
Les communes de Port-en-Bessin et Commes, situées dans le département du Calvados en Normandie, sont régulièrement confrontées à des mouvements de terrain. Cette problématique, intrinsèquement liée à la nature géologique de leurs sols, notamment la présence de sols argileux, a conduit à la mise en œuvre de mesures préventives et réglementaires visant à assurer la sécurité des habitants et la préservation de leur cadre de vie. Une réunion publique de concertation sur les mouvements de terrain, organisée le mercredi 31 janvier 2024, à la salle des fêtes de Port-en-Bessin, a souligné l'importance de ces enjeux.
Les Mouvements de Terrain : Une Réalité Constante
Des mouvements de terrain sont régulièrement recensés à Commes et Port-en-Bessin (Calvados). Ces phénomènes peuvent prendre diverses formes, telles que des glissements de terrain, des éboulements ou des affaissements. Un riverain a par exemple fait état d'un glissement de terrain dans son jardin, quai Letourneur, face à l'avant-port, avec la présence de cavités de l'ordre de 2 à 3 mètres sous le bâtiment côté mer. Ces observations directes mettent en évidence la vulnérabilité de certaines zones et la nécessité d'une vigilance constante. La question posée par un autre riverain, « Sur une zone de 20 m, comment peut-on passer d’une forte zone à risques à une zone faible ? », illustre les interrogations et les inquiétudes des populations face à la complexité de ces phénomènes. Le lotissement Panorama est également identifié comme une zone à risques, avec des écoulements d'eau fréquents, un facteur aggravant pour la stabilité des sols.
Le Plan de Prévention des Risques Mouvements de Terrain (PPRMT) : Un Outil Réglementaire Essentiel

Face à cette réalité, les deux communes sont tenues, par arrêté préfectoral, d’élaborer un Plan de Prévention des Risques (PPR). Le PPRN (Plan de Prévention des Risques Naturels) des communes de Port-en-Bessin et Commes porte uniquement sur les risques de mouvements de terrain, comme l'a commenté Eric Picot. Le Plan de Prévention des Risques Mouvements de Terrain (PPRMT) est un document réglementaire élaboré par l’État, en concertation avec les communes concernées. Son objectif est de prévenir les conséquences des mouvements de terrain sur les personnes, les biens et l’environnement.
La commune joue un rôle clé dans la diffusion de l'information, la délivrance des autorisations d’urbanisme (permis de construire, déclarations préalables) et le suivi des prescriptions du PPRMT. Ce plan s'appuie sur une démarche rigoureuse, incluant diverses cartographies à l'échelle 1/5 000 :
- Des cartes de localisation des phénomènes historiques de mouvements de terrain.
- Des cartographies des aléas naturels de mouvements de terrain.
- Des cartographies des enjeux établies pour le PPR.
- Des cartes de vulnérabilité établies pour le PPR.
La démarche d’élaboration du PPR a fait l’objet de présentations en réunions publiques. Une première réunion de présentation des aléas de mouvements de terrain et de la cartographie des aléas associée s’est tenue à Port-en-Bessin le 31 janvier 2024. Le diaporama ainsi que le compte-rendu de cette réunion sont disponibles en téléchargement pour une information transparente des citoyens. Une seconde réunion de présentation du zonage réglementaire et du règlement associé s’est tenue à Commes le 23 avril 2025, témoignant de la continuité de cette démarche de concertation et d'information.
Autres Dispositifs de Prévention et de Réglementation
À Port en Bessin-Huppain, la sécurité et la qualité de vie sont des priorités partagées. Outre le PPRMT, d'autres dispositifs réglementaires et outils de prévention sont mis en place :
- La réglementation des Établissements Recevant du Public (ERP) : Un ERP est une structure, publique ou privée, susceptible d’accueillir des personnes extérieures (école, salle des fêtes, commerce, restaurant, hôtel, etc.). Les ERP sont classés en plusieurs catégories selon le nombre de personnes susceptibles d’être accueillies et la nature de l’activité. La mairie accompagne les responsables d’ERP dans leurs démarches administratives et techniques pour assurer la sécurité de tous.
