La charrue, instrument ancestral et emblématique du travail du sol, a une histoire riche et complexe, souvent mal interprétée dans son rapport à d'autres outils comme l'araire. Son rôle, initialement lié au labour des gazons, éclaire de manière surprenante les pratiques actuelles de préparation du sol pour l'établissement ou la rénovation des pelouses. Loin d'être un simple perfectionnement de l'araire, la charrue est un outil aux spécificités bien définies, essentiel pour certains types de terrains et de travaux. Comprendre son fonctionnement et son évolution permet de mieux appréhender les techniques modernes de jardinage et d'entretien des espaces verts, où la préparation du sol est la clé d'un gazon sain et luxuriant.

Qu'est-ce qu'une Charrue et Comment Fonctionne-t-elle ?
La charrue est un instrument attelé de travail du sol, dont la partie travaillante est composée de plusieurs pièces : un soc, un versoir, le plus souvent un coutre et parfois une rasette. La charrue découpe une tranche de terre qui est totalement ou partiellement retournée sur un des côtés de la ligne de travail. Son nom, « charrue », vient du bas-latin carruca, qui comporte la notion d’un avant-train à roues. Ce mot appartient aux dialectes septentrionaux de la France, tandis que les dialectes méridionaux employaient plutôt un dérivé du latin classique aratrum, comme le provençal araïre.
Au XIXe siècle, le mot araire est passé dans le vocabulaire des agronomes pour désigner les charrues sans avant-train. Cependant, depuis la parution de L’Homme et la charrue d’Haudricourt et Jean-Brunhes Delamarre (1955), qui ont montré que l’avant-train n’était pas le critère essentiel de distinction entre araires et charrues, cet usage a pratiquement disparu. La charrue proprement dite est définie par l’existence d’un versoir qui rejette la terre soulevée par le soc sur un des côtés ; l’instrument doit donc avoir une structure dissymétrique, ce qui l’oppose à l’araire.

La Charrue face à l'Araire : Une Distinction Fondamentale
Il est courant de lire dans de nombreux ouvrages que la charrue est une forme perfectionnée de l’araire, que ce dernier ne fait que « gratter », « égratigner » le sol, alors que la charrue permet de faire des labours plus profonds et plus complets. Tout cela est faux. C’est le résultat d’une méconnaissance générale de la complexité des anciens modes de travail du sol, où araires et charrues, dont il existait d’ailleurs des modèles très divers, remplissaient des fonctions différentes et complémentaires. Il n’y avait pas « un » labour mais plusieurs, au moins trois et souvent bien davantage, chacun d’eux avec ses spécifications propres. C’est pourquoi il y avait en général plusieurs modèles de charrues et d’araires dans une région donnée.
L’hypothèse la plus vraisemblable sur l’origine de la charrue est qu’il s’agissait initialement d’un instrument destiné au labour des gazons (Sigaut, 1972, 1975, 2004). La charrue n’est donc pas un instrument plus perfectionné ou plus performant que l’araire. Les deux instruments ont leurs domaines respectifs d’efficacité. L’araire est adapté à des sols nus ou faiblement gazonnés, qui tendent à s’ébouler facilement pendant ou après le passage de l’instrument. La charrue est adaptée à des sols gazonnés, ou qui pour d’autres raisons (texturales ?) tendent à conserver une forte cohésion.
Cette distinction est cruciale pour comprendre pourquoi la charrue ne s’est jamais véritablement implantée dans les régions méditerranéennes, et pourquoi l’araire est resté indispensable jusqu’au XIXe siècle dans de nombreuses régions de l’Europe du Nord qui connaissaient la charrue depuis longtemps.
Le Rôle du Gazon dans l'Émergence de la Charrue
La notion de gazon n’a pas la place qui devrait lui revenir en agronomie. Un gazon, au sens premier du terme, c’est un morceau de terre enherbée que le chevelu des racines rend mécaniquement beaucoup plus résistant que le même morceau de terre nue, auquel est réservé proprement le nom de motte. Sauf dans le cas de certaines argiles particulièrement tenaces, les mottes se brisent sous le choc, pas les gazons, et quiconque a manié tant soit peu la bêche a vite appris que travailler une terre gazonnée demande beaucoup plus d’efforts et de temps qu’une terre nue. L’observation est si courante que toutes les langues européennes, et beaucoup d’autres, ont deux mots différents pour exprimer l’opposition motte / gazon (le latin a gleba / caespis).
Dans cette perspective, le coutre et l’avant-train de la charrue s’expliquent assez bien. En sol gazonné, la nécessité du coutre est trop évidente pour qu’il soit nécessaire d’y insister. Quant à l’avant-train, son utilité est de réaliser un réglage en largeur et surtout en profondeur particulièrement rigoureux, qui répond aussi à une nécessité du labour en sol gazonné.
