génétiques, en passant par les stratégies de sélection et de bouturage.

Le Court-noué : Un Ennemi Invisible et Persistant

Le court-noué est une maladie virale qui peut conduire à l’arrachage prématuré des parcelles, après avoir causé pendant des années des pertes quantitatives et qualitatives. Désignée en France sous un nom qui rappelle l’un des symptômes qu’elle provoque (raccourcissement des entre-nœuds), elle est mondialement appelée fanleaf (« feuille-éventail »), qui illustre aussi une de ses manifestations (déformations foliaires en palmettes).

Les Agents Pathogènes et leurs Vecteurs

Dans le monde, on connaît 16 népovirus susceptibles de produire les symptômes de cette maladie. Ces virus sont transmis par des nématodes du sol de l’ordre des Némathelminthes ou vers ronds, qui vivent parfois à de grandes profondeurs. 18 espèces vectrices ont été recensées, appartenant à 3 genres : Longidorus, Paralongidorus et Xiphinema. Il existe des associations spécifiques entre nématodes vecteurs et virus. En France, on en trouve très majoritairement deux : le GFLV (Grapevine Fan Leaf Virus), plus souvent mis en évidence, et l’ArMV (Arabic Mosaïc Virus). Ils produisent les mêmes symptômes et sont transmis dans le sol par Xiphinema index pour le GFLV et Xiphinema diversicaudatum pour l’ArMV. Le couple X.index / GFLV est de loin le plus répandu dans le monde.

Nématodes Xiphinema index et Xiphinema diversicaudatum

Habitat et Survie des Nématodes Vecteurs

On trouve rarement les nématodes dans les couches superficielles du sol, perturbées par les travaux culturaux. Ils sont localisés à proximité des racines, souvent entre 30 et 80 cm (là où le chevelu est le plus dense), mais ils peuvent être retrouvés jusqu’à plusieurs mètres de profondeur si l’enracinement le permet. Ils survivent après arrachage de la vigne pendant plusieurs années en se nourrissant sur des fragments de racines non extirpés. Lorsque les conditions sont défavorables, les nématodes ont aussi la capacité d’entrer en quiescence et d’assurer leur survie au-delà de 5 ans sans prise de nourriture, puis de rentrer à nouveau en activité si les conditions évoluent. Durant cette période, ils peuvent conserver leur capacité à transmettre le virus qu’ils portent. Les sols les plus favorables à la présence des nématodes sont les sols argileux. À l’inverse, dans les sols à faible teneur en argile, la propagation du court-noué est moins active, jusqu’au cas extrême des sables qui ne permettent pas la survie des nématodes vecteurs et s’avèrent donc impropres à l’extension de la maladie.

Anomalies Génétiques de la Vigne : Variegation et Fasciation

Les anomalies génétiques sont dues à des mutations de l'ADN des cellules de la vigne. Ces mutations se font de façon aléatoire et elles ont des conséquences plus ou moins importantes sur la vigne. Il est connu au moins 2 anomalies génétiques chez cette vitacée qui sont assez fréquentes : la variegation ou bigarrure, et la fasciation.

La Variegation (Bigarrure)

Cette affection génétique entraîne une modification de la coloration des organes de la vigne, en particulier les parties herbacées et les baies. On observe essentiellement des décolorations, les organes montrant des secteurs bien délimités de couleur jaune à blanche contrastant avec la couleur naturelle des autres parties qui ne sont pas affectées. En fait, la mutation génétique remet en cause l'influence de la photosynthèse, et notamment la synthèse de pigments dans les cellules, il n'est donc pas étonnant de constater des décolorations. Les symptômes seront plus ou moins étendus selon le stade de développement de l'organe affecté et le tissu touché.

La Fasciation

Cette autre anomalie génétique est caractérisée par l'aplatissement et le regroupement des tiges, des pétioles ainsi que des pédicelles des grappes. Ces manifestations, bien que souvent esthétiques, peuvent parfois impacter la croissance et le rendement de la plante.

