Le Projet Tutoré : Un Levier Stratégique pour la Gestion Durable de la Ressource en Eau

La gestion de l'eau constitue aujourd'hui un enjeu majeur dans de nombreuses régions du monde, exacerbé par des besoins en forte croissance, la rareté des ressources disponibles et leur dégradation progressive. Face à cette complexité, la formation des futurs professionnels du secteur doit s'adapter pour répondre aux défis techniques, environnementaux et sociaux. Le projet tutoré s'impose comme une modalité pédagogique essentielle, permettant aux étudiants d'appréhender la réalité du terrain tout en contribuant activement à la recherche de solutions innovantes.

Schéma illustrant le cycle de l'eau et les différents usages (agricole, urbain, industriel)

La complexité de la gestion de l'eau : enjeux et territoires

L’eau fait partie des flux échangés entre campagnes et villes, par la gestion des aires d’alimentation de captage d’eau potable, et tout simplement parce que les rivières sont des continuums qui traversent tous les milieux et usages. L’agriculture étant le premier usager de la ressource en eau, en particulier pour l’irrigation, la gestion durable de l’eau en milieu rural est cruciale. L’agriculture irriguée produit plus de 40% de l’alimentation mondiale sur moins de 20% des terres cultivées. Elle est indispensable à la sécurité alimentaire mondiale mais doit répondre à de nombreux défis, dont l’économie d’eau et la gouvernance pour le partage de la ressource.

Parallèlement, la gestion de l’eau en ville est aussi un enjeu important : il s’agit d’entretenir les réseaux d’eau potable, de limiter les fuites et de délivrer une eau de bonne qualité aux usagers. Les prélèvements sur la ressource en eau peuvent conduire à des modifications importantes du débit des rivières ou du niveau des nappes et entraîner des conflits d’usages entre eau potable, industrie, agriculture, loisirs et biodiversité. Les enjeux sont plus visibles en été, période où la demande de prélèvements est la plus forte et où le débit des rivières et le niveau des nappes sont généralement les plus faibles, comme en témoignent les situations récurrentes de manque d’eau dans certaines régions en France. Pour autant, les enjeux sont également importants en période de hautes eaux. Les prélèvements hivernaux, par exemple pour le remplissage des retenues, modifient le débit des rivières et peuvent impacter le fonctionnement des milieux aquatiques.

Pour répondre à ces enjeux, il est nécessaire d’organiser une gestion équilibrée et durable de la ressource en eau, adaptée à chaque territoire. Les pouvoirs publics encouragent la recherche de solutions de gestion intégrée de l’eau à l’échelle des territoires, sous forme de PTGE : Projets de Territoire pour la Gestion de l’Eau. L’objectif est de faire aboutir au moins 50 PTGE d’ici 2022, et 100 d’ici 2027.

Outils et méthodes au service de la préservation

La modélisation est un outil puissant pour la gestion de l’eau. La modélisation biophysique est une représentation numérique d’un ensemble de processus relatifs au cycle de l’eau. Elle permet de diagnostiquer l’évolution quantitative et qualitative de la ressource en eau et de prédire l’impact des actions de gestion. Elle est en cela utile pour la prise de décision. De plus, la modélisation des processus de décision permet de reproduire les situations de décision des acteurs (irrigation, protection phytosanitaire, entretien du sol, etc.) et de simuler les actions qui en résultent. Il existe un grand nombre de modèles qui sont utilisés dans de nombreuses démarches participatives et jeux de simulation (serious game).

D'autres outils sont essentiels, comme la cartographie. Des équipes d’INRAE et d’Agrocampus Ouest ont produit en 2016 une carte des milieux humides de la France métropolitaine. Ce travail permet de disposer d’une base cartographique homogène au niveau national, utile pour piloter les politiques publiques qui concernent les milieux humides. Ces milieux jouent un rôle primordial dans la régulation de la ressource en eau, l’épuration et la prévention des crues. Ils rendent également divers services en matière d'atténuation du changement climatique et d'adaptation à ses conséquences.

