Le Prunier-Cerise et le Cerisier : Guide Complet de Culture, de Pollinisation et d’Entretien du Verger

Le cerisier (Prunus avium pour le merisier et Prunus cerasus pour le griottier) est l’un des arbres fruitiers les plus appréciés dans les vergers et jardins. Connue pour ses fruits sucrés et juteux, la cerise, cette espèce est également très décorative avec sa magnifique floraison printanière. Cependant, la culture du cerisier demande une attention particulière en termes de conditions de culture, de choix du porte-greffe et d’entretien. Le prunier pourpre, ou prunier-cerise, quant à lui, arbore naturellement une silhouette arrondie plutôt esthétique et apprécie les expositions ensoleillées, sauf dans le sud de la France où un emplacement partiellement ombragé lui conviendra davantage. Dans cet article, nous allons explorer en détail tout ce qu’il faut savoir pour cultiver un cerisier en bonne santé, comprendre les spécificités des hybrides comme le "chum" et obtenir une production de qualité.

Les spécificités du prunier-cerise et du "Chum"

Le prunier-cerise, souvent associé au Myrobolan ou au "Chum" (cherry-plum), représente une catégorie fascinante d'hybrides. Le Chum est issu d'un croisement entre Prunus besseyi et Prunus salicina ou Prunus americana. Le prunus besseyi est un petit cerisier rampant natif des prairies. Il résiste très bien à des températures extrêmes (au froid) et son port est nain et buissonnant. Il se multiplie naturellement en rampant et drageonnant. Son petit fruit astringent a un goût aigrelet, sucré et astringent qu’on peut qualifier de plutôt moyen au niveau gustatif. En plus d’être hyper rustique et de servir de porte-greffe à affranchir pour les pruniers et abricots, la plante possède une autre aptitude particulièrement intéressante : elle s’hybride avec à peu près tous les prunus.

Prunus besseyi cerisier des sables floraison blanche

Le Western Sand Cherry est un petit arbuste aux feuilles vert-gris qui deviennent pourpres à l'automne. Ils ont une masse de petites fleurs blanches le long des branches au printemps, suivies par de grandes quantités de fruits violets-noirs de 1/2 pouce en été. Ces fruits sont comestibles et sont utilisés pour la cuisson de tartes ou de gelées maison. Le sand cherry est un arbuste décidu, drageonnant et étalé, de 4 à 6 pieds de haut et de large. Ses feuilles gris-vert offrent une couleur de feuillage différente de la plupart des espèces de Prunus. Les fleurs d'un demi-pouce de diamètre laissent place à des fruits sucrés, noir pourpré, en juillet et août.

Pruniers sauvages, le myrobolan Prunus cerasifera

Concernant le Prunus besseyi (western sandcherry), c'est un arbuste étalé qui se propage par rhizomes. Le fruit est pourpre/noir avec une chair verte, sur des tiges de fruits de longueur moyenne (10 à 15 mm) et entre 15 et 20 mm de diamètre, certains clones améliorés portant des fruits jusqu'à 25 mm de diamètre. Cette espèce fleurit abondamment à un jeune âge et peut porter des récoltes très lourdes. C’est surtout le pollinisateur idéal pour tous ceux qui veulent faire fructifier leur chum (cherry-plum). C’est que les cultivars disponibles sont presque tous originaires de croisements de deuxième génération ; et selon ce que j’ai lu, la plupart de ceux de la première génération (prune des sable x pruniers) ne donnent pas des fruits extraordinaires. Alors tant qu’à avoir de la pollinisation, aussi bien y aller avec la variété pure.

Mécanismes de pollinisation : autofertilité et autostérilité

La pollinisation est une étape cruciale pour la fructification du cerisier et du prunier-cerise. Avant de choisir un arbre pour son jardin, il est essentiel de comprendre le fonctionnement de sa reproduction florale. Tous les cerisiers ne se comportent pas de la même manière face à la pollinisation. Un cerisier autofertile est capable de produire des fruits avec son propre pollen, sans besoin d’un second arbre à proximité. À l’inverse, un cerisier autostérile ne peut pas utiliser son propre pollen pour féconder ses fleurs. Il nécessite la présence d’un cerisier compatible, qui fleurit en même temps et dont le pollen est reconnu comme « étranger » mais compatible sur le plan génétique.

