Récolte record de fraises : entre abondance et défis pour les producteurs

Champ de fraises sous serre

Les températures exceptionnelles de ces dernières semaines ont provoqué une récolte record de fraises en France, transformant les étals en de véritables festins rouges pour les consommateurs. Cependant, cette abondance inédite pose un défi majeur aux producteurs, qui doivent écouler des volumes considérables en un temps record pour éviter une crise de surproduction. La saison des fraises, s'étendant généralement de mars à juillet, a démarré sur les chapeaux de roue, avec une précocité remarquable cette année.

Une profusion inattendue de fraises

À Corbarieu, dans le Tarn-et-Garonne, les variétés comme les Gariguettes et les Murano se ramassent actuellement par cagettes entières. Le fruit a grossi beaucoup plus vite que prévu en raison des températures exceptionnelles des dernières semaines. Ce redoux a également eu un impact positif sur la qualité de la fraise, améliorant sa teneur en sucre. Par exemple, chez Pascal Levade, 2,5 tonnes de fraises sont récoltées chaque jour sous 20 000 mètres carrés de serres, un volume du jamais vu.

Fraises fraîchement cueillies sur un étal de marché

La récolte de la fraise Gariguette, en particulier, a battu un record historique la semaine dernière. La Gariguette représente un cinquième de la production de fraises hexagonale, soit environ 12 000 tonnes sur 60 000 tonnes au total. C'est elle qui lance traditionnellement la saison des fruits rouges sur les étals français. La semaine dernière, plus de 1 300 tonnes de fraises ont été récoltées dans toute la France, un volume sans précédent. Ces 20 % de volumes supplémentaires sont une conséquence directe du pic de chaleur que la France a connu au début du mois d'avril. Émeline Vanespen, directrice de l’Association nationale des organisations de producteurs (AOP) de fraises et framboises, a qualifié cette situation de "record historique".

La précocité, un atout et un défi

La précocité des Gariguettes est généralement un avantage, influençant leur prix. Les Gariguettes du Périgord, par exemple, arrivent sur le marché juste après celles du Lot-et-Garonne, où de nombreux producteurs se sont équipés de serres bioclimatiques. Elles sont également en vente bien avant leurs concurrentes venues de Sologne et du sud-est de la France.

Cependant, cette précocité généralisée cette année a entraîné une affluence considérable de Gariguettes, non seulement celles cultivées en serres mais aussi celles cultivées au sol en France et dans le sud de l'Europe. Pascal Levade, vice-président du Comité Interfel Occitanie, a souligné que les volumes ramassés au niveau national la semaine dernière, dépassant les 1 300 tonnes, avaient saturé le marché, un phénomène inédit.

Agriculture : la récolte des fraises solognotes s'accélère avec le retour de la chaleur

Les producteurs corréziens, comme Benoit Roussely à Brignac-la-Plaine, ont également observé que leurs produits ont "15 jours d’avance par rapport à l’année dernière", une date qui, selon lui, "avance un petit peu chaque année". Cette avance s'explique par une année encore "plutôt chaude, avec des températures propices pour la fraise". Un bon indicateur est le chauffage des plants de légumes pour éviter le gel, qui n'a tourné qu'une seule fois cette année dans son exploitation.

La pression de la surproduction

Si les consommateurs sont ravis de cette abondance de fraises, les producteurs font face à une pression intense. La fraise est un produit très périssable qui ne peut être conservé au réfrigérateur pendant une semaine ou plusieurs mois. Emeline Vanespen explique que le risque est de perdre l'équilibre entre l'offre et la demande, ce qui pourrait entraîner une perte de produits. Un travail important de toute la filière a été réalisé pour maintenir cet équilibre.

La coopérative Socave, basée à Vergt, a vu ses prévisions bousculées par les températures estivales. La semaine du 13 au 19 avril, les températures ont dépassé les 30 degrés, entraînant un pic de 80 tonnes de Gariguettes, soit 10 tonnes de plus que la même semaine l'année passée. Ces volumes représentent un tiers de la production des fraises précoces de la coopérative.

Producteur de fraises dans sa serre

Pour tenter d'étaler le mûrissement et de contenir le risque de surproduction, certains producteurs ont installé des filets d'ombrage sur leurs serres. Cependant, les températures nocturnes en hausse annoncées pour les prochains jours sont une source d'inquiétude pour Sylvain Dureux, responsable technique de la coopérative, qui qualifie cette situation de "pire des scénarios". Toutes les régions françaises sont concernées par la chaleur excessive, et les fraises arrivent toutes en même temps sur le marché, aggravant le risque de surproduction.

L'arrivée des fraises remontantes

Les marchés risquent de s'emballer encore davantage avec l'arrivée prochaine des fraises remontantes. En général, les plants installés en janvier produisent jusqu'à l'été, puis, après une pause, tout l'automne jusqu'en novembre. En pleine saison, les producteurs les cueillent en moyenne tous les huit à dix jours, mais une accélération des récoltes est à craindre avec les conditions climatiques actuelles.

Le risque de surmaturité est réel si les équipes de cueilleurs ne sont pas assez nombreuses, comme le souligne Sylvain Dureux. Bien que la situation ne soit pas alarmante pour l'heure, le pic de production des fraises rondes, qui a lieu habituellement vers la fin mai-début juin, pourrait être atteint avec deux semaines d'avance. Cela pourrait entraîner une baisse des prix et une diminution des volumes. L'étalement recherché de la maturité des fraises permettrait d'avoir des fruits de qualité plus longtemps.

Stratégies face à l'abondance

Face à cette situation, la filière s'organise pour séduire le consommateur durant la saison des fraises, qui devrait durer encore un mois. La coopérative de Vergt, qui suit de près les effets des changements climatiques sur la filière, a anticipé le risque d'une surproduction française. La fraise française, qui a misé sur la précocité et la qualité gustative, devrait s'en sortir mieux que l'espagnole, touchée par une série d'intempéries, notamment un excès d'eau, qui ont fortement affecté sa production et surtout sa sucrosité.

Panier de fraises variées

Pour les périodes estivales, lorsque la fraise est concurrencée par d'autres fruits, des contrats de surgélation sont signés avec des partenaires pour écouler les volumes excédentaires. En Corrèze, la fraise corrézienne a fait son grand retour sous la Halle Georges Brassens de Brive, marquant le début du printemps et suscitant l'impatience des consommateurs. Pour Denis Lallemand, un résident de Larche, la fraise est un "incontournable" qui marque la fin de l'hiver et le début du printemps.

Les producteurs locaux se réjouissent d'une récolte record. À moins de quatre euros la barquette, la Gariguette locale continue d'avoir la cote. La productrice corrézienne Laurence Murat anticipe une saison prometteuse pour toutes les variétés, qui n’ont pas à rougir face à la Gariguette. Elle énumère avec enthousiasme la Charlotte, la Dely, la Gariguette et la Ciflorette, témoignant de la diversité et de la richesse de la production. Dans les bonnes années, un agriculteur comme Benoit Roussely produit entre quatre et cinq tonnes de fraises, dont les barquettes seront vendues sur les marchés tout l'été, jusqu’à la mi-octobre. La saison des fraises est bien lancée, mais elle demande aux producteurs une vigilance constante et une adaptation rapide pour gérer cette abondance inattendue.

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