Depuis des décennies, le purin d'ortie est un allié précieux pour de nombreux jardiniers, reconnu pour ses multiples bienfaits sur les cultures. Cette préparation naturelle, plébiscitée pour son efficacité et sa simplicité de fabrication, a cependant été au cœur d'une longue et complexe "guerre de l'ortie", une bataille réglementaire qui dure depuis plus de 10 ans. Longtemps interdit ou soumis à des restrictions drastiques, le purin d'ortie a vu son statut évoluer, passant de produit proscrit à préparation expressément autorisée, notamment grâce à sa classification comme Préparation Naturelle Peu Préoccupante (PNPP). Néanmoins, cette reconnaissance ne le met pas à l'abri de futures remises en question, et son utilisation, bien que naturelle, requiert des connaissances précises pour garantir son efficacité et éviter tout effet indésirable, aussi bien pour les plantes que pour l'environnement.
Qu'est-ce que le Purin d'Ortie ? Un Biostimulant aux Multiples Vertus
Le purin d’ortie, également connu sous le nom d'extrait fermenté d'ortie, est une macération liquide obtenue à partir de feuilles d'ortie. Ce breuvage brunâtre, souvent reconnaissable à son odeur particulièrement forte, est un élément fondamental du jardinage au naturel, réputé pour être bon marché, facile à fabriquer et, lorsqu'il est utilisé correctement, respectueux de l'environnement. Il est considéré comme un biostimulant, une catégorie de substances ou de micro-organismes qui, appliqués aux plantes ou à la rhizosphère, stimulent les processus naturels pour renforcer ou améliorer l'absorption des nutriments, l'efficience de l'utilisation de ces nutriments, la tolérance au stress abiotique, et la qualité des cultures, indépendamment de leur teneur en nutriments.
En tant que fertilisant efficace, le purin d'ortie aide les plantations à se développer harmonieusement et à se remettre plus facilement des périodes de stress, qu'elles soient d'origine climatique ou liées à d'autres facteurs environnementaux. Son rôle ne se limite pas à la simple nutrition des plantes. En effet, l'extrait fermenté d'ortie joue un autre rôle important : il stimule les défenses immunitaires des végétaux. Cette action permet aux plantes de mieux lutter contre les maladies cryptogamiques, telles que le mildiou, une affection fongique dévastatrice pour de nombreuses cultures, notamment les tomates et les pommes de terre. La réussite des cultures est souvent attribuée à l'utilisation de ces purins végétaux, et de tout temps, les jardiniers qui les emploient sont satisfaits de leurs récoltes.

Le purin d'ortie se réalise tout à fait facilement par tout un chacun dans son jardin, voire sur son balcon. Cependant, pour garantir son efficacité et sa conformité aux réglementations, la recette réglementaire doit être suivie à la lettre. Il est important de noter que le purin d'ortie fait partie de ce que l'on appelle dans la réglementation les Préparations Naturelles Peu Préoccupantes, ou PNPP, au même titre que les infusions, décoctions et macérations. Contrairement à certains produits de biocontrôle généralement issus de l'industrie et donc brevetables, les PNPP font partie du domaine public, ce qui signifie que chacun peut les produire sans avoir à solliciter d'autorisation spécifique pour leur fabrication personnelle. Cette distinction est cruciale dans la compréhension des enjeux réglementaires qui entourent le purin d'ortie.
La "Guerre de l'Ortie" : Un Contexte Réglementaire Complexe et Évolutif
L'histoire du purin d'ortie est intimement liée à une décennie de controverses réglementaires, souvent qualifiée de "guerre de l'ortie". Cette bataille a opposé les industriels de l'agrochimie, soucieux de protéger leurs intérêts commerciaux, aux partisans de l'agriculture biologique et du jardinage sans pesticides, défendant l'usage des alternatives naturelles.
