Le Vietnam, souvent surnommé le "pays du riz", est imprégné d'une culture rizicole riche et diversifiée. Au sein de ce vaste paysage agricole, la province de Yên Bái, située dans la région montagneuse du Tây Bac, occupe une place particulière. Ici, le repiquage de riz et les méthodes de culture témoignent d'une harmonie millénaire entre l'homme et une topographie accidentée, tout en s'inscrivant aujourd'hui dans une transformation nationale vers une agriculture plus durable et innovante.

Évolution du secteur rizicole vietnamien : D'une production traditionnelle à l'innovation
Le secteur du riz vietnamien a connu une transformation importante, passant d’une production traditionnelle à une production plus industrielle avec une approche durable et innovante. Le secteur du riz au Vietnam a traversé un long chemin semé d'embûches, depuis ses débuts d'exportation au début du XXe siècle jusqu'à aujourd'hui. Avec une première exportation d’un million de tonnes en 1910, l'industrie du riz a connu une croissance significative, atteignant un pic de 2 millions de tonnes en 1939. Cependant, des périodes difficiles, notamment la famine de 1945, ont mis le secteur face à de nombreux défis. La reprise a commencé dans les années 1980, avec la création de l'Institut du riz du delta du Mékong en 1977, marquant un tournant important dans l'amélioration des rendements et de la qualité du riz.
Actuellement, l'industrie du riz du Vietnam a réalisé d'importants progrès, avec une production passant de 5 millions de tonnes à 25 millions de tonnes par an. Le riz vietnamien est présent dans plus de 150 pays et territoires, devenant ainsi l'un des principaux exportateurs de riz au monde. En 2019, le Vietnam a développé une variété de riz parfumé, le riz ST25, qui a été couronné comme le meilleur riz au monde, marquant ainsi une grande avancée dans l'amélioration de la qualité du riz destiné à l'exportation.
Le repiquage et la récolte dans le contexte montagneux de Yên Bái
Dans des provinces telles que Lao Cai, Ha Giang, Yên Bái, Cao Bang, Thanh Hoa, Hoa Binh, Lang Son ou Quang Ninh, la culture du riz en terrasse façonne des paysages à couper le souffle. Le Tây Bac, également connu sous le nom de Hauts Plateaux du Nord-Ouest, est une région montagneuse pittoresque du Vietnam où le rythme du riz bat au rythme de la topographie accidentée et du climat montagneux.
À l'automne, entre septembre et octobre, la récolte du riz au Vietnam transforme les collines escarpées en une mer ondulante de doré, où chaque terrasse reflète la lumière comme un miroir de soleil. Au Nord-Ouest, le rythme du riz est souvent plus lent et méthodique que dans les plaines deltaïques. En raison de l'altitude plus élevée et du climat montagneux, les récoltes de riz sont moins fréquentes, mais d'une qualité exceptionnelle. Les agriculteurs locaux ont développé des techniques de culture adaptées à la topographie accidentée, tirant parti des pentes et de la fertilité du sol pour produire un riz de haute qualité.
Repiquage du riz des Hmong du Nord Vietnam
Vers un modèle de production durable et à faibles émissions
Ces dernières années, le secteur du riz a orienté sa production vers un modèle durable et la réduction des émissions. Le projet "un million d'hectares de riz de haute qualité, à faibles émissions" a été lancé par le ministère de l'Agriculture et de l'Environnement à partir de la saison de riz d'été-automne 2024, visant à atteindre l'objectif Net Zéro, conformément à l'engagement du Vietnam lors de la Conférence des Nations unies sur le climat (COP26).
L'objectif du projet est de réduire les émissions de gaz à effet de serre et de protéger l'environnement. Les agriculteurs appliquent des solutions pour réduire l'utilisation des semences, des engrais, des pesticides et de l'eau d'irrigation. Ce changement permet non seulement de diminuer les impacts négatifs sur l'environnement, mais aussi de contribuer à améliorer l'efficacité économique pour les producteurs de riz. Le gouvernement a également adopté des politiques pour soutenir le secteur du riz, notamment le décret 01/2025/NĐ-CP.
Gestion des résidus de culture : Une ressource valorisée
L'un des autres changements importants est la gestion des résidus de riz après la récolte. Plutôt que de brûler les résidus, ce qui cause la pollution de l'air et gaspille des ressources, les agriculteurs se tournent désormais vers leur réutilisation ou leur vente. Cela aide non seulement à réduire la pollution, mais aussi à augmenter les revenus des agriculteurs. La réutilisation des résidus de riz peut générer des produits de valeur, tels que des engrais organiques, ce qui permet de réduire la dépendance aux engrais chimiques et d'améliorer la qualité du sol.

