Le paysage éducatif français a connu des mutations structurelles profondes, notamment avec la réforme de la formation initiale qui est entrée pleinement en vigueur à la rentrée 2022. Cette évolution a entraîné une multiplication des situations pour les entrantes dans le métier ainsi qu’une multiplication des types de tutorat. Alors que se prépare, dans les établissements, la rentrée, les questions sur ces nouvelles conditions de stage se multiplient. Pour un enseignant expérimenté, notamment autour de 55 ans, comprendre ces dispositifs est essentiel, tant pour son rôle de tuteur que pour sa propre gestion de fin de carrière.

La diversité des parcours d'entrée dans le métier
Les fonctionnaires stagiaires sont les lauréates d’un concours d’enseignement, d’éducation ou de PSY-EN. Il existe désormais plusieurs catégories d'entrantes dans le métier que nous pourrons voir dans nos établissements :
- Fonctionnaires stagiaires à temps plein : Affectées en stage à temps plein avec 10 à 20 jours de formation sur l’année.
- Fonctionnaires stagiaires déjà titulaires : Il s'agit des lauréates d’un concours d’enseignement déjà titulaires d’un autre corps d’enseignement.
- Étudiantes en mi-temps : Fonctionnaires stagiaires affectées à mi-temps avec deux jours de formation par semaine à l’INSPE. Ces étudiantes ont un service de 6 heures en responsabilité sur l’année. Parallèlement, elles doivent valider leur master à l’université tout en préparant les épreuves du concours.
- Étudiantes en stage d'observation : Ces étudiantes ne sont pas en responsabilité contrairement aux ECA (Étudiants contractuels alternants) et effectuent un stage d’observation et de pratique accompagnée pour une durée de 12 semaines. Ce stage doit donner lieu à une gratification sur l’année d’environ 1 260 euros.
La diversité des profils des entrantes dans le métier s’accompagne d’une plus grande diversité des tutorats. Avec la réforme du concours effective en 2022, il faut au moins être inscrite en deuxième année de Master (n’importe lequel) pour passer le concours, et les lauréates doivent avoir validé le M2 pour entrer en stage. Les parcours en amont du concours sont nombreux, mais peu attractifs.
Le rôle et les missions du tuteur de terrain
De nombreux et nombreuses collègues peuvent devenir tuteur ou tutrice d’un·e stagiaire ou d’un·e étudiant·e en MEEF dans les collèges et les lycées. S’il est bien mal rémunéré, et peu reconnu par l’institution, le tutorat est souvent apprécié par ceux et celles qui s’y consacrent. Les échanges avec les étudiant·es ou les stagiaires ne se font jamais dans un seul sens. Ils permettent de réfléchir à son métier, et, au moment d’en expliciter davantage les règles, d’en apprécier toute la richesse.
Le tuteur contribue à la formation du CPE stagiaire : il l'aide à s'approprier un métier, en termes de pratiques, d'identité et de culture professionnelle. En évitant l'écueil de la modélisation à partir de sa propre pratique, il l'accompagne dans la construction de sa professionnalité et dans l'adoption d'une posture nouvelle d'adulte référent. Il encourage le développement de sa capacité à analyser ses propres pratiques, capacité qui constitue la condition fondamentale d'une progression professionnelle continue.
Accompagner les stagiaires
Choisi·e par l’Inspection car « expérimenté, reconnu pour ses compétences didactiques et pédagogiques, son engagement dans le système éducatif », le ou la tuteur·trice de terrain est théoriquement volontaire. Il ou elle exerce la plupart du temps dans le même établissement que le ou la stagiaire.
Cadre indemnitaire et dispositifs spécifiques
Le SNES-FSU s’efforce de développer l’accompagnement des tuteurs et tutrices, dont les situations sont en réalité très diverses. Nous faisons le point sur les différentes indemnités existantes :
- Indemnité de tutorat standard : Que le fonctionnaire stagiaire soit à mi-temps ou à temps plein, l’indemnité de tutorat reste la même : 1 250 euros annuels. Cette indemnité a connu une baisse significative en 2014 (elle était auparavant de 2000 euros).
- Indemnité pour stage d'observation (SOPA) : 150€ par étudiant·e pour l’ensemble de ses périodes de stage d’observation et de pratique accompagnée.
- Indemnité pour stagiaires en responsabilité : 300€ par étudiant·e pour l’ensemble de l’année, donc 150€ par étudiant·e et par semestre.
Pour le SNES-FSU, cette réforme va à l’encontre d’une entrée dans le métier sereine, bien rémunérée et formatrice. Par ailleurs, le dispositif AED prépro, mis en place à la rentrée 2019, proposait de recruter des étudiantes en L2 pour une durée de 3 ans. Cependant, depuis 2024 et l’annonce d’une potentielle réforme des concours, le dispositif de recrutement des AED prépro est suspendu.
Perspectives de fin de carrière et retraite
Pour l'enseignant de 55 ans, cette période est également propice à une réflexion sur la fin de carrière. La réforme de 2023 a porté l’âge légal de départ à la retraite progressivement à 64 ans. L’article 105 de la loi de financement de la sécurité sociale pour 2026 a modifié à la marge la montée en charge toujours fixée à 64 ans. Il s’agit donc d’un simple décalage de l’application de cette réforme.

Pour bénéficier de sa pension, le fonctionnaire doit présenter sa demande de pension au minimum six mois et au maximum dix-huit mois avant la date de son départ. Cette demande se fait en ligne via ensap.gouv.fr, pour la partie concernant le code des pensions civiles et militaires de retraite (CPCMR) et le cas échéant via le portail info-retraite.fr pour les autres régimes.
Il est important de noter que la limite d’âge, âge de la retraite d’office, est supérieure de 5 années à l’âge légal d’ouverture du droit. On peut toutefois être autorisé à travailler au-delà de la limite d’âge, pour un dépassement limité à 10 trimestres, lorsque la durée des services liquidables est inférieure au total requis pour obtenir une pension au taux maximum. L'autorisation est liée à « l’intérêt du service », et il faut joindre un certificat médical ainsi que l’avis du chef d’établissement. Le traitement cesse d’être versé dès la fin de l’activité. Cependant, sauf en cas de retraite pour invalidité ou à la limite d’âge, la pension n’est due qu’à compter du mois suivant. Il est impératif donc de cesser ses fonctions le dernier jour d’un mois et de demander sa retraite le premier du mois suivant.