Le rhododendron, avec ses fleurs éclatantes et son feuillage luxuriant, est une plante ornementale très appréciée dans de nombreux jardins. Cependant, malgré sa culture facile et sa résistance apparente, il n'est pas à l'abri des attaques de divers organismes, qu'il s'agisse d'animaux, d'insectes ou de maladies fongiques. Il est essentiel de comprendre quels sont ces prédateurs pour mieux protéger cette magnifique plante.

Les animaux herbivores : Un danger souvent sous-estimé
Les animaux peuvent causer des dégâts considérables aux rhododendrons, et certains y sont particulièrement sensibles en raison de la toxicité de la plante.
La chèvre : La principale coupable
Parmi les animaux herbivores, la chèvre est la principale espèce concernée par l'ingestion de rhododendrons. En effet, c'est une plante qu'elle apprécie particulièrement, et les cas d'intoxication sont rapportés chez plus de deux tiers des appels concernant des incidents liés à cette plante. Une chèvre peut dévorer pratiquement toutes les feuilles et certains bouts de branches d'un rhododendron fraîchement planté, le "taillant" de manière drastique. Toutes les parties de la plante sont toxiques, y compris le miel produit à partir de ses fleurs. Le principe actif toxique est l'andromédotoxine, qui peut provoquer chez les animaux touchés une toux et des difficultés respiratoires, ainsi que des troubles cardiaques et visuels. Bien que les feuilles puissent repousser après une attaque de chèvre, l'expérience est souvent stressante pour le propriétaire du jardin.
Autres animaux domestiques et sauvages
Des cas d'ingestion et d'intoxication sont également rapportés chez d'autres animaux, notamment les chiens et les chats, les autres ruminants, les chevaux et les oiseaux de volières. Il est donc crucial de surveiller attentivement les animaux domestiques et de s'assurer que les rhododendrons ne sont pas accessibles dans les zones où ils pourraient paître ou explorer.
Les insectes ravageurs : Petits mais dévastateurs
De nombreux insectes peuvent endommager les rhododendrons, certains s'attaquant au feuillage, d'autres aux racines, et certains favorisant même l'installation de maladies.
L'otiorhynque : Le "charançon de la vigne" et ses larves voraces

L'otiorhynque, également connu sous le nom commun de "charançon sillonné" en raison de sa carapace profondément marquée par des sillons dans le sens de la longueur, est le principal ennemi du rhododendron. Ce petit coléoptère, mesurant environ 8 à 12 mm avec une couleur marron et un rostre, appartient à la famille des charançons. Le plus connu est le charançon noir de la vigne (Otiorhynchus sulcatus). Son activité est principalement nocturne ; il se cache le jour au pied des plantes et sort fin mai pour se nourrir. Quand on le surprend sur une plante, ce petit charançon se déplace uniquement en marchant, se laisse tomber sur le sol et fait le mort.
Les adultes dévorent les feuilles, en commençant par les bords extérieurs, ce qui leur donne un aspect caractéristique de dentelle découpée ou d'encoches irrégulières. Si vos feuilles sont découpées en dentelle, alors vous pouvez être sûr de son passage. Malheureusement, les dégâts ne sont pas seulement d'ordre esthétique ; la plante s'affaiblit également. Les otiorhynques s'attaquent aussi aux heuchères, aux sédums ou aux fraisiers.
Comment se débarrasser des vers blancs, larves d'otiorhynques et hannetons ?
Le problème majeur réside dans les larves d'otiorhynque. Les femelles, qui apparaissent au printemps, sont capables de pondre des milliers d'œufs dans le sol sans accouplement, après une dizaine de jours. Les larves, des asticots blancs avec une petite tête dure jaune brunâtre, ont un corps de couleur blanc crème avec une tête brune et luisante. Les plus grosses peuvent mesurer de 10 à 14 mm. Elles sont sans patte et se meuvent dans le sol à l'aide de cette sorte de casque et des fins poils qui couvrent leur corps. Elles ne mangent que les racines les plus fines car leurs mandibules sont petites, ainsi que l'écorce autour du collet jusqu'à plusieurs centimètres de haut.
Les dégâts causés par les larves sont souvent plus importants dans les containers qu'en pleine terre. Leur milieu de culture léger facilite les déplacements des larves pour chercher de nouvelles racines à manger, et les racines sont concentrées dans un faible volume. En pleine terre, elles sont plus largement dispersées et de plus, dans un milieu qui gêne les déplacements des larves. C'est pourquoi, en pleine terre, seuls de jeunes rhododendrons ayant de petites mottes de racines peuvent être tués par les larves d'otiorhynque. Le champ d'action des larves se situe jusqu'à 10 cm de profondeur dans les conteneurs, le plus souvent elles ne sont qu'à 5 cm. Une raison supplémentaire qui explique que les grands rhododendrons ne craignent pas grand-chose, la plupart de leurs racines étant hors d'atteinte. Si la culture en conteneur favorise l'éclosion d'un plus grand nombre d'œufs, vous saurez pourquoi l'otiorhynque est la "bête noire" des pépiniéristes. Si de trop nombreuses larves se multiplient, elles peuvent tuer le rhododendron.
Lutte contre l'otiorhynque
La prévention est primordiale dans le domaine du jardinage. Pour lutter contre l'otiorhynque, il faut agir entre les mois d'avril et d'octobre.
Méthodes culturales et physiques :
- Paillez le sol : Un sol paillé avec de la sciure de bois, par exemple, rend plus difficile l'installation des larves. De même, un sol bien travaillé et ameubli n'incitera pas les larves à y prendre place.
- Changer le terreau : Au moment des rempotages, changer le vieux terreau et surtout ramasser et éliminer les larves trouvées.
- Surveiller les potées et jardinières : Inspecter régulièrement les plantes présentant des poinçonnages pour y repérer des otiorhynques adultes. Les plus fortes attaques concernent surtout les végétaux qui restent en place plusieurs années de suite.
- Pièges physiques : Badigeonner le tronc des arbres avec de la glu arboricole ou installer des bandelettes engluées au bas du tronc et en haut juste avant les branches charpentières (les branches principales).
- Ennemis naturels : Lâcher les poules peut aider à contrôler les populations d'otiorhynques adultes. Créez un milieu propice à la nidification d'un hérisson dans votre jardin ; si vous avez la chance d'en accueillir, il mangera les larves présentes dans le sol.
Traitements biologiques : Les nématodes
- La pulvérisation de nématodes du genre Heterorhabditis bacteriophora (Heterorhabditis megidis) est le traitement le plus efficace contre les otiorhynques, et la moins polluante. Ces vers filiformes, longs de moins de 1 mm, parasitent les larves en pénétrant dans leur corps pour se reproduire. Les nématodes excrètent des bactéries qui empoisonnent l'insecte hôte, et les larves d'otiorhynques finissent par mourir. Une fois qu'ils se sont reproduits, les nématodes migrent et vont parasiter d'autres otiorhynques.
- Ces minuscules vers se trouvent dans les points de vente de jardinage ou par correspondance sous la forme d'une poudre blanchâtre à conserver au frais dans le bas du réfrigérateur et à diluer avant emploi.
- Application : Diluez les nématodes dans 10 à 20 litres d'eau à température ambiante, puis versez le sachet et remuez quelques minutes pour qu'ils se dispersent et s'hydratent. Le sol doit être humide durant les jours suivant l'application. Les traitements, bien qu'onéreux, sont effectués en mars et avril ou de septembre à novembre pour une plus grande efficacité sur les larves, quand les températures atteignent 10 à 12 °C et entre 12 et 25 degrés. Il faut impérativement effectuer ce traitement au moins deux années consécutives. Traiter le matin et le soir.
L'otiorhynque est réfractaire aux insecticides classiques. Deux des meilleurs produits, "Calypso" et "Karate", tous deux à pulvériser le soir, ne sont efficaces que contre l'insecte adulte mais pas contre sa larve.
La cicadelle du rhododendron : Un vecteur de maladie

