Le rêve de cueillir des fruits mûrs directement de son jardin est à la portée de tous. Qu'il s'agisse de picorer des framboises pour des desserts gourmands ou de savourer des pommes croquantes, la plantation d'arbres et d'arbustes fruitiers est une démarche enrichissante. Si elle n'est pas d'une grande difficulté, elle requiert néanmoins de respecter certaines règles pour assurer le meilleur démarrage à vos végétaux et obtenir des récoltes abondantes. Ce guide détaillé vous accompagnera pas à pas, de la sélection de l'emplacement aux soins post-plantation, en passant par les aspects légaux et les différentes techniques adaptées à chaque type de jardin.
Choisir l'emplacement idéal : l'art de l'implantation
La réussite de votre verger commence bien avant la mise en terre, par le choix judicieux de l'emplacement. Les arbres fruitiers, dans leur grande majorité, ont des exigences spécifiques qu'il est crucial de prendre en compte.
Ensoleillement et protection
En règle générale, les arbres fruitiers ont besoin d’une exposition en plein soleil et abritée des vents froids. Cette condition est essentielle pour la fructification et le bon développement de l'arbre. Une exception notable concerne les framboisiers, qui acceptent éventuellement la mi-ombre, voire l’ombre, en particulier certaines variétés comme ‘Willamette’ ou ‘Héritage’. Il est donc important de s'informer sur les besoins spécifiques de chaque espèce que vous souhaitez planter.
La nature du sol
Quant au sol, tous les fruitiers n’ont pas les mêmes exigences, mais la plupart ont besoin d’un sol bien drainé. Les pommiers et les cerisiers se plaisent dans tous types de sol. En revanche, les poiriers et les cognassiers n’aiment pas beaucoup les sols calcaires, tandis que les pruniers, les abricotiers et les framboisiers les supportent. Il vous appartient donc de vous renseigner pour faire l’acquisition de fruitiers correspondant aux conditions que vous pourrez leur offrir. Un sol de bonne qualité et profond, idéalement silico-argileux, est préférable. Le type de votre sol et le climat de votre région dicteront le choix des variétés de fruitiers à y cultiver.
Si votre sol n'est pas naturellement drainant, il est conseillé de disposer une couche de gravier (10 cm) au fond du trou de plantation pour assurer un bon écoulement de l'eau. Pour les poiriers, qui possèdent des racines pivotantes, augmenter la profondeur du trou facilitera leur futur développement.

Distances de plantation et pollinisation
Par ailleurs, si vous plantez plusieurs arbres, soyez vigilant sur leurs distances de plantation. Les arbres fruitiers ont besoin d’espace ! L'écartement entre les arbres varie selon qu’il s’agit d’un arbre basse-tige, demi-tige ou haute-tige. Il est recommandé de respecter une distance de 8 à 10 mètres d’écart entre les arbres haute-tige, 4 à 6 mètres pour les arbres demi-tige, et 2 à 4 mètres pour les arbres basse-tige. Certaines variétés fruitières, comme le cognassier, le prunier et le pêcher, prennent moins de place en haute-tige que les pommiers et les poiriers sous cette même forme.
Pensez également à respecter une distance suffisante par rapport aux limites de propriété ou autres bordures. Si votre terrain est voisin d’une zone boisée, évitez de planter un arbre fruitier ou autre grand arbre à la lisière de la forêt. Laissez au moins 20 à 30 mètres d’écart avec la lisière du bois.
Le saviez-vous ? Il existe des arbres fruitiers dits autofertiles, qui se suffisent à eux-mêmes pour fructifier. Dans les autres cas, un arbre fruitier a besoin que soit planté à proximité un autre arbre de la même espèce, d’une variété dite pollinisatrice. C’est notamment le cas de la plupart des pommiers et poiriers. Sur la plupart des arbres fruitiers, la pollinisation est "croisée", c'est-à-dire qu'elle se produit d'un arbre à l'autre. Il faut donc souvent planter plusieurs fruitiers ensemble, et ce, dans un rayon d'environ 100 mètres.
