L'impact des fusarioses sur les semences et les cultures céréalières : mécanismes, risques et stratégies de gestion

La production céréalière mondiale fait face à un défi phytosanitaire majeur : les fusarioses. Ces maladies fongiques, causées par un complexe d'espèces, altèrent non seulement le rendement volumétrique des récoltes, mais compromettent également la qualité sanitaire des grains par la production de mycotoxines. La complexité de ces agents pathogènes, qui se transmettent aussi bien par les résidus de culture que par les semences elles-mêmes, impose une compréhension fine de leur cycle biologique pour espérer limiter leur propagation.

Schéma illustrant le cycle de vie de Fusarium graminearum sur une parcelle de céréales

Biologie et dynamique des pathogènes de la fusariose

La fusariose de l’épi (FE) est une maladie fongique causée principalement par Fusarium graminearum. Ce pathogène hiverne dans les résidus de culture ou les semences infectées. Une météo chaude et humide au moment de la floraison et du remplissage de l’épi favorise l’infection, car les spores germent par temps chaud et humide, variant de 16 à 30 °C. Fusarium graminearum produit deux types de spores différents : l’un se propage par le vent et l’autre par les éclaboussures d’eau de pluie ou d’irrigation. Les spores ont également la capacité de passer l’hiver dans les semences infectées ou d’infecter les plantes directement lorsque les semis lèvent.

Outre le genre Fusarium, les champignons du genre Microdochium (M. nivale ou M. majus) jouent un rôle crucial. La contamination des semences par ces agents dégrade leur faculté germinative. Elle entraîne des manques à la levée mais aussi des fontes de semis. Elle peut fortement pénaliser le peuplement et, de ce fait, le rendement. La nuisibilité varie selon les espèces de champignon, leur fréquence et leur localisation, à la surface ou à l’intérieur des semences. Les champignons du genre Microdochium, avec une contamination interne, sont généralement les plus préjudiciables, en particulier pour le blé dur.

Symptomatologie et conséquences sur la qualité des grains

Dans le blé, les symptômes comprennent le blanchiment prématuré de quelques fleurons, voire de tous. Les infections entraînent la stérilité et la formation de petits grains ratatinés de couleur blanche à rose. Dans l’orge, les symptômes peuvent inclure des taches brunâtres et plus sombres sur les épis. La fusariose de l’épi entraîne une réduction du rendement en raison de la stérilité et de grains plus petits. Le déclassement dû aux grains décolorés et ratatinés a également une incidence sur le prix final de la récolte.

Au-delà de la perte de biomasse, la qualité des grains est compromise par la présence de mycotoxines. Le déoxynivalénol (DON) est la plus abondante en France sur céréales à paille, avec une teneur maximale de 1 250 µg/kg fixée par le règlement européen (sauf blé dur, avec 1 750 µg/kg). Ces substances sont extrêmement toxiques pour un certain nombre d’animaux ainsi que pour l’homme, ce qui rend les lots infectés impropres à l’alimentation humaine, animale ou au maltage.

Comparaison visuelle entre un épi de blé sain et un épi atteint par la fusariose avec ses grains ratatinés

Stratégies agronomiques de prévention

La lutte agronomique demeure le pilier central de la gestion des fusarioses. Il est pratiquement impossible d’évaluer le risque de contamination venant du sol, mais un bon travail du sol permet d’enfouir les résidus de cultures réservoirs d’inoculum. Le blé ou l’orge semé après le maïs ou d’autres céréales, ou bien une variété vulnérable, présente un risque plus élevé d’infection. Les cultures mal aérées, densément semées ou celles qui succèdent à des cultures sensibles sont particulièrement à risque.

Le choix variétal est également déterminant. Les variétés sont testées sur leur résistance à l’accumulation de DON : plus la note est élevée, plus la variété est adaptée au risque fusariose. En absence de cette cotation, la note de résistance à la fusariose est prise en compte, bien qu'elle ne donne qu'une information sur la sensibilité face aux symptômes. La variété APACHE reste la référence du marché pour sa résistance à la fusariose sur épis et à l’accumulation de DON.

Gestion des semences et protection phytosanitaire

Une attention toute particulière est indispensable lors des étapes sensibles, à commencer par l’élimination des lots fortement contaminés. Les lots retenus devront faire l’objet d’un tri sévère avant l’application, à la bonne dose, de traitements de semences efficaces. Au semis, il faut privilégier de bonnes conditions de levée et augmenter, si besoin, la densité du semis pour assurer un peuplement satisfaisant. De manière générale, quand l’infection des semences augmente, le taux de levée diminue. Cependant, de mauvaises conditions de semis, comme une faible température du sol et une humidité du sol saturante, peuvent conduire à des pertes supérieures avec un lot de semences moyennement contaminé par rapport à un lot plus contaminé mais bénéficiant de bonnes conditions de levée.

En ce qui concerne la protection en végétation, les traitements phytopharmaceutiques existent au moment de la floraison, mais leur efficacité est variable, située entre 50 % et 75 %. Le bon stade de culture et le bon moment d’application sont cruciaux. Les fongicides doivent être appliqués au début de la floraison pour protéger les fleurons qui s’ouvrent. Le « jour 0 » a lieu lorsque 75 % des épis de la tige principale atteignent le stade GS/BBCH57 (épiaison complète). Le moment optimal pour appliquer le fongicide est peu de temps après, au « jour + 2 », lorsque les anthères sont visibles au milieu de l’épi.

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Optimisation des interventions chimiques

La qualité de la pulvérisation est un des facteurs essentiels dans la protection contre la fusariose. Le traitement de l’épi est en effet délicat car son port vertical en fait une cible plus difficile à atteindre qu’une feuille plane. Si l'infection est due à des espèces de Fusarium ou Microdochium, l'utilisation de fongicides spécifiques à base de prothioconazole est recommandée. Des produits comme AVASTEL® ou MAXENTIS® illustrent les solutions techniques disponibles pour les professionnels.

Il est nécessaire de souligner que, une fois que les symptômes apparaissent, il n’est plus possible de limiter les fusarioses. La maîtrise de la qualité sanitaire passe donc par la connaissance précise des populations fongiques afin de pouvoir utiliser les leviers de la protection intégrée. Bien que des solutions de biocontrôle soient en développement, elles ne permettent pas, à ce jour, d’atteindre des efficacités suffisantes. La vigilance accrue, notamment pour les semences d'orge cette année, et le respect des doses et conditions d'emploi des produits phytosanitaires restent les garants d'une gestion raisonnée et efficace du risque fusariose.

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