Le rempotage est l'une des techniques principales de la culture bonsaï. En effet, on ne peut pas y échapper (à moins de payer un professionnel pour le faire à notre place, ou avoir des amis généreux de leur temps et pratiquants également). Il se pratique d'une fois par an à une fois tous les 10 ans. Sa science n’est pas toujours exacte ou explicable, mais ses résultats sont plutôt connus, sur les espèces connues.

Comprendre la nécessité du rempotage
Le rempotage est l'action qui vise à sortir votre arbre de son pot, retirer entièrement ou en partie le substrat contenant ses racines, travailler les racines (sélection et taille), renouveler le substrat, et attacher le tout dans le même pot ou dans un nouveau. Grossomodo, c’est un rempotage. Dans notre pratique, cela s'avère un peu plus délicat, précis et nécessite un peu plus d’organisation.
Tout le monde le sait, les plantes poussent. Tout le monde pense le comprendre : les arbres poussent autant sur que sous la terre. Toute plante, quelle qu’elle soit, se développe. Et pour ce faire, elle a besoin de nutriments, d’eau. Sans rentrer dans le détail de la biologie végétale, ce rôle incombe aux racines. Ces racines vont alimenter donc l’arbre, parfois même une racine pour une branche. Il s’applique alors sur le développement une logique d’équivalence entre infra et superstructure. Autant de racines que de branches. Et cette logique vaut aussi bien pour la longueur, la quantité, la taille, la vigueur, tout.
Ainsi, si vous voulez une ramification fine sur votre arbre, il vous faudra son équivalent sous terre. C'est une raison technique du rempotage : les racines ne vont pas se densifier et s'affiner naturellement toute seule dans le pot. De plus, cette densité étant idéalement au plus proche du tronc, celles-ci vont se développer, grossir et fusionner les unes avec les autres. Elles développeront également la base du tronc, le collet, que nous appelons dans notre domaine : le nebari. La première raison d'un rempotage est de permettre de former le nebari des arbres, additionné à d’autres techniques, et de gérer la densité des racines.
La seconde raison est le renouvellement du substrat. Comme nous le savons, le substrat principalement utilisé en bonsaï est l’akadama, or ce substrat se délite et participe à l'atrophie progressive des racines (c'est un effet désiré pour les bonsaï matures). Nous voulons cependant une bonne oxygénation des racines, un bon drainage, et de la rétention d’eau et de nutriments. Si le substrat se compacte, nous perdons les deux premières priorités. Il est donc nécessaire de renouveler régulièrement.
Enfin, il existe des raisons sanitaires ou d’adaptation. Il peut être nécessaire de pratiquer des rempotages pour des raisons d’urgences (champignons, infestation d’animaux, insectes ou larves) ou pour l'exposition. Comme se plaît à le dire Alexandre ESCUDERO, les arbres sont plus à l’aise et mieux gérés s’ils sont cultivés en pot de culture. Pour les besoins d’une exposition, il peut convenir de procéder à un rempotage pour adapter le pin racinaire à la poterie qui le recevra et composer ainsi son alliance arbre-pot.
Déterminer le cycle végétal : Quand rempoter ?
La réponse peut être calendaire, ou saisonnière, sans pour autant être bonne ou exacte. La clef de la réussite de la quasi-totalité des travaux à faire sur nos arbres réside dans la période. Il nous incombe donc de la trouver, tous, et elle sera propre à nos lieux de culture. Parfois, 10 km de différence peuvent donner deux dates de rempotage différentes de quelques jours à une semaine !
La période idéale est censée être comprise dans la période de transition entre un sommeil végétatif et une période de pousse. L’observation est la clef : que nous soyons le 1er Mars ou le 15 Mai, la période de rempotage est affaire de stade d’éveil et de cycle végétal.
1. Période printanière
Il se pratique idéalement au moment où les bourgeons gonflent, juste avant l’éclosion et le débourrement. Selon les arbres et leur gestion durant l’hiver, cette période peut aller de début février à mai. Profitez-en pour prioriser et ordonner l’ordre des arbres à rempoter en fonction de l’état de leurs bourgeons.
