L'agriculture biologique est souvent perçue comme un défi, surtout pour les cultures exigeantes comme celle des pommes. Cependant, des pionniers comme Thierry Guittet, arboriculteur à Mareil-sur-Loir, démontrent avec succès qu'il est possible de produire des fruits d'une qualité exceptionnelle tout en respectant l'environnement. Son parcours, jalonné de choix audacieux et d'une soif constante d'innovation, offre un éclairage précieux sur l'avenir de l'arboriculture.

La Transition Biologique : Un Pari Gagnant
Thierry Guittet a entamé sa conversion vers l'agriculture biologique en 2016, marquant un tournant décisif dans la gestion de ses vergers. En 2020, il a effectué sa deuxième récolte bio, prouvant que cette démarche est non seulement viable mais également fructueuse. Il affirme avec conviction : « Même avec du bio, on peut faire de la belle pomme ». Cette affirmation, loin d'être un simple slogan, est étayée par l'observation directe de ses parcelles.
L'arboriculteur nous emmène sur une parcelle pour le prouver. Il entre dans une rangée d'arbres et s'exclame avec enthousiasme : « Quand on voit un mur de pommes rouges comme ça, avec des fruits aussi beaux, c’est un régal ! Dans le bio, on a de beaux fruits. On ne voit pas la différence. » Cette constatation visuelle est primordiale, car elle dissipe les idées reçues selon lesquelles les fruits biologiques seraient moins esthétiques ou de qualité inférieure. Ses vergers, s'étendant sur une trentaine d’hectares sur les hauteurs de Mareil-sur-Loir, sont un témoignage éloquent de cette réussite. Deux tiers de ses vergers sont désormais en culture biologique, tandis que le tiers subsistant, destiné à l'exportation vers l'Angleterre, est resté en culture classique. Cette approche pragmatique lui permet de maintenir ses débouchés commerciaux tout en consolidant sa transition vers le bio.
Un agriculteur conventionnel explique sa conversion en bio
Une Histoire Familiale et une Quête d'Évolution
L'installation de Thierry Guittet à La Chesnaie remonte à 1987. D'abord associé avec ses parents, qui sont à l'origine de la création de la station fruitière, il a ensuite poursuivi seul l'exploitation depuis une quinzaine d'années. Cette longue expérience dans le métier lui a permis d'acquérir une connaissance approfondie des vergers et des défis liés à la production fruitière.
Au fil des années, une constante a guidé son approche : « On a toujours cherché à faire évoluer le métier. » Cette recherche d'amélioration continue l'a naturellement conduit à s'interroger sur des pratiques plus respectueuses de l'environnement. Il s'est aperçu que « ce n’était pas si compliqué que ça de basculer vers du plus écologique. Sans forcément penser bio au départ. » Cette prise de conscience progressive souligne que l'évolution vers le bio peut être le fruit d'une démarche pragmatique et non nécessairement d'une idéologie préconçue.
Des Bénéfices Multiples pour une Agriculture Durable
Le bilan des vergers de la Chesnaie, qui entament leur deuxième récolte bio, est résolument positif à plus d'un titre. Les avantages se manifestent à différents niveaux :
- Qualité du fruit : « On a un fruit sain, capable d’être cueilli sur l’arbre et d’être mangé. » Cette qualité intrinsèque est un argument majeur pour les consommateurs soucieux de leur alimentation et de la provenance des produits. La certification biologique garantit l'absence de résidus chimiques, offrant ainsi une expérience gustative authentique et saine.
- Sécurité du personnel : « Il y a moins de danger pour le personnel qui travaille toute l’année dans les vergers. » La suppression des produits chimiques de synthèse réduit considérablement les risques d'exposition pour les travailleurs agricoles, améliorant ainsi leurs conditions de travail et leur santé à long terme. C'est un engagement social fort de la part de l'exploitant.
- Viabilité économique : « Et c’est viable sur le plan économique. » Contrairement à certaines idées reçues, la production biologique peut être économiquement rentable. Les coûts liés aux intrants chimiques sont remplacés par des investissements dans des méthodes alternatives et une meilleure valorisation des produits sur le marché. Cette viabilité est essentielle pour assurer la pérennité de l'exploitation.

Des Techniques Innovantes et Ancestrales au Service du Bio
Sur les parcelles bio, la chimie n’a plus cours. Cette absence d'intrants chimiques nécessite l'adoption de stratégies alternatives pour la gestion des cultures. Le désherbage est mécanique, ce qui implique un travail du sol plus intensif mais évite l'utilisation d'herbicides.
La faune auxiliaire est l’alliée de l’arboriculteur. Les insectes prédateurs et parasitoïdes sont encouragés à s'établir dans les vergers, où ils régulent naturellement les populations de ravageurs. Cette biodiversité favorise un équilibre écologique et réduit la dépendance aux pesticides. En parallèle, Thierry Guittet utilise des logiciels pour la tavelure, une maladie fongique courante des pommiers. Ces outils permettent une meilleure anticipation des risques et une intervention ciblée en cas de besoin, minimisant ainsi l'impact sur l'environnement.
Aux technologies modernes se greffent des techniques anciennes, démontrant une approche holistique et une ouverture d'esprit. L'utilisation de talc ou de lait de chaux en guise de barrière physique sur les arbres en est un exemple frappant. Ces méthodes naturelles protègent les arbres contre certains parasites et maladies sans recourir à des substances chimiques. Thierry Guittet cherche en permanence de nouveaux procédés, ce qui témoigne de son esprit d'innovation. Il insiste sur l'importance d'être « ouvert à tout », une philosophie qui lui permet d'explorer et d'adopter les meilleures pratiques, qu'elles soient ancestrales ou issues des dernières avancées technologiques.

L'Indépendance comme Moteur de Réussite
Le statut de producteur indépendant de Thierry Guittet lui offre toute latitude pour mener sa barque. Cette autonomie est un atout majeur, lui permettant d'expérimenter et d'adapter ses pratiques sans les contraintes imposées par des structures plus larges. Il souligne l'importance de ne pas être « trop incrusté dans le monde coopératif ou industriel qui vous dicte la démarche qu’il faut faire. »
Cette liberté lui confère une agilité précieuse dans un secteur en constante évolution. « Quand vous êtes un producteur indépendant, vous avez davantage la possibilité de gérer votre verger comme vous voulez. » Cette capacité à prendre des décisions éclairées et à innover sans entraves est sans aucun doute un facteur clé de sa réussite. La réussite est donc au rendez-vous, non seulement en termes de qualité de production, mais aussi de pérennité et d'exemplarité de son modèle agricole.