L'Interdiction Initiale et les Restrictions Sévères
Le début de cette "guerre" remonte à la loi d'orientation agricole du 5 janvier 2006. Cette législation interdisait toute publicité commerciale ou recommandation pour les produits phytopharmaceutiques ne bénéficiant pas d'une autorisation de mise sur le marché (AMM) ou d'une autorisation de distribution pour expérimentation. La loi prévoyait une forte amende pour toute personne ayant en sa possession une quelconque préparation non homologuée, en diffusant la recette, et à plus forte raison en la commercialisant. Le purin d’ortie, ne possédant pas d’AMM, s'est retrouvé dans une situation délicate, ne pouvant ni être commercialisé ni même sa recette décrite et commentée. Ce côté hautement répressif du texte, combiné au coût absolument prohibitif d’homologation d’une molécule, a suscité une vive opposition de la part des associations, qui dénonçaient une loi dictée uniquement par la défense des intérêts commerciaux.
Les Premières Victoires et la Classification des PNPP
Face à cette levée de boucliers, un amendement a été voté, excluant de la loi d’orientation agricole tous les purins de plantes, désormais renommés Préparations Naturelles Peu Préoccupantes (PNPP). Un décret devait alors suivre pour alléger les autorisations d’homologations de ces préparations, marquant une première avancée significative pour les défenseurs des alternatives naturelles.
L'Influence Européenne et les Revers Réglementaires
Cependant, les réglementations de l’Union Européenne sont venues complexifier la situation. Le décret relatif à l'AMM des PNPP, tant attendu en juin 2009, a plus que déçu. Il prévoyait en effet l’inscription des matières actives utilisées dans les PNPP sur une liste commune à toute l’Europe. Or, pour figurer dans cette liste, une substance devait suivre une longue procédure au coût élevé, ce qui contredisait non seulement l’amendement dit "du purin d’ortie" mais aussi un amendement du Grenelle 1 qui facilitait la mise sur le marché des PNPP. Cette situation rendait les alternatives aux pesticides, censés disparaître pour moitié d’ici 2018 selon le Grenelle 1, bien plus difficiles à se développer. De plus, suivant la réglementation européenne, les PNPP étaient assimilés aux "produits à faible risque", c'est-à-dire des produits phytopharmaceutiques, les plaçant ainsi au même niveau que les pesticides et exigeant des procédures d'autorisation longues et financièrement lourdes. En janvier 2011, l’ANSES (Agence Nationale de Sécurité Sanitaire) a informé que l’ortie n’avait pas fait l’objet d’une demande d’inscription sur la liste commune européenne, ce qui, de fait, signifiait que le purin d’ortie n’était pas autorisé au niveau européen.
Le 18 avril 2011, un nouveau décret sur les PNPP, concernant expressément le purin d’ortie, a tenté de clarifier la situation. Il stipulait que le purin d'ortie pouvait être mis sur le marché en tant que PNPP à usage phytopharmaceutique, à condition que sa fabrication respecte la recette donnée dans le décret. Malheureusement, ce décret est devenu caduc du fait de l'absence persistante de l'ortie de la liste commune européenne des substances actives autorisées. De plus, la définition "à usage phytopharmaceutique" continuait de placer le purin d'ortie au même niveau que les pesticides, sa classification demandant une procédure longue et financièrement lourde. C'est là que résidait le véritable danger pour l'utilisation et la commercialisation des purins d'ortie, non pas dans une quelconque nocivité intrinsèque, mais dans le poids des contraintes administratives.
Une Évolution Progressive vers la Reconnaissance
Avril 2011 a vu la publication d'une liste de plantes pouvant être la base de PNPP, mais la route restait semée d'embûches. Le 1er juillet 2012, les dispositions du décret de juin 2009 ont été abrogées, et le coût d’évaluation d’une substance pour une AMM a été réduit, bien qu'être approuvé en tant que substance de base restait onéreux.
