Le guide complet des produits engrais et fumiers pour le jardin

Le fumier est souvent plébiscité par les jardiniers, car il joue un rôle fort précieux en tant qu’amendement du sol. Véritable trésor pour le potager, il est souvent surnommé l'or noir du jardinier. Toutefois, il convient de démystifier cette ressource, car si la plupart des fumiers sont parfaits pour le potager, chacun a ses caractéristiques propres et va améliorer un type de sol particulier. Tous s’utilisent soit frais en automne pour se décomposer directement au sol, soit vieillis et épandus comme fertilisant et paillage au pied des plantes potagères. Et oui, au potager, on a le devoir de fumer.

Tas de fumier en cours de décomposition dans un potager

Composition et intérêt agronomique du fumier

Le fumier n’est pas le sujet le plus poétique qu’il soit. Urines, déjections animales, voilà de quoi repousser bien des âmes sensibles. Pourtant, le fumier est bien plus qu'un simple déchet organique : c'est un mélange vivant de matières fibreuses (la litière) et de déjections animales, riche en micro-organismes. On y retrouve d’une part les urines et les déjections ou fèces des animaux (crottins, bouses, fientes, crottes…) et d’autre part la litière qui absorbe les urines, que ce soit foin, paille, broyat ou encore sciure.

Au final, le fumier est un mélange d’urine, d’excrément, et de matière carbonée. Il s’agit d’un excellent amendement, car il est très riche en matières organiques. Il va améliorer le sol grâce à sa richesse en humus : la terre est plus facile à travailler car plus meuble, elle est plus perméable à l’air et à l’eau, et elle est enrichie en micro-organismes et autre faune du sol. On va utiliser différents fumiers selon la nature du sol, qu’il soit argileux, sableux ou compact. Il forme un support de culture idéal pour de nombreuses plantations gourmandes.

Les différents types de fumiers et leurs propriétés

Chaque animal produit un fumier aux propriétés distinctes. Pour choisir le vôtre, il est important de comprendre les spécificités de chaque origine.

1. Le fumier de cheval

Le fumier de cheval et autres équidés est un matériau léger, car il contient beaucoup de paille, qui monte vite en température. C’est un engrais « chaud » qui convient aux terres argileuses. Au printemps, bien composté, il pourra être étalé au potager, y libérant progressivement ses ressources en potassium et azote. Il sera également utilisé en paillage au pied des plantations les plus gourmandes (cucurbitacées, tomates).

2. Le fumier de vache

Le fumier de bovin s’utilise au contraire pour amender les sols légers, calcaires et siliceux, auxquels il va donner plus de corps. Il est en effet très compact, riche en humus. Les sols légers, qui ont tendance à se réchauffer très vite, profiteront également d’une autre caractéristique du fumier de bovins : il est humide et froid car à décomposition lente. C’est le mieux équilibré et celui qui se composte le plus facilement. Une fois bien composté, il peut être légèrement intégré au sol avant des semis.

3. Le fumier de chèvre ou de mouton

Sec et chaud comme le fumier de cheval, le fumier des ovins et des caprins montre une richesse en potasse et en éléments fertilisants végétaux très intéressante au potager après la culture de légumes-fruits gourmands. Par contre, ce fumier ne doit être utilisé qu’une fois très décomposé.

4. Le fumier de lapin

Assez lourd, il sera étalé sur des sols légers. Après celui de volaille, c’est le fumier le plus riche en potasse. Il pourra être soit incorporé par bêchage, soit tout simplement étalé en fine couche à condition qu’il soit très décomposé.

5. Le fumier de volaille

Très riche en azote, potasse, oligo-éléments, et chaud, le fumier venant du poulailler doit être utilisé parcimonieusement car il peut facilement brûler les racines des végétaux. Il sera plutôt mélangé à du compost, ce qui compensera sa pauvreté en humus. On l’apportera ensuite en engrais pour des plantes qui se développent rapidement, les légumes-feuilles par exemple : poireaux, choux verts, salades.

6. Le fumier de porc

Le fumier de porc est très froid et de ce fait peu utilisé, du moins seul.

Schéma illustrant les différentes phases de décomposition du fumier

Les bonnes pratiques de gestion et de compostage

La question se pose de savoir si un fumier s’utilise frais ou s’il est nécessaire de le composter durant quelques semaines ou mois. On n’utilise jamais du fumier frais pour les plantations, car il peut brûler les végétaux en se décomposant et contient des germes.