Carte conceptuelle des zones humides en France

La réutilisation des eaux usées traitées (REUT) : un gisement de ressources

Réutiliser des eaux usées traitées (concept de « REUT ») pour irriguer les cultures est une solution locale pertinente pour économiser l’eau et préserver sa qualité. Cette pratique valorise les nutriments présents dans les eaux usées en substitution d’une partie des engrais pour les cultures.

Le cas de la plaine de la Limagne, à l’est de Clermont-Ferrand, est exemplaire. Situé dans un secteur agricole riche et fertile confronté à des déficits hydrauliques, les agriculteurs ont envisagé de réutiliser des eaux usées traitées de la plus grande station de traitement des eaux usées urbaines (STEU) du département du Puy-de-Dôme pour l'irrigation, et se sont constitués dès 1992 en Association Syndicale Autorisée. Après plus de 25 ans de recul, le cas de la REUT à Clermont-Ferrand est porteur de nombreux enseignements sur les clés de réussite des projets de réutilisation agricole des eaux usées traitées. Il a montré comment les contraintes de départ ont contribué à fédérer les acteurs, et comment leur bonne cohésion a permis au projet d’être résilient dans la durée.

Un autre exemple est l'utilisation des eaux usées traitées sur l'île méditerranéenne de Porquerolles. Depuis des années, Porquerolles fait face à une pénurie chronique d'eau potable, accentuée en période touristique et par les besoins agricoles. Afin d'irriguer ses vergers conservatoires, la collectivité utilise les eaux usées traitées par sa station d'épuration, y compris en période estivale, pour irriguer 17 hectares de vergers conservatoires. Ce traitement s’appuie sur un lagunage naturel, dont trois bassins qui assurent une purification progressive via l’action des plantes et des UV solaires. Cette expérience, enrichie durant 40 ans, illustre une solution innovante et durable pour les îles en matière de gestion de l'eau.

Enfin, réutiliser les eaux usées en sortie de station d’épuration pour préserver le milieu naturel, lorsque celui-ci est particulièrement vulnérable, est une option prometteuse. C’est cette option qu’ont suggérée les services de l’État d’Indre-et-Loire, garant de la qualité de la rivière Brenne, aux élus de Château-Renault qui devaient reconstruire leur station d’épuration. Deux agriculteurs ont saisi l’opportunité d’irriguer leurs cultures céréalières avec ces eaux : ils les réutilisent en totalité de mai à octobre, s’affranchissant ainsi des caprices du climat.

Dans le contexte du plan Eau engagé en 2023 par le gouvernement, qui ambitionne de développer d’ici 2027 1 000 projets de réutilisation d’eaux non conventionnelles, cette question reste centrale. Une enquête menée en 2024 a permis de collecter des retours d'expériences d'acteurs dont les démarches de REUT n'ont pas toujours pu aboutir, mettant en lumière l’importance de la préparation du projet, l'anticipation des difficultés techniques, les aspects financiers et l'intérêt de la coopération entre les parties prenantes.

Stratégies de réduction des consommations en milieu urbain

Les espaces urbains offrent un potentiel d’économies et aussi un gisement de ressources alternatives en eau. La ville de Mérignac, dans le département de la Gironde, confronteé à l’accroissement des prélèvements dans les nappes profondes, a mené un projet visant à la fois à préserver les ressources, réduire sa facture d’eau et sensibiliser les usagers. En dix ans, la ville a réduit ses consommations d’eau potable de 230 000 à 170 000 m3 par an en agissant dans ses espaces verts et ses bâtiments et en diversifiant ses ressources en eau.

L’arrosage des parcs publics est amené à augmenter pour maintenir leur qualité dans un contexte de changement climatique, et on observe que la préservation des ressources en eau est un enjeu dans un nombre croissant de territoires. En France, les espaces verts publics représentent une surface de 29 000 à 35 000 hectares, avec une consommation moyenne de 248 litres par mètre carré et par an. 91% de l'eau utilisée est de l'eau potable issue du réseau de distribution (chiffres de 2013): il existe donc une forte marge de réduction les prélèvements sur la ressource en eau. Pour pouvoir adapter l'arrosage aux besoins en eau de la végétation, il faut estimer leur besoin en eau pour arroser le moins possible, et sélectionner la technique d'arrosage la moins consommatrice. Le diagnostic comprend la collecte des données nécessaires à la connaissance des consommations des espaces verts et de leurs usages (parc, rond-point, abords bâtis…).