Si vous souhaitez stimuler la pollinisation dans votre verger, vous pouvez installer une ruche à bourdons contenant des bourdons vivants. Les arbres et arbustes fruitiers offrent une floraison au printemps et attirent dès le début de la saison des insectes utiles : pensez aux bourdons et aux abeilles, mais aussi aux syrphes, aux guêpes parasitoïdes et aux coccinelles qui se nourrissent de pollen et de nectar.
Considérations légales et de voisinage
La plantation d’infrastructures agroforestières peut nécessiter des approbations conjointes ou des autorisations spéciales, pour des raisons patrimoniales ou dans le cadre de baux ruraux par exemple. Pour des raisons de sécurité et de respect du voisinage, il existe également plusieurs règles exigeant d’éloigner les éléments arborés d’une certaine distance des voieries, des propriétés voisines, ainsi que d’autres infrastructures bien spécifiques.
Règles relatives au code civil : Les arbres et haies en bordure de parcelle ne peuvent être plantés qu'à une certaine distance de la propriété voisine. Cette distance dépend de la hauteur finale de l’infrastructure arborée :
- Pour les haies ou arbustes inférieurs à 2 m de hauteur : la distance de plantation est de 0,5 m minimum de la limite de propriété voisine.
- Pour les haies, arbres ou arbustes supérieurs à 2 m de hauteur : la distance de plantation est de 2 m minimum de la limite de propriété voisine.
Remarque : Les propriétaires peuvent, d’un commun accord, décider de réduire les distances minimales de plantation. Cet accord doit être reconnu sous une convention rédigée et signée entre les parties. Des dispositions particulières, dans un souci de sécurité, relatives à certaines voies communales et/ou chemins ruraux peuvent exister. Il est conseillé de vous adresser au service d’urbanisme de votre commune pour en savoir plus.
Règles relatives aux lignes électriques et téléphoniques : Il est préférable de ne pas planter d’arbres pouvant, par leur développement, gêner et endommager des lignes électriques. Le choix d’essences dont la hauteur adulte est inférieure à la hauteur de la ligne aérienne est à privilégier. Pour une plantation de moins de 7 m de hauteur : la distance minimale à respecter varie de 2 à 5 m selon le type de ligne (basse, moyenne ou haute tension).
Règles relatives aux réseaux souterrains : Les racines des arbres et arbustes sont capables de détecter les sources d’humidité dans le sol et de s’y diriger. Il est crucial de vérifier la présence de réseaux souterrains (eau, gaz, électricité) avant de creuser le trou de plantation afin d'éviter tout dommage.

Le meilleur moment pour planter : timing et type de plants
Le moment de la plantation est un facteur déterminant pour la bonne reprise de l'arbre fruitier. Il dépend principalement du type de conditionnement du plant.
Fruitiers en conteneur
La plantation des fruitiers vendus en conteneur peut se faire tout au long de l’année, hors périodes de gel et d’intense sécheresse. Les arbres vendus en conteneur peuvent, en principe, être plantés toute l'année, à l'exception des périodes de sécheresse estivale ou de fortes gelées. Cependant, leur système racinaire est moins robuste que celui des arbres à racines nues ou avec motte grillagée. Un arrosage le premier été est important pour aider l’arbre à bien s’installer. Les fruitiers en pot sont plus vigoureux que ceux à racines nues.
Fruitiers à racines nues
La période de plantation d’un arbre fruitier est plus restrictive pour les sujets vendus à racines nues : ils se plantent en fin d’automne et en hiver, de novembre à la fin mars, en dehors des jours de gel. La période la plus favorable va toutefois de mi-novembre à mi-décembre. L’hiver reste la meilleure saison pour planter des arbres. L’automne, après la chute des feuilles, fin octobre et novembre, tant que le sol n'est pas encore gelé, est également une excellente période. Une plantation autour de la Sainte-Catherine, soit le 25 novembre, va permettre aux racines de bien s’implanter pour un meilleur départ en végétation au printemps. En cette période, les jeunes plants sont vendus à racines nues par les pépiniéristes.