- Le Règlement Local de Publicité intercommunal (RLPi) : Ce document d’urbanisme encadre la pose, la taille, le nombre et l’emplacement des dispositifs publicitaires, des enseignes et des pré-enseignes sur le territoire de plusieurs communes. Il contribue à la préservation du cadre de vie et à l'attractivité du territoire.
Grâce à ces outils, la commune s’engage au quotidien pour protéger ses habitantes et habitants, tout en valorisant son patrimoine et son dynamisme économique.
L'Exploration des Sols Normands : Une Clé pour Comprendre les Risques
La Journée Mondiale des Sols 2024 a offert une opportunité unique d'explorer la diversité des sols normands et d'approfondir la compréhension des processus pédologiques qui influencent la stabilité des terrains. Cette exploration, qui s'est déroulée sur cinq jours, du 30 novembre au 4 décembre, a permis de visiter huit sites répartis sur toute la région, chacun illustrant une facette unique de la diversité des sols.
Les Sols Urbains et la Renaturation
Le périple a débuté à Rouen, où le contexte urbain a révélé des paradoxes instructifs. Près de l’hôtel de ville de Sotteville-lès-Rouen, une fosse pédologique sous une place imperméabilisée a montré que des sols entiers peuvent subsister sous des décimètres, voire des mètres, de remblai. Cette observation soulève des questions importantes sur la renaturation urbaine et la réactivation des fonctions écologiques d’un sol désimperméabilisé.
Au Bois de la Garenne, un square situé à deux pas de l’hôtel de ville, l'observation d'un profil pédologique par sondages à la tarière a révélé une séquence remarquable : un horizon de surface très noir, riche en matière organique, s’atténuant progressivement jusqu’à 90 cm de profondeur, suivi d'un matériau géologique alluvionnaire composé de sables, graviers et galets de silex.
Le long des berges de la Seine, un projet de renaturation urbaine a illustré les défis de la reconquête des sols fertiles. Ce site, ancienne zone de dépôts industriels et ferroviaires, était encore un vaste parking il y a une quinzaine d'années. La problématique de l’approvisionnement en terre pour ces projets met en lumière la nécessité d’une économie circulaire des terres, où des volumes importants de terres naturelles, issues de nouvelles constructions, sont réemployés pour reconstituer des sols fertiles en ville, plutôt que d'être envoyés en décharge. Cette approche s'inscrit dans l'objectif de Zéro Artificialisation Nette (ZAN) fixé pour 2050 et souligne l'importance d'une approche systémique dans la gestion des sols urbains, impliquant l'ensemble des acteurs.
Les Sols Hydromorphes et les Zones Humides

À Elbeuf-sur-Andelle, le Marais des Communaux a permis d’étudier les processus d’hydromorphie. Lorsque l’eau sature le sol, les micro-organismes consomment l’oxygène, puis utilisent d’autres accepteurs d’électrons (nitrates, manganèse, fer, sulfates, CO2). Cette cascade de réactions laisse des traces visibles : les oxydes de fer brun-rouge sont réduits en fer ferreux gris-bleu.
L'exploration des zones humides s’est poursuivie à Granville, où les méthodes de caractérisation ont été approfondies. L’introduction des critères pédologiques après 2008 a enrichi la compréhension de ces milieux complexes, qui étaient auparavant uniquement caractérisés par leur végétation. L’identification de l’hydromorphie minérale et organique requiert une approche méthodique, de l’examen préalable (topographie, géologie, géomorphologie) à l’observation microscopique des traits d’hydromorphie.