C'est en 2014 que la loi d’avenir agricole a marqué un tournant significatif, visant à favoriser l’utilisation des "ressources et mécanismes naturels pour protéger les végétaux". Les produits de biocontrôle y ont été inclus dans le cadre de la lutte intégrée contre les ennemis des cultures, distinguant notamment les macro-organismes, les micro-organismes, les médiateurs chimiques (phéromones, kairomones) et les substances naturelles d'origine végétale, animale ou minérale. Cette loi a mis en place une procédure plus simple pour autoriser les PNPP. Son article 50 a facilité la commercialisation et l’utilisation de ces préparations, à condition qu'elles soient composées uniquement de substances à usage biostimulant, naturelles ou de base, inscrites sur une liste que le ministère de l’Agriculture devait publier et mettre à jour. Les plantes déjà utilisées pour l’alimentation, qu’elle soit humaine ou animale, devaient être directement inscrites dans cette liste. Il a été stipulé que ces substances, d'origine végétale, minérale ou animale, ne devaient pas être génétiquement modifiées et devaient favoriser la résistance des plantes face aux agressions en leur permettant une meilleure utilisation des ressources environnantes, sans pour autant avoir des effets insecticides directs. La nouvelle dénomination de ces substances comme biostimulants a été âprement défendue par l’association Aspro-PNPP, un effort crucial pour extraire ces préparations des obligations concernant les autorisations de mise sur le marché des produits dits phytosanitaires.
LE PURIN D'ORTIE, un répulsif et un fertilisant PUISSANT !
La Reconnaissance Officielle et ses Limites Actuelles
En avril 2016, les substances naturelles à usage biostimulant ont dû être inscrites sur une liste fournie également par décret. Cette liste comprenait une centaine de plantes, dont l’ortie. Le purin d’ortie a donc été considéré comme une substance naturelle autorisée, car il contient une plante médicinale figurant parmi toutes celles "pouvant être librement vendues en dehors des pharmacies, telles que l'ail, la menthe ou l'ortie, sous forme de poudre ou diluées". Ces plantes médicinales sont listées dans l’article D4211-11 du code de la santé publique. Malheureusement, cette liste n’a pas été mise à jour depuis mai 2016, alors que l’ANSES devait évaluer d’autres plantes (800 proposées par des professionnels) pour garantir leur innocuité aussi bien pour l’homme que la faune ou l’environnement. Aucune de ces nouvelles plantes n’est apparue sur la liste, ce qui indique que la "guerre de l’ortie" n’est pas finie, les associations dénonçant toujours l'influence des lobbies agrochimiques.
En 2017, suite à des retraits de la vente de purins et autres préparations à base de substances absentes de la liste des PNPP, de nombreuses associations ont demandé à ce que toutes les plantes consommées par les humains et/ou les animaux y soient automatiquement incluses. Une avancée majeure est survenue avec l’entrée de l’ortie dans la liste commune européenne des substances de base autorisées (Reg. (EU) 2017/428). Pour l’Union Européenne, les substances de base n’ont pas "pour destination principale d’être utilisées à des fins phytosanitaires mais, mélangées à de l’eau (pour la majorité d’entre elles), peuvent être utiles en tant que produits phytopharmaceutiques".
Avril 2018 a été marqué par l'adoption d'amendements concernant le projet de loi sur l’agriculture par la Commission des Affaires Économiques de l’Assemblée Nationale, visant à réduire encore l’usage des produits phytosanitaires. Des amendements ont été adoptés pour élargir l’interdiction aux néonicotinoïdes à toutes les substances phytosanitaires ayant le même mode d’action, afin d'éviter tout contournement de l'interdiction progressive prévue par la loi pour la reconquête de la biodiversité de 2016. L'adoption par les députés de la simplification des autorisations pour les PNPP, stipulant que "toute substance naturelle à usage biostimulant élaborée à partir des parties consommables des plantes utilisées en alimentation animale et humaine est autorisée", a également été un pas important. Une stratégie nationale pour le biocontrôle a été mise en œuvre, avec un dispositif d'accompagnement des entreprises, notamment des PME/ETI, pour la constitution de dossiers de demande d'autorisation de mise sur le marché, dans le but de réduire les délais d’examen et simplifier les conditions d’autorisation de ces produits de biocontrôle. La confirmation de l’interdiction de l’utilisation de produits phytosanitaires dans l’entretien des espaces verts ouverts au public a renforcé cette dynamique. Cependant, en juin 2018, les sénateurs ont mis en place des dérogations concernant cette interdiction.
