
Dans le contexte actuel de l'agriculture, où la préservation des ressources et l'efficacité de la production fourragère sont primordiales, les cultures intermédiaires pièges à nitrates (CIPAN) et les méteils fourragers occupent une place de choix. Ces systèmes de cultures, au-delà de leur rôle environnemental, offrent des opportunités significatives pour la production de fourrage de qualité et la sécurisation des stocks face aux aléas climatiques. En Belgique, comme dans d'autres régions, les successions culturales avec de longues périodes d'interculture peuvent engendrer un risque accru de perte d'azote par lixiviation si ces périodes ne sont pas exploitées par des couverts végétaux.
L'objectif de cet article est d'explorer les stratégies et les quantités de semences optimales pour l'avoine brésilienne et la vesce, deux espèces clés dans la composition de ces couverts et méteils. Nous examinerons leurs caractéristiques agronomiques, leurs bénéfices économiques et écologiques, ainsi que les recommandations de semis et d'associations culturales pour maximiser leur potentiel.
Les Méteils Fourragers : Une Base Solide pour la Production de Fourrages
Les prairies naturelles et temporaires restent la base de la production de fourrages, notamment en raison de leur capacité de production en moyenne supérieure aux cultures fourragères et de leur faible coût à la tonne de matière sèche récoltée. Il n’y a rien de moins cher que de l’herbe pâturée pour l’alimentation des ruminants. Dans ce cadre, les méteils fourragers se sont largement développés du fait de leur productivité et de la valeur alimentaire du fourrage obtenu. Ces mélanges céréales-protéagineux permettent de produire des stocks de bonne heure au printemps, mais ils peuvent aussi être pâturés.

Les méteils fourragers augmentent la période d’implantation de cultures fourragères à l’automne et peuvent ainsi venir compléter des cultures dérobées fourragères. S’ils sont implantés à l’automne et récoltés au printemps, ils permettent de constituer des stocks avant la période sèche. Les méteils fourragers doivent être semés au cours du mois d’octobre : un semis après le 15 novembre pénalise la production.
Choix du Méteil en Fonction des Objectifs
Selon le type d’aliment recherché, en priorité du tonnage ou de la valeur alimentaire, la stratégie sera différente. Si l'on cherche à obtenir un aliment qui comporte une bonne valeur alimentaire, on optera plutôt pour une coupe précoce, qui se fera au détriment du tonnage. Ce type de fourrages permet de récolter du volume : jusqu’à 8 T de MS/ha, avec une valeur alimentaire intermédiaire. Il doit être destiné à des animaux ayant des besoins limités. La valeur alimentaire moyenne d’un enrubanné se situe autour de 0,75 UFL/kg de MS et de 11% de MAT/kg de MS. Il permet également de refaire des stocks (ensilage, enrubannage).
Avec un mélange pouvant contenir davantage de légumineuses, il est possible de récolter au stade tout début épiaison de la céréale ou début floraison du pois fourrager. On recherche dans ce cas la valeur alimentaire au détriment du volume : prévoir 4 à 5 T de MS/ha. La valeur alimentaire moyenne est de 0,83 UFL/kg de MS et de 16 à 17,5% de MAT selon la proportion de légumineuses dans le méteil.
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Périodes de Semis et Choix des Variétés
Les méteils de printemps peuvent être semés à partir du mois de mars à fin mai. Pour les semis d’automne, il est conseillé de choisir des variétés à épiaison tardive pour le triticale et l’avoine. La période de semis des méteils fourragers à l’automne s’étale de la mi-octobre à la mi-novembre. Mieux vaut ne pas semer trop tôt pour retarder l’épiaison des céréales, et limiter les maladies et le gel sur les protéagineux.
Techniques de Récolte et de Conservation
Pour obtenir une bonne conservation de l’ensilage, il faut réaliser un préfanage et viser un taux de 30 - 35% de MS à la mise en silo. Pour l’enrubanné, il faut atteindre au minimum 40 % de MS pour assurer la conservation, mais il est préférable d’atteindre 50 à 60 % de MS. En cas de sécheresse, il ne faut pas hésiter à retarder l’ensilage ou l’enrubannage.