L'Histoire de la Vigne et du Bouturage : Une Épopée Millénaire

Carte des premières domestications de la vigne

L'histoire de la vigne est une épopée qui remonte à des millénaires. L'archéologie, en révélant des pépins de vignes domestiques datant de 6000 ans av. J.-C. à Atlit Yam sur la côte israélienne, et des fragments de poterie de 5400 ans av. J.-C. en Géorgie, met en lumière une domestication ancienne. Une étude publiée en mars 2026 par la revue Nature Communications révèle que certains cépages actuels, dont le pinot noir, sont les clones directs de vignes cultivées au Moyen Âge. En analysant l’ADN de pépins anciens - certains remontant à l’Âge de Fer - les chercheurs montrent que la propagation végétative (bouturage, greffage, marcottage) est utilisée depuis plus de deux millénaires.

La vigne, cette petite liane au succès enivrant, a connu une domestication complexe. Il y a environ 9 000 ans av. J.-C., des spécimens sauvages étaient soit entièrement mâles, soit entièrement femelles. Pour la fécondation, les insectes amenaient du pollen d'un plant mâle sur les fleurs femelles. Toutefois, la nature, avance Thierry Lacombe, aurait favorisé les plants possédant des mutations singulières, notamment l'hermaphrodisme. Ces vignes hermaphrodites se sont répandues rapidement car elles pouvaient s'autoféconder, assurant une fécondation plus efficace et donc une quantité de fruits produite plus importante. Les baies étaient également plus grosses, moins amères et plus riches en sucre, ce qui les rendait plus appétissantes. Les humains, en cultivant ces vignes mutantes, ont probablement sélectionné ces caractéristiques avantageuses.

Mécanismes de l'évolution - SVT seconde

L'Émergence des Cépages Locaux et la Diversification

Avec le temps, c'est alors qu'émergent les cépages locaux. Ces vignes étaient parfaitement adaptées aux conditions de leurs terroirs, souvent issues de croisements avec des lambrusques locales. Les anciens cultivaient ces vignes en les conservant par bouturage ou marcottage. Les cépages locaux, étaient plutôt des vignes de cuve, comme le Pinot noir en Bourgogne ou le Savagnin blanc dans l'Orléanais. Les Romains, en colonisant l'Italie et les territoires ibériques, ont contribué à la diffusion de la vigne en utilisant des pépins ou des boutures.

La question de l'origine du raisin blanc, à l'origine du vin blanc, est également fascinante. Les chercheurs pensent que le raisin blanc a émergé d'une mutation génétique entraînant des baies de plus en plus claires. La collection nationale de cépages, plantée sur sable près de Sète, illustre la richesse de cette diversité et la capacité de la vigne à s'adapter et à évoluer au fil des générations.

Les Défis Contemporains : Phylloxéra et Stratégies de Lutte

La semaine passée, nous avons vu ce puceron introduit d’Amérique détruire 70% de la production viticole de 1880 ! Le phylloxéra de la vigne est l’ennemi le plus redoutable de la vigne. Il s’agit d’un puceron (Phylloxéra vastatrix), dont le seul hôte connu est la vigne. Le phylloxéra se présente sous forme « gallicole », « radicicole » et « ailée et sexuée ». Il faut préciser que les variétés européennes sont résistantes au Phylloxéra gallicole qui se développe sur les feuilles, alors que les variétés américaines le sont au Phylloxéra radicicole qui s’installe dans les racines.

Phylloxéra radicicole sur racines et gallicole sur feuilles

Trois solutions ont été trouvées pour faire face à cette crise. Rappelez-vous, face au phylloxéra, en Amérique, les Européens avaient domestiqué des espèces de vignes locales, et hybridé ces vignes américaines avec la vigne européenne. Cependant, les raisins de ces hybrides ont souvent une peau épaisse, riche en pectine qui libère du méthanol à la vinification : cet alcool rend fou et valut aux hybrides le surnom de « cépages maudits ». Leurs parfums, exagérément fruités, laissent un arôme bizarre en bouche, qu’on dit « foxé », et les vins obtenus sont médiocres.