Les arbres à racines nues sont cultivés en pleine terre et arrachés au moment où leurs feuilles sont tombées. Leur système racinaire est bien développé. Ils peuvent être plantés uniquement les jours sans gel, entre décembre et mars. Ils doivent être mis en terre avant l'apparition des premiers bourgeons au printemps. Les plants à racines nues doivent être plantés dès que possible après l’arrachage.
Planter un arbre fruitier
Préparation minutieuse : les étapes clés avant la plantation
Une bonne préparation de l'arbre et du trou de plantation est essentielle pour garantir une reprise rapide et un développement harmonieux.
Creuser le trou à l’avance
Pour un arbre fruitier à planter de manière isolée, il vous faudra prendre soin de faire un trou, trois semaines environ avant la plantation. Ce trou doit être de bonnes dimensions : 50 cm à 1 m de large pour 50 à 70 cm de profondeur, selon la taille du sujet à planter. Pour les fruitiers en pot, creusez un trou beaucoup plus grand que la motte, 1,5 fois plus profond que son pot et 2 à 3 fois plus large. Le trou de plantation doit avoir un volume supérieur à 2 fois le volume des racines.
Lors du creusement, il est recommandé de séparer en deux tas la terre extraite du trou : d’une part la bonne terre végétale de dessus (plus noire) ; d’autre part la terre plus profonde (plus jaune), peu fertile. Bêchez le fond du trou pour le décompacter.
Préparer l'arbre fruitier
Pour un fruitier en conteneur : La préparation est très simple : il s’agit de mettre le conteneur à tremper dans une bassine d’eau ou dans un seau pendant une dizaine de minutes, ou davantage pour une grosse plante. Le but est de bien humidifier la motte. Trempez la motte et son conteneur dans une bassine d'eau pour bien humidifier la terre et les racines.
Pour un fruitier à racines nues : Un fruitier à racines nues demande à être préparé avec un peu plus de soins, juste avant la plantation. Commencez par retailler légèrement les racines avec un sécateur bien affûté et désinfecté, de façon à obtenir des coupes franches en biseau. Éliminez éventuellement les racines abîmées. Lors de la plantation de votre arbre fruitier, il sera important de raccourcir les racines trop longues ou endommagées. Cela permettra à l’arbre de mieux s’enraciner dans sa terre d’accueil. Avant la plantation, couper nettement les racines abîmées.
Pralinez les racines : il s’agit de les faire tremper dans un mélange argileux appelé pralin (qui s’achète en jardinerie ou que vous confectionnerez vous-même). Laissez tremper les racines de votre arbre fruitier durant 10 à 15 minutes dans un seau rempli d’une boue épaisse composée d’eau, de terre de jardin et d’un peu de terreau. Cette opération simple, appelée pralinage, permet de réhydrater les racines et les radicelles et de les enrober d’une couche protectrice favorisant la reprise. Ce geste facilite considérablement la bonne reprise de l’arbre.
Astuce : Lorsque vous récupérez des arbres à racines nues en pépinière, couvrez bien les racines avec une couverture ou une toile de jute si vous les transportez dans une remorque ouverte.

Les étapes de la plantation : un guide détaillé
Une fois l'emplacement choisi et l'arbre préparé, il est temps de passer à la mise en terre, en respectant chaque étape pour assurer le succès de votre plantation.
Assurer un bon drainage et enrichir le sol
Si votre sol n’est pas naturellement drainant, commencez par disposer une couche de gravier (10 cm), tessons de pots ou tuiles cassées au fond du trou de plantation. Préparez le mélange qui servira à reboucher le trou : mélangez la terre végétale (la première extraite du trou) à parts égales avec du compost mûr, du fumier, ou encore avec du terreau ; vous pouvez y adjoindre un engrais organique à petite dose, sous forme de corne broyée. Si votre sol est lourd, vous pouvez alléger ce mélange avec un apport de sable ou de gravillons. Remplissez le fond de terre noire complétée d’un peu de terreau. Émiettez-la.
Versez dans le trou de plantation une partie du mélange préparé et formez une petite butte de terre centrale, sur laquelle viendront reposer les racines de l’arbre. Au fond du trou de plantation, au-dessus d'une couche de drainage (gros graviers, tessons de pots, tuiles cassées…) aménagez une butte de terre sur laquelle viendront se poser les racines.
