La question du rendement annuel des arbres fruitiers constitue le cœur de la préoccupation de tout arboriculteur, qu'il s'agisse d'un jardinier amateur ou d'un producteur professionnel. Maximiser la production ne se résume pas à une simple accumulation d'arbres ; c'est un équilibre complexe entre la biologie végétale, les conditions pédoclimatiques et les choix techniques d'implantation.

Les Fondamentaux de la Productivité Pomicole
Avant de récolter des pommes, nous devons « éclaircir » les arbres. L’éclaircissement des pommiers est crucial pour pouvoir obtenir un bon rendement et stabiliser la production au fur et à mesure des années (pour minimiser l’alternance annuelle). Il faut éclaircir les pommiers à partir de la fin du printemps jusqu’en été (d’avril à juillet). L’idée est d’enlever les fruits abimés et sous-développés, ainsi que les fruits contaminés par les nuisibles, pour laisser suffisamment de nutriments précieux pour les fruits sains et normaux restants, que nous voulons récolter quelques mois plus tard. Parfois, le choix peut s’avérer difficile parce que nous devons enlever des fruits sains et visiblement bien portants s’il n’y en a pas de mauvais.
Dans la plupart des régions des Etats-Unis, la récolte des pommiers s’effectue depuis la fin de l’été jusqu’à l’automne (d’août à octobre). Malheureusement, lorsqu’il s’agit de récolter des pommes, la période de récolte n’est que de 8 à 12 jours dans la plupart des cas. A l’inverse, les citrons peuvent se récolter pendant 2 mois et laisser des citrons sur l’arbre ne diminue pas la qualité du produit. Les pommes ne peuvent se récolter qu’à la main et sont très sensibles aux chocs. Un pommier très bien entretenu dans un jardin peut avoir un excellent rendement de 80 à 150 fruits par an.
Densité de Plantation : Enjeux Économiques et Techniques
Au Québec et partout en Amérique du Nord, ce sont le plus souvent des pommiers nains ou semi-nains qui sont plantés lorsque vient le temps d’établir un tout nouveau verger, de remplacer des pommiers standards vieillissants ou de renouveler une parcelle dont le rendement et la qualité des fruits ont diminué. L’intérêt porté aux pommiers nains et semi-nains est facile à comprendre : densité (nombre de pommiers à l’hectare) plus élevée puisque chaque arbre occupe moins d’espace, mise en production plus rapide que les pommiers standards, production de fruits de qualité, travaux d’entretien et de récolte facilités.
D’une densité de plantation de l’ordre de 700 arbres/hectare pour les pommiers standards, on peut ainsi passer à une densité pouvant atteindre de 2000 à 3000 arbres/hectare, voire plus. Certes, le coût d’implantation d’un verger de pommiers peut être très élevé selon la densité de plantation choisie, les matériaux (tuteurage, etc.) et la main-d’œuvre. Des simulations effectuées à titre indicatif par le CRAAQ avec l’outil Profitabilité démontrent que des densités de l’ordre de 2000 à 3000 arbres/hectare peuvent conduire à des coûts d’implantation de plus de 62 000 $/hectare comparativement à moins de 30 000 $/hectare pour les densités de moins de 1000 arbres/hectare. D’où l’importance d’un retour sur investissement rapide.
L’atteinte du seuil de rentabilité est en enjeu important en pomiculture et passe avant tout par la capacité de l’entreprise à produire rapidement des pommes de qualité, en bonne quantité, qui plaisent aux consommateurs (source des revenus). Selon ces mêmes simulations, si la qualité et les prix sont au rendez-vous, une plantation à haute densité (2324 arbres/hectare) pourrait devenir rentable à partir de la 10e année, pour un bénéfice total de 228 000 $ sur 25 ans. Par comparaison, une plantation à faible densité (594 arbres/hectare) ne deviendrait rentable qu’à partir de la 15e année, pour un bénéfice total de 99 000 $.
