La betterave est une culture particulièrement sensible à la concurrence des adventices. Elle réclame donc un désherbage soigné durant les premiers stades de la culture. Celui-ci passe bien souvent par une stratégie combinant une intervention de pré-levée suivie de passages de post-levée, complétés le cas échéant par un désherbage mécanique. La réussite de la culture de betteraves se joue dès l'implantation. La betterave est très sensible à la concurrence des adventices, depuis le semis jusqu'à la couverture du sol. Il faut savoir que la nuisibilité d'une mauvaise herbe ne se limite pas à la concurrence qu'elle peut exercer sur la betterave. Pour garder la maîtrise du désherbage de vos betteraves, une connaissance fine de l’historique du salissement de la parcelle est essentiel : elle permet d’ajuster le programme de lutte au sein de la rotation.

Identification des adventices cibles et pratiques préventives
Une stratégie de désherbage efficace sur le long terme doit s’inscrire impérativement dans la rotation. Elle suppose une connaissance de l’historique des parcelles concernées. La première étape du désherbage de la betterave consiste donc à identifier les adventices qui, à l’échelle de chaque parcelle, posent un problème tout au long de la rotation. Ce sont elles que le désherbage ciblera dès la première culture de la rotation. En cas de flore très diversifiée, on définira des priorités de lutte.
Avant tout traitement herbicide, on recourra aux pratiques agronomiques qui limitent le développement de la flore adventice. Parmi les plus efficaces, on peut citer :
- L’alternance de cultures d’hiver et de printemps, qui perturbe le cycle des mauvaises herbes.
- Le labour tous les trois ou quatre ans, pour enfouir le stock semencier superficiel : une pratique efficace sur les graines à faible durée de vie, de type graminées (vulpin, ray-grass, etc).
- Le faux-semis, pour favoriser la levée des adventices et leur destruction avant le semis de la culture. Dans le cas de la betterave, les faux-semis seront réalisés par des déchaumages superficiels dès la récolte du précédent (le plus souvent, un blé) en deux ou trois passages espacés de trois semaines, avant la mi-septembre.
Analyse des stratégies de désherbage chimique
La betterave est particulièrement sensible à la concurrence des adventices pendant la période qui va du semis à la couverture du sol. Pour les contrôler, on a le choix entre deux stratégies : soit des interventions en post-levée uniquement, soit une intervention en pré-levée suivie de plusieurs passages en post-levée. Cette seconde stratégie est particulièrement justifiée en présence de flore difficile (ammi élevé, ethuse, gaillet, renouée liseron, matricaire, etc.). Le désherbage chimique pourra être complété par un désherbage mécanique pour venir à bout d’adventices difficiles à contrôler par les herbicides chimiques et/ou pour réduire la quantité de produits utilisée.
Le désherbage de pré-levée
Le désherbage en pré-levée présente plusieurs avantages. D’abord, il permet de contrôler précocement les adventices, donc avant qu’elles ne concurrencent la culture. Ensuite, il sécurise le désherbage : il autorise ainsi une plus grande souplesse dans le positionnement du premier passage de post-levée, ce qui peut être précieux en cas de conditions pédoclimatiques difficiles. Enfin, le désherbage en pré-levée est le meilleur moyen de contrôler l’ammi élevé (Ammi majus), ombellifère qui concurrence fortement la betterave.
Pour qu’il soit efficace, le désherbage de pré-levée de la betterave réclame certaines conditions :
- Sol propre et correctement préparé : pas de mauvaises herbes déjà levées ni de grosses mottes.
- Humidité du sol au moment du traitement et pluie dans les 10 jours qui suivent l’application : indispensable pour une bonne efficacité avec les produits racinaires utilisés en pré-levée.
- Application rapide après le semis (48 heures au maximum) : obligatoire pour une bonne sélectivité.