Les Sols Acides et les Processus de Podzolisation
À la Lande de Goult, l'étude des sols acides formés sur des roches siliceuses issues du massif ancien a révélé un processus de micro-podzolisation de surface. Cette dynamique complexe, caractéristique des milieux acides, débute en surface, où l’acidité favorise la formation de complexes organométalliques mobiles. Ces complexes, constitués de matière organique liée au fer et à l’aluminium, migrent progressivement en profondeur, créant une séquence d’horizons très distinctive : un horizon éluvial appauvri (E) de couleur claire surplombe un horizon d’accumulation (Bh/Bs) plus sombre et enrichi en ces éléments. La texture du sol, avec des cailloux anguleux, suggère un transport sur courte distance, probablement par solifluxion lors des alternances gel-dégel du Quaternaire. La coloration rouge de certains horizons, liée à la présence d’hématite, témoigne d’une altération sous des climats plus chauds.
Les Sols de Lœss et leur Vulnérabilité
À Louvigny, l'étude d'un type de sol radicalement différent, développé sur des dépôts de lœss, a mis en lumière des propriétés agronomiques exceptionnelles. Ces matériaux, transportés par le vent il y a environ 10 000 ans, ont saupoudré le paysage normand. La richesse de ces sols ne se limite pas à leur texture, mais également à leur structure, favorisée par une activité biologique intense et la formation de complexes argilo-humiques stables, leur permettant de résister relativement bien à la dégradation. Cependant, leur localisation souvent proche des zones urbaines et leur facilité d’aménagement les rendent particulièrement vulnérables à l’artificialisation, menaçant ce patrimoine pédologique d’une valeur inestimable.
Les Sols Agricoles et les Pratiques Durable
À la ferme d’Ordemare, la compréhension des processus pédologiques a montré comment elle influence directement les pratiques agricoles. L’observation d’une fosse a révélé un processus de brunification - qui altère les minéraux primaires du matériau parental - et de lessivage, caractérisé par la migration verticale des argiles. Le lessivage crée un gradient textural qui influence directement la rétention et la circulation de l’eau dans le sol. La couleur rouge de certains horizons, héritée des paléosols formés sous des climats tropicaux anciens, témoigne de la présence d’oxydes de fer rubéfiés.
Le périple s’est conclu à la ferme de Deux-Mains à Commes, où une série d’ateliers a permis d’approfondir différents aspects de la science du sol en contexte agricole.
- Sol maraîcher cultivé selon les principes de l’agriculture sur sol vivant : Ce sol, anciennement labouré pour la culture du blé, a été converti en système de planches permanentes avec couvert végétal, démontrant l'efficacité de pratiques agroécologiques.
- Méthode « profil 3D » (SPEED) : Cette approche simple d’évaluation des sols permet d'extraire un volume de sol pour une observation ciblée de la « qualité structurale » des horizons de surface (0-40 cm) et de l’offre agronomique potentielle de l’horizon plus profond (40-70 cm). Elle révèle la zone de transition entre les horizons cultivés et profonds, et se concentre sur la qualité porale et la friabilité des éléments terreux.
- Méthode du profil cultural : Dont dérivent le profil « 3D » et le test bêche, cette approche agronomique repose sur une double partition dans laquelle l’organisation des mottes et de la terre fine (états Ouvert, Bloc ou Continu) et l’état interne des mottes selon leur degré de tassement et de porosité biologique sont caractérisés. Cette méthode permet de relier les observations aux pratiques agricoles pour un diagnostic pertinent.
- Méthode BioFuncTool : Cette approche « low-tech » propose une évaluation holistique des sols à travers différents indicateurs biologiques et fonctionnels.
- Mycorhizes : L'intervention de Wassila Riah Anglet et Babacar Thioye a souligné la nécessité d’adopter des pratiques agricoles qui préservent ou augmentent le potentiel mycorhizogène dans le sol, ainsi que le rôle crucial du moment choisi dans la colonisation mycorhizienne : l’inoculation précoce s’avère déterminante pour son succès.
Cette succession d’ateliers a démontré la richesse des approches disponibles pour étudier et améliorer les sols agricoles, de l’observation macroscopique à l’étude des processus microbiologiques.