Le premier avantage à composter un fumier est de l’assainir, se prémunir plus encore de quelconques risques sanitaires. L’idéal est de le laisser vieillir en tas, au moins 6 mois. Il sera posé sur des palettes ou des planches afin de laisser son jus s’évacuer et recouvert de paille ou autre pour que la pluie n’en lessive pas tous les éléments.

En le répandant frais et non composté au sol, la température monte moins haut et la plus-value n’est pas la même. Alors, prenez le temps de mettre votre fumier en tas, aérez-le si vous le pouvez tous les 15 jours en brassant le tas. De nombreux autres avantages viennent s’ajouter à l’utilisation d’un fumier composté : il prend deux fois moins de place qu’un fumier frais, il est parfaitement homogène, stable, libère très lentement des minéraux et, grâce à la phase de compostage à chaud, vous aurez moins de graines d’adventices dans votre amendement.

Méthodes d’épandage au potager

Le fumier doit être laissé en surface, car ce sont des organismes aérobies qui vont le décomposer. Il y a ensuite deux possibilités :

  1. Une fois l’hiver arrivé, le fumier bien décomposé est intégré légèrement au sol par griffage.
  2. Il est laissé en surface et à partir du printemps, il est paillé régulièrement afin d’apporter au sol une couverture permanente. Grâce à cette méthode, le sol n’a plus besoin d’être travaillé.

Il sera sinon épandu directement au sol du potager à l’automne tous les 2 à 3 ans, à raison de 100 à 300 g par m2. Concernant les doses, si l’accès au fumier vous repousse ou vous est compliqué, vous avez ainsi bien d’autres solutions comme le compost ménager ou les paillages. Il faut savoir qu’à savoir : ne plantez pas d’oignons, d’ails ou d’échalotes dans une planche enrichie au fumier. Les carottes sont également réfractaires aux sols fumés.

Epandeur maraicher pour fumier/compost

Analyse des besoins réels et alternatives

Le mouvement d’agriculture biologique repose en grande partie sur le fumier pour la fertilisation. Cependant, l’agro-industrie montre clairement qu’il est possible de cultiver des aliments sans fumier, soit par l’utilisation de fertilisants chimiques, soit en hydroponie. Si les fermes biologiques ont accès à ces grandes quantités de fumier, c’est en raison de la forte consommation de produits animaux.

En fait, le fumier n’est en aucun cas le moyen le plus efficace ni la source la plus écologique de fertilisation pour les cultures biologiques. Il serait plus efficace d’utiliser directement le fourrage pour fertiliser le sol plutôt que de nourrir les animaux. Au lieu d’ajouter du fumier dans le sol, on peut ajouter des fertilisants à base de végétaux comme les paillis, les engrais verts, le compost végétal et le bois raméal fragmenté (BRF). Ceci fournit la nourriture pour la multitude d’organismes qui vivent dans le sol.

La matière organique est décomposée et digérée par les vers de terre, les arthropodes, les champignons et les bactéries, rendant ainsi les nutriments disponibles pour les plantes. Le fumier est une ressource assez peu concentrée en minéraux. On dit d’ailleurs que c’est un amendement et non un engrais dans le sens où ses concentrations en azote, phosphore, potassium sont inférieures à 3%. On est à mille lieues des engrais de l’industrie qui contiennent parfois plus de 30% d’azote.

Formes commerciales et précautions d'emploi

Vous pouvez tout à fait acheter le fumier pour votre potager en jardinerie. Il existe sous forme de pellets, du fumier séché et délicatement compressé. Les pellets sont faciles à répartir dans le jardin et possèdent une odeur agréable. C'est une bonne alternative si vous n’êtes pas à l’aise pour fertiliser avec du fumier frais. À noter que le fumier de jardinerie est souvent enrichi avec des algues marines ou autres apports organiques, car le fumier est assez pauvre et peu concentré en minéraux essentiels.

La règle de sécurité est constante : ne l'utilisez jamais frais directement. Pour optimiser vos apports, la première étape reste de bien connaître votre terre. Pensez à réaliser une analyse de sol avant de commencer. Pour les engrais de ferme comme le fumier ou le compost dont l'azote est majoritairement sous forme organique, l'apport doit être fait suffisamment tôt pour que la minéralisation libère l'azote au moment où la plante l'absorbe. Enfin, rappelez-vous que le fumier ne remplace pas l'engrais. Le fumier et le compost fournissent au sol du jardin de nombreux éléments nutritifs, mais pour que vos cultures maraîchères soient bien nourries, il vous faut encore ajouter de l’engrais pour légumes.

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