Entretenir de bonnes relations, ne pas entrer en conflit avec ses collègues, sa hiérarchie ou ses partenaires : c’est une préoccupation essentielle de chacun. Quand une entreprise accueille un alternant, la question du savoir-être devient centrale. Comment trouver la bonne posture, ni trop proche, ni trop distante ? Comment articuler la relation tutorale avec celle du manager et celle du formateur ? Comment gérer les différences générationnelles ? Cet article propose une lecture structurée de la relation tuteur-tutoré, soulignant les dynamiques complexes et les bénéfices mutuels, tout en abordant les défis avec une pointe d'humour.

Le Tuteur : Un Facilitateur d’Intégration et un Guide Essentiel
L’alternant découvre souvent pour la première fois les règles de bonne conduite, les valeurs et les savoir-être attendus pour travailler en équipe, représenter l’entreprise et se professionnaliser. Le tuteur occupe une position particulière dans cette transition : ni parent, ni professeur, ni manager strict - il est avant tout un facilitateur. Son rôle consiste à accompagner le tutoré dans l’appropriation des codes professionnels, sans se substituer aux Ressources Humaines (qui posent le cadre lors des journées d’accueil) ni au manager (qui pilote les missions). Cette posture de facilitation se construit dans la durée : la période d’intégration peut s’étaler sur plusieurs semaines selon le tempérament du tutoré, son éducation et son expérience. Le tuteur en entreprise est le pilier de l’intégration et de la transmission des compétences. Véritable référent, il accompagne, forme et encadre les nouveaux collaborateurs pour accélérer leur montée en compétences. Le tutorat, comme le soulignent Audrey J. Gartner et Franck Riessman, est une excellente méthode pour promouvoir un apprentissage actif, bénéfique aussi bien pour le tuteur que pour le tutoré.
Définition et Cadre du Tutorat en Entreprise
Un nouveau collaborateur rejoint une équipe. Motivé, curieux, mais perdu face à son nouvel environnement. Sans accompagnement, il risque de naviguer à l’aveugle. C’est là qu’intervient le tuteur en entreprise. Véritable référent, il facilite l’intégration, la formation, la montée en compétences, l’autonomie et la performance. Le tutorat repose sur une relation de confiance où le tuteur partage son expertise, transmet ses connaissances et assure un suivi structuré. C’est un dispositif essentiel pour garantir une prise de poste efficace et favoriser la professionnalisation. Pour l'entreprise, cela signifie un salarié mieux formé, plus autonome et rapidement opérationnel, un transfert de savoir-faire efficace et structuré, et une entreprise plus performante grâce à une meilleure professionnalisation.

Qui Peut Devenir Tuteur et Comment ?
Si une personne a de l’expérience, l’envie de partager ses connaissances et un bon sens de la pédagogie, alors elle possède déjà les qualités essentielles pour devenir tuteur. Un bon tuteur doit maîtriser son métier et ses compétences techniques, savoir écouter, accompagner et motiver, et être capable de former et guider avec clarté et bienveillance. Que l'on soit manager, collaborateur expérimenté ou expert dans son domaine, ce rôle peut faire toute la différence dans l’intégration et la réussite des nouveaux arrivants.
Pour devenir tuteur en entreprise, il est essentiel de structurer son accompagnement, d’adapter sa pédagogie et d’assurer un suivi efficace pour garantir la montée en compétences du collaborateur. Il faut être capable de construire un parcours d’apprentissage clair et adapté, d’expliquer de manière méthodique et d’accompagner avec bienveillance, et enfin de suivre et évaluer les progrès du collaborateur pour l’aider à se développer. Un tutorat bien mené bénéficie à la fois au tutoré, à l'entreprise et au tuteur, en valorisant son expertise et son rôle au sein de l'organisation.
L'Équilibre Relationnel : Ni Trop Proche, Ni Trop Distant
C’est sans doute la question la plus fréquente chez les tuteurs débutants : « Je ne veux pas être trop proche, j’ai peur de perdre ma crédibilité. Mais je ne veux pas montrer trop de distance non plus. Alors, comment me positionner ? » Le bon équilibre n’est ni dans l’un ni dans l’autre extrême.