L'Avoine Rude (Avoine Brésilienne) : Un Atout Polyvalent
L'avoine rude, également connue sous les noms d'avoine diploïde, d'avoine brésilienne ou d'avoine fourragère, est une graminée originaire de la région méditerranéenne, aujourd'hui largement utilisée à travers le monde, notamment dans les régions tempérées de l'hémisphère Nord, en tant que fourrage ou couvert végétal. La germination rapide de l’avoine rude et son développement vigoureux en font un bon concurrent aux adventices. Par ailleurs, sa teneur élevée en protéines en fait un excellent fourrage. Bénéficiant d’une excellente adaptabilité, les qualités agronomiques de l’avoine rude permettent son utilisation aussi bien en couvert d'été que d'hiver.

Caractéristiques et Avantages Agronomiques
L'avoine rude est une graminée qui présente un réseau racinaire fasciculé très dense, ce qui lui permet d'affiner les agrégats de terre et de stabiliser les sols sujets à la déstructuration ou à l'érosion. Elle est largement utilisée comme fourrage vert, que ce soit en ensilage ou enrubannage. À maturité ou lorsqu'elle est détruite, cette plante atteint généralement une hauteur comprise entre 80 cm et 1,3 mètre. L'avoine fleurit lorsque l'épi émerge de la gaine, et à l'instar du blé, ses fleurs sont peu visibles.
L'avoine rude se cultive facilement et se révèle très résistante aux maladies, notamment les différentes rouilles. Elle peut s'adapter à divers types de sols, mais préfère ceux qui sont bien drainés et riches en matière organique. De plus, elle montre une préférence pour les sols à pH neutre ou légèrement acide. Sa germination rapide et sa croissance rapide lui confèrent la capacité d'étouffer les adventices concurrentes. Elle partage des fonctions écologiques similaires au Ray-grass, qui est de plus en plus envahissant, et en stabilisant la structure du sol, elle limite son développement. Les résidus d'avoine ont également des effets allélopathiques, limitant le développement des plantes (quel que soit leur type) pendant 2 à 3 semaines après la destruction de l'avoine.
Bénéfices Économiques et Écologiques
L'avoine rude est un couvert végétal économique dont le prix des semences varie entre 41 et 55 € par hectare, et qui peut être valorisé facilement en tant que fourrage ou en Culture Intermédiaire à Vocation Énergétique (CIVE) d'hiver, pourvu que son développement soit suffisant. Sa teneur élevée en MAT (Matière Azotée Totale) en fait un excellent fourrage. Plutôt que de laisser le sol nu, de plus en plus d'éleveurs choisissent d'inclure l'avoine dans des mélanges avec des légumineuses pour en faire un couvert d'hiver, récolté ensuite en ensilage ou enrubannage avant de semer du maïs. Une autre option consiste à sursemer de l'avoine dans un champ de luzerne pour stimuler la productivité et augmenter jusqu'à deux fois la quantité de matière sèche récoltée lors de la première coupe.
Utilisée comme couvert végétal d'hiver, l'avoine permet d'assécher uniformément le profil du sol grâce à ses racines et à l'évapotranspiration, favorisant ainsi une précocité des semis de printemps. Cela contraste avec un sol nu qui s'assèche fortement en surface et peu en profondeur. De plus, l'avoine rude se révèle être un excellent couvert intermédiaire à vocation agronomique et environnementale (CIPAN) si elle est semée suffisamment tôt. Pour optimiser cette capacité, il est essentiel que le pic de minéralisation de l'azote à l'automne coïncide avec le stade de montaison de l'avoine, pendant lequel les besoins en azote sont les plus élevés.
La production de matière sèche par hectare varie de 2 à 5 tonnes.
