Guide complet de protection fongicide et phytosanitaire des arbres fruitiers

La gestion sanitaire d'un verger est une entreprise complexe qui demande une compréhension fine des cycles biologiques, des conditions climatiques et des interactions écosystémiques. Les arbres fruitiers, tels que le pommier, le pêcher et les cerisiers, nous offrent de délicieux fruits que nous apprécions tout au long de l’année. Cependant, pour obtenir une récolte abondante et de qualité, il est essentiel de réaliser un traitement adéquat pendant les saisons du printemps et de l’été.

Schéma illustrant le cycle annuel des maladies fongiques sur les arbres fruitiers

Les fondements de la santé du verger : de la plantation à l'entretien

La santé des arbres fruitiers ne dépend pas seulement des traitements phytosanitaires, mais aussi d’une nutrition adéquate et d’un sol sain. L’application de fertilisants spécifiques fournit aux arbres les nutriments nécessaires à leur croissance et à leur développement. Vous avez suivi tous nos conseils et planté avec soins vos jeunes arbres fruitiers : vous avez fait le plus dur ! Avant de planter un arbre dans votre verger, vérifiez que l’espèce choisie corresponde bien à votre région. Pour cela, regardez si l’espèce que vous souhaitez est présente dans les jardins proches du vôtre et interrogez vos voisins pour savoir si celui-ci se plaît dans cet environnement-là. En effet, un arbre planté dans un sol ou un climat inadapté sera plus fragile et donc plus sensible aux maladies.

La taille des arbres fruitiers est une pratique essentielle en hiver, mais elle peut également être effectuée au printemps. Après avoir supprimé toutes les branches mortes, malades ou cassées de vos arbres fruitiers, mastiquez toutes les coupes avec un mastic à cicatriser. Badigeonnez les troncs avec du « Blanc Arboricole ». Parfois, l’œil du jardinier suffit à supprimer certaines branches malades pour éviter un traitement. Mettez ces feuilles dans le composteur ou à la déchetterie « déchets verts » de votre commune. De même, ramassez tous les fruits tombés qui sont abîmés (tachés par les maladies ou attaqués par des parasites : vers, guêpes, frelons…). Certains fruits momifiés restent accrochés aux branches : ils ont été touchés par la Moniliose (notamment les cerises, abricots ou prunes) ; ces fruits-là doivent être impérativement décrochés et détruits.

Stratégies de prévention contre les maladies fongiques

Le printemps marque le début du cycle de croissance des arbres fruitiers. Pendant cette saison, il est crucial d’appliquer des traitements préventifs pour protéger les arbres contre les maladies et les ravageurs. Le sulfate de cuivre est un outil précieux pour prévenir les maladies fongiques, telles que la cloque du pêcher et la tavelure du pommier. La Bouillie Bordelaise est un fongicide naturel multi-usage d'origine minérale (sulfate de cuivre). Lorsque toutes les feuilles de vos différents arbres fruitiers sont tombées, pulvérisez de la Bouillie Bordelaise sur les troncs et branches charpentières. Renouvelez éventuellement l’application 15 jours plus tard.

Les arbres fruitiers sont menacés par de nombreuses maladies d’origine fongiques : oïdium, tavelures, monilioses, rouilles… Ces dernières années, avec l’accélération du changement climatique, les hivers se font moins rigoureux et les champignons ainsi que les insectes ravageurs en profitent pour prospérer dans les vergers. En conséquence, les maladies cryptogamiques tels la cloque du pêcher, le mildiou de la vigne ou la moniliose - touchant les arbres à noyaux et à pépins - sont de plus en plus fréquentes. Le soufre est le principal fongicide utilisé afin de prévenir et/ou traiter les différentes maladies fongiques. Il combat préférentiellement la tavelure du pommier et l’oïdium. On peut l’utiliser à l’état pur ou par dilution (avec de l’eau) pour ensuite le vaporiser directement sur les arbres.

La bouillie bordelaise en automne

Gestion intégrée des ravageurs : le principe de précaution

En matière de protection de vos fruits et arbres fruitiers, mieux vaut suivre le vieil adage : « Mieux vaut prévenir que guérir ». Car rien n’est plus désespérant que de voir une récolte de fruits pris d’assaut par les insectes ! Mais pas question de traiter tout azimut au cas où, car les fruits, c’est bien nous qui allons les manger, donc pas de traitement inutile. Les pièges, ce sont 1 ou 2 pièges sur lequel on met un attractif du prédateur. Les insectes seront ainsi attirés et « pris au piège ». A partir d’un certain nombre, il est bon de traiter pour éviter l’infestation à venir. C’est un peu le même principe que pour les piège à limaces. Vous ne traitez pas vos salades contre les limaces, vous placez un piège avant que la limace n’arrive sur la salade.

  • Pommier et Poirier : piéger contre le ver et la carpocapse des pommes, poires. Vous pouvez également attirer les prédateurs naturels de ces insectes en plaçant des nichoirs pour attirer les chauve-souris, pics ou mésanges.
  • Prunier : piéger contre le ver et la carpocapse des prunes. Le piège à phéromone s’installe dans le prunier dès le début de la formation des fruits (stade petite noisette). La phéromone libérée par la capsule attire les carpocapses qui viennent s’engluer.
  • Cerisier : piéger contre la mouche de la cerise. Vous pouvez également pailler le sol au pied de l’arbre pour retarder les éclosions des pupes.
  • L’olivier : piéger contre la mouche de l’olive.