Posture du tuteur et ses implications :
- Trop proche (copain-tuteur) :
- Risques : Perte d’autorité, confusion des rôles, difficulté à évaluer objectivement.
- Indicateurs : Tutoiement spontané, échanges très personnels, sortie d’équipe systématique.
- Trop distant (chef froid) :
- Risques : Manque d’écoute, démotivation du tutoré, repli sur soi.
- Indicateurs : Vouvoiement strict, échanges uniquement formels, refus des questions personnelles.
- Équilibré (tuteur-facilitateur) :
- Avantages : Cordialité chaleureuse, écoute active, fermeté sur le cadre, autorité bienveillante.
La règle d’or est d'être proche du tutoré sans être son ami, exigeant sans être autoritaire, disponible sans être envahissant. C’est une posture qui s’apprend et qui devient plus naturelle avec la pratique. Maintenir son autorité de tuteur tout en restant accessible est un défi. La clé réside dans la cohérence : être chaleureux dans la relation, ferme sur le cadre. Cela passe par un cadre explicite dès le début (ce qu’on attend, ce qu’on n’accepte pas), des feedbacks réguliers, et une distance professionnelle dans les moments-clés (évaluation, recadrage). L’autorité ne s’oppose pas à la bienveillance.
5 Astuces pour se tenir droit
Les Multiples Casquettes du Tuteur : Un Rôle Polyvalent et Essentiel
Le tuteur est polyvalent. Au quotidien, il occupe plusieurs casquettes en même temps, ce qui fait de lui un véritable couteau suisse de l'entreprise :
- Pédagogue : Il transmet, explique, démontre, fait répéter. Il adapte sa manière d'enseigner en fonction des besoins et du profil du tutoré, en variant les approches pédagogiques : démonstrations pratiques, exercices, discussions ou études de cas.
- Évaluateur : Il observe, mesure les acquis, donne des feedbacks constructifs et des pistes d’amélioration pour encourager la progression continue. Le suivi permet non seulement de vérifier que la formation est efficace, mais aussi d’apporter des ajustements afin que le collaborateur puisse évoluer à son propre rythme.
- Coach : Il motive, recadre, aide à dépasser les blocages. Il est là pour encourager son collègue à progresser, lui donner des retours constructifs et surtout lui transmettre une attitude positive face aux défis.
- Médiateur : Il fait le lien entre l’alternant, le manager, l’équipe et l’école, favorisant une communication fluide et une meilleure compréhension entre les parties.
- Témoin : Il représente l’entreprise et sa culture aux yeux du tutoré, lui transmettant les codes implicites et explicites.
Tout cela en poursuivant sa mission quotidienne : tenir ses objectifs, répondre aux cahiers des charges, gérer parfois les journées en télétravail, rencontrer les clients, faire ses déplacements. Le tutorat nécessite donc de mettre en œuvre de nombreuses compétences simultanément. Pour structurer cette polyvalence, des formations certifiantes peuvent être d'une grande aide, couvrant largement la dimension de gestion de la posture tutorale.
La Relation Tutorale : Une Dynamique Triangulaire et Ses Enjeux
La relation tuteur-tutoré n’est jamais une affaire à deux. Elle s’inscrit dans un triangle, où chaque sommet a son rôle :
- Le tuteur : Il transmet le métier et accompagne sur le terrain.
- Le tutoré : Il apprend, expérimente, progresse.
- L’école / le CFA : Ils valident les acquis théoriques et pédagogiques.
Ce triangle fonctionne bien quand les trois sommets communiquent. Il dysfonctionne quand l’un coupe le contact avec les autres. La place du manager est aussi importante, car elle s’articule avec celle du tuteur pour définir qui fait quoi. Le webinaire présenté par Alain Huot, Chantal Tremblay et Pierre Beust aborde d'ailleurs ces rôles et missions de la fonction tutorale dans l'enseignement supérieur, ainsi que la distinction entre tutorat, mentorat et coaching, mettant en lumière le développement professionnel/personnel sur le long terme.