En juillet 2018, l’article premier de la constitution a été agrémenté par l’Assemblée Nationale d’une nouvelle phrase : la France "agit pour la préservation de l'environnement et de la diversité biologique et contre les changements climatiques", un vote confirmé par le Sénat en septembre. Le nouveau projet de loi sur l’agriculture et l’alimentation prévoyait l’interdiction des remises et rabais sur la vente des produits phytosanitaires, ainsi que la séparation des activités de vente et de conseil, rejoignant le plan Ecophyto dans son objectif de diminution de l’utilisation des produits phytosanitaires. Toutefois, le Sénat est revenu en arrière sur l'article 14 ter concernant les substances de base consommées par les humains et les animaux, et l'article 14 interdisant les rabais a été supprimé. Le plan Ecophyto, lancé en 2009 avec l'objectif de réduire l’utilisation de pesticides de 50% d’ici 2018, a été un échec, l’utilisation ayant au contraire augmenté de 12,4% dans le domaine agricole, bien qu'une nette diminution ait été observée dans les autres domaines (-38% entre 2015 et 2016) grâce à l’interdiction dans les espaces verts publics. Le plan Ecophyto 2015 a reporté cette réduction de sept ans, et le plan Ecophyto 2+ 2018 a annoncé des mesures complémentaires, notamment pour les innovations en biocontrôle.
Malgré ces allées et venues réglementaires continues et parfois perturbantes, la France semble avancer peu à peu vers des modes d’action favorisant la biodiversité et la protection de l’environnement, même si pour beaucoup, cela ne va ni assez loin ni assez vite. Au regard de toutes ces dispositions, le purin d’ortie est donc toujours reconnu comme une Préparation Naturelle Peu Préoccupante (PNPP). Il est réalisé à base d’une substance naturelle à usage biostimulant qui figure dans les listes réglementaires nationales et dans le code de la santé publique. L’ortie est également une substance active autorisée par l’Union Européenne. L’autorisation de mise sur le marché du purin d’ortie (PNPP n° 2011-01) en tant que PNPP reste valable. Son processus de fabrication est accessible à tout utilisateur final, ce qui garantit son statut de produit du domaine public, protégeant ainsi les jardiniers amateurs et les petits producteurs contre les tentatives de brevetage.
Le Purin d'Ortie dans la Pratique du Jardinage : Conseils et Précautions pour une Utilisation Efficace et Sûre
Le purin d'ortie est un outil polyvalent pour le jardinier, mais son efficacité dépend grandement de son bon usage. Il est essentiel de comprendre quand, comment et sur quelles plantes l'appliquer pour en tirer le meilleur parti sans causer de dommages.
Fabrication Maison : La Recette à Suivre
Pour fabriquer soi-même 10 litres de purin d’ortie, il est important de respecter certaines étapes. Tout d'abord, il faut se protéger les mains, car les orties ça pique. Ensuite, coupez ou hachez un kilo d’orties. Plusieurs méthodes peuvent être adaptées à la quantité produite : le hachage à la tondeuse est simple et efficace, un robot de cuisine après une pré-coupe, ou un grand couteau de cuisine bien aiguisé et désinfecté. Placez le kilo d’orties hachées dans une bassine non métallique, ou un grand récipient capable de contenir environ 15 litres d'eau. Ajoutez dix litres d’eau non chlorée (eau de pluie de préférence).
Le cycle de fermentation est influencé par la température : il est d'environ 3 à 4 jours à 30 °C, 5 à 6 jours à 25 °C et 7 à 8 jours à 20 °C (moyenne pour un contenant inférieur à 100 L). Il est crucial de surveiller les bulles : tant que des petites bulles remontent à la surface quand vous remuez, la fermentation est en cours. Dès qu’il n’y a plus de bulles et que le "calme plat" s’installe, la fermentation est finie. C’est le moment précis où il faut filtrer et stocker en bidons hermétiques à l’abri de la lumière. Le purin doit être filtré avec un tissu ou un bas nylon. Une fois filtré et mis en bouteille, le purin se conserve un an sans pourrir, surtout s’il est stocké au frais, à l’abri de la lumière et dans un bidon rempli à ras bord pour chasser l’air.