La plupart des araires sont équipés d’un soc pointu qui travaille comme un coin en soulevant et en éboulant la terre, nue ou faiblement enherbée. Un réglage en profondeur est certes nécessaire, mais il n’a pas besoin d’être très précis ; que l’araire « pique » un peu plus ou un peu moins, dans certaines limites, n’a pas de gros inconvénients. Il en va tout autrement en sol gazonné, pour deux raisons. La première est qu’il est indispensable, pour la bonne organisation du travail, que les dimensions de la tranche de terre soient aussi constantes que possible d’un bout du rayage à l’autre. La seconde est que comme le soc travaille à plat, en largeur, tout dépassement intempestif de profondeur imposerait à l’attelage des efforts superflus et épuisants. À quoi il faut ajouter le fait que pour obtenir une décomposition aussi rapide que possible de la couche gazonnée, le labour doit être superficiel (5-10 cm) plutôt que profond. Or c’est précisément pour des labours superficiels qu’un réglage particulièrement précis, tel que l’avant-train le permet, est nécessaire.
Dans l’Europe non méditerranéenne, la charrue est en général l’instrument des premiers labours, parce qu’une terre qui n’a pas été travaillée depuis assez longtemps est toujours plus ou moins gazonnée. Ces premiers labours doivent être peu profonds.

Histoire et Géographie de la Charrue
Il n’existe que dans deux régions du monde : la Chine et l’Europe. En Chine toutefois, les charrues traditionnelles n’avaient ni coutre ni avant-train, et si on a d’assez nombreuses descriptions de l’instrument lui-même (Needham & Bray, 1984), on en a beaucoup moins de son mode d’action dans le sol.
En Europe, la charrue fait son apparition quelque part entre le Pô, la haute vallée du Danube et celle du Rhin vers le début de notre ère. La date exacte est controversée, mais elle se situe entre le Ier et le VIe siècle de notre ère. Un passage de l’Histoire naturelle de Pline l’Ancien, à la fin du Ier siècle, mentionne explicitement le coutre, les roues, et « un soc large qui renverse les gazons », ce qui s’applique assez bien au versoir.

Préparer le Terrain pour un Gazon : Techniques Modernes et Anciennes
Le secret d’un beau gazon réside dans une bonne préparation puis un bon entretien. Lors de la création d’une pelouse, il est important de réaliser une bonne préparation. Pour disposer d’un terrain propice à l’engazonnement, il vous faut labourer le sol sur environ 20 centimètres de profondeur.
Outils et Méthodes de Labour
Pour les petites surfaces, il est parfaitement possible d’utiliser une bêche. Pour des travaux plus conséquents, divers équipements sont disponibles :
- Cultivateur (canadien) : Pour des terrains très légers, sablonneux et peu compacts, un passage avec un cultivateur suffit. Pour des petits tracteurs, il faut toujours choisir un cultivateur à dents souples, un modèle à dents rigides exige beaucoup trop de puissance.
- Décompacteur : Pour des terrains un peu plus lourds et compactés, il faudra utiliser un décompacteur. Des modèles 1 dent sont très bon marché pour petits tracteurs de moins de 16/18 CV, et des modèles 3 dents avec 2 roues de jauge pour tracteurs à partir de 18/20 CV sont également disponibles.
- Sous-soleuse : Pour des terrains très lourds, argileux et compacts, il conviendra de choisir une sous-soleuse. Seuls les modèles à une seule dent sont utilisables avec un microtracteur, et encore faudra-t-il une puissance suffisante (à partir de 20 CV).
- Rotovator thermique : D’une puissance de 11 CV, il permet de préparer une terre avant culture ou plantation, idéal pour semer du gazon. Les fraises arrière de ce motoculteur réalisent les travaux de finition, émiettant les terrains préalablement travaillés à la bêche ou avec la charrue.
- Herses rotatives : Disponibles sur commande, de 1,00 m, 1,20 m et 1,40 m de largeurs de travail, équipées d’origine de lames niveleuses avant et arrière réglables par vis et d’un rouleau arrière en métal déployé avec lame de décrottage et vis sans fin intérieure. En option, ces herses rotatives peuvent être équipées de semoirs qui les transforment en engazonneuses.
Pour une surface actuellement en vieux gazon, la question se pose de savoir s'il est envisageable de passer une charrue directement sur le gazon actuel ou s'il faut désherber absolument avant. Si le terrain est sale, une solution correcte est de désherber avec un produit adapté pour éliminer les mauvaises herbes vivaces. Cependant, certains estiment qu'il est possible de passer une charrue suivie d'un rotavator pour préparer le sol. L'agriculteur en fera bien le contour pour les arbres, et la surface restante peut être travaillée avec un simple outil au niveau des racines.