Semis de l'Avoine Rude : Recommandations
Pour semer l'avoine rude, il est préférable d'utiliser une dose de semences d'environ 35 kg par hectare. Les graines d'avoine se caractérisent par une germination très rapide, ce qui permet d'étouffer rapidement les mauvaises herbes indésirables. Ce type d'avoine ne convient pas au semis à la volée, car les graines doivent être enfouies entre 2 et 5 cm de profondeur pour absorber l'humidité du sol et assurer une germination optimale. Pour un semis réussi, il est important de choisir des conditions fraîches et humides, car l'avoine ne germe pas lorsque la température du sol dépasse les 35 °C, une situation qui peut se produire facilement en été lorsque le soleil chauffe le sol nu.

L'avoine rude peut être utilisée pour deux types de couverts végétaux : les couverts d'automne et les couverts d'hiver. Pour un couvert d'automne destiné à être détruit au début de l'hiver, le semis de l'avoine devrait idéalement être effectué dès la récolte de la culture précédente, entre juin et septembre, si les conditions d'humidité le permettent. En revanche, pour un couvert d'hiver destiné à se développer en fin d'hiver et à être détruit avant l'implantation d'une culture de printemps, l'avoine doit être semée en fin d'été ou à l'automne, entre août et novembre. Il est important de ne pas semer l'avoine trop tôt pour un couvert d'hiver, car elle pourrait être détruite par le gel ou cesser de se développer au début du printemps si elle est déjà à un stade avancé.
Destruction de l'Avoine Rude
Pour éliminer l'avoine rude, les meilleures options sont l'utilisation d'un rouleau lourd pendant le gel, mais seulement si la plante est à un stade avancé (proche de l'épiaison). Dans le cas contraire, la destruction peut être envisagée par labour ou en utilisant des herbicides. Le pâturage et le broyage ne sont pas des méthodes efficaces pour sa destruction, car l'avoine reforme des tiges après avoir été coupée. Si elle est récoltée au printemps comme fourrage vert, l'avoine peut être détruite à l'aide d'un déchaumeur après la récolte.
Place dans la Rotation Cultural
L'avoine rude est particulièrement bien adaptée comme précédent pour les pommes de terre, car elle favorise la création d'une structure de terre fine et aérée, idéale pour le développement des tubercules de pommes de terre. De manière générale, elle convient également comme culture précédente pour les cultures de printemps, car elle couvre le sol et maintient sa structure pendant l'hiver.
L'avoine rude a un effet dépressif en culture précédente pour les céréales à paille telles que l'orge ou le blé. Il est essentiel de prévoir un laps de temps suffisant, de l'ordre de 2 à 3 mois, entre la destruction de l'avoine et le semis des céréales. Par conséquent, l'utilisation de l'avoine comme couvert d'été avant un semis de céréales d'hiver est déconseillée. En revanche, pour les céréales de printemps, la destruction de l'avoine peut être effectuée pendant l'hiver en vue d'un semis au printemps.
La Vesce : Une Légumineuse Complémentaire
La vesce, en particulier la vesce velue ou la vesce commune, est une légumineuse très prisée dans les mélanges de couverts végétaux et de méteils fourragers en raison de sa capacité à fixer l'azote atmosphérique et d'améliorer la valeur alimentaire du fourrage.

Caractéristiques et Intérêts Agronomiques
La vesce velue améliore la valeur alimentaire du mélange grâce à sa teneur élevée en protéines. Les variétés de vesce velue telles que Nickel et Savane sont adaptées aux implantations de fin d’été et d'automne, tandis que Massa convient aux implantations de printemps. Il faut faire attention cependant à la vesce velue, car sa graine est toxique.
Associations Recommandées
En raison de son prix abordable et de sa polyvalence, l'avoine rude est couramment intégrée dans de nombreux mélanges de couverts végétaux. Pour optimiser les bénéfices écologiques et agronomiques, il est recommandé de l'associer à des plantes appartenant à d'autres familles, telles que les légumineuses ou les crucifères. L’avoine rude se révèle particulièrement utile lorsqu'elle est associée à des légumineuses fourragères telles que la vesce velue ou le trèfle d'Alexandrie, car elle agit comme un tuteur pour ces espèces rampantes. De plus, elle couvre rapidement le sol avant que les légumineuses, qui ont un temps d'établissement plus lent, ne se développent pleinement.