Certaines variétés sont autofertiles, c'est-à-dire qu'elles peuvent produire des fruits seules, tandis que d'autres nécessitent la présence d'un autre cerisier compatible pour assurer une bonne fécondation. Les cerisiers autofertiles, comme le bigarreau ‘Summit’, le ‘bigarreau Lapins’ ou le ‘Bigarreau Moreau’, peuvent produire des fruits sans avoir besoin d’un autre arbre pollinisateur. Cependant, même si ces cerisiers sont capables de fructifier seuls, la proximité d'une autre cerisier compatible est préférable pour maximiser la production de fruits.

schéma de pollinisation croisée cerisier abeilles

Les variétés autostériles nécessitent un cerisier d’une variété compatible à proximité pour assurer une pollinisation croisée. Exemples : ‘bigarreau Burlat’, ‘bigarreau Napoléon’, ‘bigarreau Hedelfingen’. La plupart des variétés de cerisiers cultivées pour leurs fruits sont autostériles. Ce besoin d’un pollinisateur s’explique par un mécanisme de reconnaissance génétique : les fleurs d’un cerisier rejettent leur propre pollen ou celui d’un arbre trop proche génétiquement. Seul un pollen d’origine différente peut activer la fécondation. Pour que la pollinisation croisée fonctionne, le pollinisateur doit être planté à moins de 30 mètres du cerisier. Plantez vos cerisiers à une distance de 20 à 30 mètres maximum les uns des autres pour une pollinisation optimale.

Pour les pruniers-cerises et chums, la situation peut être complexe. Les pruniers hybrides sont presque complètement inefficaces pour polliniser d'autres hybrides. Cependant, ce sont des pollinisateurs pour les pruniers complètement sauvages. Le Prunier Brookred (Prunus nigra x salicina) ou le Prunier Pembina sont des exemples de variétés impliquées dans ces cycles de pollinisation. Le Dr Cecil Stushnoff a mentionné que les pruniers hybrides "sont peu compatibles en tant que groupe". Puisque Prunus besseyi n'est pas autofertile, deux semis ou plus sont nécessaires pour la pollinisation croisée et une bonne nouaison.

Le rôle crucial du porte-greffe dans la vigueur de l'arbre

Le porte-greffe est un élément essentiel de la culture du cerisier, influençant sa taille, sa vigueur, sa résistance aux maladies et son adaptation aux conditions du sol. Le choix du porte-greffe dépend donc de l’espace disponible, des conditions du sol et des objectifs de production.

Les porte-greffes nains, comme le Gisela 6 (50 % du merisier), sont idéaux pour les petits jardins. Ils limitent la hauteur de l’arbre (4 à 5 m) et permettent une fructification très rapide (3 ans en moyenne). Sa productivité est excellente mais il préfère les sols fertiles. Dans les zones ventées, son ancrage médiocre exige qu’il soit palissé. Il sensibilise les variétés au chancre bactérien et il ne supporte pas les grosses chaleurs.

Les porte-greffes semi-nains, tels que le Sainte Lucie SL64 (80 % du merisier), offrent un bon compromis entre productivité et taille modérée (6 à 8 m). Il possède un très bon ancrage au sol, un drageonnement nul, une bonne productivité et une excellente résistance aux fortes chaleurs et à un taux de calcaire actif élevé. En revanche, il est sensible au pourridié et à l’asphyxie racinaire. La mise à fruit est assez rapide (4 à 5 ans).

Enfin, les porte-greffes standards (Merisier ou franc) donnent des arbres de grande taille (jusqu’à 10 m) avec une excellente longévité, mais nécessitent plus d’espace. Ils supportent bien les terrains humides mais pas trop calcaires. La mise à fruit est plus lente, entre 7 et 10 ans. Le prunier myrobolan (Prunus cerasifera) est également couramment employé en porte-greffes à partir de semis ; cette espèce de 9m de haut ne drageonne pas et donne des petites cerises jaunes ou rouges.

comparaison tailles arbres fruitiers selon porte-greffe

Conditions de culture et implantation au jardin

Le cerisier préfère un climat tempéré avec des hivers froids nécessaires à sa dormance (800 à 1 200 heures en dessous de 7°C). Il craint les gelées tardives qui peuvent endommager les fleurs et réduire la récolte. Un emplacement bien ensoleillé et aéré est recommandé. Le sol idéal pour le cerisier est léger, bien drainé et légèrement acide à neutre (pH entre 6 et 7).