Comment semer une pelouse
Les Étapes Clés de la Préparation du Sol
La préparation du terrain pour un nouveau gazon implique plusieurs étapes :
- Désherbage : Halte aux mauvaises herbes ! Retirer les mauvaises herbes est une étape indispensable. Si on désherbe à la main, souvent, on enlève de grandes surfaces de mauvaises herbes et on laisse des trous. Pour un terrain très sale, un désherbage chimique peut être envisagé.
- Labour : Labourer le sol sur environ 20 centimètres de profondeur. Cela peut être fait à la bêche pour les petites surfaces, avec un motoculteur ou une charrue pour des zones plus importantes.
- Émiettement et nivellement : Après le labour, il est nécessaire d'émietter la terre et de la niveler. Un rotavator est idéal pour cette tâche.
- Ramassage des pierres : Il est important de ramasser les pierres qui pourraient gêner la croissance du gazon ou l'entretien futur.
- Ratissage et roulage : Un ratissage manuel permet d'affiner la surface. Un rouleau, souvent sans vibration, est ensuite passé pour tasser légèrement le sol avant le semis.
Quand et Comment Semer un Gazon ?
Le choix du moment pour semer un gazon est crucial pour sa réussite. Depuis quelques années, le climat change tellement qu’il est difficile de répondre à cette question de manière absolue.
Les Meilleures Périodes de Semis
- Automne : Vers la mi-août, jusqu'à la fin septembre, le soleil est souvent beaucoup moins chaud qu’en été alors que le sol, lui, conserve encore sa chaleur. De plus, les bonnes rosées et les précipitations assez fréquentes aident à maintenir le sol humide en surface, ce qui favorise la croissance des nouveaux semis.
- Printemps : On peut aussi semer au printemps, au moment du dégel. Dès qu’on peut racler le terrain, même s’il ne fait pas encore très chaud, on peut semer, car le dégel et l’eau aideront la semence à mieux pénétrer le sol.
- Semis sur la gelée : Cette méthode consiste à épandre des semences juste avant les premières neiges, sans rajouter de terre, sur un terrain plat. Quand il fait moins de 5 degrés, il est certain que la semence ne germera pas. Ainsi, le gel, le dégel, la neige, puis sa fonte déplaceront la semence qui pénétrera dans la couche superficielle du sol. Néanmoins, son taux de succès est un peu moins élevé.
Aujourd’hui, les conditions climatiques sont particulières et il est possible que l’on doive s’y adapter d’une année à l’autre. Par exemple, on a souvent, à l’automne, des sécheresses qui peuvent durer jusqu’à la troisième semaine de septembre.
Techniques de Semis
Pour obtenir le meilleur résultat avec les semis, un bon contact de la semence avec le sol est essentiel.
- Avec ajout de terre : La meilleure technique, qui donne de très bons résultats, mais qui est aussi la plus demandante, consiste à rajouter de la terre avant de semer. En rajoutant de la terre, on peut voir réapparaître des mauvaises herbes.
- Engazonneuse manuelle ou thermique : Une engazonneuse manuelle est une alternative à moindre coût pour avoir un beau gazon. Elle permet de semer la plupart des variétés de gazons comme les pâturins, les fétuques, ray-grass, etc. Elle offre une largeur de travail de 70 cm. Pour de plus grandes surfaces, privilégiez un engazonneur thermique, avec une largeur de travail similaire.
Les Semences de Gazon
Dans un mélange à gazon, en général, au Québec, on retrouve trois types de semences : du Ray Grass, de la fétuque et du pâturin du Kentucky.
- Fétuques : Elles tolèrent mieux l’ombre.
- Pâturin du Kentucky : Il préférera les zones ensoleillées et n’est pas du tout adapté à l’ombre.
L’important, c’est d’avoir le plus de variétés différentes de chaque type de semence. Pourquoi? Parce que chaque type de semence possède sa propre génétique. Ainsi, en les variant et en les combinant, on s'assure d'une meilleure performance et donc, d’un gazon plus joli.
Même si on a des semences pour zones ombragées, le gazon ne survit pas à l’ombre intense. Dans un environnement plus boisé, ombragé quasiment en tout temps, il vaut mieux opter pour un couvre-sol qui tolère bien l’ombre. Attention à ne pas poser du gazon en plaques à ces endroits-là. Ainsi, à l’ombre, il ne faudrait idéalement jamais mettre de gazon en plaques. Quand un coin de terrain manque de soleil, une autre option consiste à faire élaguer les arbres avoisinants par des spécialistes.
Rajouter annuellement des semences de différentes génétiques contribue à augmenter la résistance du gazon aux insectes et aux maladies.