Gestion intégrée des eaux pluviales en architecture

Le projet tutoré : une mise en situation professionnelle

Le projet tutoré est une modalité de travail pédagogique qui consiste en une mise en situation professionnelle de l’étudiant, réalisée en mode projet, au sein d’un groupe d’étudiants, en collaboration avec une entreprise, collectivité, association ou un laboratoire et sous la responsabilité d’un membre de l’équipe pédagogique tuteur (universitaire ou professionnel). Il recouvre les notions de projet, projet collectif, projet collaboratif, travail encadré de recherche, etc.

Mené en équipe de 4 à 7 étudiants entre septembre et décembre (le nombre et la période sont indicatifs, ils peuvent varier d’un projet à un autre), il offre aux étudiants l’opportunité de saisir l’imbrication et d’ancrer activement les différents enseignements/savoir-faire acquis au cours de la formation aux situations professionnelles. C’est à la fois un temps de réflexion, d’approfondissement et de confrontation à une situation opérationnelle associée à la formulation et la gestion d’un projet et, in fine, d’acquisition de nouvelles compétences.

Dans cette unité d’enseignement, des interventions relatives aux outils et méthodes de gestion de projet et à la communication sont proposées afin de les appliquer à votre projet. L’intervenant accompagne le groupe projet dans la structuration et la planification du projet. Sans se substituer au « donneur d’ordre » qu’est l’enseignant tuteur, il guide, réoriente et conseille le groupe d’étudiants. En inscrivant les étudiants dans les réseaux de professionnels et d’universitaires, cette unité d’enseignement œuvre dans le sens d’une professionnalisation.

Le projet Tutoré est réalisé en milieu professionnel sous forme d’un stage de 4 semaines. Pour les apprentis et apprenants en contrat de professionnalisation, il peut être réalisé dans la structure ils ont signé un contrat. Le projet tutoré de la LP AGREau est réalisé dans une structure professionnelle, qui peut être différente de celle qui accueille l’étudiant pour son stage. Ce dispositif permet d’ancrer encore davantage LP AGREau dans le milieu professionnel et de diversifier l’expérience professionnelle de l’étudiant.

Les objectifs pédagogiques sont clairs : à la fin de cette UE, vous serez capable de vous mettre en situation professionnelle, de prendre en charge une étude, d’analyser et contextualiser le problème, de proposer une solution technique et d’évaluer le coût de la solution proposée. Il s’agit d’acquérir un savoir-faire et une expérience professionnelle dans le domaine de l’eau. Le projet tutoré peut aussi être l’occasion de tester et d’affiner son projet professionnel. Il permet de complét# Le Projet Tutoré et la Gestion Stratégique de la Ressource en Eau : Défis, Solutions et Formation

L’eau est un enjeu majeur dans de nombreuses régions du monde du fait de besoins en forte croissance, mais aussi de la rareté et de la dégradation des ressources disponibles. Cette problématique complexe, allant de la gestion des prélèvements à la préservation des écosystèmes aquatiques, exige des approches innovantes et des professionnels hautement qualifiés. Pour y répondre, les formations universitaires intègrent des modalités pédagogiques telles que le projet tutoré, offrant une immersion concrète dans les réalités du terrain et les défis professionnels.

L'Enjeu Mondial et Local de la Ressource en Eau

La gestion de l'eau est une préoccupation planétaire, où la demande accrue rencontre des ressources limitées et souvent dégradées. L’agriculture étant le premier usager de la ressource en eau, en particulier pour l’irrigation, la gestion durable de l’eau en milieu rural est cruciale pour assurer la sécurité alimentaire mondiale. En effet, l’agriculture irriguée produit plus de 40% de l’alimentation mondiale sur moins de 20% des terres cultivées, la rendant indispensable. Cependant, elle doit répondre à de nombreux défis, dont l’économie d’eau et la gouvernance pour le partage de la ressource. Un ouvrage paru en 2020 analyse les défis de l’agriculture irriguée, soulignant l'urgence d'une meilleure gestion.

