Le printemps est une période cruciale pour les jardiniers souhaitant assurer une production généreuse de légumes et de fleurs durant l'été et l'automne. Le repiquage, une étape essentielle dans le cycle de vie de nombreuses plantes, permet de donner aux jeunes pousses les meilleures chances de développement. Cependant, cette opération délicate doit être réalisée avec soin pour minimiser le stress des végétaux. Parallèlement à ces techniques culturales, l'évolution de l'équipement du fantassin à travers les âges offre une perspective fascinante sur l'adaptation aux défis du champ de bataille, soulignant l'importance d'optimiser les performances et de réduire la vulnérabilité, tout comme le jardinier cherche à maximiser le rendement de ses cultures.
L'importance du repiquage au printemps
Le repiquage est une opération qui concerne les graines qui ont été préalablement plantées en caissettes ou en godets. Plusieurs graines ont alors été intégrées dans un espace restreint et peu fertile. Une fois que les graines ont germé et que la racine primaire (ou radicule) des plantules s'est formée, ces dernières ne peuvent plus guère se développer dans le compost de semis ; elles ont besoin d'autres éléments nutritifs. Le terreau de semis ne convient plus pour la suite de leur développement. Certaines plantules sont prêtes à être repiquées dès le mois de mars afin de continuer leur développement dans les meilleures conditions.

Le repiquage génère un certain stress pour les végétaux, il est donc préférable de le réaliser par temps frais et humide pour faciliter la reprise de la croissance. Il est également important de ne pas arroser excessivement les plants repiqués, car ils pourraient pourrir. Pour contrer ce risque, il est conseillé de mélanger à l'eau d'arrosage un fongicide naturel à base de cuivre et de vaporiser la solution sur les jeunes plants et sur le compost, mais en quantité modérée de manière à ne pas le détremper.
Quelles plantes nécessitent un repiquage ?
Certaines cultures nécessitent systématiquement un repiquage. C'est notamment le cas des plantes tropicales comme les tomates, les aubergines, ainsi que pour certaines plantes tempérées au développement lent au début de leur cycle (choux, salades, poireaux). Pour d'autres, cette opération est facultative (courges, courgettes, épinards, haricots, betteraves). L'expérience montre que même des cultures comme les carottes et les panais, traditionnellement semées en place, peuvent bénéficier d'un protocole de production en plants séparés.

En plus, face aux conditions météorologiques imprévisibles, comme celles du début du printemps 2020 où le maintien d'une humidité suffisante pour la levée des semis et leur survie post-semis est problématique, élever des plants est une solution incontournable.
Techniques de repiquage : Du semis au contenant définitif
De nombreuses techniques sont envisageables pour élever des plants avant leur repiquage : caissettes, mini-mottes, godets.
Le moment idéal pour repiquer
Les plantules présentent trois vraies feuilles ? C'est souvent le signe qu'elles sont prêtes pour le repiquage. La bonne profondeur pour le repiquage est généralement jusqu'au collet (à la naissance des deux premières feuilles). Signalons quelques exceptions : concernant les semis de tomates à repiquer, il faut enterrer les premières feuilles également afin de favoriser le développement racinaire. Elles formeront ainsi assez vite de nouvelles racines.
Prélever les plants avec délicatesse
Que ce soit en barquette ou en terrine, il faut prélever le ou les plants le plus délicatement possible à l'aide d'une fourchette, en prenant soin de ne pas endommager les racines. Si les semis sont en godet, il convient d'exercer une légère pression sur le godet à plusieurs reprises pour en faciliter le démoulage. Si vous avez semé dans des pastilles de coco, le repiquage sera grandement facilité, puisque ce contenant est biodégradable et peut être conservé lors du transvasement.

