L’idée de cultiver un figuier sous le climat de l’Auvergne-Rhône-Alpes peut sembler, pour certains, relever du rêve plutôt que de la réalité. Pourtant, le figuier est un arbre de voyage à la provenance diverse, en lien étroit avec les migrations des hommes, et il est bien présent depuis longtemps dans le Puy-de-Dôme, et plus particulièrement sur l’agglomération clermontoise. Bien que cette espèce soit a priori méditerranéenne, une compréhension fine de ses besoins permet de réussir sa culture, même dans des régions aux saisons marquées.

Comprendre le cycle biologique du figuier
À l’origine, le figuier pousse sous un climat chaud. Il ne subit pas d’arrêt de végétation. Cependant, chez nous, surtout si la saison froide est marquée, le figuier produit deux générations de fruits : les figues fleurs et les figues d’automne.
Les figues fleurs apparaissent au cours de l’été et passent l’hiver pour ne mûrir que l’été suivant. Les figues d’automne, quant à elles, apparaissent et mûrissent au cours de la même année, après les figues fleurs. C'est un fruitier à la botanique compliquée, avec de nombreuses variétés, certaines pouvant donner ces deux récoltes : figues fleurs à la fin du printemps et figues fruits jusqu’en automne.
Il est important de noter que ce que nous dégustons en tant que figue n’est pas un fruit, mais une infrutescence, un réceptacle fibreux contenant à l’intérieur des centaines de fleurs. Certaines sont mâles, d’autres femelles. Le figuier est auto-pollinisateur : contrairement à de nombreux autres arbres fruitiers, le figuier n’a pas besoin d’abeilles ou d’insectes pour polliniser ses fleurs. Les fleurs se trouvent à l’intérieur du fruit, et ce dernier se pollinise grâce à la guêpe du figuier. Pour certaines variétés, il n’y a donc pas besoin d’insecte pour que les fleurs soient fécondées, on parle alors de parthénocarpie, les graines produites étant stériles. Pour d’autres variétés, un insecte auxiliaire ailé se montre indispensable, en l’occurrence le blastophage.
Conseils de plantation et emplacement idéal
Dans nos régions, il est bon de planter un figuier au sud d’un mur qui va le protéger. Ce mur va servir d’accumulateur de chaleur. C’est une plante qui peut avoir un développement important. Il faut donc planter le figuier à, au moins, 1 mètre du mur.
Facile à cultiver, le figuier s’adapte à tous les types de terrains et il ne nécessite pas d’entretien particulier. Si vous avez une terre suffisamment riche, vous devriez avoir des figues d’ici quelques années. Il existe plusieurs variétés de figuiers sélectionnées pour leur résistance au froid plus ou moins importante :
- Brown Turkey : accepte des températures pouvant aller jusqu’à -20°C.
- Marseillaise : ne supportera pas un froid supérieur à -12°C.
Il existe également des variétés unifères, qui produisent une fois dans l’année (comme Rouge de Bordeaux ou Marseillaise), tandis que les figuiers bifères (comme Dauphine violette ou Madeleine des deux saisons) produisent à deux périodes de l’année.

Entretien et taille : le strict nécessaire
Le figuier, s’il a de la place, ne nécessite aucune taille. On ne le taille que s’il devient un peu encombrant. Le figuier n’est pas un arbre nécessitant une taille particulière et il peut parfaitement se cultiver sans taille. Il peut être conduit en cépée, sa forme naturelle, ou sur un tronc principal.
On peut néanmoins couper les rameaux vigoureux pour encourager la formation de nouvelles branches fruitières. Les figuiers fructifient généralement sur les branches de l’année précédente. On pourra aussi réduire légèrement les branches principales pour limiter la hauteur de l’arbre et maintenir un port aéré, et éclaircir le centre de l’arbre pour améliorer la circulation de l’air et la lumière. Concernant la multiplication, il n’existe qu’un seul porte-greffe utilisable : le figuier lui-même.
Prévention des maladies et ravageurs
Bien que robuste, le figuier peut être sujet à des attaques nécessitant une vigilance particulière :
- Tavelure : se manifeste par des taches brunes ou noires sur les feuilles. Prévention : retirer les feuilles et fruits infectés.
- Chancre du figuier : fissures profondes, écoulements de sève. Prévention : taillez les branches atteintes en période sèche et désinfectez les outils.
- Maladie virale : taches claires et jaunes sur les feuilles. Prévention : choisissez des plants sains et contrôlez les insectes vecteurs comme les pucerons.
- Céroplaste : cochenille avec boucliers cireux. Prévention : favorisez la présence de prédateurs naturels comme les coccinelles.
- Chenilles foreuses : creusent des galeries dans les fruits et pousses. Prévention : ramassez les fruits infestés et utilisez des pièges à phéromones.
Taillez votre figuier comme un pro !
Récolte et conservation
La figue est prête à être récoltée lorsque sa peau prend une couleur vive, généralement plus foncée que celle de la figue non mûre. La couleur varie selon les variétés : verte, jaune, pourpre, rouge ou noire. Les figues mûres doivent être légèrement molles au toucher. Si elles sont encore fermes, elles ne sont pas prêtes à être cueillies. Une figue mûre dégage un parfum doux et sucré. Les figues mûres se détachent facilement de la branche. Si vous devez tirer ou forcer, elles ne sont probablement pas encore prêtes. Ne laissez pas les figues trop longtemps sur l’arbre, car elles peuvent se dégrader rapidement.
Inventaire et préservation du patrimoine fruitier en Auvergne
Il existe plus de 700 variétés de figuiers recensées dans le monde. Étudier, connaître, répertorier et protéger les arbres et variétés sont les objectifs d’une enquête menée sur le territoire. La commune de Romagnat en a confié la mise en œuvre à l’Étonnant festin et au CEN Auvergne.
Avec l’outil LIZMAP, il s’agit d’indiquer sur fond cartographique ou photo aérienne les arbres que vous rencontrerez. Un petit questionnaire est associé pour éventuellement vous recontacter et aller plus loin dans l’inventaire. Le repérage est plutôt ciblé sur le bassin clermontois, mais vous pouvez également signaler des arbres ailleurs dans le département ou ailleurs en Auvergne. À terme, un verger conservatoire sera planté sur la commune de Romagnat.

Si vous souhaitez obtenir des conseils personnalisés, vous pouvez poser vos questions en direct aux experts jardin de France Bleu Pays d’Auvergne en téléphonant le samedi entre 9h et 10h au 04 73 34 2000. L’émission est animée par Mylène Baganas. Pour ceux qui souhaitent diversifier leur jardin, n’oubliez pas que d’autres fruitiers comme le pommier, le poirier, ou les petits fruits (framboise, cassis, fraise) se plaisent également dans nos terres. Créer et entretenir un potager est essentiel pour garantir une récolte abondante, que vous soyez débutant ou jardinier expérimenté.