La meilleure période pour planter un cerisier ou un prunier pourpre est l’automne ou l'hiver, hors périodes de gel. En effet, la terre encore réchauffée favorise un bon enracinement. À défaut, une plantation au printemps est également possible. Pour la plantation, creusez un trou deux fois plus large que la motte. Installez l’arbre en s’assurant que le collet est au niveau du sol et que le point de greffe est au-dessus de celui-ci. Rebouchez en mélangeant la terre avec du compost et arrosez abondamment.

L’espacement entre les arbres varie en fonction du porte-greffe :

  • Porte-greffes nains : 3 m
  • Porte-greffes semi-nains : 5 à 6 m
  • Porte-greffes standards : 8 à 10 m

Durant les premières années, l’arrosage doit être régulier pour aider l’arbre à s’enraciner. Ensuite, le cerisier devient relativement résistant à la sécheresse sauf pour certains porte-greffes nanifiants, mais un apport d’eau est nécessaire en période de floraison et de fructification. Un apport annuel de compost ou de fumier bien décomposé au printemps favorise la production. Un excès d’azote est à éviter, car il favorise la croissance du feuillage au détriment des fruits.

Taille et entretien structurel

La taille du cerisier est plus légère que celle d’autres fruitiers. Une taille de formation est nécessaire les premières années pour structurer l’arbre. Elle consistera à sélectionner 3 ou 4 branches charpentières à la hauteur voulue et de couper les autres. Ensuite, une taille d’éclaircissage tous les 2 à 3 ans est suffisante pour favoriser l’aération et l’ensoleillement des branches.

Pour le prunier pourpre, l’objectif est de dégager le centre pour laisser pénétrer la lumière. Retirez le bois mort et les branches qui se croisent. Il sera ensuite nécessaire, idéalement pendant l’hiver et en dehors des périodes de gel, de couper au sécateur les branches ayant une direction de pousse vers l’intérieur, ou les gourmands (longs rameaux poussant verticalement) et de raccourcir les branches horizontales afin de privilégier la ramification de celles-ci.

Pruniers sauvages, le myrobolan Prunus cerasifera

Si vous n’êtes pas pressé, vous pouvez multiplier votre prunier pourpre par semis à l’automne. Les abeilles et autres pollinisateurs jouent un rôle essentiel dans la reproduction du cerisier. Pour favoriser leur activité, plantez des fleurs mellifères aux abords du verger et évitez les traitements chimiques. Les abeilles, bourdons et autres pollinisateurs jouent un rôle fondamental dans la fructification du cerisier Burlat par exemple. Pour les attirer naturellement, il faut leur offrir de la diversité florale et un jardin accueillant.

Panorama de la diversité du genre Prunus

Le genre Prunus est d'une richesse immense, allant des arbres forestiers aux arbustes ornementaux. Voici une exploration des variétés et espèces notables :

  • Prunus avium var. avium (Merisier) : Notre cerisier européen, grand arbre de 20 m de haut, se reconnaît à ses feuilles pendantes et à ses 2 grosses glandes rouges, les nectaires, situées sur le pétiole des feuilles. Il est peu drageonnant.
  • Prunus avium var. juliana (Guignier) : Les guignes sont les grosses cerises à chair molle parfumée de couleur sombre. Le guignier à rameaux pendants peut remplacer un saule pleureur pour décorer son jardin.
  • Prunus avium var. duracina (Bigarreautier) : Les bigarreaux sont des cerises pâles ou foncées à chair ferme et douceâtre. On trouve parfois à la vente 2 variétés greffées sur un même arbre, comme par exemple, 'Bigarreau Napoléon' et 'Van'.
  • Prunus cerasus (Cerisier aigre) : Originaire d’Asie, cette espèce a un port buissonnant et des feuilles droites. Il est très drageonnant. On en tire la griotte (var. caproniana), cerise à confitures et à clafoutis, au fruit assez acide.
  • Prunus domestica (Prunier) : Cet arbre pourrait être un croisement entre le prunellier et le prunier myrobolan. On y trouve les quetsches, la prune d'Ente (pruneau d'Agen), et la Reine-Claude (subsp. italica).
  • Prunus cerasifera (Prunier Myrobolan) : Appelé aussi prunier-cerise, il donne des petites cerises jaunes, rouges ou jaune-rouge.
  • Prunus x cerea (Mirabellier) : Arbre d'environ 8 m de haut à fleurs blanches essentiellement cultivé en Lorraine. Les prunes sont rondes, jaunes et délicieuses.
  • Prunus spinosa (Prunellier) : Arbuste épineux à fruits solitaires (prunelles).