Carte mondiale des régions soumises au stress hydrique

Parallèlement, la gestion de l’eau en ville est aussi un enjeu important. Il s’agit d’entretenir les réseaux d’eau potable, de limiter les fuites et de délivrer une eau de bonne qualité aux usagers. L’eau fait partie des flux échangés entre campagnes et villes, par la gestion des aires d’alimentation de captage d’eau potable, et tout simplement parce que les rivières sont des continuums qui traversent tous les milieux et usages. Ces interconnexions soulignent la nécessité d'une vision globale et intégrée de la ressource.

Les prélèvements sur la ressource en eau peuvent conduire à des modifications importantes du débit des rivières ou du niveau des nappes et entraîner des conflits d’usages entre eau potable, industrie, agriculture, loisirs et biodiversité. Les enjeux sont plus visibles en été, période où la demande de prélèvements est la plus forte et où le débit des rivières et le niveau des nappes sont généralement les plus faibles, comme en témoignent les situations récurrentes de manque d’eau dans certaines régions en France. Pour autant, les enjeux sont également importants en période de hautes eaux. Les prélèvements hivernaux, par exemple pour le remplissage des retenues, modifient le débit des rivières et peuvent impacter le fonctionnement des milieux aquatiques. Pour répondre à ces enjeux, il est nécessaire d’organiser une gestion équilibrée et durable de la ressource en eau, adaptée à chaque territoire.

Stratégies et Outils pour une Gestion Intégrée

Face à ces défis, diverses stratégies et outils sont développés pour optimiser la gestion de la ressource en eau, combinant innovation technique, modélisation et concertation territoriale.

Les Milieux Humides, Régulateurs Essentiels

Les milieux humides jouent un rôle primordial dans la régulation de la ressource en eau, l’épuration et la prévention des crues. Ils rendent également divers services en matière d'atténuation du changement climatique et d'adaptation à ses conséquences. La connaissance de ces milieux est fondamentale pour une gestion efficace. À cet égard, des équipes d’INRAE et d’Agrocampus Ouest ont produit en 2016 une carte des milieux humides de la France métropolitaine. Ce travail permet de disposer d’une base cartographique homogène au niveau national, utile pour piloter les politiques publiques qui concernent les milieux humides et appuyer les décisions d'aménagement du territoire.

La Modélisation au Service de la Décision

La modélisation est un outil puissant pour la gestion de l’eau. Elle permet une analyse approfondie des systèmes hydrologiques et des comportements des acteurs.La modélisation biophysique est une représentation numérique d’un ensemble de processus relatifs au cycle de l’eau. Elle permet de diagnostiquer l’évolution quantitative et qualitative de la ressource en eau et de prédire l’impact des actions de gestion. Elle est en cela utile pour la prise de décision.Parallèlement, la modélisation des processus de décision permet de reproduire les situations de décision des acteurs (irrigation, protection phytosanitaire, entretien du sol, etc.) et de simuler les actions qui en résultent. Il existe un grand nombre de modèles qui sont utilisés dans de nombreuses démarches participatives et jeux de simulation (serious game), favorisant une meilleure compréhension des interactions humaines avec la ressource.

Schéma de la modélisation du cycle de l'eau et des processus décisionnels

Les Projets de Territoire pour la Gestion de l’Eau (PTGE)

Les pouvoirs publics encouragent la recherche de solutions de gestion intégrée de l’eau à l’échelle des territoires, sous forme de PTGE : Projets de Territoire pour la Gestion de l’Eau. Ces initiatives visent à rassembler l'ensemble des acteurs locaux pour élaborer et mettre en œuvre une stratégie commune de gestion de l'eau, prenant en compte les spécificités de chaque bassin versant. L’objectif de faire aboutir au moins 50 PTGE d’ici 2022, et 100 d’ici 2027, témoigne de la volonté d'ancrer la gestion de l'eau dans une dimension territoriale et participative.