2. Période estivale
Contre toute idée reçue, certaines plantes se rempotent lors du passage à l’été ! Le principe est de profiter d’un taux d’humidité élevé et d’une forte chaleur. Le taux d’enracinement est conséquent, et les plantes ayant une pousse racinaire faible et une sensibilité au froid s’en verront des plus ravies. C’est une période propice pour les azalées, les agrumes, les pins blancs, les genévriers. Dans le cadre d’un feuillu, il pourrait se pratiquer à la condition de faire une défoliation totale.
3. Période automnale
Principalement, c’est la période pour les rosacées (cognassiers, pommiers, rosiers). Avec la baisse des températures et du temps d’ensoleillement, c’est la période idéale pour leur assurer une reprise en douceur. Certains pins, comme le pin noir, ou érables également, supportent bien le rempotage à cette période. Il conviendra cependant de les protéger l’hiver pour éviter tout dommage dû au gel.
La chronique nature : le bourgeon
Fréquence et préparation technique
Pour éviter que l’arbre ne se retrouve à l’étroit dans son pot et finalement qu’il ne meure, un rempotage régulier est nécessaire. La fréquence dépend de la taille du contenant et de l’espèce. Les arbres à croissance rapide ont besoin d’être rempotés tous les deux ans (parfois même chaque année). Les arbres matures n’en ont besoin que tous les 3 à 5 ans. Il ne faut pas rempoter systématiquement, mais plutôt contrôler chaque arbre au tout début du printemps en le retirant délicatement de son pot. Un bonsaï a besoin d’être rempoté lorsque des racines s’enroulent autour du pain racinaire.
Avant de commencer, il est plus agréable de rempoter avec un substrat relativement sec, ou humide mais pas détrempé. Évitez d’arroser dans les 24 à 48h au préalable. Préparez vos outils : baguette, ciseaux à racines (propres, aiguisés et désinfectés), fil pour attacher l’arbre au pot, mastic cicatrisant à hormone. Tout doit être accessible. Préparez également votre futur pot en plaçant les fils d’accroche et la grille de drainage.
Méthodologie de travail
- Sortie du pot : Si ça résiste, ne forcez pas ! Sarclez la motte contre la paroi intérieure du pot avec votre baguette, parfois quelques coups tout autour suffisent pour "fatiguer" l’ancien substrat.
- Taille des racines : Coupez, soignez, rognez les racines, plaies, ou traces à traiter, essuyez-les et séchez-les avant d’y appliquer un mastic.
- Mise en place : Placez votre substrat en monticule dans le pot en quantité suffisante pour régler la hauteur. Appuyez délicatement l’arbre, avec quelques mouvements rotatifs, pour qu’il puisse tasser et laisser le substrat entrer entre les racines.
Choisir le mélange de substrat adéquat est primordial. Il doit être suffisamment drainant pour éviter que les racines ne pourrissent, et en même temps absorber assez d’eau. Mélangez l'akadama, la pumice et la pouzzolane ensemble pour un ratio de 2/1/1. Quand vous n'avez pas le temps d'arroser régulièrement, choisissez un mélange plus absorbant (plus d'akadama) et un mélange plus drainant (plus de pouzzolane) quand vous avez un climat plus humide.

Soins post-rempotage
Après un tel travail, il faut protéger votre arbre des intempéries et par-dessus tout du vent. Toutes les vibrations, mouvements, ou chutes peuvent coûter très cher à votre arbre et à votre travail. Les radicelles qui vont se former dans les prochaines semaines sont extrêmement fragiles ; les rompre mènerait à un épuisement mortel. L’arrosage doit être surveillé également, ne pas laisser la motte sécher sévèrement dans le mois qui suit. L’idéal serait une serre aérée, qui chauffe, soit humide. Sinon, une exposition en plein soleil est recommandée pour faire chauffer le pot, tout en restant protégé du vent.