Une troisième solution, alors ? Le greffage. On greffe des cépages européens, Chardonnay ou Merlot, dont le feuillage résiste bien au puceron, sur des porte-greffe d’origine américaine, dont les racines résistent au puceron. Le greffage est devenu un réflexe, pratiqué même là où le phylloxéra est inoffensif ! En effet, le puceron passe l’hiver en parasitant les racines : en sols sableux, il est écrasé par les grains de sable ; en sol inondé en hiver, il étouffe. La collection nationale de cépages, plantée sur sable près de Sète, n’est pas greffée !

Le greffage ne gère pas un autre problème : les cépages européens greffés sont sensibles aux champignons introduits d’Amérique, oïdium, mildiou, black rot, etc.

Les Nouveaux Cépages et l'Innovation

Que faire pour demain ? De nouveaux cépages, en croisant et recroisant des hybrides avec la vigne européenne ! Ces hybrides peuvent résister au phylloxéra ou, au moins, aux champignons parasites, et exigent trois fois moins de pesticides. Bien sélectionnés, ils préservent de beaux arômes, sans produire de méthanol. Nos cépages doivent se renouveler, comme autrefois : le Cabernet-Sauvignon résulta d’un croisement entre Cabernet et Sauvignon ; le Chardonnay et le Gamay résultèrent de deux croisements entre Pinot noir et Gouais (un cépage devenu rare). Notre savoir-faire fut toujours d’innover.

Schéma de croisement de cépages pour créer de nouvelles variétés

On assiste aujourd’hui à un retour des cépages hybrides. C’est la méthode ancestrale de croisement des espèces pour en améliorer la qualité et la quantité. Ces hybrides américains et canadiens, très bien adaptés aux climats nordiques (comme au nord de la France), produisent de grosses grappes très sucrées et savoureuses. Ces climats rigoureux ont incité les vignerons canadiens à rechercher de nouvelles espèces de vigne, apportant ainsi au monde un autre vin et de nouvelles saveurs. Mais également des très bons raisins de table, avec des variétés très hâtives ou tardives, très résistantes aux maladies, qui donnent une bonne production de fruits. Des cépages qui tolèrent mieux que les autres, les sols mal drainés, ou pauvres. La Vigne craint l’excès d’humidité en été, elle préfère une certaine sécheresse. Ce type de vigne produit des raisins fruités, avec un goût et une saveur légèrement tropicale ou d’ananas, de fraise épicée, ou parfumé goût de framboise, de litchi, de miel,… Des fruits de toutes les tailles, de toutes les couleurs et avec ou sans pépins. Le choix d’une vigne à raisins est tel, que partout en France, jusqu’à 1500 m d’altitude, il est possible de cultiver sa vigne en pleine terre. Les anciens hybrides étaient décriés pour donner aux vins des goûts foxés. En général, elles ne diffèrent guère, aux cépages européens traditionnels, sur le plan organoleptique, surtout pour les raisins de table.

Devant le désir du grand public de pouvoir cultiver de la vigne à titre privé, l’INRA a obtenu par croisement des variétés de vignes relativement résistantes aux maladies de la vigne et a fait inscrire ces variétés au catalogue des espèces végétales comme variétés ornementales. De nouvelles variétés, dites d’agrément, ont été créées à l’INRA par hybridation et sélectionnées pour leur rusticité. En raison de leur époque de maturité moyenne, Aladin et Amandin sont adaptées à la moitié sud de la France. Perdin, de maturité précoce, convient à toutes les régions.

Le Bouturage de la Vigne : Techniques et Pratiques

Faire un bouturage d’une bonne vigne résistante, va vous permettre de multiplier très facilement et pour pas cher, ce raisin dont vous avez apprécié la qualité. Pour multiplier une bonne variété de vigne ancienne, très résistante, rien de plus simple. Le bouturage vigne n’est pas compliqué à réaliser. Il s’effectue en deux opérations. Il faut d’abord prélever et préparer les boutures après la chute des feuilles, puis les planter dans un pot ou en pleine terre.