Systèmes de Plantation et Gestion de la Silhouette
Il existe de nombreux systèmes de plantation des fruits à pépins pour obtenir un rendement élevé, précoce et de qualité optimale. La facilité de récolte et de gestion en sont également des facteurs clé à prendre en compte. Les systèmes récents ont une densité de plantation plus élevée que les anciens vergers. Aujourd'hui, une densité normale va de 1000 à 6000 arbres/ha, alors qu’il y a 50 ans, elle était de l’ordre de 70 à 100. Sur des sols à fort potentiel et très fertiles, on peut planter jusqu’à 10000 arbres/ha et obtenir un rendement de 60t/ha.
La silhouette de l’arbre est modifiée pour obtenir quatre formes de base : sphérique, conique, en palmette ou en Y, A ou V. Les formes sphériques étaient plus courantes dans les vergers traditionnels d’Europe et d’Amérique du Nord. Les silhouettes coniques sont plus fréquentes de nos jours. La majeure partie de la taille se fait généralement à la fin de l’hiver, avant le redémarrage de la végétation. La taille d’été permet de retirer les gourmands et de laisser pénétrer la lumière dans les couverts denses. Il est souvent judicieux de réduire la charge de fruits résultant d’une floraison importante et d’une bonne nouaison. Cinq ou six fleurs fleurissent sur chaque bourgeon de pommier, et les poiriers comptent 7 à 8 fleurs par bourgeon. Si toutes ces fleurs parvenaient à maturité, les fruits seraient très petits, l’arbre présenterait des carences et ne fleurirait pas l’année d’après.
Bien comprendre la taille de fructification.
Diversité des Espèces et Résilience du Verger
Dans les vergers comme dans les jardins familiaux, la question du rendement est essentielle. Certains arbres fruitiers donnent quelques kilos de fruits par an, tandis que d’autres croulent littéralement sous leur production. Pour les jardiniers en quête d’efficacité, connaître les espèces les plus généreuses permet d’optimiser l’espace et le temps. Mais la productivité ne dépend pas seulement de l’arbre : elle varie selon le climat, le sol, la pollinisation et l’entretien.
Le figuier est souvent cité pour sa générosité. Il peut produire plusieurs dizaines de kilos de figues par saison, même sur un sol pauvre. Le pommier, de son côté, reste un incontournable dans les zones tempérées. Bien entretenu, il peut porter plusieurs centaines de fruits par an. Certaines variétés comme ‘Golden Delicious’ ou ‘Reine des Reinettes’ sont connues pour leur régularité. Elles donnent chaque année une belle quantité de pommes, sans alternance trop marquée.
La productivité d’un arbre fruitier dépend aussi de son adaptation au climat local. Un arbre très productif dans le sud de la France ne donnera presque rien dans le nord. Dans les régions méditerranéennes, le figuier et l’abricotier tirent leur épingle du jeu. Ils supportent bien la chaleur et se contentent d’un sol calcaire ou caillouteux. En climat océanique ou continental, mieux vaut opter pour le prunier, le cerisier ou le pommier.
Expérimentation et Biorégulation
Imaginons un verger circulaire d’espèces d’arbres fruitiers diversifiées, afin qu’elles collaborent les unes avec les autres pour contrer les pathogènes. Le verger expérimental bio est en test à Gotheron dans la commune de Saint-Marcel-lès-Valence. D’un hectare et demi et planté en cercles concentriques en février 2018, il devrait porter ses premiers fruits en 2020. L’Institut d’agronomie fait le pari de la diversité des espèces pour réguler les attaques parasitaires ou les maladies potentielles.
La forme de plantation en cercles, qu’ont adoptée les ingénieurs, a pour but de protéger la production de fruits. L’objectif est que les bio-agresseurs aient du mal à arriver jusqu’aux arbres du centre. Pour éviter aux ennemis de se déplacer d’arbre en arbre et de se multiplier, il faut mettre en place une biorégulation. La ceinture extérieure est donc une barrière végétale composée d’arbres hauts : châtaigniers ou noyers qui ont un rôle de brise-vent, ainsi que des arbustes bas où les rongeurs et les oiseaux peuvent gîter.