Tutorat, Mentorat, Coaching : Quelles Distinctions ?
Il est important de distinguer le tutorat des concepts proches que sont le mentorat et le coaching. Le webinaire animé par Alain Huot (UQTR), Chantal Tremblay (UQAM) et Pierre Beust (DGESIP - Université de Caen Normandie) propose un éclairage conceptuel de ces différentes définitions.
- Tutorat : Le tuteur, comme décrit précédemment, se concentre sur la transmission des compétences techniques et des savoir-faire liés à un métier ou une tâche spécifique. C'est un accompagnement sur le terrain, souvent pour une durée définie, avec des objectifs d'intégration et de montée en compétences clairs.
- Mentorat : Le mentorat, en revanche, est davantage axé sur le développement professionnel et personnel sur le long terme. Le mentor est un guide expérimenté qui partage son parcours, ses réflexions et son réseau pour aider le mentoré à développer des attitudes générales, à explorer des chemins de carrière et à acquérir des compétences transversales. La relation de mentorat peut se développer sur des attitudes générales du développement de la personnalité ou des compétences professionnelles.
- Coaching : Le coach vise à aider l'individu à atteindre un objectif précis en stimulant sa réflexion et en le poussant à trouver ses propres solutions. Il utilise des outils et des techniques pour favoriser le développement d'un questionnement interne chez l'étudiant ou le collaborateur. Le coach ne donne pas de réponses, mais pose les bonnes questions pour que le coaché trouve ses propres voies. L'utilisation d'outils numériques peut d'ailleurs favoriser ce développement d'un questionnement interne chez l'étudiant, ce qui permet de soutenir ce questionnement en l'absence d'un humain, et d'attendre la disponibilité d'un tuteur/parrain/mentor.
Ces distinctions sont cruciales pour comprendre les attentes et les dynamiques de chaque type de relation d'accompagnement.

Le Tutorat et la Transformation de l'Identité du Tuteur
Voici un point souvent sous-estimé : la mission tutorale modifie l’identité professionnelle de celui qui l’exerce. Devenir tuteur, ce n’est pas juste ajouter une mission supplémentaire - c’est entrer dans un nouveau rapport au savoir et au pouvoir.
Un Nouveau Rapport au Savoir
Pour transmettre, le tuteur doit d’abord expliciter ce qu’il sait. Et c’est là qu’apparaît un phénomène frappant : beaucoup de savoir-faire sont devenus si automatiques pour le tuteur qu’il a oublié comment il les avait appris. La transmission l’oblige à les ré-analyser, à les nommer, à les décomposer. C’est un processus métacognitif qui renforce sa propre maîtrise. Comme l’a souligné la recherche en sciences de l’éducation, le tutorat développe « la capacité à apprendre des tuteurs tout en développant leur capacité à transmettre ». Les bénéfices ne profitent donc pas seulement au tutoré, mais aussi au tuteur lui-même. Jérôme Bruner, dans son livre Le processus de l’éducation, illustre cette réalité : « J’ai d’abord exposé la théorie des quanta à mes élèves. Levant les yeux vers eux, je n’ai vu que des visages ébahis. Ils n’avaient manifestement rien compris. J’ai recommencé l’explication. Ils n’avaient toujours pas compris. » Cette anecdote met en lumière la nécessité pour l'enseignant, ou ici le tuteur, de déconstruire son propre savoir pour le rendre accessible.
Un Nouveau Rapport au Pouvoir
Le tuteur exerce une forme d’autorité - pédagogique, pas hiérarchique. Cette autorité repose sur l’expertise et la légitimité reconnue par le tutoré, pas sur un statut. Elle demande de poser un cadre clair sans pour autant écraser la relation. Beaucoup de tuteurs débutants sont d’abord déstabilisés par cette posture, avant de trouver leurs marques. Le fait de se sentir "quelqu'un de bien, comme un professeur", comme le confie un enfant de CM2 en enseignement spécialisé qui tuteure un autre élève, illustre ce nouveau rapport au pouvoir et à la responsabilité.