La Réutilisation des Eaux Usées Traitées (REUT) : Une Solution d'Avenir

Réutiliser des eaux usées traitées (concept de « REUT ») pour irriguer les cultures est une solution locale pertinente pour économiser l’eau et préserver sa qualité. Cette pratique valorise les nutriments présents dans les eaux usées en substitution d’une partie des engrais pour les cultures, offrant ainsi un double bénéfice environnemental et économique. Cette possibilité, offerte dès 1991 par la directive européenne Eaux Résiduaires Urbaines, est pourtant encore peu explorée en France, bien qu'elle gagne du terrain.

L'Expérience Pionnière de Clermont-Ferrand

La plaine de la Limagne, située à l’est de Clermont-Ferrand, est un secteur agricole riche et fertile, confronté à des déficits hydrauliques. Pour y faire face, les agriculteurs ont envisagé de réutiliser des eaux usées traitées de la plus grande station de traitement des eaux usées urbaines (STEU) du département du Puy-de-Dôme pour l'irrigation, et se sont constitués dès 1992 en Association Syndicale Autorisée. Des difficultés techniques et réglementaires ont été résolues en fixant des normes exigeantes pour le traitement et l'irrigation, en réalisant une expérimentation pendant 4 ans et en assurant un suivi épidémiologique de la ressource. Il s'agit aussi d'une démarche coopérative, qui a impliqué de nombreux acteurs publics et privés, avec un modèle de gestion concertée pour l'irrigation (le débit est limité à 2 m³/h/ha). Ce projet a pu voir le jour grâce au fort engagement des agriculteurs pour assurer la gestion du lagunage et l’entretien du système de distribution de l’eau jusqu’aux parcelles. Le projet repose sur un modèle économique viable lié toutefois aux coûts de l'énergie, et permet d'irriguer 1500 hectares grâce à 60 km de canalisations. Après plus de 25 ans de recul, le cas de la REUT à Clermont-Ferrand est porteur de nombreux enseignements sur les clés de réussite des projets de réutilisation agricole des eaux usées traitées. Il a montré comment les contraintes de départ ont contribué à fédérer les acteurs, et comment leur bonne cohésion a permis au projet d’être résilient dans la durée.

Station de traitement des eaux usées et lagunage

La REUT en Milieu Insulaire : Le Cas de Porquerolles

La fiche technique traite de la réutilisation des eaux usées traitées (REUT) sur l'île méditerranéenne de Porquerolles, exemple pionnier de gestion durable de l'eau en milieu insulaire. Depuis des années, Porquerolles fait face à une pénurie chronique d'eau potable, accentuée en période touristique et par les besoins agricoles. Afin d'irriguer ses vergers conservatoires, la collectivité utilise les eaux usées traitées par sa station d'épuration, y compris en période estivale, pour irriguer 17 hectares de vergers conservatoires. Ce traitement s’appuie sur un lagunage naturel, dont trois bassins qui assurent une purification progressive via l’action des plantes et des UV solaires. Le projet présente de multiples bénéfices : limitation des prélèvements sur les nappes phréatiques, stabilisation de la consommation d'eau depuis 2004, préservation des milieux sensibles, et soutien d'une biodiversité unique autour des lagunes. Géré et financé par le Parc national de Port-Cros, ce dispositif implique différents acteurs (Conservatoire de botanique, métropole en charge de la station d'épuration, collectivités, associations) favorise l'économie circulaire et intègre des initiatives d'insertion sociale pour l'entretien des vergers. Cette expérience, enrichie durant 40 ans, illustre une solution innovante et durable pour les îles en matière de gestion de l'eau.

