Guide complet : Créer et cultiver un carré potager en permaculture

La permaculture fait beaucoup d’émules, car elle se base sur le respect de l’homme et de la nature. Elle pose un cadre dans lequel il n’est pas très difficile de se couler, libre ensuite à chacun de l’appliquer à sa façon. Le carré potager en est un bon exemple, qui peut tout à fait s’intégrer dans une telle démarche. Comment appliquer les principes de la permaculture au carré potager ? Quelles sont les techniques qui peuvent y être appliquées ? Petit guide à l’usage des jardiniers futurs permaculteurs ! Et des futurs jardiniers permaculteurs. Et des éventuels permaculteurs. À l’usage de tous alors !

Schéma illustrant les couches d'un carré potager en permaculture : drainage, matière organique, terre

Les principes fondamentaux de la permaculture au potager

Les 3 principes centraux de la permaculture sont les suivants : respecter les éléments de la nature, respecter l’humain, partager équitablement le travail, les biens et les ressources. Mettre en place des carrés potagers en permaculture implique bien sûr de mettre en œuvre les principes de la permaculture, à votre manière et selon vos envies et possibilités. Il va donc s’agir d'imiter la nature, de favoriser la biodiversité, de nourrir le sol, de répondre à vos besoins.

Vous installerez vos carrés potagers dans une des zones proches de votre habitation, les zones les plus lointaines étant des endroits peu fréquentés pour laisser place à la vie sauvage. Avant de choisir le meilleur endroit, vous observerez attentivement votre jardin pour en comprendre l’environnement et les interactions. Vous utiliserez pour vos cultures le compost que vous produisez, l’eau que vous récupérez, les fientes de vos poules (une fois décomposées !), le résultat de votre lombricomposteur.

La permaculture peut se définir comme étant le partage équilibré et harmonieux entre l’être humain et la nature, dans un cadre de respect de l’environnement et de ses cycles. La permaculture vise à intégrer nos activités humaines avec les écosystèmes, sans les détruire.

Concevoir et construire son carré potager

Pour la mise en place d’un carré potager en permaculture, il vous faut une hauteur minimale de 35 cm. Et à une hauteur de 1 m, vous pouvez potager sans avoir à vous baisser ! Utilisez pour le bois de construction de vos carrés du bois résistant, au moins classe 4, voire 5. Le bac peut être équipé d’un goutte-à-goutte relié à un récupérateur, et il est conseillé de le prévoir avant la mise en place définitive. Les oyas sont un autre mode d’arrosage doux et autonome.

L'automne, c'est vraiment le meilleur moment pour créer de nouvelles parcelles de cultures, parce que la terre aura tout l'hiver pour se bonifier. Commencez par préparer la zone à l’automne précédant, en posant du carton au sol pour éviter le désherbage, ameublir le sol et attirer les vers de terre (ils adorent le carton !). Vous pourrez ensuite remplir le carré avec terre de jardin et compost (en fonction de ce que vous allez y planter).

Une fois la terre mise en place, elle ne sera plus du tout travaillée, afin de ne pas déranger les vers de terre et les micro-organismes qui y habitent. Côté pratique, j'ai gardé la largeur standard d'une planche de culture de 1m20 afin que le milieu soit facilement accessible avec les bras.

Photo d'un jardinier installant les planches d'un carré potager

Méthodes de culture : butte, lasagne et wicking bed

Imiter la nature, c’est notamment imiter ce qu’il se passe en forêt ou, à moindre échelle, dans les prairies. La matière organique (branches, feuilles, cadavres d’animaux…) tombe sur le sol et y est lentement décomposée, saison après saison, couche après couche. C’est ce qui se faisait autrefois dans les potagers, et ce qui se fait aujourd’hui sous le nom de butte surélevée. Idéalement, pour réaliser une butte surélevée (10 à 30 cm de haut), il faut accumuler de la matière organique sur le sol, très progressivement pour qu’elle puisse se décomposer avant d’être recouverte par de la nouvelle matière organique.

La lasagne fait des merveilles. Les matériaux utilisés pour une lasagne (de bas en haut) : 1 épaisseur de cartons, un peu de fumier (facultatif), puis en alternance 3 couches de 5 cm de matière verte azotée (tonte de gazon, feuilles vertes…), et 2 couches de 5 à 8 cm de matière brune carbonée (feuilles sèches, paille…), pour finir, 5 cm maximum de compost ou de BRF. La matière brune doit être bien humide lorsqu’elle est mise en place. Pour un bac potager installé sur sol dur, remplacez le carton par une couche de drainage réalisée avec des cailloux ou du gravier.

Le wicking bed est une méthode idéale pour réaliser un potager sur une surface dure, qui convient donc très bien aux potagers urbains. Ce type de carré potager en permaculture demande un bac à fleurs parfaitement étanche, dont le fond est rempli d’une couche de drainage, du gravier par exemple. Dans cette couche est incluse une arrivée d’eau verticale (descente de gouttière par exemple) associée à un système de tuyaux pour répartir l’eau et à un trop-plein. Ensuite vient le substrat, éventuellement séparé du gravier par un feutre géotextile.

Nourrir et préserver le sol vivant

Ce ne sont pas les engrais (même bio), qui transformeront un sol fatigué en sol vivant ! Car si votre terre ne contient pas -ou plus assez- de micro-organismes, de vers de terres et de champignons elle ressemblera un peu à nos intestins après 15 jours de traitement antibiotique : il manquera cette fameuse « flore » solide et équilibrée.