Un mélange d’avoine brésilienne et de vesce est un exemple typique d'association réussie. Dans une étude menée par l'Université Catholique de Louvain (UCLouvain) en collaboration avec Fourrages Mieux, un mélange d'avoine brésilienne et de vesce velue semé à 20 kg/ha d'avoine et 20 kg/ha de vesce a été testé. Ce mélange, tout en étant gélif, permet de récolter un couvert plus riche en protéines.
D'autres associations incluant la vesce sont :
- Ray-grass d’Italie et trèfle incarnat semés à 20 - 10 kg/ha
- Avoine de printemps, pois fourrager d’hiver et vesce commune d’hiver semés à 60-42-18 kg/ha
- Seigle multicaule, vesce commune d’hiver et trèfle incarnat semés à 15 - 10 - 5 kg/ha
- Seigle fourrager, pois fourrager d’hiver, vesce commune d’hiver et féverole d’hiver semés à 50 - 20 - 20 - 10 kg/ha
- Radis fourrager, phacélie et vesce commune d’hiver semés à 5 - 5 - 10 kg/ha
Le seigle fourrager, productif, présentant un fort tallage et poussant même à de basses températures, peut être associé à 25 kg de vesce commune ou 15 kg/ha de vesce velue. Les semis de ce mélange se font d'août à mi-octobre.
Associations Cultures Intermédiaires Piège à Nitrates (CIPAN)
Les Cultures Intermédiaires Piège à Nitrate (CIPAN) sont implantées avec des objectifs variés, dont le principal est la préservation de nos ressources en eau. La production d’un fourrage de qualité pendant l’interculture est une opportunité qui peut séduire bon nombre d’agriculteurs en polyculture-élevage.

La Synergie Légumineuses-Graminées
Les mélanges les plus courants sont des binaires, associant une légumineuse à une graminée ou à une crucifère. Mais des mélanges plus complexes (à 3, 4 voire 5 espèces et plus) sont aussi parfois réalisés. Les mélanges ont pour premier objectif de diversifier les atouts et les contraintes liés à chaque espèce afin de diminuer au global les risques d’échec dus à tel ou tel facteur (implantation, conditions pédoclimatiques, ravageurs…). La stratégie consiste à ne pas mettre « tous ses œufs dans le même panier ».
Cependant, le plus grand intérêt réside sans doute dans la possibilité d’associer des familles d’espèces ayant un fonctionnement différent vis-à-vis de l’azote. Des non-légumineuses (crucifères, graminées…) peuvent être associées à des légumineuses qui peuvent aussi absorber l’azote minéral du sol mais surtout assimiler de l’azote de l’air par fixation symbiotique. Lorsque les fournitures d’azote par le sol sont limitées (faibles reliquat et minéralisation post-récolte), les couverts de non légumineuses produisent des biomasses faibles avec les inconvénients qui y sont liés : impact réduit sur la structure du sol ou les adventices, quantité d’azote limitée à fournir à la culture suivante… L’ajout d’une légumineuse n’empêche pas la non-légumineuse de jouer son rôle de piège à nitrates et permet de fixer en complément de l’azote atmosphérique.
Critères de Choix des Espèces et Densités de Semis
Choisissez des espèces adaptées aux contraintes de la parcelle : cultures de la rotation, culture suivante, date de semis, utilisation comme fourrage ou pas, type de semis et de destruction… Semer un mélange ne doit pas faire oublier ces principes de base. Par exemple, en cas de pois dans la rotation et de souhait d'éviter par précaution tout couvert susceptible de multiplier l’Aphanomyces, l’ensemble des espèces choisies doit répondre à ce critère. Cela signifie par exemple éviter les couverts de pois fourrager, gesse et lentille, qu’ils soient seuls ou associés. De manière générale, chaque espèce du mélange doit répondre aux contraintes agronomiques de la parcelle ou à son itinéraire technique.