Usages Spécifiques au Jardin
Le purin d'ortie est un engrais puissant, contenant notamment de l’azote en quantité importante, ainsi que de nombreux minéraux et oligo-éléments. Sa composition en NPK (azote, phosphore, potassium) n'en fait pas un engrais complet au sens strict, mais plutôt un biostimulant qui aide la plante à mieux assimiler les éléments nutritifs présents dans le sol.
- Comme engrais : Au printemps, il est utilisé pour stimuler la croissance des plantes. On l'applique dilué à 10% (1 litre de purin pour 9 litres d’eau) en arrosage au pied. Il peut aussi être utilisé au début de l'été pour donner un coup de fouet et à l'automne comme traitement de fond, parfois en mélange avec l'extrait fermenté de consoude.
- Contre les insectes et parasites : Le purin d’ortie est un répulsif efficace contre les principaux insectes ravageurs du potager comme les pucerons, les aleurodes et les limaces. Son action répulsive repose sur son odeur forte et sur les composés volatils libérés par la fermentation, qui perturbent les insectes et les incitent à quitter les plantes traitées. Pour cette utilisation, il doit être dilué à 5 % (0,5 litre de purin pour 9,5 litres d’eau) et appliqué en pulvérisation foliaire. Il est important de l'utiliser en préventif car s'il y a déjà une attaque de pucerons, il faut arrêter les extraits fermentés qui, au contraire, risquent d'attirer ces nuisibles. Il faut alors passer sur des préparations curatives comme la macération d'ail ou l'infusion de feuilles d'orties.
- Activateur de compost : Comme le purin de consoude, le purin d’ortie est un très bon activateur de compost. Dans ce cas, il s'utilise ni dilué, ni filtré, en le versant directement sur le tas de compost. Les bactéries de putréfaction et l’azote massif vont donner un coup d’accélérateur phénoménal à la décomposition des déchets organiques.
- Renforcement général des plantes : Il peut être utilisé sur toutes les plantes pour renforcer le système racinaire (en arrosage), pour prévenir les maladies (en pulvérisation foliaire) et pour renforcer leurs défenses immunitaires (arrosage et pulvérisation). Les arbres fruitiers, le potager, les rosiers, les vignes, les grandes cultures, les parcs et les jardins apprécient ses effets s'il est correctement dosé (5 à 10 % mélangé avec de l'eau).
- Plantes cibles spécifiques : Les légumes-feuilles, comme les laitues, les épinards ou les choux, répondent très favorablement à cette fertilisation douce, souvent visible après quelques jours. Pour les fleurs, l'extrait fermenté de consoude est souvent préféré. Pour les légumes-fruits comme les tomates, un mélange ortie-consoude est recommandé, et pour les légumes-racines comme les radis, un mélange ortie-fougère.

Éviter les Erreurs Courantes : Quand le Purin d'Ortie Devient Contre-productif
Bien que le purin d'ortie soit un produit naturel et bénéfique, il n'est pas une potion universelle et son utilisation requiert de la précision. Des erreurs courantes peuvent non seulement réduire son efficacité mais aussi causer des dommages aux plantes.
Le Danger du Surdosage et de la Mauvaise Concentration
Le paradoxe du surdosage est particulièrement retors avec le purin d'ortie. Trop d'azote, apporté par une préparation trop concentrée ou appliquée trop souvent, peut entraîner l'effet inverse de celui recherché. Un excès d'azote attire irrémédiablement les pucerons et fragilise les tissus végétaux. Si l'objectif est de s'en débarrasser, un surdosage les invite littéralement à dîner.
Utilisé sans dilution, le purin d'ortie est trop concentré en azote et en composés actifs, ce qui entraîne des brûlures sur les feuilles, un déséquilibre du sol ou une croissance végétative excessive au détriment de la floraison et de la fructification. Par exemple, une tomate à qui l'on continue d'apporter de l'azote au moment de la floraison va produire un magnifique feuillage luxuriant, mais très peu de fruits.
