Le jardinage au printemps est une période charnière. Le jardinier piétine d’impatience lorsque l’hiver est sur le point de tirer sa révérence et que la période des semis et plantations n’est plus qu’à quelques encablures. Il lui faut avant tout fertiliser la terre du potager et améliorer du même coup sa structure. Distribuer de l’engrais, c’est un peu comme servir un menu à la carte puisqu’il faut tenir compte des exigences particulières de chaque plante. Les engrais sont bien souvent nécessaires pour nourrir la plante, car celle-ci trouve dans la nature un certain nombre d’apports qu’il faut compléter soit parce qu’elle est carencée, soit que cet engrais lui permette d’être boostée pour être plus vigoureuse, plus résistante et plus florifère.

Distinguer amendements et engrais naturels
Dans un jardinage naturel, on cherchera en premier lieu à améliorer le sol, en vue d’obtenir une terre vivante apte à nourrir nos cultures. Il est essentiel de distinguer les amendements (qui visent avant tout à améliorer un sol, que ce soit au niveau de sa structure, de son PH ou encore de sa fertilité), des engrais (qui ont pour objectif principal de nourrir directement les plantes). Les amendements constitueront donc la base de toute fertilisation.
Les amendements au potager
Les amendements pouvant être apportés au printemps sont nombreux :
- Le compost : un amendement organique précieux pour enrichir le sol en matière organique et en nutriments essentiels tels que l’azote, le phosphore et le potassium. Il favorise la structure du sol, retient l’humidité et encourage une activité microbienne bénéfique.
- Le fumier composté : une autre source d’amendement organique riche en nutriments. Assurez-vous que le fumier est bien décomposé (aspect de terreau) avant de l’appliquer.
- Les matériaux organiques : tontes, foin, BRF ou paille, apportés en paillage en couche pas trop épaisse.
- Les amendements calciques : marne, craie, calcaire broyé, lithothamne, dolomie, utiles pour relever le PH de terres acides.
- Les argiles bentonites : permettent de mieux retenir les matières organiques et l’eau en terre légère.
Pourquoi éviter le fumier frais au printemps ?
Mais commençons peut-être par le matériau à éviter au printemps : le fumier non décomposé. Je vous déconseille d’apporter du fumier non décomposé (également appelé fumier frais) au jardin au printemps, pour plusieurs raisons majeures :
- Risques de brûlure des plantes : Le fumier frais contient généralement des niveaux élevés d’azote et d’autres éléments nutritifs ; une concentration excessive peut entraîner des brûlures racinaires.
- Risques de maladies et de parasites : Le fumier non décomposé peut contenir des pathogènes et des œufs de parasites potentiellement nuisibles aux plantes et au consommateur.
- Risques de faim d’azote : En phase de décomposition, les micro-organismes chargés de la libération des éléments minéraux sont accaparés par ce travail, privant alors les plantes d’azote. C’est ce phénomène que l’on appelle faim d’azote, avec pour conséquence une déficience du développement de la végétation.
Pour éviter ces aléas, je vous recommande d’apporter le fumier non décomposé à l’automne plutôt qu’au printemps.
Comprendre les besoins des plantes : N, P et K
Pour bien fertiliser, il faut comprendre ce que l’on apporte. Les engrais sont caractérisés par trois éléments principaux :
- L’azote (N) : il permet aux parties aériennes de la plante de croître (tiges et feuilles). Il accélère la croissance et donne un beau feuillage. À l’état naturel, on le trouve dans le sang séché, la corne broyée, le purin d’ortie, les composts de tontes de gazon, le guano ou le fumier.
- Le phosphore (P) : il agit sur le développement des racines. Il est important pour la formation des fleurs et donc la fructification. On le trouve naturellement dans les composts, les fumiers, la paille sèche, ou les engrais verts qu’on enfouit.
- Le potassium (K) : cet élément améliore la résistance des plantes au froid et aux maladies. Il est capital pour la floraison et la fructification.
Leur répartition est souvent indiquée en pourcentage sur les emballages (ex: 14-7-17).
Les différents types d’engrais naturels
Lorsque le printemps s’installe, la croissance des végétaux s’intensifie. Il est nécessaire d’accompagner les différents végétaux de votre jardin à l’aide d’engrais.
Engrais organiques solides
Cette famille rassemble de nombreux fertilisants naturels. La corne broyée et le sang séché contribuent à l’enracinement grâce à leur forte teneur en azote. Le guano marin, issu d’excréments et de cadavres d’oiseaux marins, est également reconnu pour sa richesse en azote. Riche en oligo-éléments, la poudre d’algues marines contribue à la croissance et à la floraison des végétaux tout en les aidant à mieux résister au gel et aux maladies.
Engrais organiques liquides
Ces engrais sont rapidement absorbables par les plantes. On utilise souvent des purins obtenus par la macération de plantes comme l’ortie, la fougère ou encore le sureau. Simples à préparer, ces purins sont fréquemment utilisés pour leurs propriétés insectifuges. L’urine constitue également un engrais liquide à disposition du jardinier.