La Géologie Spécifique de Port-en-Bessin : Entre Falaises et Sols Argileux

La traversée pédologique de la Normandie nous rappelle que chaque sol raconte une histoire unique, fruit d’interactions complexes entre la géologie, le climat, la végétation et les activités humaines. Les sols ne sont pas de simples supports, mais des interfaces dynamiques au cœur des grands cycles biogéochimiques. Leur étude nous permet de mieux comprendre leur multifonctionnalité et, par conséquent, de mieux les préserver, pour les utiliser de manière durable. Cette protection passe nécessairement par la transmission des savoirs, comme le souligne l'AFES (Association Française pour l'Étude du Sol) à travers l'organisation de journées de terrain.
La commune de Port-en-Bessin est dotée dès le 16ème siècle d’un port naturel au lieu-dit « les bateaux ». Jusqu’à la fin du 17ème, un grand nombre de matelots pratiquait le cabotage vers la Haute Normandie, le Cotentin, et pêchait le hareng et le maquereau. La morphologie de Port-en-Bessin est fortement influencée par ses falaises. La falaise est formée de couches ou strates empilées, correspondant notamment à la formation des Marnes de Port, calcaires ou argileuses.
Au cours des siècles, des blocs de pierre se sont détachés des falaises en mouvement. Ces mouvements sont facilités par la nature des sols, notamment la présence d'argile. Les argiles sont des minéraux phyllosilicates qui ont la capacité de gonfler et de se contracter en fonction de leur teneur en eau. Ces variations volumétriques peuvent générer des contraintes importantes dans le sol, favorisant les glissements et les éboulements. De plus, les argiles ont une faible perméabilité, ce qui signifie que l'eau s'accumule en surface et s'infiltre lentement, augmentant la pression interstitielle et déstabilisant les massifs.
Une grande faille normale, la faille des Hachettes, est observable en plusieurs endroits. Le compartiment sud s’est abaissé par rapport au compartiment nord, ce qui se déduit facilement de l’observation du Crochon de faille. Ces structures géologiques sont des zones de faiblesse où les mouvements de terrain sont plus susceptibles de se produire. La présence de marnes, qui sont des roches sédimentaires composées d'un mélange d'argile et de calcaire, accentue la vulnérabilité des terrains.
Faune et Flore Locales : Indicateurs d'un Écosystème
Les falaises et le milieu marin environnant abritent une faune et une flore spécifiques. Les excellentes moules « les belles blondes » élisent domicile dans ces eaux, et les ramasseuses de moules allaient les vendre sur le marché de Trévières dès le 16ème siècle. La présence de fossiles est également notable, avec de nombreux fossiles d’éponge d'une taille d'environ 20 cm de diamètre. Des pontes de calamar ont également été observées. Les bélemnites (super-ordre Belemnoidea), des céphalopodes marins ayant vécu du Dévonien au Crétacé, sont également présentes, témoignant de l'histoire géologique de la région.
Les stries à la surface de certains calcaires sont appelés Lapiaz, des formes de dissolution typiques des roches carbonatées, révélant l'action de l'eau sur la roche au fil du temps.
Opérations de Sécurité et Patrouilles
La région de Port-en-Bessin, et plus largement la côte normande, conserve des traces de conflits passés. Des opérations de déminage sont régulièrement menées. Lors d'une intervention à Port-en-Bessin, quatre démineurs-plongeurs de Cherbourg, assistés de gendarmes, ont neutralisé un engin explosif, un « huit-huit » allemand. Il est fréquent qu’en rouillant, les obus fixent une sorte de gangue qui grossit au fil des ans. Ces interventions sont cruciales pour la sécurité publique, les PD (plongeurs démineurs) de Cherbourg intervenant sur la côte du Mont St Michel à la frontière belge, pour la mer et l’estran, et neutralisant 40 tonnes d’engins explosifs par an.
La perte Tourneresses, située aussi sur la commune de Maisons, à 500 m à l’ouest de Port-en-Bessin, se trouve en contrebas du carrefour de la route départementale D123 avec la route D100, au Sud de la butte orientée est-ouest culminant à 63 m. Ces points topographiques sont importants pour la compréhension des dynamiques géologiques et des risques associés.