Le désherbage de post-levée
Le premier traitement de post-levée interviendra deux ou trois semaines après le semis (70% des betteraves levées). On adaptera les produits utilisés en mélange à la flore présente ainsi qu’à sa densité (de 2 à 6 produits selon les situations). On renouvellera le traitement après une période de 6 à 10 jours en fonction des conditions climatiques et de la levée des mauvaises herbes, le meilleur moment pour intervenir étant le stade cotylédons de l’adventice. On poursuivra les applications jusqu’à ce que les betteraves couvrent 70% du sol. Dans le schéma classique, la pré-émergence n’est pas toujours utile : il est parfois mieux de déplacer des produits dont l’utilisation est limitée de la pré vers la post.
Évolution vers le désherbage mécanique et intégré
Les producteurs de betterave n’ont jamais complètement abandonné le désherbage mécanique. Utile pour venir à bout des adventices récalcitrantes (repousse de pomme de terre, betterave adventice…) et pour parfaire le travail du sol (suppression des croûtes de battance), il connaît un regain d’intérêt à l’heure du plan Ecophyto et des incitations à réduire l’usage des herbicides. Le désherbage mécanique est utilisé en complément du désherbage chimique.
Le désherbage mécanique ne doit pas être envisagé comme un rattrapage quand le reste n’a pas fonctionné. Il doit être programmé dès le départ dans le schéma de désherbage et doit permettre d’alléger le désherbage chimique. Plusieurs paramètres sont à prendre en compte quand on envisage le désherbage mécanique. Il est évidemment dépendant de la météo. Les passages sont certainement plus nombreux que dans un système chimique classique du fait de la moindre largeur de l’outil et des actions à répéter rapidement. Enfin, inclure un système mécanique demande d’avoir des terres prêtes à le recevoir, c’est-à-dire planes, rappuyées et sans grosses mottes.
Binage et démariage des parcelles d'essais de betteraves
Bineuse ou herse étrille ?
Un travail avec bineuse nécessite un sol bien ressuyé et une période sans pluie d’au moins 48h après le passage afin d’éviter un réensemencement. L’outil est efficace sur petites adventices, au-delà de 4 feuilles cela devient plus problématique. Il ne faut pas biner plus profond que nécessaire au risque de remonter les semences et entraîner de nouvelles levées. Des moulinets peuvent être envisagés pour le travail sur le rang mais ne sont pas efficaces si les adventices sont trop grandes. La herse étrille ne peut être utilisée avant le stade 4 feuilles des betteraves. Il est souvent possible de régler l’agressivité des machines. L’outil est uniquement efficace au stade « filament » des adventices.
Gestion des flores spécifiques et systèmes innovants
La gestion des graminées comme le ray-grass et le vulpin nécessite d’adapter la stratégie selon la pression et les situations de résistance. En parallèle, la maîtrise des dicotylédones telles que les chénopodes, renouées et ombellifères doit être engagée dès les premiers stades. Les adventices dont il faut le plus se prémunir sont les chénopodes qui peuvent rapidement devenir dominants et sont très gênants de part leur forte concurrence. L’arroche est devenue compliquée à combattre. On peut également citer la mercuriale, l’aethusa, la petite ciguë, la matricaire, les crucifères, les renouées… qui peuvent toutes avoir un effet plus ou moins fort sur le rendement.
Le système Conviso One
Conviso One est un autre système de désherbage uniquement utilisable sur des variétés Smart Conviso et non sélectif pour les autres variétés présentes au catalogue. Le potentiel de rendement des variétés Conviso se situe entre 83 et 93 % du potentiel de rendement des variétés classiques. Le traitement est basé sur 2 x 0,5 l de Conviso One associés à des partenaires et de l’huile. Si le temps est sec, on portera le Betanal à 2 l/ha et l’huile à 1 l/ha sans modifier les autres dosages. On intervient quand le chénopode, l’arroche ou la véronique possède 2 feuilles en respectant 20 m de zone tampon et avec des jets à 90 % de réduction de dérive.

Défis réglementaires et évolutions des matières actives
Malheureusement, de nombreuses substances actives font désormais l’objet d’une révision. Afin d’envisager des alternatives à la suppression de ces matières, des programmes sans phenmédiphame et des solutions avec quinmerac en éventuelle combinaison avec clomazone ont été testés. La réussite de la culture de betteraves se joue dès l'implantation. Le choix de la variété doit s'adapter aux conditions de sol, de climat et à vos objectifs de production. La betterave aime les sols profonds, bien drainés, riches en nutriments et avec une bonne capacité de rétention d'eau. Les planteurs doivent aussi éviter de stocker des betteraves présentant des maladies racinaires, puisqu’elles vont continuer à se dégrader.
Aujourd’hui, un betteravier ne doit plus seulement produire des betteraves riches en sucre. L’enjeu climatique en premier lieu, car les phénomènes de sécheresse, d’excès d’eau, de canicule, de gel sont de plus en plus fréquents et s’intensifient. Sociétal ensuite, car les nouvelles variétés créées nécessiteront de moins en moins de produits phytosanitaires. La betterave fourragère permet de diversifier les rotations avec une espèce d’une autre famille que les cultures habituelles, ce qui présente des intérêts au plan sanitaire. Elle valorise très bien l’azote issu d’effluents et du retournement d’une prairie, ce qui la rend notamment intéressante dans les zones à problèmes de nitrates. Elle est peu sensible aux aléas climatiques, récupère bien après une sécheresse et assure un rendement régulier. Riche en énergie, appétente, elle permet d’équilibrer une ration à base d’herbe.
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