Gazon en Rouleaux ou en Plaques : Une Alternative
Le gazon naturel en rouleaux ou en plaques peut être une alternative intéressante au semis. Il permet de gagner du temps en obtenant un beau gazon rapidement. Un semis de gazon, même s’il est réalisé à la période propice, reste en effet toujours aléatoire. Avant de poser un gazon en rouleaux, il vous faudra tout de même passer par l’étape labourage, idéalement à l’aide d’un motoculteur.
Entretien de la Pelouse : Prévenir et Traiter les Problèmes
Une pelouse bien préparée nécessite un entretien régulier pour rester belle et saine.
Gérer le Vieillissement et la Mousse
Si votre pelouse est ancienne et abîmée, avec des zones dégarnies, le vieillissement de la pelouse est marqué par la formation d’une couche de feutrage composée de mousse, de racines et de débris végétaux. La mousse est souvent le signe d'un sol trop acide.

Chaulage de la Pelouse
Le pH de votre sol affecte la croissance de la mousse. Les pelouses doivent être chaulées si le pH du sol est trop acide. Pour que l’herbe pousse idéalement, le sol a besoin d’un pH compris entre 5,5 et 7,0. Si votre sol est trop acide, cela entravera la croissance de votre pelouse. La disponibilité des nutriments est sévèrement limitée par les vents acides, de sorte que les graminées de la pelouse ne peuvent pas pousser correctement. Si votre sol a un pH faible, on l’appelle sol acide. Ceci s'applique aux valeurs inférieures à 6,5. L’herbe pousse dans des sols légèrement acides, mais pas dans des sols trop acides.
Les sols acides se développent souvent progressivement. Si le sol de votre jardin est très compacté et très humide, une suracidification est possible. Les résidus de tonte sur la pelouse favorisent également une acidification excessive. S’ils ne peuvent pas être complètement décomposés, ils commencent à pourrir. Ce processus entraîne une baisse du pH du sol.
Comment Déterminer le pH du Sol
Avant de chauler votre pelouse, vous devez d’abord déterminer la valeur du pH du sol. Pour cela, vous n’avez pas besoin d’une analyse de sol complexe. Vous pouvez également effectuer vous-même un test de pH. Cela vous permet de déterminer la valeur du pH de votre sol en quelques minutes. Pour ce faire, prélevez d’abord des échantillons de sol de votre jardin et mélangez-les selon les instructions figurant sur l’emballage. Ensuite, vous remplissez l'échantillon dans les tubes à essai fournis et les remplissez d'eau distillée. Attendez quelques minutes et vous pourrez lire la valeur du pH déterminée à l'aide d'une échelle colorée.
Quand et Comment Chauler
Le meilleur moment pour chauler la pelouse est le printemps. Il est préférable d’attendre que la neige ait fondu et qu’il ne gèle plus. Avant que votre pelouse ne commence à pousser, vous devez la scarifier. Il est préférable de chauler votre pelouse par temps sec, avec peu de vent et de soleil. S'il y a beaucoup de vent, la chaux peut s'évaporer.
Vous ne devez chauler votre pelouse que si le test de pH du sol a montré qu'elle est trop acidifiée. Pour les sols normaux, un chaulage n'est nécessaire que tous les trois à quatre ans. Si le pH de votre jardin est trop acide, le chaulage est une mesure prometteuse. Si vous appliquez de la chaux, elle neutralise le pH et crée les conditions idéales pour la croissance saine de votre pelouse. Assurez-vous d’appliquer la chaux avant que l’herbe ne commence à pousser.
Dosage et Précautions
Avant de pouvoir incorporer la chaux dans le sol, il faut le préparer. Scarifiez au préalable votre pelouse afin qu'elle puisse absorber idéalement le calcaire et qu'elle soit bien aérée. Vérifiez ensuite la dose de chaux à appliquer par mètre carré selon les instructions. Il est préférable de porter des gants de jardinage afin que vos mains n'entrent pas en contact avec la chaux. Après avoir chaulé votre pelouse, il faut l'arroser suffisamment. Il est conseillé d'entretenir la pelouse après le chaulage et de ne pas marcher dessus pendant quelques jours.
Non, la fertilisation et le chaulage de la pelouse ne doivent jamais être effectués ensemble. Les effets de la chaux et de l’engrais s’annulent. Il faut prévoir environ six à huit semaines entre l’application d’engrais et de chaux. La fréquence à laquelle vous devez chauler votre pelouse dépend de la nature individuelle du sol. Certains jardins nécessitent un chaulage régulier, tandis que d’autres n’en ont besoin que tous les quelques années. En règle générale, on applique 100 grammes par mètre carré sur des sols légers et sableux. Si vous avez un sol lourd et dense, vous en aurez besoin d'un peu plus.
Un gazon plus long est un gazon en meilleure santé : plus résistant, plus vigoureux, mieux hydraté et plus écologique. De plus, tout cela transparaît dans son état. Plus coloré, il est aussi beaucoup plus joli !