Préparation des Boutures

La bouture aoûtée, se pratique sur rameaux aoûtés, donc à partir de la fin août et jusqu’à la fin de l’automne, voire au début du printemps. Le bois est dur à la base et ne se plie pas facilement, mais l’extrémité des rameaux est encore un peu tendre. Avec cette technique, que m’a montré un ancien moniteur arboricole, Othon Muller, que je fais en général au mois de novembre, il y a très peu d’échecs. Pour effectuer ces opérations, il faut vous munir d’un sécateur, d’un bon couteau qui coupe et d’une hormone de bouturage. Pour bouturer, la technique consiste à tremper le fragment de végétal dans votre mélange d’hormone afin de favoriser la croissance des racines. Il existe de nombreuses solutions pour faire soi-même son hormone de bouturage, si vous avez le temps de le faire à l’avance. On peut tailler 2 à 5 boutures par sarment, suivant sa longueur. Il suffit ensuite de tremper le biseau, dans l’hormone de bouturage, dont le sachet de poudre est prêt à l’emploi.

Plantation des Boutures

Les vignes sont un peu difficiles concernant leurs conditions de sol, mais, assurez-vous qu’elles sont correctes avant de planter. Pour cela, repiquez vos boutures en pépinière dans une bonne terre bien humide. Laissez sortir le bourgeon supérieur de 5 cm du niveau du sol. Faire un trou de 20 à 25 cm de profondeur, selon la longueur de la bouture. Mettre le plant dans le trou, et laissez sortir le bourgeon supérieur juste à 5 cm au niveau du sol. Après quelques jours, la feuillaison, une pointe verte va rapidement laisser apparaitre les feuilles puis les inflorescences. C’est à ce stade que la vigne est sensible au gel, car les bourgeons étant déjà pourvus des futures grappes, leur destruction totale anéantirait la récolte pour l’année. Après le débourrement, les bourgeons se développent, les sarments commencent à grossir. Maintenez la terre légèrement humide durant l’été, mais sans excès.

Mécanismes de l'évolution - SVT seconde

Emplacement et Soins

La plantation s’effectue en automne avant les premières gelées. Choisissez bien son emplacement, car son enracinement est profond. Offrez-lui un emplacement chaud, baigné de soleil et préservé des vents froids, et une terre légère, profonde et plutôt calcaire. Si vous créez un rang, espacez les vignes d’au moins 1 m. Pour une treille haute située contre une façade, prévoyez un plant tous les 2 m. Pour gagner du temps, on peut planter les boutures à l’endroit prévu, pour accueillir la future vigne, et ainsi éviter un repiquage. Mais pour être sûr du résultat, il vaut mieux planter plusieurs boutures ensemble et choisir le plus beau par la suite et supprimer les autres. On peut également planter des boutures dans des pots, à l’intérieur de la maison, pour faire débourrer plus vite.

Les cépages anciens résistants, demandant peu ou pas de taille, pas de traitements, sont beaucoup appréciés par les jardiniers. Les Anciens les évoquent avec nostalgie et heureusement que certains, ont conservé quelques pieds, afin de les faire connaître aux amateurs, pour la consommation familiale. L'expérience personnelle de planter des variétés françaises il y a 20 ans, et d'être déçu par leur maturité ou leur maladie, a mené à la découverte d'une ancienne variété américaine résistante, transmise par Othon Muller. Cette expérience a créé une passion pour la vigne, montrant qu'un bon choix de variété et des soins adaptés, surtout concernant la taille, sont essentiels pour obtenir une production satisfaisante.

La Sélection Clonale : Une Stratégie de Préservation et d'Amélioration

La sélection clonale est une démarche d’évaluation des caractéristiques agronomiques, sanitaires et œnologiques d’un certain nombre de souches choisies pour leurs spécificités dans de vieilles parcelles de vignes, permettant de valoriser la diversité naturelle des cépages. Son objectif est d’obtenir des plants de vigne non porteurs de viroses graves (court-noué, maladie de l’enroulement) et dont les aptitudes culturales donnent une production régulière et favorisent l’obtention de vins de qualité. Un clone est la descendance végétative conforme à une souche choisie pour son identité indiscutable, ses caractères phénotypiques et son état sanitaire (Définition OIV). Chez les plantes, toute multiplication végétative, que ce soit par marcottage, bouturage ou greffage se traduit par la production d’individus strictement identiques d’un point de vue génétique, c’est-à-dire de clones.