La Culture d’Entreprise : Un Pan Invisible à Transmettre
Dans certaines organisations, le tutoiement est de rigueur. Dans d’autres, pas. Les jeunes alternants sont parfois surpris par les codes implicites : doivent-ils tutoyer un collègue, un chef, le chef du chef ? Comment s’habiller pour une réunion client ? Quels sont les sujets « tabous » en pause-café ? Chaque organisation a sa culture propre - un ensemble d’influences matérielles, intellectuelles et sociales largement déterminée par son histoire, celle des fondateurs ou des leaders, même s’ils ont disparu depuis longtemps. Cette culture se transmet par imprégnation, mais aussi par explicitation. Le tuteur joue ici un rôle clé :
- Expliciter les règles non écrites (codes vestimentaires, hiérarchie de fait, rituels).
- Décrypter les non-dits (« quand X dit ça, ça veut dire que… »).
- Montrer les bénéfices à respecter ces codes (intégration, reconnaissance).
- Alerter sur les coûts à les transgresser (exclusion, isolement, bouc-émissaire).
L’objectif n’est pas de formater l’alternant à la culture maison, mais de lui donner les clés pour s’y orienter en conscience. Si l’alternant ne respecte pas les codes de l’entreprise, il faut d’abord vérifier qu’ils ont été explicités, car les codes implicites sont la source la plus fréquente de malentendus. Ensuite, il est crucial d'en parler directement, sans jugement, en expliquant le sens et les conséquences. Si le problème persiste, il est important d'en discuter avec le manager ou les RH avant de monter en pression.

La Communication Intergénérationnelle : Un Enjeu Majeur dans un Monde en Évolution
Les tuteurs sont souvent surpris par les codes de communication des jeunes alternants. La génération Z et désormais la génération Alpha utilisent peu le téléphone, préfèrent les messageries instantanées, attendent des feedbacks rapides et répétés. Les apprentis arrivent souvent en entreprise plus à l’aise avec ChatGPT, Claude ou Gemini que leurs tuteurs. Cette dynamique transforme la relation tutorale en échange réciproque - ce qu’on appelle parfois le tutorat partiellement inversé.
Le tuteur transmet le métier, l’apprenant l’usage des outils. Cette posture demande humilité et ouverture, mais devient un atout d’attractivité pour les jeunes talents. Concrètement, cela peut prendre la forme de :
- Sessions de découverte croisée (« montre-moi comment tu utilises ChatGPT pour ce type de tâche »).
- Co-construction de prompts adaptés au métier.
- Évaluation conjointe des résultats produits par l’IA.
- Formation mutuelle sur les usages responsables (vérification, citation des sources, vie privée).
Le tuteur peut-il aussi apprendre de son alternant ? Absolument, et c’est même souhaitable. Les jeunes alternants apportent souvent un regard neuf sur les pratiques, des compétences sur les outils numériques et l’IA, parfois des connaissances théoriques récentes. Accepter ce tutorat partiellement inversé est un atout, pas une remise en cause. La différence d’âge n’est ni un avantage ni un handicap en soi. Ce qui compte, c’est la posture du tuteur : poser les codes professionnels, écouter les apports du tutoré, maintenir le cadre. Avec un alternant beaucoup plus âgé (en reconversion par exemple), il faut juste éviter de le traiter comme un débutant absolu et reconnaître son expérience antérieure.
5 Astuces pour se tenir droit
Échanges et Transactions : La Communication au Quotidien
L’entreprise est un lieu de transactions permanentes. À longueur de journée, l’alternant échange avec ses collègues, son manager, son tuteur, des relations externes. Dans la plupart des situations, la communication est facile, franche, directe - on parle alors de transactions simples. Mais selon les situations, des sous-entendus et des non-dits apparaissent. La communication se complique : on ne comprend pas toujours ce que l’autre souhaite, on croit comprendre mais on se trompe, on n’ose pas faire répéter. L’origine des difficultés se situe souvent dans des cadres de référence différents. On interprète ce que l’autre dit en fonction de notre propre histoire, et on se trompe. C’est aussi ce qui prévient les conflits avant qu’ils n’éclatent.