Protéger le tronc des insectes rampants est important, d’autant plus si vous avez été infesté l’année précédente, car il est possible que des vers ou larves se seront nichés dans le sol pour passer l’hiver. Il faut le faire dès le printemps. Favorisez la biodiversité et notamment les auxiliaires : coccinelles, syrphes, chrysopes, mésanges, araignées en leur aménageant des zones refuges dans votre jardin. Une grande diversité de végétaux attirera une faune variée, gage de la stabilité des écosystèmes.

Innovations et alternatives naturelles : huiles essentielles et biocontrôle

À la recherche d’une alternative moins agressive, des experts ont trouvé l’inspiration en découvrant les propriétés fongicides de l’huile essentielle (HE) de sarriette. Jean-Yves Meignen a notamment adopté l’HE de Cryptomeria japonica, un conifère résineux originaire du Japon : « En faisant des essais, j’ai constaté que cette huile essentielle, riche en coumarines, possédait une intéressante action antilarvaire sur toutes sortes de chenilles ». Il a donc élaboré une synergie en combinant l’action antifongique de la sarriette et larvicide du Cryptomeria pour traiter les arbres à pépins (pommiers, poiriers, cognassiers) à la fois contre le papillon carpocapse et les tavelures.

Il est possible grâce à de l’huile de colza de pulvériser vos plantes afin de les protéger des nuisibles. L’action du savon sur l’huile est émulsifiante. De ce fait, les deux produits peuvent être vaporisés ensemble. Le pouvoir du savon est abrasif sur les carapaces des insectes alors que l’huile finit par les étouffer. Le savon de Marseille peut être utilisé comme insecticide ! Ensuite, rajoutez-y un peu d’huile végétale à de l’eau savonneuse obtenue, et attendez le refroidissement avant l’application. Cependant, veuillez à bien vaporiser ce mélange sur le dessus et en-dessous des feuilles pour un meilleur résultat. Des insecticides naturels pour les arbres fruitiers sont applicables en hiver pour apporter une solution contre les nuisibles. Les chenilles, pucerons et autres insectes ne résisteront pas à la pyréthrine.

Infographie comparant les différentes méthodes de lutte biologique

Calendrier saisonnier des interventions phytosanitaires

Le traitement des arbres fruitiers au printemps et en été est essentiel pour garantir une récolte abondante et saine. L’été est une période critique pour le contrôle des ravageurs et des maladies chez les arbres fruitiers. En suivant le calendrier de traitements, en appliquant du sulfate de cuivre, des fongicides et des insecticides lorsque cela est nécessaire, et en prêtant attention à la taille et à l’entretien du sol, vous pouvez obtenir des fruits savoureux et sains.

  • Fin février : Sur les arbres à pépins et vignes, lutter contre les mousses/lichens et contre les formes hivernantes d'insectes au moyen d'une huile d'hiver.
  • Fin mars/avril : Pour tous les arbres à noyau, lutter contre le corinium, la cloque, le gnomonia, le monilia au moyen d'un fongicide organique de synthèse.
  • Début mai : Traiter sur pêchers contre la cloque et le corinéum avec du cuivre (bouillie bordelaise). Sur les arbres à noyaux et à pépins, lutter contre la quermotobie et la tavelure au moyen d'un produit total.
  • Début juin : Penser à traiter contre les vers des fruits et les pucerons au moyen d'un insecticide.
  • Fin juin : Renouveler le traitement contre tavelure, mildiou, vers de fruits, oïdium, avec un insecticide et un fongicide.
  • De mi-juillet à fin juillet : Traiter sur des arbres à pépins et sur les vignes contre la tavelure et le mildiou, toujours avec un fongicide.
  • Du 25 septembre au 5 octobre : Sur poiriers contre l'autonome au moyen d'un insecticide.

Analyse de la protection fruitière intégrée (PFI) et enjeux professionnels

Les cahiers des charges relatifs à la production fruitière intégrée (PFI) sont pratiqués pour 43% des exploitations enquêtées. Les produits de biocontrôles sont largement répandus tant pour les traitements fongiques (soufre) qu’insecticides (huiles). L’utilisation des produits phytosanitaires est fortement encadrée et elle doit suivre les bonnes pratiques agricoles : préservation de l'environnement et de la biodiversité.

Dans le Sud de la France, la cloque du pêcher et l’oïdium sont les maladies fongiques contre lesquelles près de 100 % des surfaces sont traitées. Le traitement de la cloque nécessite plus de 4 passages en moyenne et jusqu’à 5 passages dans le Gard. Le traitement de l’oïdium quant à lui nécessite en moyenne près de 5 passages en PACA et dans les Pyrénées-Orientales, mais seulement 2 dans le Gard. Les substances insecticides les plus utilisées dans les vergers de pêches du sud de la France sont en grande partie des substances biocontrôles, surtout composées d’huiles et de bactéries. La lutte biologique est utilisée sur au moins un tiers de la surface des vergers du sud de la France. Les méthodes alternatives les plus utilisées en Occitanie sont le piégeage massif (vers de la grappe), aussi très utilisé en PACA. Enfin, les arboriculteurs raisonnent leurs pratiques grâce à la consultation des prévisions météorologiques pour plus de 70 % des vergers occitans.

Carte thermique de la pression parasitaire dans les régions fruitières

Il est crucial de noter que pour un traitement, l'indicateur de fréquence de traitement (IFT) est le ratio entre la dose employée et la dose de référence du produit utilisé. L’IFT d’une parcelle correspond à la somme des IFT traitement réalisés sur la parcelle pendant la période sur laquelle porte l’enquête. En l’absence de traitement sur la parcelle, l’IFT de la parcelle est égal à 0. L’usage de produits classés CMR (Cancérogène, Mutagène et Repro toxique) est strictement encadré par des réglementations européennes, soulignant la nécessité de se tourner vers des solutions de biocontrôle pour préserver la santé humaine et la durabilité des écosystèmes.

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