Réutiliser l'Eau en Agriculture pour Préserver le Milieu Naturel : L'exemple de Château-Renault

Réutiliser les eaux usées en sortie de station d’épuration pour préserver le milieu naturel, une idée saugrenue ? Pas vraiment, car lorsque celui-ci est particulièrement vulnérable, éviter un rejet bénéficie à la rivière et aux usagers des eaux traitées. C’est cette option qu’ont suggérée les services de l’État d’Indre-et-Loire, garant de la qualité de la rivière Brenne, aux élus de Château-Renault qui devaient reconstruire leur station d’épuration. Deux agriculteurs ont saisi l’opportunité d’irriguer leurs cultures céréalières avec ces eaux : ils les réutilisent en totalité de mai à octobre, s’affranchissant ainsi des caprices du climat. Les acteurs du projet disposent à présent de cinq années de recul. Cette fiche présente l’expérience, de la genèse du projet jusqu’au stockage et au transport des eaux.

Mérignac, une Collectivité Engagée dans la Maîtrise des Consommations

Le département de la Gironde -où se trouve Mérignac- est confronté à l’accroissement des prélèvements dans les nappes profondes. En 2003, les élus ont saisi l’opportunité du lancement de leur Agenda 21 pour faire de la maîtrise des consommations une mesure concrète de leur engagement dans le développement durable. En dix ans, la ville a réduit ses consommations d’eau potable de 230 000 à 170 000 m³ par an en agissant dans ses espaces verts et ses bâtiments et en diversifiant ses ressources en eau. La troisième fiche présente l’expérience de la ville de Mérignac, qui a mené un projet visant à la fois à préserver les ressources, réduire sa facture d’eau et sensibiliser les usagers.

Défis et Facteurs de Succès de la REUT en France

Dans le contexte du plan Eau engagé en 2023 par le gouvernement, qui ambitionne de développer d’ici 2027 1 000 projets de réutilisation d’eaux non conventionnelles, dont les eaux usées traitées, la réutilisation fait l'objet d'une attention accrue. Une enquête réalisée en 2024 a permis de collecter des retours d'expériences d'acteurs dont les démarches de REUT n'ont pas toujours pu aboutir. Cette analyse s’intéresse aux retours des acteurs de terrain sur les causes d’abandons et de difficultés limitant le développement de la REUT en France, ainsi que sur les facteurs internes ou externes susceptibles de favoriser la réussite d’un projet et son adaptation dans la durée. La fiche revient sur ces différents facteurs, ainsi que sur la préparation du projet, l'anticipation des difficultés techniques, les aspects financiers et l'intérêt de la coopération entre les parties prenantes. Elle aborde également les aspects réglementaires, qui ont pu avoir des impacts économiques ou techniques sur les projets et contribué à l'arrêt de certains d'entre eux, soulignant l'importance d'un cadre juridique clair et facilitant.

Gestion de l'Eau dans les Espaces Verts Publics : Enjeux et Stratégies

L'arrosage des parcs publics est amené à augmenter pour maintenir leur qualité dans un contexte de changement climatique, et on observe que la préservation des ressources en eau est un enjeu dans un nombre croissant de territoires. De plus en plus de communes s'engagent dans une démarche d’économies de la ressource en eau, dont la première étape est d'analyser les consommations en eau. Une fiche propose des éléments de cadrage aux collectivités pour mettre en œuvre une stratégie de réduction des consommations d'eau au niveau des espaces verts de différents types, stratégie qui nécessite une collaboration étroite entre les élus et les services techniques. Sur un même territoire, une diversité d'espaces verts peut exister, si bien qu'il est essentiel de connaître le patrimoine d’espaces verts et ses gestionnaires avant d'engager une réflexion.