Faites attention aux couverts trop étouffants, en particulier la moutarde qui par sa vigueur à l’implantation et sa hauteur laisse peu de chance aux autres espèces. La densité de la moutarde doit être très faible (ex : 1 kg/ha pour la moutarde blanche ou 0,5 kg/ha pour la moutarde brune). Raisonnez les densités en vous fondant sur des pourcentages des doses en pur. Cela permet de garder une base correcte à la levée pour avoir un couvert ni trop dru, ni trop clair. Deux espèces peuvent se semer chacune à demi-dose. Par exemple, 4,5 + 90 kg/ha pour une association radis + féverole, leurs doses en pur étant respectivement de 9 et 180 kg/ha. Le choix des densités de semis dépend également des objectifs visés.
Privilégiez des espèces avec des semences de taille sensiblement identique. À moins de semer en deux fois ou de disposer d’un dispositif de double distribution sur le semoir, il est conseillé de choisir des espèces avec des semences de taille sensiblement identique, de manière à limiter le phénomène de sédimentation dans le semoir et, surtout, à placer chaque type de semence à une profondeur adaptée. Aux dires d’agriculteurs pratiquant des associations incluant de nombreuses espèces (5 à 10), la présence de semences très différentes « stabilise » le mélange malgré des semences de taille parfois très différentes.
Performances des Mélanges CIPAN
Dans plusieurs essais réalisés à Boigneville (91) de 2004 à 2010, 8 comparaisons mettent en relation dans les mêmes conditions un mélange de 3 non-légumineuses avec les 3 espèces qui le composent, seules. Les espèces seules ont produit en moyenne 1,5 t/ha de matière sèche et ont absorbé 28 unités d’azote, contre 1,3 t/ha et 25 unités pour les associations. Si mélanger différents couverts permet de ne pas mettre « tous les œufs dans le même panier », les synergies entre espèces n'ont, en revanche, pas pu être vérifiées malgré des architectures de végétation différentes ou des systèmes racinaires différents.
21 associations incluant des légumineuses et des non-légumineuses ont aussi été comparées aux espèces du mélange seules : 7 associations avoine+vesce, 3 associations radis+vesce ou lentille et 11 autres mélanges incluant 2 à 3 non-légumineuses et une à deux légumineuses. Les non-légumineuses seules ont produit en moyenne 1,8 t/ha de matière sèche et absorbé 29 unités d’azote contre 1,5 t/ha et 60 unités pour les légumineuses et 2,1 t/ha et 47 unités pour les associations. Des effets de synergie ont été notés entre les légumineuses et non-légumineuses.
Autres Associations Fourragères et Couverts
Il est possible de semer une prairie sous un couvert de méteil fourrager. L’intérêt de réaliser ce type de mélange est de sécuriser les semis, ce qui peut s’avérer utile vu les risques de sécheresse que nous connaissons. L’intérêt est de faire du stock avec le méteil, en le récoltant tôt au printemps, et en laissant ainsi la prairie déjà en place se développer par la suite. Ce type de semis (couplant un méteil et une prairie) doit être fait avant le 25 octobre. La céréale protège les légumineuses du froid, notamment la luzerne. Cette association est très adaptée pour disposer d’un pâturage de bonne heure au printemps : intéressant quand les stocks hivernaux sont réduits par les sécheresses. Ce mélange est appétent, précoce, productif et le trèfle incarnat n’est pas météorisant. Grâce à un système radiculaire exceptionnel, le trèfle incarnat a un effet structurant pour le sol. Cette association permet une large période de semis à l’automne : elle peut se semer jusqu’à fin octobre. De plus, si le temps n’est pas propice au printemps pour implanter une culture à la suite, on peut conserver cette association.