Il est impératif de diluer le purin avant utilisation. Pour la pulvérisation directe sur les cultures, un dosage à 5 % est recommandé (50 ml de purin concentré dans un litre d'eau). Dépasser largement ce dosage peut tout simplement causer la mort de la plante traitée. Pour un arrosage au pied des plantes, une dilution à 10 % (un litre de purin pour neuf litres d'eau) est conseillée. Il existe donc deux dosages distincts selon que l'on souhaite nourrir les racines ou traiter le feuillage, et la confusion entre les deux est une erreur fréquente.
Le Moment Opportun pour l'Application
L'application en plein soleil est l'écueil le plus fréquent. Les gouttelettes de purin sur les feuilles agissent comme des loupes, provoquant des brûlures thermiques. Ce phénomène physique, simple à comprendre, échappe pourtant à la majorité des jardiniers. On observe souvent des taches brunes inexplicables apparaître deux jours après un traitement généreux effectué en milieu de journée par grand ciel bleu. La réaction classique est de blâmer le mildiou, une carence ou l'arrosage, alors que la cause est souvent un coup de soleil chimique.
Le bon sens paysan l'a toujours su : ne jamais pulvériser en plein soleil, car les gouttelettes concentrent la lumière et peuvent provoquer des brûlures foliaires. Il faut pulvériser le matin tôt (avant 9h) ou en soirée (après 18h), voire par temps couvert, ce qui reste la condition idéale. Le soir présente même un avantage supplémentaire : la face inférieure des feuilles est l'endroit précis où les pucerons installent leurs colonies, et une pulvérisation effectuée debout en milieu de journée rate souvent cette zone cruciale.
Plantes à Épargner
Le purin d'ortie n'est pas adapté à toutes les plantes. L'azote qu'il contient favorise la croissance végétative (feuilles, tiges) au détriment des fleurs et des fruits. À partir des premiers boutons floraux, il est préférable de passer au purin de consoude, qui est riche en potasse et phosphore.
Certaines plantes doivent être complètement épargnées par le purin d'ortie. La seule exception concerne les légumineuses, telles que les haricots, les pois, les fèves, les lentilles ou les pois chiches, qui fixent naturellement l'azote atmosphérique via leurs nodosités racinaires. Un apport supplémentaire en azote favoriserait la croissance du feuillage au détriment des gousses et des graines. La même logique s'applique aux carottes : un excès d'azote risquerait de les faire fourcher.
Gérer un Purin "Raté" ou Trop Vieux
Il peut arriver que, suite à un oubli, un seau de purin d'ortie fermente trop longtemps, trois ou quatre semaines par exemple. L'odeur devient alors pestilentielle, celle de cadavre et de putréfaction remplace l'odeur organique supportable de l'herbe fermentée. Une odeur insupportable est le signe que la fermentation est terminée et que la putréfaction a commencé. Si la macération se prolonge trop longtemps, surtout si le récipient était hermétiquement fermé (en anaérobie), les bactéries changent de nature. Les protéines de la plante se décomposent totalement, produisant des substances comme l’ammoniac et le sulfure d’hydrogène (l’odeur d’œuf pourri). Le mélange devient biologiquement instable et chimiquement agressif.
Un purin trop vieux et concentré devient extrêmement riche en ammoniac et en nitrites. Il peut alors agir comme un herbicide naturel efficace. L’excès d’azote et d’ammoniac brûle les tissus végétaux. Paradoxalement, ce qui est mauvais pour vos légumes peut être utile ailleurs. Vous pouvez le verser pur sur les allées gravillonnées ou entre les dalles pour éliminer les adventices. Si vous tenez absolument à l’utiliser comme fertilisant, une grande prudence est de mise, car le produit est devenu caustique pour les radicelles des plantes sensibles. Il faut impérativement augmenter le taux de dilution, passant par exemple de la dilution classique à 10% à 5% (0,5L pour 10L d’eau). Arrosez uniquement au pied des plantes très gourmandes (tomates, courges, choux) et jamais sur le feuillage, car l’ammoniac provoquerait des nécroses foliaires immédiates. L’usage le plus sécurisé et le plus bénéfique pour un purin raté est le compost. Versez votre mixture malodorante (sans la filtrer, avec les résidus de feuilles) sur votre tas de compost. L’odeur forte peut attirer certaines mouches, mais elle a surtout tendance à repousser certains ravageurs par confusion olfactive. L’odeur de putréfaction est tenace mais volatile ; si vous arrosez le soir, elle aura généralement disparu le lendemain matin.

