La gestion des cultures, qu'il s'agisse de céréales d'hiver ou de maïs, s'inscrit dans un contexte où les références habituelles sont bousculées. Le prix des intrants est à la hausse, le prix des grains fluctue et se situe à des sommets historiquement haut. Face à ces incertitudes, la compréhension fine des facteurs influençant le rendement devient capitale pour assurer la pérennité des exploitations. Dans le Tarn, comme ailleurs, la saison récente a été marquée par une météo excessivement pluvieuse et des chantiers retardés, illustrant la nécessité d'une approche agronomique rigoureuse pour stabiliser la production.

La génétique et le potentiel de rendement
La génétique Maïzex offre un rendement supérieur et de premier plan dans tous les zones de maturité tel que le MZ 1544DBR (116), MZ 2982DBR (113), MZ 3505DBR (108) et finalement MZ 3930 en version SMX (108). Cependant, le choix de la variété ne peut être dissocié de la densité de semis. Un taux trop élevé ou trop faible peut nuire à votre rendement et votre rentabilité. Un facteur à considérer et qui n’est pas inclut dans cette équation est la masse du grain ou le poids aux mille grains. En terme clair, un grain avec un poids par grain plus élevée nécessite moins de grain par épi pour produire le même rendement. Attention, ici je ne parle pas de poids spécifique (kg/hl) qui réfère à un poids par volume. Le but étant de récolté le plus de grains à l’acre.
Nos résultats de recherche sur la caractérisation de nos hybrides vont vous permettre d’y voir plus clair. Nous avons évalué trois groupes de maturité dans leurs zones respectives pour un total de 20 hybrides. En analysant le groupe d’hybride de maturité hâtive (2050 UTM à 2450 UTM), le rendement maximal est atteint lorsque la population finale est de 36 000 plants/acre. Cependant, le revenu optimal est atteint à une population finale de 32 000 plants/acre. La profitabilité plafonne et forme un plateau à 32 000 plants/acre. Le groupe de maturité (2600 UTM - 2850 UTM) a démontré peu de réponse à la population. L’écart de rendement n’est que de 3 % selon la population. Les populations de 28 000 et de 36 000 plants à l’acre ont diminué le revenu de 3 % et 2 % respectivement. En ce qui concerne le groupe d’hybride de maturité tardive (2875 UTM - 2975 UTM), le rendement maximum et la profitabilité optimum est aussi atteint à une population de 32 000 plants à l’acre finale. La population finale de 28 000 plants à l’acre a permis d’obtenir 93 % du rendement et réduit le revenu de 8 %.
Précision du semis et efficacité d’implantation
La réponse dépend de l’efficacité du semis. En conclusion, le taux de semis optimale dépend de votre taux d’efficacité lors du semis. Des essais grandeur nature menés chez les agriculteurs montrent une augmentation de 15 % de rendement en maïs avec l’utilisation du semis de précision. Ces tests ont été mis en place dans le Loiret, à Villemoutiers, sur une parcelle expérimentale de 2,5 hectares par PTx, la branche technologique d’Agco, avec des semoirs classiques et d’autres équipés par Precision Planting. L’objectif était de mesurer l’impact de ces réglages sur la qualité d’implantation, notamment le placement de la graine et l’homogénéité de la levée.
Au final, les rendements mesurés s’échelonnent d’environ 158 à 190 q/ha, avec une moyenne proche de 177 q/ha. L’écart entre les différentes modalités dépasse 30 q/ha. « Concrètement, les réglages du semoir et des modalités d’implantation ainsi que la fertilisation au semis, sur la même parcelle, ont permis de réaliser jusqu’à 15 % de rendement supplémentaire », souligne PTx. Le suivi des plants a permis de confirmer l’importance de la levée sur le rendement final. Un semis est réussi lorsque la levée est homogène et que toutes les plantes se développent en même temps sans se concurrencer entre elles. Un écart d’une feuille de stade sur le développement du maïs entraine jusqu’à 20 % de perte de rendement. Régularité de profondeur et d’écartement sont gages d’un semis réussi.