Installer le tuteur
Installez un tuteur : les jeunes arbres fruitiers ont besoin d’un tuteur pour les aider à pousser droit les premières années. Afin de ne pas endommager les racines, installez-le dès maintenant et plantez-le solidement, face aux vents dominants. Le tuteur doit être mis en place en même temps que l’arbre. Prévoyez un tuteur d’une longueur égale à la hauteur du sujet augmentée de 50-60 cm. Enfoncez solidement le tuteur dans le trou de plantation et assurez-vous que son sommet arrive juste sous les premières branches de l’arbre. Pour les arbres haute-tige et demi-tige, il est recommandé de planter un tuteur avant de mettre l’arbre en terre.
Positionner l'arbre
Positionnez l’arbre dans le trou : placez l’arbre ou l’arbuste dans le trou en étalant bien les racines. Veillez à ce que le point de greffe (bourrelet visible au-dessus des racines) dépasse de 2 cm le niveau du sol. Le point de greffe ne doit jamais être enterré, ce qui favoriserait le développement de maladies fongiques. Au besoin, ajustez la hauteur de la butte de terre. Les racines situées le plus haut, doivent se trouver à 5 cm au-dessous du niveau du sol. Tout en maintenant bien droit votre arbuste, faites couler la terre noire sur les racines en tassant au fur et à mesure. Le trou de plantation ne doit pas être trop profond : une fois l'arbre en terre, le point de greffe doit se situer entre 0 et 2cm au-dessus du niveau du sol.
Astuce : Posez une planche de bois en travers du trou de plantation qui vous servira de niveau pour vérifier la hauteur du point de greffe.
Rebouche le trou et tasser
Rebouchez le trou : terminez de combler le trou avec le mélange que vous avez préparé, en tassant la terre au fur et à mesure autour des racines. Vérifiez une dernière fois le bon positionnement du point de greffe : il ne doit jamais être enterré, ce qui favoriserait le développement de maladies fongiques. Tassez le sol autour de l’arbre ou de l’arbuste nouvellement planté. Comblez le trou et tassez régulièrement la terre avec le pied.
Réaliser une cuvette d'arrosage
Réalisez une cuvette d’arrosage : aménagez cette cuvette en creusant légèrement le sol tout autour du plant ou encore en confectionnant un bourrelet de terre. De cette façon, vous optimiserez les arrosages en évitant à l’eau de s’éparpiller. Aménagez une cuvette autour du pied avec le reste de la terre pour recevoir l’eau d’arrosage. Utilisez l’excédent de terre ou les mottes de gazon retirées pour former une petite bordure autour du trou. Cela permet de retenir l’eau d’arrosage et d’éviter qu’elle ne s’écoule. La cuvette doit avoir un diamètre équivalent à la largeur de la motte et une bordure d’au moins 25 cm de hauteur.
Attacher l'arbre et arroser copieusement
Attachez l’arbre à son tuteur à l’aide d’un lien souple. Achevez la plantation du fruitier par un arrosage copieux, même par temps de pluie. Versez l’eau en plusieurs fois dans la cuvette d’arrosage en attendant à chaque fois qu’elle s’infiltre bien. Arrosez copieusement même si la terre est humide (au moins 10 à 20 litres d’eau), même s’il pleut. L’arrosage est indispensable après la plantation, même s’il pleut. Versez doucement de l’eau à l’aide d’un arrosoir, soit environ 1 à 2 arrosoirs par arbre, selon la taille du trou de plantation. Cela permet à la terre ameublie de bien se tasser et aux racines de s’implanter correctement.

Soins et entretien post-plantation : garantir la reprise et la croissance
La plantation n'est que la première étape. Pour assurer la bonne reprise et le développement futur de votre arbre fruitier, un suivi attentif est nécessaire.