Processus de la Sélection Clonale

En premier lieu, la sélection clonale consiste à choisir, lors de prospections dans de vieilles parcelles de vigne ou dans des conservatoires de clones, des souches dont le comportement, a priori, pourrait répondre le mieux possible aux besoins des viticulteurs. Après la réalisation de tests sanitaires vis-à-vis des viroses les plus graves, les individus sont évalués d’un point de vue agronomique et œnologique. Les clones ainsi caractérisés, indemnes de viroses graves, sont conservés par l’IFV au Domaine de l’Espiguette, puis multipliés après agrément et mis à la disposition des viticulteurs par les pépiniéristes. La sélection clonale repose sur une procédure longue, rigoureuse et une succession de travaux.

Que garantit cette méthode de sélection ? Contrairement à des idées reçues et souvent propagées, cette méthode de sélection offre des possibilités importantes d’amélioration et de diversification du matériel végétal vigne, tout en conservant les caractéristiques et l’identité des cépages. Par la qualité sanitaire des plants et la prise en compte de la diversité des raisins et des vins, la sélection clonale contribue également à valoriser le patrimoine de l’ensemble des variétés de vignes cultivées en France. À titre d’exemples, sont aujourd’hui agréés et disponibles : 47 clones de Pinot noir, 31 clones de Chardonnay, 23 clones de Grenache.

L'Origine et le Développement de la Sélection Clonale en France

On peut considérer que la première étape, aboutissant au maintien et à l’étude de la diversité clonale des variétés de vignes cultivées en France, a été la création en 1944, de la « Section de Sélection et de Contrôle des Bois et Plants de Vigne », sous la responsabilité de Jean Branas. Un des principaux objectifs de ce professeur de viticulture à l’École Nationale d’Agriculture de Montpellier - outre la nécessité d’approvisionner la viticulture en matériel végétal homogène et clairement identifié - était d’enrayer la propagation catastrophique du court-noué qui avait suivi la reconstitution post-phylloxérique. Les effets dévastateurs de cette virose dont les nématodes vecteurs sont très résistants, touchaient de très nombreux vignobles. C’est dans ce but premier que la sélection clonale a été instaurée. Cette initiative a été suivie par la création du Domaine de Vassal (INRA), à Marseillan, en 1949.

La Sélection Sanitaire et l'Assainissement

La qualité sanitaire est le premier objectif de la sélection clonale. Selon la réglementation européenne, le matériel végétal sélectionné doit être exempt des viroses principales : court-noué, enroulement (types 1, 2 et 3) et marbrure (uniquement pour les porte-greffes). Le dépistage des viroses commence au moment du choix au vignoble des souches têtes de clones : les plants présentant des symptômes visuels évidents sont éliminés. Les tests biologiques (indexage) consistent à placer un greffon d’un clone à tester sur une bouture, en conservant un œil, d’une variété dite indicatrice capable d’extérioriser des symptômes typiques de la virose recherchée. L’indexage peut se réaliser par greffage ligneux (3 ans) ou herbacé (6 à 12 mois). Les tests PCR (polymerase chain reaction) sont une technique génomique qui permet, à partir de l’ARN du virus, d’amplifier à l’aide d’amorces spécifiques un fragment d’ADN obtenu par rétro transcription.

Microgreffage d'apex pour l'assainissement viral

Lorsqu’aucune souche saine n’a pu être retrouvée au vignoble, lors d’une prospection, ou dans les conservatoires ou pour des clones présentant un intérêt agronomique particulier mais porteurs de viroses secondaires, il est possible d’assainir le matériel végétal. Aujourd’hui, la technique la plus utilisée est celle du micro-greffage d’apex. Elle consiste à prélever un apex (qui est exempt de virus) issu d’une plante virosée, et à le micro-greffer in vitro sur un hypocotyle (partie de la tige située entre la base et les premiers cotylédons) d’un plant de semis.