MAÏS Réglage semoir 2023
Pour y parvenir, un semoir bien réglé et en bon état est indispensable. Les socs ou les pointes sillonneuses ne doivent pas présenter de signe d’usure excessive. Ils garantissent la formation d’un sillon en forme de V dans lequel la graine reste bien en place. Des socs usés forment des sillons plus évasés pouvant entrainer des irrégularités de profondeur et d’écartement sur la ligne de semis. Enfin, pour déposer la graine de manière régulière sur le rang et à une profondeur constante, la vitesse d’avancement doit être comprise entre 4 et 6 km/h. Il est indispensable de contrôler régulièrement le résultat en mesurant la distance entre les graines dans le sillon. Cela assure la bonne densité de semis, autre paramètre important.
Stratégies agronomiques en conditions réelles
Le maïs est une plante de jour long, elle a besoin de beaucoup de lumière pour assurer son cycle de développement jusqu’à maturité complète. En le semant tôt, le maïs a toutes les chances de bénéficier d’un maximum de soleil. Une bonne préparation de sol évite au maximum le tassement en profondeur. Les racines doivent pouvoir se développer rapidement pour faire face à un éventuel stress thermique et hydrique en mai ou en juin et prendre le relais des réserves du grain. En semis précoce, la température du sol peut être légèrement inférieure à la recommandation (10°C) avec une minéralisation encore en sommeil. L’apport d’une partie de la fumure sous forme d’engrais à effet «starter» fournit directement les éléments nécessaires à la bonne croissance de son système racinaire.
Dans le Tarn, la gestion des céréales d'hiver a été tout aussi complexe. “L’année en blé tendre est correcte. On est souvent entre 55 et 60 quintaux à l’hectare, avec des écarts allant de 40 à 90 quintaux, indique Ghislain Perdrieux. La météo a eu un fort impact, avec des excès d’eau qui expliquent en partie les écarts de rendement, des gelées tardives et une douceur hivernale qui a été favorable au développement de viroses sur blé.” Le poids spécifique s’est dégradé au fil des épisodes pluvieux. Il se situait à plus de 80 en début de moissons pour régresser progressivement vers 72-74. Il faut noter aussi que les cultures ont bénéficié d’excellentes conditions de remplissage fin avril début mai, ce qui a permis de compenser un nombre d’épis par mètre carré faible.
Défis sanitaires et perspectives d'avenir
Le risque de développement de mycotoxines s’accroit avec les conditions humides et l’absence de froid. D’après les analyses compilées par l’observatoire des mycotoxines, les ensilages de maïs 2024 ont une teneur en mycotoxines moins forte qu’en 2023, mais nettement plus importante qu’en 2022. Pour rappel, les mycotoxines DON et NIV impactent les résultats de production, l’efficacité alimentaire et l’immunité. Tandis que ZEA pénalise la reproduction.
Face à ces menaces, plusieurs FDSEA d’Occitanie dont la FDSEA du Tarn vont interpeller les Pouvoirs Publics sur la nécessité de défendre, et obtenir, l’utilisation d’un enrobage de semence qui permettrait d’alléger les traitements par pulvérisations mais également demander une dérogation, sur céréales, à l’utilisation de certaines matières actives autorisées et efficaces sur d’autres cultures. En effet depuis le retrait de la molécule d’imidaclopride, les problématiques sanitaires, notamment les pieds chétifs et la jaunisse nanissante dues aux attaques de pucerons et de cicadelles, deviennent très inquiétantes sur les céréales. Maxime Raynal, président de la section grandes cultures de la FDSEA81, souligne : “Les disparités sont nombreuses en fonction des zones du département. La météo a joué un rôle important cette saison. Les excès d’eau du printemps ont eu un impact sur les rendements et la qualité. La récolte a aussi été compliquée, avec notamment des travaux retardés.”

L’expérimentation agronomique reste la clé pour naviguer dans ces incertitudes. Les essais de 2025, menés sur des sols limono-argileux lourds et hétérogènes, seront renouvelés en 2026 sur des parcelles voisines avec des conditions différentes. En parallèle, un dispositif d’essai agronomique de grande ampleur sera lancé en 2026 à la Ferme du Bois d’UniLaSalle Beauvais dans l’Oise. Sur une surface de 3 hectares, plusieurs cultures seront cette fois étudiées : maïs mais aussi betterave, tournesol et colza. Ces initiatives visent à fournir des données consolidées pour adapter les pratiques aux changements climatiques et aux exigences de rentabilité croissantes des exploitations agricoles.