La Régularité Plutôt Que l’Intensité : Le Rendez-vous Hebdomadaire
Une bonne relation tuteur-tutoré ne se construit pas dans des moments rares et intenses, mais dans des rendez-vous réguliers et structurés. La pratique éprouvée est l’entretien hebdomadaire :
- Entretien du lundi matin : Poser les objectifs de la semaine, ajuster les missions, anticiper les difficultés.
- Entretien du vendredi soir : Faire le bilan, recueillir le ressenti, valoriser les progrès.
Ces moments de 30 à 45 minutes structurent la relation et donnent un cadre pour évoquer les sujets qui ne passent pas dans le flux quotidien. Pour préparer concrètement l’arrivée de l’alternant et installer ces rituels dès le début, des guides d'accueil et d'intégration des alternants peuvent être très utiles.
L'Exemple Inspirant du Tutorat par les Pairs et Réciproque
Le tutorat entre élèves est fondé sur la force des élèves et les rend de plus en plus responsables. Au lieu d’apprendre passivement, ils deviennent des acteurs principaux de leur parcours scolaire. Dans une école publique des quartiers chinois de New York, plus de 500 élèves sont impliqués dans un nouveau projet pilote de tutorat entre eux. Des classes entières de niveaux différents travaillent ensemble. Des élèves bilingues aident des élèves monolingues, des élèves des classes spéciales aident des élèves des classes normales. Un élève du niveau du cours élémentaire1 qui s’occupe d’un enfant de maternelle confie : « Je peux lui apprendre des choses parce que c’est amusant. Mon « élève » me rend heureux ». Un enfant du niveau de CM2 en enseignement spécialisé a regagné de la confiance : « Lorsque mon élève a besoin de moi, elle vient me voir, et je me sens quelqu’un de bien, comme un professeur. »
De plus en plus de professeurs et de chercheurs sont enthousiastes. Ils se rendent compte que le tutorat est une excellente méthode pour promouvoir un apprentissage actif. Depuis longtemps, la démonstration est faite que l’enseignant profite particulièrement de l’enseignement. Robert Cloward, qui a entrepris la "Mobilisation pour l’Enseignement des Jeunes" dans les années soixante, a fait appel aux jeunes adolescents en difficulté pour aider des élèves de primaire à la lecture. Les résultats furent tout aussi spectaculaires dans l’expérience, financée par la Fondation W.K Kellogs, conduite dans six écoles secondaires de New York.
Le Tutorat Réciproque : Une Approche Novatrice
Dans le cadre de Concurrent Options, un programme de prévention, un projet de tutorat réciproque a été mis sur pied. Dans trois de ces écoles, des débats entre élèves ont été organisés pour discuter de leur tutorat et pour faire réfléchir les « tutorés » sur leur prochain rôle de tuteur. Dans les trois autres écoles, ce fut un tutorat plus traditionnel où les meilleurs élèves enseignaient aux moins bons. Finalement, les élèves de ce programme expérimental firent de grands progrès dans les matières qu’ils avaient enseignées, ils réussirent plus d’examens et furent plus assidus. Ils ont aussi fait preuve d’une meilleure compréhension du contenu des cours.
Un tutorat réciproque peut être effectué entre classes de niveaux différents ou dans une même classe. Par exemple, dans une école primaire qui pratique le tutorat inter-âge, les élèves de la sixième suivent les élèves de CM1 qui, à leur tour, s'occupent d'élèves de CE1. Pour le tutorat mené dans la même classe, les rôles de « tutoré » et de tuteur peuvent régulièrement s’alterner afin que tous les élèves fassent l’expérience de donner et de recevoir.
Dans un projet en cours, le tutorat réciproque est utilisé pour aider des nouveaux élèves immigrants qui entrent dans le secondaire. Le tutorat est destiné à atténuer le sentiment de dépaysement qu’ils ressentent forcément face à de nouvelles coutumes et des règles implicites de leur nouvelle école et de la nouvelle culture. Chaque nouvel étudiant se trouve en tandem avec un camarade formé pour être tuteur/mentor. En tant que mentors, les élèves servent de guides personnels et d’interprètes du système, pour expliquer ce que les enseignants et le reste du personnel attendent des élèves. En tant que tuteurs, ils aident les nouveaux étudiants pour les cours et la préparation des examens. Tous les étudiants sont amenés à participer et ont l’occasion d’aider. Les tuteurs sont aidés à réfléchir sur leur expérience en travaillant avec eux. Ils échangent leurs réflexions sur le tutorat à travers des discussions et grâce aux rapports périodiques, ils prennent ainsi conscience des processus et des stratégies d’apprentissage.