En France, les espaces verts publics représentent une surface de 29 000 à 35 000 hectares, avec une consommation moyenne de 248 litres par mètre carré et par an. Il est significatif de noter que 91% de l'eau utilisée est de l'eau potable issue du réseau de distribution (chiffres de 2013), ce qui indique une forte marge de réduction des prélèvements sur la ressource en eau. Pour pouvoir adapter l'arrosage aux besoins en eau de la végétation, il faut estimer leur besoin en eau pour arroser le moins possible, et sélectionner la technique d'arrosage la moins consommatrice. Cette fiche précise les différentes étapes d'une démarche de réduction de la consommation d'eau, depuis le cadrage de la démarche jusqu'au suivi. Il est important que la démarche associe les différents acteurs impliqués dans la question de l'arrosage des espaces verts, dans une équipe projet transversale. Le diagnostic comprend la collecte des données nécessaires à la connaissance des consommations des espaces verts et de leurs usages (parc, rond-point, abords bâtis…). Il est complété par un état des lieux des équipements d’arrosage et des pratiques des services ainsi que par l'identification des besoins futurs en eau. À partir de ces éléments, une stratégie peut être définie, et viser différents objectifs, comme apporter la juste dose d’arrosage, améliorer la connaissance de chaque poste de consommation, réduire les plus gros postes de consommation, faire évoluer les pratiques des services et inciter les gestionnaires et propriétaires privés à agir en les accompagnant.

Gestion intégrée des eaux pluviales en architecture

Le Projet Tutoré : Une Approche Pédagogique au Cœur des Enjeux de l'Eau

Dans ce contexte de défis et de solutions complexes, la formation de futurs professionnels est primordiale. Le projet tutoré est une modalité de travail pédagogique qui consiste en une mise en situation professionnelle de l’étudiant, réalisée en mode projet, au sein d’un groupe d’étudiants, en collaboration avec une entreprise, collectivité, association ou un laboratoire et sous la responsabilité d’un membre de l’équipe pédagogique tuteur (universitaire ou professionnel). Il recouvre les notions de projet, projet collectif, projet collaboratif, travail encadré de recherche, etc., offrant une expérience formatrice unique.

Objectifs Pédagogiques et Professionnalisants

Mené en équipe de 4 à 7 étudiants entre septembre et décembre (le nombre et la période sont indicatifs, ils peuvent varier d’un projet à un autre), il offre aux étudiants l’opportunité de saisir l’imbrication et d’ancrer activement les différents enseignements/savoir-faire acquis au cours de la formation aux situations professionnelles. C’est à la fois un temps de réflexion, d’approfondissement et de confrontation à une situation opérationnelle associée à la formulation et la gestion d’un projet et, in fine, d’acquisition de nouvelles compétences. L’objectif est de mobiliser les connaissances et compétences acquises en cours de formation pour répondre à une problématique professionnelle. Il s’agit d’acquérir un savoir-faire et une expérience professionnelle dans le domaine de l’eau. Le projet tutoré peut aussi être l’occasion de tester et d’affiner son projet professionnel. Il permet de compléter sa formation et acquérir des compétences professionnelles par la confrontation aux problèmes réels. Il permet aussi d’appréhender l’organisation du monde du travail : fonctionnement, relations internes et externes, enjeux socio-économiques. Il permet enfin de développer son réseau professionnel, essentiel pour une carrière réussie.

Mise en Œuvre et Modalités Spécifiques

Dans cette unité d’enseignement, des interventions relatives aux outils et méthodes de gestion de projet et à la communication sont proposées afin de les appliquer au projet. L’intervenant accompagne le groupe projet dans la structuration et la planification du projet. Sans se substituer au « donneur d’ordre » qu’est l’enseignant tuteur, il guide, réoriente et conseille le groupe d’étudiants. En inscrivant les étudiants dans les réseaux de professionnels et d’universitaires, cette unité d’enseignement œuvre dans le sens d’une professionnalisation marquée.

Pour la Licence Professionnelle Agro-Ressources Environnement Eau (LP AGREau), le projet tutoré est réalisé dans une structure professionnelle, qui peut être différente de celle qui accueille l’étudiant pour son stage. Ce dispositif permet d’ancrer encore davantage la LP AGREau dans le milieu professionnel et de diversifier l’expérience professionnelle de l’étudiant. Les projets tutorés font l'objet d'une convention entre l'Université et la structure professionnelle d’accueil s’ils ne sont pas faits dans le cadre d’un apprentissage ou d’un contrat de professionnalisation. Pour les apprentis et apprenants en contrat de professionnalisation, il peut être réalisé dans la structure ils ont signé un contrat.