L’urgence est donc d’apporter de la « vie » à son sol, et pas uniquement des éléments chimiques. Pour booster la présence des vers de terre, laissez par terre les débris de végétaux frais dont ils raffolent, épandez du BRF ou des feuilles mortes pour chouchouter les champignons et leur magnifique réseau mycorhizien.

Le paillage, ce n’est pas que pour économiser de l’eau ! S’il est très utile en été pour maintenir le sol au frais, le paillage apparaît aussi comme une couverture pour l’hiver. Paillez paillez paillez, avec tout : déchets de tonte et désherbage, pelures de légumes, paille bien sûr, compost…, pour obtenir un sol meuble, aéré et drainant idéal pour le potager.

Les différents paillages 💡 au potager - les techniques, avantages et inconvénients.

Associations de cultures et biodiversité

Le concepteur de la permaculture, Bill Morrison, invite les jardiniers à s’appuyer sur ce qu’ils observent dans la nature et à imiter. Dans la nature justement, les différents végétaux se succèdent en fonction de leurs rythmes et de leurs besoins. Mariez dans vos carrés potagers en permaculture des plantes potagères dont les développements sont complémentaires, et qui bien sûr n’ont pas de besoins opposés. Utilisez tous les plans : la verticale avec des grimpantes, l’horizontale avec des légumes-feuilles, et le dessous avec les légumes-racines.

N’hésitez pas à densifier les cultures, pour former sous le paravent des feuillages un micro-climat bénéfique à la vie et protégeant de l’assèchement. Mélangez plantes potagères, aromatiques, fleurs, voire petits arbustes fruitiers pour une diversité propre à plaire aux auxiliaires, et accessoirement à déplaire aux parasites !

La traditionnelle Milpa, associant haricots à rame, maïs et courges : le maïs forme le tuteur du haricot, et les 2 apportent de l’ombre aux courges qui limitent le développement d’adventices et gardent le sol frais pour tout le monde. Les carottes s’associent également aux choux, les unes en bas et les autres en haut. Les choux se plantent aux côtés de laitues, mescluns et autres petites salades à la croissance rapide, qui maintiendront le sol frais aux pieds des choux.

L'entretien saisonnier du potager

Les premiers froids de l’automne arrivent. Au potager, les cultures d’été sont désormais presque toutes sèches. Il est temps de faire un peu de ménage pour préparer la saison prochaine. Une fois vos cultures fanées, coupez-les aux pieds afin de laisser le système racinaire sur le sol. Vous pouvez ensuite soit les composter en surface, soit les exporter vers un tas de compost.

En hiver, on se régale de toutes nos récoltes de conservation ainsi que des conserves faites en été. Au potager, la croissance est presque à l’arrêt pour la plupart des plantes. Certaines parviennent quand même à croître à des températures faibles. Si vous avez la chance de posséder une serre, faites en bénéficier vos cultures hivernales. Vous obtiendrez ainsi davantage de récoltes.

Pour les outils, une fois les dernières plantations d’hiver effectuées, les outils doivent être stockés au sec jusqu’à la saison prochaine. Retirez la rouille qui s’est formée en surface sur vos outils à l’aide d’un papier de verre à grains fins. Vous pouvez ensuite huiler vos outils, manches et lames pour les protéger au mieux de l’humidité hivernale.

Illustration des outils de jardinage entretenus et rangés

Les ressources organiques et amendements naturels

Le compost est la seule « nourriture » que j’enfouis dans le sol. Je le produit sur place, avec la méthode des « compost à courges ». Au printemps, mes deux tas de composts me fournissent environ 1/2 brouette par mètre carré de potager. Nos amis les vers de terre raffolent des tontes de gazon, mais je n'en ai jamais assez à disposition.

Le bois raméal fragmenté (BRF) est une source incroyable de nutriments et de vie pour le sol, et de plus un super « booster » pour les micro-organismes du règne des champignons. Le fumier de lapin est une merveille, je l’épands tout frais en surface et il ne brûle jamais les plants. Il a le pouvoir de transformer totalement le sol en une seule saison.

Le paillage au foin est une option très intéressante. Le foin est en effet beaucoup plus nutritif que la paille et après une saison estivale de bons et loyaux services en guise de paillage, il termine de se composter tranquillement au cours de l’hiver. Il ne me reste alors plus qu’à incorporer dans le sol ce qu’il en reste lors de mon grelinage annuel de début de printemps.

Observations et expérimentations

L’arrivée de l’automne signe la fin de saison pour le jardinier. C’est alors l’heure de faire le bilan : ce qui a bien poussé et ce qui a moins fonctionné. À travers cette année supplémentaire d’expérience au potager, vous comprenez mieux certains paramètres de vos cultures.

Essayez surtout de comprendre pourquoi telle culture s’est particulièrement bien établie. L’exposition ? La chaleur ? L’eau ? Les apports de matière organique ? De nombreux facteurs influent sur la réussite d’une culture. Et c’est en expérimentant que l’on comprend au potager !

En fonction des réussites et des échecs des saisons précédentes, votre potager va évoluer. Agrandir une planche de culture ? Favoriser un type de paillage ? Où encore se procurer des graines ? Toutes ces questions sont importantes et c’est en hiver qu’on a le temps de se faire ce type de réflexion. Profitez-en donc pour passer du temps bien au chaud sur vos aménagements et commencez à choisir vos futures graines chez vos semenciers préférés. Même si l’hiver est un peu la saison morte au potager, on trouve toujours bien de quoi s’occuper !

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