Application des sciences et technologies dans les rizières
Les agriculteurs vietnamiens sont en train de passer de la production traditionnelle à l'application des sciences et technologies pour améliorer le rendement et la qualité du riz. Le soutien des coopératives et des entreprises aide les agriculteurs à accéder à de nouvelles technologies, à réduire les coûts et à augmenter leurs profits. L'utilisation de codes QR pour la gestion des informations agricoles permet d'améliorer la transparence et l'efficacité.
La collaboration entre les agriculteurs et les entreprises est la clé du développement durable du secteur du riz. Des entreprises telles que la société par actions de fertilisants Binh Diên soutiennent les agriculteurs par des solutions techniques et des formations. Cette coopération aide non seulement les agriculteurs à améliorer leurs compétences, mais renforce également la compétitivité du riz vietnamien sur le marché international.
La culture du riz comme patrimoine et mode de vie
Au Vietnam, le riz n’est pas simplement une denrée alimentaire. C’est une culture, une mémoire collective, un mode de vie profondément enraciné dans le quotidien de millions de personnes. Et au cœur de ce cycle ancestral, la récolte du riz au Vietnam marque un moment charnière, tant sur le plan économique qu’émotionnel. La récolte du riz au Vietnam, surtout dans les zones rurales lointaines, repose encore largement sur des outils simples, économiques et efficaces, adaptés aux conditions locales et transmis de génération en génération.
Outil emblématique des moissons vietnamiennes, la faucille est une lame courbe, souvent forgée localement, permettant de couper les tiges de riz au ras du sol avec précision. Les bottes récoltées sont transportées dans des paniers en bambou ou à l’aide de palanches traditionnelles, le "quang gánh". Ces outils, bien que modestes, sont le reflet d’une intelligence rurale adaptée à l’environnement local. Fabriqués en matériaux naturels ou recyclés, ils témoignent d’un mode de vie durable et autonome, où chaque objet est pensé pour durer et être réparé.

Défis contemporains de la riziculture
Aujourd’hui, la récolte du riz au Vietnam connaît de nombreux bouleversements, tant sur le plan social, environnemental qu’économique. La mécanisation s’est largement répandue dans les plaines, réduisant le recours à la main-d’œuvre traditionnelle, tandis que dans les zones montagneuses, le manque de jeunes actifs dû à l’exode rural rend les récoltes plus difficiles. Le changement climatique provoque des inondations soudaines ou des sécheresses prolongées, perturbant les calendriers agricoles.
Par ailleurs, la baisse de rentabilité du riz pousse de nombreux agriculteurs à se tourner vers d’autres cultures ou à abandonner complètement la riziculture. Face à l’augmentation du coût des intrants, à la volatilité des prix du riz sur le marché et à la dureté du travail manuel, de plus en plus de jeunes se tournent vers des cultures plus lucratives ou abandonnent l’agriculture pour chercher une vie meilleure dans les centres urbains. Néanmoins, grâce à la résilience des communautés et au soutien de certaines ONG, des pratiques durables et respectueuses de l’environnement sont réintroduites, assurant que la riziculture reste un pilier de la vie quotidienne rurale, un moment bien fort de solidarité, de transmission et de fierté.