Le Purin d'Ortie et l'Environnement : Une Préparation Naturelle Peu Préoccupante
La question de l'impact environnemental des produits utilisés au jardin est fondamentale. Le purin d'ortie, de par sa nature et sa classification réglementaire, se distingue des produits phytosanitaires de synthèse, souvent pointés du doigt pour leurs effets néfastes sur la biodiversité et les écosystèmes, y compris les nappes phréatiques.
La reconnaissance du purin d'ortie comme Préparation Naturelle Peu Préoccupante (PNPP) est le reflet d'une évaluation rigoureuse de son profil environnemental. Les réglementations actuelles stipulent qu'une substance naturelle à usage biostimulant est autorisée par son inscription sur une liste publiée par arrêté du ministre chargé de l'agriculture. Cette inscription est subordonnée au respect de conditions strictes, dont la principale est que "la substance a fait l'objet d'une évaluation par l'Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail (ANSES) qui révèle son absence d'effet nocif sur la santé humaine, sur la santé animale et sur l'environnement". Cette exigence réglementaire est une garantie essentielle de la sécurité environnementale des PNPP, impliquant que, lorsqu'il est utilisé conformément aux préconisations, le purin d'ortie n'est pas considéré comme nocif pour l'environnement, y compris pour les nappes d'eau. Les substances naturelles utilisées doivent être d'origine végétale, animale ou minérale, à l'exclusion des micro-organismes, et ne doivent pas être génétiquement modifiées. De plus, leur obtention doit se faire par un procédé accessible à tout utilisateur final, c'est-à-dire non traitées ou traitées uniquement par des moyens manuels, mécaniques ou gravitationnels, par dissolution dans l'eau, par flottation, par extraction par l'eau, par distillation à la vapeur ou par chauffage uniquement pour éliminer l'eau. Ces critères renforcent le caractère "naturel" et "peu préoccupant" de la préparation.
L'objectif du plan Ecophyto, qui visait initialement à réduire l'utilisation des pesticides de 50%, souligne l'importance de se tourner vers des alternatives plus respectueuses. Bien que ce plan ait rencontré des difficultés dans le secteur agricole, l'interdiction des produits phytosanitaires dans les espaces verts publics a montré une nette diminution de leur usage dans d'autres domaines, ce qui est une avancée positive pour la biodiversité et la protection des écosystèmes. Dans ce contexte, les PNPP comme le purin d'ortie jouent un rôle crucial en offrant des solutions pour une agriculture et un jardinage plus durables, favorisant une approche respectueuse de l'environnement plutôt que l'éradication systématique par des produits chimiques. Le fait que l'ortie soit une substance de base autorisée par l'Union Européenne témoigne d'une reconnaissance à un niveau supranational de son profil sécuritaire et de son utilité.
Ainsi, l'utilisation du purin d'ortie s'inscrit pleinement dans une démarche de préservation des sols et de l'équilibre écologique. Un sol préservé, équilibré et sain, c'est-à-dire non pollué par les produits chimiques, est l'un des principaux avantages de l'utilisation de purins naturels. Il n'est pas un désherbant au sens classique du terme, car même utilisé pur, la partie aérienne de la plante "grille" par excès d'azote, sans les conséquences écologiques d'un herbicide de synthèse. L'approche du jardinage naturel, qui privilégie des cultures variées de familles différentes côte à côte sur des petites surfaces, permet déjà largement de diminuer les infestations massives, et dans ces conditions, les apports nutritifs ou la capacité de soin du purin d'ortie peuvent montrer pleinement leur efficacité sans risques pour l'environnement.