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En Ray-grass d’Italie (RGI), mieux vaut choisir les variétés alternatives de courte durée car elles vont se développer plus rapidement (ce qui permettra d’avoir plus rapidement du tonnage au printemps) : Bartimum, Bartigra pour un pâturage précoce ; Barveloz, Lactimo, Ulrik, Pulse, pour faire du stock. Le trèfle incarnat peut être remplacé par de la vesce velue : 10-12 kg de RGI et 10-12 kg de vesce velue. La production semble plus importante avec de la vesce velue et elle améliore la valeur alimentaire du mélange grâce à la teneur élevée en protéines de la vesce velue.
Ce mélange de Ray-grass d’Italie (RGI) et de colza fourrager peut être semé de juillet à octobre, à une dose de 10-12 kg/ha de RGI et 5 kg de colza fourrager. Ce mélange est destiné à la pâture. Il est conseillé de réaliser un semis tous les mois pour assurer une continuité de pâturage et de le faire pâturer au fil pour éviter le gaspillage. Concernant le choix des variétés de colza fourrager, on note Bonar, Barsica, Kentan Nova. En ovin, compter 1 ha pour 30 brebis et pour un mois, ou 1 ha pour environ 35 agneaux et pour un mois. En bovin, donner 5 m par vache et avancer le fil de 1,5 à 2 m par jour (35 ares/mois pour 10 vaches). Cette association est à semer en juillet pour pouvoir faire une récolte à l’automne, ou jusqu’à mi-septembre pour être utilisée en pâturage.
Sorghos et Millets : Alternatives en Conditions Sèches
Les sorghos fourragers peuvent se semer au semoir à céréales à la dose de 20 à 25 kg/ha à 2-3 cm de profondeur. Le sorgho présente beaucoup d’intérêt en alternative au maïs. Il a besoin de 2 fois moins d’eau, et il produit plus efficacement de la MS pour la même quantité d’eau que le maïs. Sa résistance à la sécheresse est importante : le sorgho continue de se développer jusqu’à 40°C, tandis que le maïs s’arrête à 30°C. Les sorghos multicoupes se caractérisent par leur capacité de repousse. Pour le pâturage, il est intéressant d’associer ces sorghos à du trèfle d’Alexandrie. Il vaut mieux éviter de faire pâturer le sorgho en milieu de journée. Ces variétés peuvent s’ensiler 3 à 3,5 mois après le semis. En cas de sécheresse ne pas hésiter à retarder l’ensilage ou l’enrubannage. Les feuilles de sorgho restant vertes, le critère visuel pour réaliser la coupe est lorsque les grains du bas de l’épi sont laiteux et ceux du haut sont pâteux. Pour l’enrubannage, laisser sécher au sol 2 à 3 jours. La production totale peut aller de 8 à 12 T de MS/ha. Les variétés ayant le caractère BMR ont la nervure de la feuille qui est brune. Les variétés grains de grandes tailles se récoltent en ensilage. La forte proportion de grains entraîne une teneur en amidon de ce type de sorghos supérieure aux autres sorghos. Le sorgho grain s’ensile au stade grain laiteux-pâteux. Quel que soit le groupe de sorgho utilisé, il faut attendre la 2e quinzaine de mai pour semer, le sorgho ayant besoin d’une terre chaude pour lever.
Le millet perlé est une plante proche du sorgho, qui est encore plus résistante à la sécheresse et à la chaleur que ce dernier. Le millet perlé a besoin d’un sol plus chaud au semis que le sorgho : semer à partir du 20 mai à début août. Il peut être utilisé en dérobée derrière un ensilage de méteil, ou après une céréale moissonnée. Le millet est aussi mieux adapté au pâturage que le moha et il y a moins de refus au pâturage qu’avec du sorgho. Pour favoriser son tallage, il est préférable de faire la première pâture à 1,5 mois environ après le semis (30 cm de haut).
Le moha est difficile à gérer au pâturage du fait d’une chute de l’appétence et de la valeur alimentaire à partir de l’épiaison, celle-ci arrivant vite du fait d’une croissance très rapide. Le moha n’a pas de repousse, il y a donc une seule récolte. Il est mieux adapté pour la fauche (foin, enrubannage) que pour le pâturage. Le moha peut être associé à du Trèfle d’Alexandrie.