Vous pouvez réaliser une sélection naturelle et ne conserver que les plus beaux plants.
Le choix du terreau et du contenant
Le terreau doit être riche en matière organique, ni trop humifère ni trop acide. Trop riche en éléments fertilisants, il pourrait occasionner des brûlures. Pour le repiquage en godet, il est recommandé de transplanter dans un godet contenant partiellement de la terre dans le fond. On positionne le plant au centre puis on ajoute de la terre tout autour et on tasse légèrement. Les godets en plastique sont très pratiques. Les godets en tourbe, eux, se plantent directement en pleine terre. Placez vos godets à la lumière et à une température de 20°C.
Transplanter à l'emplacement de culture
Pour la transplantation à l'emplacement de culture, il faut creuser un petit trou et y déposer ensuite le plant avec la motte de terre. Il est ensuite important de placer le godet en situation ombragée pour que le plant puisse se remettre de cette opération. L'endurcissement des plants commence, d'une façon générale, trois à quatre semaines avant la plantation ; tout dépend de la robustesse des plantes, de la date de la récolte, de la menace de gelées tardives et, bien entendu, du climat.
POIREAUX : SEMIS et REPIQUAGE pour préparer de beaux plants
Commencez par les traiter de la même manière que des plantes à cultiver sous abri-vitré, c'est-à-dire en les déplaçant progressivement vers l'endroit le plus frais de la serre, puis mettez-les dehors, sous châssis. Par la suite, vous pourrez ajouter un engrais liquide équilibré et faiblement dosé, que vous vaporiserez sur le feuillage avec l'eau d'arrosage. N pour l'azote, cet élément nutritif contribue au développement végétatif de toutes les parties aériennes de la plante.
Prévenir les maladies : La fonte des semis
La maladie « la fonte des semis », causée par différents champignons, s'attaque soit aux graines qui ne vont pas germer, soit aux jeunes plantules qui vont brunir, s'affaisser puis pourrir. L'humidité du terreau est le principal facteur de risque car il permet le développement des champignons potentiellement présents dans l'enveloppe des graines ou dans le terreau. Un bon drainage et une aération adéquate sont donc essentiels.
Les cultures associées et la permaculture pour une abondance optimale
La méthode des « cultures associées » consiste à cultiver ensemble des plantes qui ont des influences positives les unes sur les autres, que ce soit parce que leurs besoins fondamentaux se complètent (type de sol, besoin en nutriments, systèmes racinaires, etc.) ou que les composés chimiques qu’elles émettent repoussent certains ravageurs ou maladies. Cette méthode de culture naturelle, qui a vu le jour en Allemagne, a fait ses preuves depuis de nombreuses années. Sur quelques mètres carrés, il est possible d'obtenir une super abondance en faisant pousser légumes, petits fruits, fleurs comestibles, etc. Toutes les associations présentées dans ce livre sont illustrées aux moments clés de leur culture, permettant de visualiser facilement les écartements, successions et périodes d’intervention essentielles.

L'équipement du fantassin : une analogie de l'optimisation et de l'adaptation
L'optimisation des performances dans l'agriculture, notamment à travers le repiquage et les cultures associées, trouve un écho surprenant dans l'évolution historique de l'équipement du fantassin. L'augmentation du soldat ne constitue pas un phénomène récent. En illustrant les permanences et ruptures qui caractérisent la silhouette du fantassin occidental entre le XVIIIe siècle et la Seconde Guerre mondiale, cette étude se propose d'analyser la réflexion et la méthodologie mises en place par les forces armées afin d'adapter et préparer leur infanterie aux défis du champ de bataille. Dans les Notes sur l’art de la guerre, Napoléon définit l’équipement individuel comme l’ensemble du matériel fourni au soldat et strictement nécessaire à l’accomplissement de ses missions ainsi qu’à la satisfaction de ses besoins journaliers.
L'Antiquité : La légèreté et la polyvalence du légionnaire romain
Dans l’Antiquité, les armées combattaient le plus souvent à pied (hoplites grecs, fantassins égyptiens, etc.). Le légionnaire demeure le soldat-type de l’Antiquité. Son équipement était conçu pour la mobilité et l'efficacité au combat. Il portait un bouclier, le clipeus en bois recouvert de cuir de bœuf ou de bronze, ou un bouclier plat et ovale. Son arsenal offensif comprenait le pelum (un javelot) haut de 6 pieds (1m77) et le glaive (le gladius), une épée courte d'approximativement 60 à 90 cm de longueur totale, de 4 à 7 cm de large et d'environ 0,6 à 1,5 kg, utilisée par les légionnaires romains à partir du IIIe siècle av. J.-C.