Arrosage régulier
Arrosez votre arbre ou arbuste régulièrement pendant la première année de plantation, surtout par temps chaud et sec. L’arrosage devra être maintenu pendant les 2 premières années après la plantation et au-delà en cas de sécheresse. Un manque d’eau se traduit par un stress hydrique avec jaunissement de feuilles et leur chute. Le mois suivant la plantation, continuez à arroser régulièrement. La quantité d’eau à fournir dépend des conditions météorologiques et de la structure du sol. Les racines doivent rester humides. L’arbre a besoin du plus d’eau à partir du débourrement jusqu’au solstice d’été (21 juin). Préférez l’irrigation par micro-aspersion afin de favoriser un système racinaire d’alimentation actif sur un volume maximal de sol. Cela augmente l’autonomie des fruitiers et leur capacité à surmonter les incidents éventuels.
Taille de formation et paillage
Les jeunes arbres fruitiers sont souvent taillés en pépinière avant d’être vendus. Si votre arbre fruitier n’a pas été taillé, vous devez le faire en hiver, avant que l’arbre ne commence à bourgeonner. La taille de formation doit être assurée dans les premières années suivant l’implantation car les objectifs (hauteur d’arbre souhaitée, port voulu, gabarit du fruitier espéré…) ne seront atteints que si les ligneux sont conduits de la bonne manière dès leur stade juvénile. Si vous avez prévu de palisser les arbres (ex : pommiers M9), une attention particulière sera donnée aux jeunes arbres afin de contraindre les rameaux au fur et à mesure de leur croissance pour les amener sur les fils et les conduire ainsi à l’horizontal.
En ce qui concerne la fertilisation, bien que l’on entende souvent dire qu’un arbre fruitier doit être fertilisé avec des engrais granulés, cela n’est absolument pas nécessaire, et même déconseillé. Ce que vous pouvez faire, en revanche, c’est pailler chaque année le sol autour des troncs avec du compost ou du lombricompost. Vous pouvez fabriquer vous-même ce compost ou l'acheter. L’utilisation d’engrais granulés peut perturber la structure et la vie du sol, ce qui a des conséquences négatives à long terme sur la croissance des plantes. L’enherbement du pied de l’arbre doit être évité durant les 3 premières années durant lesquelles les herbacées rentrent en concurrence avec les jeunes plants.
Protection contre les nuisibles
Si vous habitez dans une région où vivent de nombreux rongeurs, cerfs ou blaireaux, il est recommandé de protéger vos arbres fruitiers avec un treillis. Une autre option consiste à protéger l’arbre avec des lattes en bois de châtaignier. Enfin, vous pouvez opter pour des manchons de protection autour du tronc. Cette solution est simple et efficace contre les petits animaux sauvages comme les lapins, les moutons et les chèvres. La surveillance des protections des jeunes plants doit être régulière afin de replacer tout filet anti-gibier qui s’est envolé. Un fruitier est souvent sujet aux pucerons. Bien que nous préférions éviter ces nuisibles, ils constituent une précieuse source de nourriture pour les insectes prédateurs tels que les coccinelles, les chrysopes, les guêpes parasitoïdes, les perce-oreilles et les punaises prédatrices.
Diversité des plantations fruitières : s'adapter à l'espace
La richesse des variétés fruitières permet d'adapter la plantation à toutes les configurations de jardins, des plus vastes aux plus modestes.
Arbustes à baies et petits fruitiers
Les arbustes à baies sont généralement vendus en automne en pots ou à racines nues. Les petits fruits en conteneur sont disponibles plus longtemps. La meilleure période pour planter reste cependant l’hiver, lorsque les plantes sont en dormance. Les variétés ligneuses d’arbustes à baies sont particulièrement adaptées à la création de haies fruitières. Il existe de nombreuses options.

Fruitiers palissés et nains : solutions pour les petits espaces
Si la place manque, pensez aux fruitiers formés qui se palissent le long d'un mur et offrent un rendement aussi bon que les arbres fruitiers de plein vent. Si vous ne possédez qu'une terrasse ou un balcon, optez pour un fruitier nain cultivable en bac, la gamme de variétés est aujourd'hui très large ! Un fruitier palissé est en réalité un arbre fruitier classique dont les branches sont conduites à l’horizontale. Comme pour un arbre fruitier isolé, vous pouvez choisir entre des formes basse-tige, demi-tige ou haute-tige. Selon le type, les branches latérales commencent à 50, 120 ou 180 cm de hauteur.