Trèfles et Légumineuses Annuelles
En culture dérobée de printemps, on peut remplacer le trèfle incarnat par du trèfle d’Alexandrie. Ce dernier est le trèfle annuel qui supporte le mieux les fortes chaleurs, mais craint le gel. Le trèfle de Micheli présente les mêmes caractéristiques que le trèfle incarnat : productif, agressif, non météorisant, et il repousse s’il est coupé au stade bouton floral au plus tard. Il s’implante bien dans les sols humides, et résiste à l’inondation de courte durée. Le trèfle de Micheli a une bonne valeur alimentaire.
Les légumineuses Lablab et Cowpea ont été testées dans plusieurs régions : leur production a déçu. Ces nouvelles espèces participent peu au rendement et leur semence est coûteuse. Les graminées « blé égyptien » (disponible chez Semental) et Teff grass ont été testées en France (originaires d’Afrique). Le blé égyptien semble disposer d’une bonne productivité, mais sa semence est très chère, et rend donc cette culture peu intéressante.
Flexibilité et Diversification des Cultures Fourragères
Au niveau d’une ferme, il est possible de panacher ces différents types de culture. Cela permet ainsi de limiter les risques (mauvaise levée, sécheresse d’hiver et/ou de printemps). Ces cultures fourragères permettent de réaliser des stocks, ou des fourrages de bonne valeur alimentaire, mais également de sécuriser sa production de fourrage dans le cas de sécheresse. Elles peuvent remplacer totalement ou partiellement l’ensilage de maïs en production laitière et en engraissement.

En complément d'une approche purement agronomique, le réseau Agrifaune a identifié le type de couvert pouvant être favorable à la petite faune de plaine : il doit être relativement clair, avec des plantes de plusieurs hauteurs (hautes, moyennes et basses) et la présence d’espèces de couverts appétentes pour le gibier (légumineuses, graminées, caméline, radis, moutarde, tournesol, sarrasin). Dans la même optique, des couverts fleurissant en fin d’été ou début d'automne nourriront les insectes pollinisateurs en fin de saison (phacélie, sarrasin…).
En moyenne, les couverts ont réduit l’azote potentiellement lessivable (APL, novembre) de 42 kg N/ha par rapport à un témoin non semé. Les reliquats en sortie d’hiver (RSH, début mars) et ceux de la récolte des couverts (R semis, début mai) restent faibles et sans différence significative. La diminution du reliquat azoté en sol nu au cours de la période hivernale signifie que la lixiviation est supérieure à la minéralisation.
Les mélanges proposés offrent un bon niveau de qualité fourragère. Le mélange 1 (ray-grass d’Italie et trèfle incarnat) est le plus élevé en énergie (VEM : 1008 /kg MS) mais le plus faible en protéines (MAT : 9 %). Cela s’explique par le stade optimal du ray-grass (épiaison) souvent dépassé à la récolte et le trèfle peu présent. En combinant production en énergie et protéines par hectare, les meilleurs mélanges semblent ceux à base de seigle (mélanges 5 et 6).
Les différentes légumineuses testées ont des exigences propres. Si ces dernières sont respectées, elles pourront participer au rendement final, mais surtout, atteindre de bons niveaux de qualité du fourrage dans une majorité de situations. Les espèces gélives donnent des résultats trop dépendants des conditions hivernales. Le ray-grass d’Italie est très productif et l’avoine d’hiver régulière, mais les mélanges à base de seigle sont plus équilibrés et présentent une production valorisant bien la (courte) période de pousse printanière. Une récolte tardive augmente la rentabilité, mais fait toutefois peser un risque de stress hydrique pour la culture suivante, en cas de période de sécheresse après la récolte du fourrage. Lors de ces essais, la disponibilité des semences est une limite au développement de certains de ces couverts hivernants.