Un tutorat réciproque inter-âge ne peut réussir sans le soutien des professeurs. Il a été constaté que les professeurs assument pleinement ce rôle lorsque des groupes de soutien mutuel sont établis. De tels groupes aident non seulement à briser l’isolement du professeur mais également à favoriser des partenariats innovants et l’échange d’idées entre les professeurs impliqués dans des travaux similaires. Les réunions ont généralement lieu avant ou après la classe dans une ambiance détendue.
L'Impact Social du Tutorat
Lors d’une conférence récente sur le tutorat entre élèves, Anthony Alvarado, directeur de l’école publique du deuxième district de New York, expliquait que : « le résultat le plus important est essentiellement une re-création du lien social qui permet aux communautés de se retrouver. » Cela met en lumière la dimension humaine et communautaire du tutorat, au-delà de la simple transmission de connaissances.
Les Avantages et Inconvénients du Tutorat en Entreprise
Le tutorat est un véritable levier de performance pour les entreprises, mais il présente aussi ses propres défis.
Bénéfices pour l’Entreprise
En investissant dans le tutorat, une entreprise gagne en agilité, en compétence collective et en performance globale. Les avantages sont multiples :
- Accélération de l’intégration : Les nouveaux collaborateurs s'adaptent plus rapidement, réduisant ainsi leur temps d’intégration et augmentant leur efficacité dès le départ.
- Transmission du savoir-faire : Grâce au tutorat, les compétences clés sont préservées et diffusées au sein de l'entreprise, garantissant ainsi la continuité et le développement des savoirs.
- Renforcement de la cohésion : L'accompagnement crée des liens solides entre les collaborateurs, renforçant l’esprit d’équipe et l'intégration dans la culture de l’entreprise.
- Fidélisation des talents : En offrant un bon accompagnement, les entreprises contribuent à améliorer la satisfaction des collaborateurs, réduisant le taux de turnover et renforçant leur engagement.
Bénéfices pour le Tuteur et le Tutoré
Le tutorat offre de nombreux avantages, non seulement pour l’entreprise, mais aussi pour les individus impliqués, que l'on soit tuteur ou tutoré :
- Pour le tuteur : Endosser ce rôle permet de développer des compétences en management, en pédagogie et en communication. Cela peut renforcer le leadership et positionner le tuteur comme un véritable référent au sein de l’entreprise, tout en mettant en valeur son expertise.
- Pour le tutoré : Il bénéficie d’un soutien personnalisé qui lui permet de monter en compétences plus rapidement. Ce coaching favorise son épanouissement professionnel, l’aide à devenir plus autonome et renforce sa confiance en soi. De plus, la relation peut devenir un modèle précieux pour son orientation de carrière.
Le tutorat devient ainsi un processus enrichissant pour les deux parties, renforçant les relations et contribuant à la montée en compétences de chacun. Les participants au programme OSER en témoignent : « Je trouve que ce programme est vraiment génial et utile : on apprend pleins de choses, on passe du temps avec des personnes qu’on ne connaît pas très bien mais on découvre aussi des tutorés d’autres lycées. C’est vraiment une opportunité d’avoir pu passer cette année avec les tuteurs et les tutorés ! Je ne regrette pas du tout les grasses matinées du samedi matin. » et « J’ai passé une année parfaite en la compagnie d’OSER, les activités étaient géniales, les tuteurs hyper cools. J’ai pu découvrir de nouvelles régions et de nouvelles villes (notamment Bordeaux) et je me suis fait de nouveaux amis. » Ces témoignages soulignent l'impact positif sur l'apprentissage, les rencontres et l'ouverture d'esprit.