Avançant vers le centre, le deuxième cercle se compose de plantes-pièges : des pommiers précoces et résistants (variété Flora-Akane), dont la tâche est de fixer les pucerons qui auraient réussi à franchir la première haie. Le troisième cercle est planté de figuiers, noisetiers, grenadiers, néfliers, kakis, framboisiers pour empêcher que les feuilles mortes des pommiers du cercle précédent soient poussées vers le centre. Viennent ensuite six rangs plantés en spirale où alternent des arbres de fruits à noyaux et à pépins : abricotiers, pêchers, pruniers et pommiers.

La Planification de la Densité : L'Art du Pépiniériste
Quand mes clients me demandent combien d’arbres fruitiers planter sur 1000 m², je souris toujours. Parce que la réponse n’est jamais la même : tout dépend de vos objectifs, du porte-greffe choisi, de votre disponibilité et de votre vision du verger. La densité de plantation, ce n’est pas qu’une question de mathématiques. C’est l’équilibre entre production, facilité d’entretien, longévité des arbres et harmonie du verger.
Les facteurs qui déterminent la densité de plantation sont nombreux :
- Le porte-greffe : c’est le facteur n°1. Respectez toujours l’espacement optimal, pas le minimum.
- Le mode de conduite : axe ou fuseau pour un verger productif, formes libres pour une approche paysagère.
- Vos objectifs de production : diversité et étalement des récoltes pour un verger familial, ou rendement maximal sur quelques variétés pour un verger professionnel.
- Le temps disponible pour l'entretien : un verger bien espacé facilite le passage des outils et la circulation.
Beaucoup de jardiniers plantent à 3-4 m en se disant « tant pis, je taillerai ». Mais la taille ne résout pas la concurrence racinaire. Résultat : des arbres qui végètent et des récoltes décevantes. Un Bittenfelder planté à côté d’un M26, c’est la garantie que le M26 sera étouffé. Les arbres vigoureux dominent toujours. Un pommier sur M111 fait 1 m de large la première année, mais 4-5 m au bout de 10 ans. Beaucoup de gens plantent en fonction de la taille actuelle, pas de la taille future.
Spécificités des Arbres Fruitiers Nains
Les arbres fruitiers nains offrent de multiples avantages, dont notamment une taille réduite qui leur permet d’être plantés n’importe où, même sur un espace réduit sur une terrasse ou un balcon. La production fruitière sera à hauteur de vos espérances ! Il existe bon nombre de variétés d’arbres fruitiers nains :
- Le cerisier nain : Selon les variétés, il ne dépasse guère 1,5 m de hauteur à l’âge adulte. La culture en pot est possible.
- Les pêchers nains : Ils portent les noms de Bonanza ou encore Suncrest et peuvent être cultivés en pot sur le balcon ou la terrasse.
- Le pommier nain : Encore appelé « mini-pommier », cet arbre fruitier miniature résulte du greffage d’une variété classique sur un porte-greffe.
- Le poirier miniature : Un petit arbre qui donne de gros fruits, spécialement adapté à la culture en pot pour balcons, terrasses et petits jardins.
Chaque arbre fruitier nain a ses propres besoins en termes d’engrais, de taille et d’entretien en général. D’une manière générale, un peu de fumure organique en automne fait le plus grand bien aux arbres fruitiers nains cultivés en pleine terre. Le rempotage des arbres fruitiers nains s’effectue tous les 2 ou 3 ans, en choisissant un contenant de plus grande taille. Il faut savoir que la taille du pot conditionne le développement final de l’arbre. Certaines variétés d’arbres fruitiers nains sont gourmandes en eau. Ainsi, il faut veiller à ce que la terre ne dessèche jamais et, au moment de l’arrosage, éviter d’inonder la plante. Le rendement des arbres fruitiers nains est fonction de nombreux facteurs, dont la variété cultivée, bien évidemment, mais également la région et son climat, la nature du sol, l’exposition et l’entretien apporté aux plantes.
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