Les purins de plantes au potager : bonne ou mauvaise idée ?
Engrais minéraux
Les engrais minéraux sont extraits de roches éruptives, sédimentaires ou salines. Ils constituent un apport non négligeable en magnésium et présentent de nombreux avantages pour démarrer ses activités de jardinage du printemps : drainage, développement racinaire, amendement. Le Patentkali, la Zéolithe et le Basalte figurent parmi les fertilisants minéraux les plus répandus.
Stratégies de fertilisation : Fond vs Coup de fouet
Au printemps, deux approches complémentaires sont possibles :
- L’engrais de fond : Il s'agit d'un apport à action lente, idéalement effectué 15 jours avant les semis et plantations. Ces engrais enrichissent le sol et fournissent une alimentation riche et équilibrée sur plusieurs mois. Le compost bien décomposé ou la corne broyée en sont des exemples parfaits.
- L’engrais « coup de fouet » : Il s'agit d'un engrais à action rapide utilisé en cas de carence, de stress ou pour donner un boost à une culture en pleine croissance. Le sang séché, le guano ou les engrais liquides (purins) sont très efficaces. On les utilise plutôt en cours de saison pour soutenir la production.
Le compost : l'or noir du jardinier
Depuis quelques années, de nombreux particuliers se sont lancés dans le compostage. Une manière simple et efficace de produire un engrais des plus naturels à partir de ses propres déchets ! Le printemps est une saison idéale pour démarrer un compost. Dans un seau ou un bac à compost, il vous suffit de déposer vos déchets organiques ou ménagers en les mélangeant régulièrement. Épluchures de fruits et légumes, coquilles d’œuf, marc de café, mouchoirs en papier et bien d’autres sont autorisés, tandis que les os ou les mauvaises herbes sont à proscrire. Le compost mûr se reconnaît à son odeur de sous-bois, à sa couleur foncée et à sa structure friable. Il libère les éléments nutritifs aussitôt l’épandage.
Spécificités selon les cultures
Chaque plante a ses exigences. Distribuer de l’engrais, c’est un peu comme servir un menu à la carte.
Pour le potager
Pour préparer le terrain avant la plantation, misez sur le fumier composté. Il est parfait pour assurer une croissance optimale à vos légumes. Le fumier de cheval, par exemple, chauffe le sol plus que les autres, ce qui est idéal au printemps car la terre est encore bien froide. Le fumier de poulailler, très riche en azote, convient particulièrement bien aux salades, au chou vert, à la pomme de terre, au concombre et à la courgette. Attention : ne pas utiliser de fumier pour l’ail, l’échalote, l’oignon ou les carottes.

Pour les fleurs et rosiers
Pour une explosion de couleurs, la poudre d’os et le purin de consoude sont vos meilleurs alliés. La poudre d’os est le meilleur engrais naturel pour une belle floraison, et notamment pour celle des géraniums et des rosiers. Ces derniers sont très gourmands et nécessitent un apport au démarrage de la végétation, puis un second après la floraison pour reconstituer leurs réserves.
Pour le gazon
Le meilleur engrais naturel pour votre gazon au printemps, c'est le compost bien mûr, aussi riche en matières organiques qu’en minéraux essentiels. Libérant doucement de l’azote, la corne broyée est aussi un excellent choix pour une herbe bien verte et épaisse. Un petit arrosage au purin d’ortie fera des merveilles pour renforcer la résistance du gazon.
Conseils d'application et précautions
Il est essentiel d’employer des fertilisants adaptés à chaque type de plantes pour favoriser leur croissance.
- Dosage : Respectez scrupuleusement le dosage et la fréquence indiqués. Le moindre excès peut faire mourir une plante, ce qui n’est pas le cas si l’on prive ses végétaux de fertilisants.
- Arrosage : L’apport d’engrais doit toujours être effectué après un arrosage et en aucun cas sur un substrat sec pour éviter de brûler les racines.
- Saisonnalité : Ne démarrez pas les semis et plantations trop tôt, car les risques de gelées peuvent perdurer. Il serait dommage de voir tous ses efforts ruinés.
- Alternatives : Privilégiez l’amendement permanent de votre terre par les paillages nourrissants, qui permettent de corriger la composition du sol.
En utilisant les engrais au bon moment et de manière appropriée, vous pouvez aider vos plantes à se développer de manière saine et vigoureuse tout au long de l’année. Rappelez-vous que les engrais sont un complément aux amendements que l’on apporte pour nourrir le sol. L’engrais va offrir aux végétaux les éléments qui lui sont nécessaires et qui ont été épuisés par les plantations précédentes. Les plantes fertilisées seront plus résistantes, avec une meilleure croissance et des floraisons et fructifications plus généreuses. Rien de tel qu'un engrais naturel pour nourrir ses plantes tout en respectant la nature !