La Sélection Agronomique et Œnologique

Cette procédure d’évaluation se fait systématiquement. Elle est complémentaire de la sélection sanitaire et représente le deuxième volet de la sélection clonale. Les prospections, première étape, consistent à sélectionner et à réaliser la description ampélographique de souches choisies pour leurs caractéristiques dans des vieilles parcelles de vigne ou dans des conservatoires de clones. Après un premier tri sanitaire effectué par tests ELISA et RT PCR, chaque clone sain introduit est cultivé dans un conteneur individualisé. La collection d’études est une parcelle expérimentale, mise en place dans la région d’origine du cépage par les partenaires de la sélection, dont l’objectif est le suivi viticole et œnologique des clones issus de prospections ou de conservatoires en vue de leur éventuel agrément. Installée suivant un protocole très précis, elle n’est composée que d’accessions (d’individus) ayant satisfait aux tests sanitaires vis-à-vis du court-noué et de l’enroulement.

Après analyse et synthèse de l’ensemble des données obtenues et après consultation de ses partenaires, l’IFV demande l’agrément des clones jugés intéressants pour la filière à la section vigne du CTPS (Comité Technique Permanent de la Sélection). Cette dernière rend un avis que le Ministère de l’Agriculture entérine.

Fiabilité et Impact de la Sélection Clonale

Depuis un demi-siècle, les clones français ont été largement diffusés en France (et depuis 1995 dans le monde sous la marque ENTAV-INRA®), attestant de la qualité de ce travail de sélection. Tel qu’il est réalisé en France, ce travail de sélection peut apparaître lourd, fastidieux et très long (il faut environ 15 ans pour finaliser une sélection, à partir du repérage de souches candidates dans les vieilles parcelles…). Cependant, cette durée et le fait que les travaux soient effectués par des organismes publics ou des structures collectives, sans intérêt commercial à court terme, constituent indéniablement un gage de fiabilité et de qualité des sélections. Sur le long terme, on peut souligner l’effet cumulatif de ce travail : sauf déclassements ponctuels de certains clones en fonction de l’avancée des connaissances, toutes les sélections anciennes restent maintenues et disponibles, et la gamme de diversité sélectionnée et multipliable ne fait que s’étoffer au cours du temps.

La multiplication d’un nombre réduit d’individus, parmi une population donnée, peut aboutir à ce résultat, si toutefois une réelle diversité existe dans la variété considérée. Ce qui n’est pas forcément le cas (croisements récents peu diffusés, cépages minoritaires où très peu d’individus ont été retrouvés, cépages présentant une faible variabilité apparente…). Point important, la sélection clonale n’a pas vocation à réduire la diversité génétique des cépages mais à la représenter, ce qui nécessite préalablement de la connaître. Les cépages, selon leur antériorité, leur développement et les mutations dont ils ont fait l’objet, ont généré des populations d’individus pouvant présenter certaines différences entre eux. Cette diversité intra variétale s’exprime de multiples façons : port, vigueur, fertilité, cycle phénologique, accumulation de sucres, potentiels aromatiques et/ou polyphénoliques, taille et forme des grappes et des baies, compacité des grappes, caractéristiques ampélographiques (couleur des organes et découpure des feuilles)… Ce n’est que lorsque des prospections larges sont réalisées que l’on peut appréhender objectivement la variabilité du cépage concerné, et qu’in fine, on peut rassembler la diversité la plus large possible pour la préserver et l’étudier. La valorisation de la diversité se fait ainsi naturellement via la sélection clonale qui n’est autre (il nous semble important de la rappeler) que la caractérisation et l’exploitation de cette diversité. Lorsqu’une variabilité importante est constatée au sein d’un cépage (comme c’est le cas par exemple pour le Pinot noir, le Chasselas, le Chardonnay ou la Négrette…), l’objectif de la sélection est de la refléter par un certain nombre de clones, issus d’autant d’individus représentatifs des différents comportements du cépage.