Les fruitiers en espalier présentent plusieurs avantages : ils prennent peu de place, leur aspect est esthétique, et les fruits bénéficient d’une meilleure exposition au soleil, ce qui favorise leur maturation. C’est une excellente alternative lorsque l’espace est restreint. Un bon espalier commence par une bonne structure de support, comme un treillage ou un réseau de fils. Cette structure peut être indépendante ou fixée contre un mur. Pour un arbre aux branches horizontales, il faut tendre des fils horizontaux espacés de 50 cm. La hauteur du premier fil dépend de la hauteur du tronc : pour un basse-tige, commencez à 50 cm du sol ; pour un demi-tige, à 120 cm. Les arbres haute-tige en espalier sont très rares car il est difficile de les attacher et de les tailler. L’essentiel avec un fruitier palissé est de bien former le jeune arbre et de l’attacher correctement. Ces arbres nécessitent une taille d’hiver et une taille d’été.
Si vous habitez en ville, les arbres palissés ou les plantes grimpantes comme la vigne et le kiwi de Sibérie (Actinidia arguta) sont d’excellentes solutions pour cultiver des fruits sur une surface restreinte.
Arbres haute-tige, demi-tige et basse-tige
Un arbre haute-tige peut atteindre jusqu'à 8 mètres de hauteur, un demi-tige 6 mètres et un basse-tige 3 mètres. Plus un arbre est haut, plus il projette d’ombre dans le jardin. Si vous disposez de suffisamment d’espace, optez pour des haute-tige (ou des demi-tige). Contrairement aux arbres basse-tige, ces fruitiers peuvent vivre jusqu’à 100 ans et produire des fruits pendant très longtemps. Ils deviennent de majestueux arbres à forte valeur paysagère.
Les arbres haute-tige mettent plus de temps à porter des fruits que les demi-tige et les basse-tige. En général, ils ne produisent pas avant 5 ans minimum. Si vous souhaitez obtenir des fruits plus rapidement, vous pouvez acheter un arbre fruitier avec une couronne de trois ans. Ces arbres sont plus chers à l’achat, mais vous réduisez l’attente avant la première récolte. Une fois en production, les arbres haute-tige donnent un meilleur rendement que les demi-tige ou basse-tige.

Aspects avancés de la plantation en agroforesterie
L'agroforesterie intègre les arbres fruitiers dans des systèmes de production plus complexes, nécessitant une planification approfondie pour optimiser les interactions entre les différentes composantes.
Conception de l'agencement et écartements
L’agencement du système dépend avant tout de la mécanisation souhaitée ou en place sur la ferme. L’écartement entre rangs est calculé en fonction de la largeur des engins utilisés pour les pratiques culturales. L’écartement entre les rangs doit également être réfléchi en fonction de la région d’implantation, en lien avec l’ensoleillement et la sécheresse estivale. De manière générale, on peut planter de façon plus serrée dans le Sud car la lumière y est très forte. Il faut néanmoins prévoir 8 mètres au minimum entre les rangs pour éviter trop de concurrence, de gêne au travail et permettre des largeurs de planches adaptées au matériel agricole. Au nord de la Loire, l’imbrication entre fruitiers et les cultures voisines doit être moins forte, et la distance minimale doit être de 10 mètres.
Enfin, l’organisation spatiale des lignes de plantation des fruitiers doit être déterminée en évaluant la hauteur finale des arbres, et donc leur ombre portée, qui dépend du type de sol, du type de porte-greffe utilisé et de la conduite des fruitiers. Une conduite “en axe” (type verger basse-tige à haute densité) génèrera souvent moins d’ombre portée qu’une conduite en forme libre de type gobelet. Les conséquences au pied de l’arbre et sur les planches limitrophes ne seront pas identiques d’une conduite à l’autre, d’où l’intérêt de projeter l’incidence de ce facteur dès la conception du système.