Domaines d'Application des Projets Tutorés en Gestion de l'Eau

Les thèmes abordés dans les projets tutorés sont liés à l’un des trois domaines techniques étudiés dans la formation, couvrant un large spectre des problématiques de l'eau :

  • Le captage, le traitement ou la distribution des eaux potables ;
  • L’assainissement et la gestion des eaux pluviales ;
  • L’aménagement du bassin versant : gestion des étiages, entretien des cours d’eau, gestion de la ressource.

Les structures professionnelles qui accueillent les projets tuteurés relèvent soit du secteur privé, incluant les 3 majors de l’eau (Suez Environnement, Véolia Eau et SAUR) ou de nombreux bureaux d’études ; soit du secteur public, avec en particulier des syndicats intercommunaux d’assainissement, de distribution d’eau potable, de bassins versants, ou autres ; des communes ou régies municipales ; des communautés de communes ou d’agglomérations ; ou d’autres structures territoriales (conseils généraux…). Cette diversité d'acteurs partenaires assure une richesse et une pertinence des sujets traités.

Exemples Concrets de Projets Tutorés Récents

La pertinence et la diversité des projets tutorés sont illustrées par des exemples récents, abordant des problématiques variées et concrètes :

  • 2024 (M1 et M2) : Diagnostic de la connectivité hydro-sociale d’une petite rivière urbaine oubliée : Le Jarret à Marseille ;
  • 2023 (M2) : Pratiques, usages et représentations des étangs-réservoirs au regard des proliférations de cyanobactéries : cas des étangs de Mittersheim, Gondrexange et le Stock (Moselle) ;
  • 2023 (M1) : Etude préliminaire en vue de l’élaboration du SAGE du Thérain ; en partenariat avec l'Agence de l’Eau Seine Normandie, réalisé par une équipe d'étudiants (Ait Alioua N, Cumunel A, Diallo A, Dijksman A, Jolly PO, Lahayel, Liang W, Ordonneau R, Petitfaux M, Umutesi MF, Yé Z).
  • 2022 (M2) : Usage et Valorisation de la rivière : le cas de la Risle au regard de la continuité écologique ;
  • 2021 (M1) : La vallée de la Sélune après les barrages : quel potentiel pour un projet de reconversion ? ;
  • 2021 (M2) : Usages et représentations de la Mauldre ;
  • 2020 (M2) : La voie verte et les sites restaurés le long de l’Eure à Louviers : Enquête auprès des usagers de la voie verte et pistes de valorisation à destination du grand public ; en partenariat avec Seine Eure Agglo, réalisé par (Accariès E., Barthelemy J.-B., Durand E., Gautron A., Kypreos V.).
  • 2019 (M1) : Diagnostic des formes et usages d’une petite rivière francilienne : l’exemple du Petit Rosne ;
  • 2019 (M1) : Les Formes et Usages du Croult.

Ces exemples montrent comment les étudiants sont confrontés à des problématiques réelles et contribuent à des études, diagnostics et propositions concrètes, encadrés par des professionnels et universitaires.

Évaluation et Perspectives

L’ensemble du projet tutoré constitue une mise en situation professionnelle évaluée dans le cadre d'une Unité d'Enseignement (UE Projet tutoré) dotée de 5 ECTS. À la fin de cette UE, les étudiants sont capables de se mettre en situation professionnelle, de prendre en charge une étude, d'analyser et de contextualiser un problème, de proposer une solution technique et d'évaluer le coût de la solution proposée. Le contrôle des connaissances se fait à 100% en contrôle continu, via un rapport de projet tutoré et une soutenance, sans possibilité de deuxième session, ce qui renforce l'exigence professionnelle. La réussite à cette UE ouvre des poursuites possibles, notamment vers des Masters dans le domaine des Sciences de l’Eau, permettant aux étudiants d'approfondir leurs connaissances et de se spécialiser davantage dans ce secteur vital.

tags: #projet #tuteure #ressource #en #eau