Le projet de plateforme de compostage industrielle à Loudéac : entre transition écologique et préoccupations locales

Le paysage industriel de Loudéac, au cœur des Côtes-d'Armor, est le théâtre d'une réflexion stratégique majeure concernant la gestion des déchets. Le projet d'implantation d'une unité de compostage, porté initialement par le Groupe Brangeon au lieu-dit « La Plaisance », illustre les défis complexes liés à l'aménagement du territoire, aux impératifs de l'économie circulaire et aux attentes des populations riveraines.

Vue aérienne schématique d'une zone industrielle et de son intégration paysagère

Les fondements du projet et la gestion des flux de déchets

L'ambition initiale était de créer une unité de compostage capable de valoriser 10 000 tonnes de déchets verts par an, collectés par Loudéac communauté Bretagne Centre (LCBC) au sein des neuf déchetteries du territoire. Le Groupe Brangeon recyclage, entreprise spécialisée dans le transport, la logistique et la gestion globale des déchets, avait été identifié comme l'opérateur de cette infrastructure.

La première phase du projet intégrait la construction d’un bâtiment principal de dix mètres de hauteur, occupant une surface de 3 000 à 4 000 m². Cette structure devait s'implanter sur un site de 3,4 ha situé dans la zone ouest du parc d’activités du Dr Étienne, au lieu-dit Plaisance, en bordure de la RD 700. Le choix de ce terrain, d'une surface totale de 6 ha et situé à proximité de la station d’épuration de Calouët, répondait selon LCBC à deux critères techniques impératifs : la surface disponible et la connexion à un dispositif d’assainissement industriel.

Enjeux environnementaux et nuisances potentielles

Dès l'annonce de l'enquête publique en 2019, le projet a suscité une vive inquiétude chez les riverains. La présentation du projet stipulait explicitement que « l’activité pourra générer des nuisances odorantes » et des nuisances sonores, notamment pour les habitations situées à 200 mètres du site.

Pour pallier ces désagréments, le Groupe Brangeon avait envisagé des mesures inspirées de son site de Le Pin (79), comme le « confinage sous le bâtiment des cases d’aération forcée » et la « fermeture indépendante de chaque case par un portail permettant de maintenir l’ensemble du bâtiment fermé pendant les opérations de chargement et de déchargement ». Malgré ces dispositifs, les opposants ont exprimé des craintes légitimes, rappelant des antécédents complexes sur d'autres sites.

Le collectif de riverains, réuni en octobre 2019, a souligné que l'installation d'un site de compostage peut paraître angélique mais que, derrière l'ange, peut se cacher Belzébuth. Les préoccupations portaient non seulement sur les odeurs, mais aussi sur la nature des matières traitées, incluant potentiellement des déchets alimentaires et industriels, et non uniquement des déchets verts.

Schéma explicatif du processus de compostage industriel confiné

La procédure administrative et le rôle de l'enquête publique

L'enquête publique, qui s'est déroulée jusqu'au 8 novembre 2019, ne visait pas à valider le permis de construire, mais à déterminer si le projet, porté par le Groupe Brangeon, revêtait un caractère « d’intérêt général ». Cette étape était indispensable pour permettre à Loudéac communauté Bretagne Centre de modifier son Plan local d’urbanisme intercommunal (PLUi) et ainsi changer le zonage du terrain convoité.

La commissaire enquêtrice, Michelle Tanguy, a souligné la complexité de la procédure. Il a été envisagé qu'une seconde enquête publique serait nécessaire lors de la demande de permis d’exploitation, le projet étant susceptible de relever des Installations Classées pour la Protection de l’Environnement (ICPE). La question du choix du site est restée centrale, les élus locaux ayant réaffirmé par la suite que « le projet de plateforme de compostage ne pouvait pas se faire n'importe où » et que le site de Plaisance ne remplissait pas toutes les conditions requises pour une intégration harmonieuse.

Vers une stratégie bas carbone pour le territoire

Au-delà du projet spécifique de compostage, Loudéac Communauté Bretagne Centre s'est engagée dans une mutation profonde de sa gestion des déchets. L'intercommunalité a remporté l'appel à projets de Citeo, visant à améliorer la collecte et à réduire les déchets. L'objectif est ambitieux : passer de 150 kg de déchets produits par an par habitant à 100 kg.

Le traitement des biodéchets - incluant les déchets de jardin, les déchets alimentaires de cuisine, de restauration ou d'usines de transformation - est devenu une priorité. Conformément à l'article L. 541-1-1 du Code de l’environnement, cette gestion permet de réduire le bilan carbone, de produire du biogaz et d'améliorer la qualité agronomique des sols.

Valorisation des biodéchets à Florac, épisode 1

Innovation technologique et avenir du parc d'activités

Le parc d’activités du docteur Étienne se positionne désormais comme une zone « bas carbone ». En complément de l’unité de méthanisation mise en service en 2019, qui traite 90 000 tonnes d’intrants agricoles, industriels et de boues par an, le territoire explore des technologies de pointe.

Un projet innovant de gazéification hydrothermale, le seul projet breton retenu par l'État, est à l'étude. Cette technologie utilise de l’eau sous pression et de la chaleur pour traiter des déchets organiques humides ou solubles, comme les boues ou les résidus agroalimentaires. Cette installation, prévue pour une mise en service à l'horizon 2029, viendrait compléter l'écosystème actuel, illustrant la volonté de la collectivité de transformer ses contraintes de gestion des déchets en ressources énergétiques durables, tout en privilégiant une approche transparente et concertée du développement industriel.

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