La cicadelle du rhododendron (Graphocephala fennahi) est un petit insecte d'origine nord-américaine que l'on trouve maintenant dans toute l'Europe de l'Ouest. Elle est facilement reconnaissable à son comportement de sauterelle et sa couleur dominante est un vert "fluo" avec, sur les ailes, une sorte de V rouge vif qui semble émettre des signaux lorsque l'insecte vole. La cicadelle vit en colonies parfois importantes.
Les dégâts que l'adulte et sa larve occasionnent aux rhododendrons en prélevant leur nourriture sont négligeables. Cependant, ces prélèvements sont la porte ouverte à la pénétration d'un champignon originaire également d'Amérique, Pycnostysanus azaleae, qui provoque le noircissement du bouton floral. Les œufs de la cicadelle sont pondus par la femelle dans les écailles du bourgeon du rhododendron d'août à octobre, et l'éclosion a lieu au printemps suivant. Le dessèchement des bourgeons floraux est provoqué par ce champignon. La première chose à faire est de supprimer les boutons noirs. Surtout, ne les compostez pas, brûlez-les ou jetez-les à la poubelle.
Le puceron : Un suceur de sève opportuniste

Le puceron du rhododendron (Illinoia lambersi), originaire d'Amérique du Nord, peut pulluler dès les premiers beaux jours. Il suce la sève par un rostre qu'il enfonce dans les canaux qui transportent la sève. Les colonies se développent sur les nouvelles pousses et sur les boutons floraux. Ils sont de couleur vert, jaune et rose.
Les maladies fongiques : Des menaces insidieuses
Outre les animaux et les insectes, les rhododendrons peuvent également être affectés par des maladies fongiques, dont certaines sont particulièrement redoutables.
Le Phytophthora cinnamomi : L'ennemi silencieux des racines

Le responsable a pour nom "Phytophthora cinnamomi". C'est de loin la plus dangereuse des maladies, car on s'en aperçoit quand la plante présente des symptômes de soif, et il est alors trop tard. Ce champignon pénètre par les racines et se dirige vers le haut en bouchant les canaux de sève. Quand on gratte le bois au collet de la plante, on voit nettement une couleur brunâtre typique. Ce rhododendron est perdu, et vous perdriez un peu plus d'argent en l'abreuvant de "Fenomenal" car il n'existe pas de traitement curatif efficace une fois que la maladie est déclarée.
La chlorose : Un signe de carence
Parfois, la feuille est jaunâtre et les canaux, par où transite la sève, sont verts. La cause principale de cette chlorose peut être un manque de fer, de magnésie ou de potasse. Cela ne signifie nullement que votre terrain en manque ; il s'agit plutôt d'une difficulté pour la plante à assimiler ces éléments.

En conclusion, bien que les rhododendrons soient des plantes robustes, ils nécessitent une surveillance attentive pour les protéger des diverses menaces qui peuvent compromettre leur santé et leur floraison.
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