Sélection Clonale vs. Sélection Massale

Différentes rumeurs circulent dans le milieu viticole selon lesquelles la sélection clonale serait en partie responsable des phénomènes de dépérissement du vignoble. À l’heure actuelle, aucune étude scientifique, aucune expérimentation ne viennent accréditer cette thèse. Les baisses de rendement observées dans les vignobles de Bourgogne ou de Champagne sont ainsi en grande partie causées par la virose du court-noué. Or le meilleur moyen de lutte contre cette virose consiste justement à utiliser du matériel certifié apportant le maximum de garanties sanitaires et donc issu de sélection clonale. Quant aux maladies du bois, il pourrait y avoir quelques différences de sensibilité entre clones mais malheureusement insuffisantes pour que le choix des clones soit un moyen efficace de lutte contre l’Esca ou le Black Dead Arm. Et le recours à du matériel issu de sélection massale ne résoudra pas davantage le problème. Les conservatoires de clones que l’on peut considérer comme des sélections massales puissance 10 (jusqu’à plus de 600 individus différents conservés sur la même parcelle) sont autant concernés par les maladies du bois que les parcelles clonales et certains d’entre eux doivent être régulièrement renouvelés et déplacés compte-tenu du nombre important de manquants observés…

La sélection massale est utilisée par des viticulteurs avec pour objectif principal de conserver le patrimoine viticole d’une vieille vigne. Elle consiste à repérer sur les parcelles les pieds qui paraissent les plus intéressants, puis à en prélever les sarments et les multiplier, pour ensuite les replanter. Si elle ne s’accompagne pas de tests sanitaires, cette démarche s’avère très risquée, vis-à-vis de la transmission des principales viroses : court-noué et enroulement. Contrairement à la sélection clonale qui intègre tout un ensemble d’évaluations agronomiques, accompagnées de tests sanitaires garantissant un matériel végétal exempt des principales viroses, la sélection massale ne permet pas non plus d’atteindre de façon sûre tous les objectifs agronomiques et œnologiques souhaités. On peut en revanche rapprocher les deux démarches, dans le cas de certaines initiatives rigoureuses de sélection massale, faisant appel à des tests sanitaires et à des observations de souches sur plusieurs années, prélude au choix d’un certain nombre d’individus à multiplier en fonction d’objectifs définis. Dans ce cas, les différences entre les deux approches portent principalement sur le nombre d’individus représentatifs du comportement recherché qui seront multipliés, et tendent à s’estomper dans le cas où les travaux successifs de sélection viennent enrichir le nombre de clones agréés disponibles. Il est alors d’autant plus regrettable que certaines démarches de sélection massale soient prisées par le simple fait que le mot clone ne les accompagne pas. Peu importe la qualité de la sélection tant que ce n’est pas une sélection clonale !

Diversité et Représentativité

La sélection clonale favorise-t-elle l’homogénéité du goût du vin ? C’est aujourd’hui une idée répandue mais qui n’est absolument pas fondée. D’abord parce que l’effet clone intervient bien après l’effet du sol, du terroir, du porte-greffe, du climat ou du travail du vigneron. Ce travail a été mené avec le Cabernet-Sauvignon, le Pinot noir, le Gamay, le Riesling, le Grenache et, dégustations à l’appui, il a permis de montrer que dans la grande majorité des cas, le clone réputé le meilleur est plus apprécié que l’assemblage. L’argument présentant la sélection clonale comme favorisant l’homogénéité du goût du vin est erronée parce que, dans un objectif de diversité, les conseils donnés par les sélectionneurs soulignent systématiquement l’importance de planter plusieurs clones d’un même cépage sur une parcelle ou une exploitation. Enfin, les fiches descriptives du « Catalogue officiel des Variétés et clones de vigne cultivés en France » distinguent les comportements des clones en fonction des régions. L’exemple le plus édifiant est celui du Pinot noir. Un clone de Pinot noir N « bourguignon » n’est pas adapté à la production de vins effervescents. Inversement, essayer d’élaborer un vin rouge tranquille avec le clone de Pinot noir 386, originaire de la Marne et spécialement adapté à la production de vins effervescents, serait un vrai challenge !

La collection ampélographique centrale de l’INRA, au Domaine de Vassal, dans l’Hérault, composée de vignes provenant de 54 pays viticoles, représente : 2 700 cépages, 350 lambrusques, 1 100 hybrides interspécifiques, 400 porte-greffes et 60 espèces de Vitacées. Le Conservatoire national du matériel initial des clones sélectionnés de l’IFV, au Domaine de l’Espiguette, dans le Gard, est également un acteur majeur de la préservation de la diversité génétique de la vigne. Ces conservatoires sont des trésors de biodiversité, essentiels pour l'avenir de la viticulture.

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