Le renouveau du maraîchage et de l'agriculture urbaine au cœur d'Amiens Métropole

L'agriculture constitue un pilier historique de l'identité d'Amiens Métropole. Bien que le territoire ait connu une industrialisation marquée, son héritage agricole, notamment à travers les célèbres Hortillonnages, demeure une composante essentielle de son paysage et de sa culture. Depuis le début des années 2000, Amiens Métropole a placé l'agriculture au centre de ses préoccupations, cherchant à concilier développement urbain et préservation des espaces nourriciers. En 2003, la signature du « Protocole-cadre de l’agriculture périurbaine » a marqué une étape décisive pour faire face aux pressions urbaines croissantes. Ce protocole a été renouvelé en 2018 avec la Chambre d’Agriculture de la Somme, la FDSEA de la Somme, le Syndicat Départemental de la Propriété Rurale et le Syndicat des Jeunes Agriculteurs de la Somme. Cette démarche s'inscrit aujourd'hui dans une réflexion plus large pour tendre vers un nouveau modèle alimentaire, en parallèle de la construction du Projet Alimentaire Territorial (PAT) initiée en 2017.

Vue aérienne des Hortillonnages d'Amiens montrant l'imbrication entre canaux et parcelles maraîchères

Un territoire sous pression : diagnostic et enjeux agricoles

Amiens Métropole, communauté d’agglomération créée en 1999, regroupe 39 communes sur 350 km². Avec une densité de 518 habitants/km², elle dépasse largement les moyennes départementales (92,5 hab/km²) et nationales (105,9 hab/km²). Cette forte densité, concentrée principalement dans l’unité urbaine d’Amiens, génère une pression foncière importante. Le diagnostic agricole, réalisé en 2017-2018 et actualisé en 2023, révèle une réalité contrastée : près de 2/3 de la surface de la métropole (60,6%) est dédiée à l’agriculture, soit 21 137 hectares de Surface Agricole Utile (SAU). Cependant, cette SAU ne cesse de diminuer, avec une perte de 673 hectares en 10 ans, soit une érosion de 3% de la surface agricole.

Le paysage agricole amiénois est dominé par les grandes cultures (71% des exploitations), spécialisées dans les céréales, les plantes à fibres, les oléagineux et la pomme de terre. Si cette production est excédentaire, elle est également très mécanisée, ce qui explique pourquoi l'agriculture ne représente plus que 0,5% des emplois du territoire, avec une moyenne de 1,4 ETP pour 100 hectares, bien inférieure à la moyenne nationale. Parallèlement, le nombre d'exploitations a chuté de 30% depuis 2010, illustrant une tendance à l'agrandissement des structures au détriment de la diversité.

Le maraîchage, une tradition en mutation

Les Hortillonnages constituent la particularité la plus emblématique du territoire. Ces 300 hectares d’anciens marais, répartis sur Amiens, Rivery, Camon et Longueau, ont été façonnés par des siècles de culture maraîchère. Si au début du XXe siècle, un millier de maraîchers, les "Hortillons", vivaient de cette terre fertile, en 2022, seuls 23 hectares étaient encore cultivés par 16 exploitants. Le Marais est un lieu où l’homme a été fabricant de terre ferme. Jadis impénétrable, les hommes ont su assurer sa mise en valeur : ils ont assaini, drainé, défriché les terres sorties de l’eau et les ont mises en culture pour en faire un véritable atout de développement.

Face à ce déclin, des initiatives émergent pour réhabiliter la légitimité nourricière des Hortillonnages. Le festival "Art, villes & paysages", organisé par la Maison de la culture d’Amiens, permet à de jeunes paysagistes comme Florent Morisseau de questionner ces liens. Son projet de "potager embarqué" illustre une volonté de reconnecter le marais à la ville, en montrant que du marais au marché, il n’y a qu’un pas.

Les hortillonnages d'Amiens

Vers de nouveaux modèles : l'agriculture urbaine et la permaculture

Le renouveau passe également par des projets de micro-fermes urbaines. L’île Saint-Aragone, située au cœur d'Amiens, est devenue le théâtre d'une expérience de maraîchage en permaculture. Cette parcelle, autrefois terre maraîchère, accueille désormais des maraîchers qui prouvent qu'il est possible de produire des quantités honnêtes tout en respectant la biodiversité. La ferme privilégie une grande diversité de production - une trentaine de légumes - cultivés sous serre pour une partie, et pour l’autre sur des planches permanentes qui permettent une production maraîchère toute l’année.

Ce modèle, bien qu'inspirant, se heurte à des réalités économiques et sociales. Le foncier en zone urbaine est cinq à six fois plus cher que dans les zones agricoles classiques. De plus, les maraîchers soulignent la dureté physique du métier et la difficulté de rivaliser avec les prix de l’agriculture industrielle. Toutefois, la reconnaissance des clients et le lien social créé autour de structures comme "l'Ile aux Fruits" démontrent une demande réelle pour une alimentation locale et durable. Ces lieux deviennent des espaces d'enchantement et de sensibilisation, accueillant crèches et écoles pour éduquer aux enjeux de l'économie circulaire.

Le Projet Alimentaire Territorial comme levier de transformation

Amiens Métropole, en partenariat avec la Chambre d’Agriculture de la Somme, a structuré sa stratégie autour du Projet Alimentaire Territorial (PAT). Ce projet vise trois objectifs majeurs : agir pour la santé en favorisant les produits locaux, tendre vers un territoire nourricier protégeant l’environnement, et faire de chaque habitant un acteur de cette transition. Le développement des circuits de proximité est au cœur de cette ambition, offrant aux 181 658 habitants de la métropole l'opportunité de renouer avec les producteurs locaux.

La distribution alimentaire sur le territoire reste cependant hétérogène, la ville-centre concentrant 81% des commerces. L'enjeu est donc de mailler plus finement le territoire et de soutenir les 29 exploitations pratiquant la vente directe. L'approvisionnement local progresse également dans la restauration collective, portée par l'outil "Approlocal", qui facilite la mise en relation entre producteurs samariens et restaurateurs.

Schéma explicatif du fonctionnement d'un Projet Alimentaire Territorial (PAT) et ses bénéfices pour le territoire

Défis structurels et perspectives d'avenir

Le vieillissement de la population agricole est un enjeu crucial : 21% des exploitations sont dirigées par des exploitants de plus de 60 ans, ce qui pose la question de la transmission. À cela s'ajoute la nécessité d’adapter les pratiques aux changements climatiques, notamment pour réduire la consommation d'eau et lutter contre les inondations. Malgré ces défis, on observe des signaux positifs : le nombre d’exploitations certifiées en agriculture biologique a doublé entre 2010 et 2020, et l’intérêt pour les circuits courts ne faiblit pas.

L'évolution de l'agriculture et son adaptation aux nouvelles attentes des consommateurs et aux enjeux environnementaux sont des facteurs déterminants pour la préservation de la biodiversité, de la qualité de l’eau potable et pour la lutte contre les phénomènes de ruissellement ou d’inondation. Le modèle de la micro-ferme, s'il ne peut répondre seul à l'ensemble des besoins alimentaires, constitue un laboratoire d'innovation indispensable pour réinventer notre rapport à la terre et à la consommation, en attendant que

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