Le Figuier et ses mystères : au-delà de la pollinisation

Le Figuier est un arbre extraordinaire absolument unique dans le monde botanique. Si sa production mondiale a atteint 1,1 million de tonnes en 2010, avec l'Égypte en tête, le figuier reste un pilier des traditions méditerranéennes. Toutefois, au-dessus d'une ligne La Rochelle - Lyon, s'il peut pousser, il est incapable de donner des fruits comestibles mûrs.

La nature complexe du sycone et de la pollinisation

La figue n'est pas un fruit au sens botanique du terme. Ce n'est qu'un réceptacle, une urne appelée « sycone ». Les figuiers ne fleurissent pas comme les pommiers ou les poiriers : leurs fleurs éclosent à l'intérieur du réceptacle en forme de poire. Cette structure florale fermée est une caractéristique exceptionnelle parmi les plantes à fleurs.

Pour faire simple, les figues ne sont pas des fruits mais des fleurs inversées. Le figuier commun (Ficus carica) utilise une méthode de pollinisation originale, souvent présente dans le genre ficus, et représente un cas fascinant dans le monde des plantes. C'est là qu'intervient la guêpe du figuier, Blastophaga psenes. La figue ne peut survivre sans elle, et réciproquement, car c'est dans la figue que la guêpe dépose ses larves. Il s'agit d'un mutualisme strict.

Schéma illustrant le cycle de pollinisation entre le sycone et le blastophage

Le blastophage femelle pénètre à l'intérieur par l'ostiole pour se dépêcher de pondre ses œufs dans les ovaires des jeunes mamme de l'année. Les fleurs femelles à long style et les fleurs mâles à court style cohabitent dans cet espace. Si une guêpe entre par erreur dans une figue femelle ― celles que nous mangeons ―, elle n'a pas la place de se reproduire et elle ne peut plus sortir. La guêpe meurt donc à l'intérieur, ce qui est nécessaire parce qu'elle apporte ainsi le pollen qui donnera le fruit que nous aimons. La figue se sert d'une enzyme, la ficine, pour transformer la carcasse en protéines.

Les abeilles et le figuier : une relation opportuniste

Contrairement à une idée reçue, le figuier n'a pas besoin d'attirer les oiseaux et les abeilles pour sa reproduction, car il a déjà tout ce qu'il faut avec son système complexe de guêpes. Cependant, les abeilles sont essentielles pour notre chaîne alimentaire, et ces espèces laborieuses font l'objet de la plus grande attention.

Dans les jardins, les arbres fruitiers ornementaux peuvent s'avérer très intéressants pour les ruchers. Si la question de savoir « que récoltent les abeilles sur un figuier » se pose, c'est parce que les apiculteurs observent souvent un butinage intense sur les fruits mûrs en fin de saison.

FIGUIER : L’EXTRAORDINAIRE HISTOIRE DE LA COÉVOLUTION D’UNE GUÊPE MINUSCULE ET DE LA FIGUE

Certains apiculteurs rapportent que le poids de leurs ruches augmente en fin d'été, période où les figues éclatent et libèrent leur jus sucré. Bien que la législation définisse le miel comme provenant du nectar de fleurs ou de sécrétions de plantes, le jus des fruits provient bien de parties vivantes, ce qui alimente des débats passionnés sur la nature même du « miel de figue ». Théoriquement, le miel ne peut provenir que du nectar de fleur et des exsudats de diverses bestioles. Les fruits ne sont pas mentionnés dans les textes réglementaires stricts, mais dans la pratique, les abeilles ne font pas de distinction lorsqu'elles sont en quête de carburant.

Un arbre chargé d'histoire et de symboles

Le figuier était dédié à Mars, le véritable fondateur de la ville, en souvenir de Romulus et Remus. Dans la Bible, le figuier est l'image de l'ancien Israël, symbolisant la paix, la prospérité et l'abondance. Il était considéré comme l'arbre de la connaissance du Bien et du Mal dans le Jardin d'Eden.

La « sycomancie » était la divination qui se pratiquait en écrivant sur des feuilles de figuier les questions sur lesquelles on désirait être renseigné. Plus la feuille tardait à se faner, plus le présage était favorable. Comme l'exprimait si bien Maistre Arnaud, figure du Félibrige : « La braso rescaufo lou cors e l'amista rescaufo l'âmo. Siguen ami ! ».

Illustration thématique d'un figuier ancien dans un paysage provençal

Aujourd'hui, le figuier reste un témoin du temps, comme le soulignait l'auteur : « Jamai figuié n’es mort sèns eiritié ! » (Jamais figuier n'est mort sans héritiers). Que ce soit pour son rôle dans la biodiversité, sa capacité à nourrir les insectes pollinisateurs en période de disette ou sa place dans notre culture, cet arbre continue de susciter l'admiration. Il faut garder l'espoir des beaux jours en pensant aux belles figues grises de la Saint-Jean, tout en veillant à planter des arbres mellifères pour soutenir les colonies d'abeilles, véritables piliers de notre alimentation. La survie des abeilles dépend de la diversité des ressources que nous leur offrons au fil des saisons, et le figuier, par sa générosité fruitée, participe, à sa manière, à cet équilibre fragile.

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