Limites et Défis du Tutorat
Malgré ses nombreux avantages, le tutorat en entreprise comporte aussi quelques limites et défis à prendre en compte :
- Investissement en temps : Le tutorat demande un temps d’accompagnement conséquent, ce qui peut être contraignant pour le tuteur, surtout s'il a déjà d’autres responsabilités à gérer. Un suivi constant peut parfois perturber sa propre productivité.
- Risque de surcharge : Si le tutorat n’est pas bien encadré, il peut devenir une tâche trop lourde à assumer, particulièrement si le tuteur manque de formation ou de ressources adaptées.
- Inégalité dans l’accompagnement : Tous les tuteurs n’ont pas les mêmes compétences pédagogiques. Certains peuvent avoir du mal à transmettre leur savoir de manière efficace, ce qui peut limiter l’impact du tutorat.
Ainsi, bien que le tutorat soit un outil puissant, il nécessite une organisation rigoureuse et un suivi adéquat pour éviter qu’il ne devienne une contrainte plutôt qu’un avantage. Il est essentiel de bien se préparer et de mettre en place un cadre de travail équilibré pour garantir son succès. Si la relation se dégrade malgré tout, il est crucial de réagir vite. Plus on attend, plus la situation se cristallise. Un point en triangle (tuteur, alternant, manager ou RH) permet souvent de débloquer les non-dits. Si le conflit persiste, l’école doit être impliquée. Des ressources et des articles spécifiques sur la gestion des conflits entre apprenti et employeur peuvent être consultés pour approfondir ce sujet.
Le Tutorat à Distance et les "Campus Connectés"
Les défis actuels de l'éducation, notamment en matière d'accès et d'accompagnement, ont conduit au développement de nouvelles approches, comme les "Campus Connectés". Ces tiers-lieux, impulsés par la Direction Générale de l'Enseignement Supérieur et de l'Insertion Professionnelle (DGESIP) du MESRI, visent à amener la formation à distance au plus proche des étudiants. Leur objectif est d'offrir un programme de Formation à Distance (FàD) dans des conditions optimales, en réduisant les obstacles sociaux, économiques et d'accès à l'enseignement supérieur.
Le développement d'un MOOC sur la formation au tutorat à travers le PIA "Campus Connecté" est un exemple concret de cette innovation. Il vise l'étayage des étudiants, c'est-à-dire le soutien et l'accompagnement dans leur parcours d'apprentissage. Ces initiatives sont particulièrement pertinentes dans un contexte où les ressources éducatives doivent être maximisées. Comme le suggérait déjà Audrey J. Gartner, au lieu de mettre tous les espoirs et l'énergie dans la recherche des subventions, il est crucial de penser sérieusement à puiser dans des ressources éducationnelles déjà en place, comme le tutorat par les pairs, pour aider à réduire le déficit du budget national pour l’Éducation. Dans un tel système, des lycéens superviseraient le travail des petits dans les pré-écoles, ainsi que celui des élèves de la maternelle jusqu’au niveau de CE2, selon un programme de cours particuliers individualisés dispensés plusieurs fois par semaine. Le programme serait proposé aux lycéens intéressés comme un cours normal dans leur cursus scolaire (ou comme un service d’utilité collective), étant entendu que le tutorat servirait de travaux pratiques. En échange de leur travail, les étudiants recevraient des crédits de notes au lieu de l’argent. Ce projet se fonde sur les résultats bien connus montrant la grande efficacité du tutorat inter-âge. Les résultats de recherche et l’expérience de tutorat dans les écoles montrent les bénéfices qu’en tirent les tuteurs eux-mêmes. Ces lycéens progressent davantage dans leur propre formation en faisant du tutorat car ils apprennent tout en enseignant. L’avantage est double : les tuteurs et les « tutorés » apprennent pratiquement sans aucun coût, dégageant des ressources ainsi disponibles pour l’école. D’un côté comme de l’autre, chacun en tirera profit. En fait, si ce programme et des programmes similaires étaient étendus à une plus grande échelle dans nos institutions éducatives pendant les prochaines années, un changement complet se produirait dans l’esprit et les pratiques du système éducatif.
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