Il existe également des espèces ornementales ou spécifiques comme le Prunus maackii (cerisier de Mandchourie) pour son bois décoratif, le Prunus serrula (cerisier du Tibet) pour son écorce, ou le Prunus tomentosa (ragouminier) utilisé comme porte-greffe pour cerisiers nains. Attention toutefois à la toxicité : l'acide prussique est présent dans les feuilles de Prunus laurocerasus (laurier-cerise) et dans les noyaux de nombreux fruits du genre Prunus.

différentes variétés de cerises et prunes

Protection contre les maladies et les ravageurs

Le cerisier et le prunier peuvent être affectés par plusieurs maladies fongiques et parasites. La vigilance est de mise pour garantir une récolte saine.

La Moniliose, causée par le champignon Monilinia laxa, touche principalement les fleurs, les fruits et les branches. Elle provoque le dessèchement des fleurs et la pourriture des fruits, qui deviennent bruns et momifiés. Elle se développe sous des conditions humides et tempérées. Un traitement préventif au cuivre en hiver est recommandé. La moniliose des fruits (Monilia fructigena) fait que les fruits pourrissent et restent longtemps sur l’arbre.

La Tavelure du cerisier (Venturia cerasi) provoque l'apparition de taches brunes et enfoncées sur les feuilles et les fruits. Les feuilles peuvent tomber prématurément, affaiblissant l'arbre. Il est conseillé d’enlever les feuilles et fruits malades et d'appliquer de la bouillie bordelaise.

Le Nodule noir (Apiosporina morbosa) forme des protubérances noires sur les branches des pruniers européens. Il n'y a pas de traitement spécifique autre que la taille des parties atteintes. Le Plomb parasitaire (Chondrosterum purpureum) est redoutable : les feuilles prennent une couleur gris métallique et l'arbre meurt rapidement.

Du côté des ravageurs, les Pucerons noirs apparaissent au printemps sur les jeunes pousses. Ils produisent du miellat qui favorise la fumagine. Les coccinelles ou des pulvérisations de savon noir sont des solutions efficaces. La Mouche de la cerise (Ceratitis capitata) pond ses œufs sous la peau des fruits ; les larves rendent les cerises non comestibles. L'utilisation de pièges à phéromones ou de filets de protection est conseillée.

Enfin, les oiseaux, en particulier les merles et les étourneaux, sont attirés par les cerises sucrées. Ils picorent les fruits et peuvent détruire une récolte. L'installation de filets de protection ou de dispositifs effaroucheurs reste la seule solution vraiment efficace.

Récolte, conservation et usages des fruits

La récolte des cerises s’étale de mai à juillet selon les variétés. Au bout de 5 à 8 ans, les cerisiers commencent à produire de manière significative. On récolte les bigarreaux, cerises et guignes à la main avec leur pédoncule pour éviter qu’elles ne pourrissent rapidement. Les griottes, en revanche, se cueillent sans leur pédoncule. Pour les pruniers, la production commence vers 4 à 5 ans. La période de récolte du prunier pourpre s’étend de juillet à septembre. En faisant un quart de rotation, les prunes devraient se détacher du pédoncule. En général, les prunes arrivées à maturité sont souples au toucher et dégagent une odeur parfumée.

Les cerises sont fragiles et doivent être consommées rapidement. Elles peuvent être conservées quelques jours au réfrigérateur ou être transformées. On peut en faire des confitures, des tartes, des cerises à l'eau de vie, des tisanes fébrifuges, des jus ou des compotes. Les cerises sont riches en antioxydants, vitamines A et C, et en fibres. Elles ont des effets anti-inflammatoires et favorisent un bon sommeil grâce à leur teneur en mélatonine.

Pruniers sauvages, le myrobolan Prunus cerasifera

Les prunes, comme celles du prunier d'Ente, sont récoltées lorsqu'elles prennent une couleur pourpre violet, appelée "robe de sergent". Après lavage et séchage, elles deviennent les célèbres pruneaux d'Agen. Les petites prunes sauvages comme le "polotrez" en Bretagne font également des confitures délicieuses, bien que leur production soit irrégulière. Le prunier de Briançon (Prunus brigantiaca) produisait autrefois des amandes servant à fabriquer l'huile de marmotte. Chaque variété de Prunus offre ainsi une palette de saveurs et d'utilisations unique pour le jardinier et le gourmet.

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