« Afin de faciliter le travail sur les arbres et notamment la récolte, la parcelle agroforestière est cultivée uniquement 1 rang sur 2. Cette technique a aussi l’avantage de permettre des rotations. Ainsi, chaque inter-rang peut se reposer et se ressourcer pendant un an car l’idée est d’y implanter un engrais vert annuel (mélanges à base de plusieurs espèces parmi : blé, avoine, trèfle, phacélie, luzerne, vesce, pois fourrager, sarrasin). »
Choix des essences et des porte-greffes
Les variétés et les porte-greffes adaptés à votre projet ne sont pas forcément les plus communs. Aussi tous les pépiniéristes n’auront pas ce que chacun souhaite planter. À eux de s’adapter à vos besoins et non l’inverse. Commandez le cas échéant vos scions, nom donné à l’arbre de 1 ou 2 ans greffé en pépinière, à un pépiniériste local de confiance. Un scion peut coûter entre 5 et 20€ selon son âge, selon l’espèce et selon le type de pépinière (artisan ou gros faiseur) où vous l’achèterez. Il n’existe que peu de pépiniéristes proposant des plants fruitiers bio en quantité. Si le matériel végétal n’est pas disponible en bio, vous avez la possibilité réglementaire de l’acheter non bio (la demande de dérogation doit être effectuée avant la commande des plants fruitiers). À noter que la plantation d’arbres non bio dans une parcelle bio ne pose pas de problème pour la certification des cultures d’ores et déjà présentes. Par ailleurs il faudra compter 36 mois de “conversion” à l’issue desquels les fruits récoltés seront biologiques.
Préparation du sol en profondeur
La fumure avant plantation est une étape essentielle pour le bon fonctionnement du futur verger. Elle doit tenir compte de la culture préparatoire et des observations et analyses de sol. Elle a pour objectif de relever le taux de matière organique, ce qui permet de stimuler la vie microbienne du sol et de fournir aux racines les éléments nutritifs nécessaires dans les années qui suivent la plantation. Selon le taux de matière organique initial et la texture du sol, et en fonction du type d’amendements disponibles (compost ou fumier), les apports varieront. Le but est de détruire l’herbe présente et de créer une structure grumeleuse facilitant la plantation et le développement racinaire. L’ameublissement en profondeur a dû être assuré par la culture préparatoire, mais un sous-solage en sol sec peut-être intéressant. Le labour profond est à éviter car cette technique est défavorable aux lombrics, qui sont eux-mêmes des laboureurs très efficaces. Les outils rotatifs sont également dangereux pour la faune du sol, et ce d’autant plus que la vitesse de rotation est rapide.
Toutes ces étapes préliminaires à l’implantation sont donc propices à la réussite du chantier de plantation qui ne dépend plus que de la météo ou d’autres aléas non prévisibles. Le fait d’avoir tout préparé en avance permet d’être plus efficace le jour même avec tous les participants qui se sont déplacés. Les explications préalables et l’accompagnement technique par des spécialistes assurent par ailleurs une bonne qualité de plantation des fruitiers.
Gestion de la biodiversité fonctionnelle
Outre les lignes de fruitiers, l’introduction d’éléments non productifs au sein du système agroforestier permettra d’abriter, de nourrir et de favoriser les auxiliaires comme les coccinelles, les chrysopes ou les syrphes qui interviennent dans la régulation des populations de ravageurs tels les pucerons, les cochenilles, etc. Il est donc pertinent de réfléchir à la place des infrastructures agroécologiques (IAE) dès l’agencement du système agroforestier. Pour rappel, il est difficile de traiter en système agroforestier ; la biodiversité fonctionnelle est de ce fait un réel levier de régulation des ravageurs une fois que les arbres seront entrés en production.
Planification spatio-temporelle
Une fois l’agencement du système agroforestier décidé, il est préconisé de projeter l’implantation des différents végétaux dans l’espace et dans le temps, au moyen d’un plan ou d’un croquis, pour s’assurer que le design répond aux objectifs à toutes les échelles de temps. Par exemple, il est intéressant d’imaginer l’évolution de spatiale des rangs de fruitiers (largeur, densité et hauteur) qui aura des conséquences sur la parcelle et les cultures voisines (réduction de l’espace de circulation, augmentation de l’ombre portée, itinéraire devant à terme contourner la haie…).
Planter un arbre fruitier
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