Pour ses besoins quotidiens, chaque soldat portait un outil, une hotte, forte corbeille d'osier, attachée aux épaules grâce à deux lanières de cuir et reposant sur la région lombaire. Le soldat portait soit le menstruum, soit le demi-menstruum de blé. Le menstruum est un sac d'environ 24 kg. Ce blé était renfermé dans un folliculus, sac de cuir attaché à l'extrémité d'un long bâton de voyageur appelé aerumnule auquel étaient fixés les ustensiles. Un casque en métal en airain, un récipient à sel, le salarium (à l'origine du mot salaire), complétaient son équipement. Le tout pesait de 50 à 62 kg selon que l'on portait le demi ou le menstruum entier. Un véritable fardeau qu'il fallait porter sur l'épaule au moins trente kilomètres par jour. Les performances du légionnaire romain sont effectivement fascinantes : 40 km par jour avec un chargement d’environ 50 kg ! L’habillement du soldat romain entre pour 8 % dans ce poids, son armement et l’outillage pour 44 %, les vivres et ustensiles pour 48 %.
Le Moyen Âge : Le déclin de l'infanterie et la diversité des armes
Mais l'infanterie ne joua qu'un rôle secondaire à l'époque féodale, les combats essentiels se déroulant entre chevaliers. Les combattants à pied ne servant que de soutien aux cavaliers, leur équipement était souvent négligé. Les armes défensives étaient sommaires (petit bouclier et protection corporelle à l'aide de brigandine ou de vêtements de cuir, très peu d'armures métalliques avant le XIVe siècle). Quant aux armes offensives, elles étaient hétéroclites : les hommes utilisaient des piques, des vouges, des faucharts, des haches d'armes, des guisarmes, plus tard, dans les derniers siècles du Moyen Âge, des pertuisanes et des hallebardes. Les archers (suivis des arbalétriers, apparus au XIIe siècle) prirent progressivement de l'importance, pour devenir primordiaux dans les grandes batailles de la Guerre de Cent Ans.

L'époque moderne et les guerres napoléoniennes : Uniformité et rationalisation
L'apparition, puis le développement de l'artillerie modifièrent considérablement la situation. Puis, lorsque les armées furent dotées d'armes à feu individuelles en grand nombre, alors l'importance de l'infanterie redevint prépondérante. L'avènement d'une administration de la guerre à l'époque moderne impose l'uniformité à travers une réglementation de l'équipement individuel de plus en plus précise. Le fantassin des guerres de la Révolution et de l'Empire était vêtu d'un ensemble comprenant un habit-veste, une chemise, une veste, un pantalon-culotte, des souliers, une paire de guêtres, une coiffure souple et une capote.
Le fusil modèle 1715 pèse environ 4 kg 300 et mesure 1m60. Le fusil d’infanterie de 1777 est un fusil à silex à un coup, à chargement par la bouche et à canon lisse. Il mesure 1,52 m et pèse 4,6 kg. L'épée, d'abord portée par les grenadiers, est ensuite adoptée par tous les fantassins, ainsi que la baïonnette à douille dès la fin du XVIIe siècle. La buffleterie, terme désignant tout ce qui dans l'équipement du soldat était confectionné dans de la peau de buffle ou de bœuf, en particulier les courroies pour porter les armes, reposait sur les épaules et était disposée en croix sur la poitrine.

La giberne, un sac de cuir rigide porté en bandoulière, conservait les cartouches et les outils nécessaires à l’entretien de l’arme. Par une ordonnance de 1747, le nom de demi-giberne fut imposé, une poche en cuir de vache rouge ou noir pour 20 cartouches. En 1747, le havresac fut rendu réglementaire par le Marquis d’Argenson. Il fut étudié de façon à en rendre le port plus facile que la vieille besace. À partir de 1751, il fut normalisé en un grand sac de toile forte, long de 4 pieds (environ 1m20) et large de 2 pieds 6 pouces (environ 80 cm), aux coins arrondis. L'ordonnance du 21 mars 1768 rendit officielle l'expression francisée de HAVRESAC. Initialement, il est porté en carnassière et repose sur le bas des reins dans la région lombaire. Mais il évolue sous la forme d’un sac dorsal rigide moins confortable et les règlements interdisent sa mise à terre durant les phases de combat.
Les vivres et les boissons, conditionnés dans une musette et un bidon, étaient également portés en sautoir. Le pain, fourni par les munitionnaires, était de 3 livres pour deux jours, et devait comprendre 2/3 de froment et 1/3 de seigle. Le soldat ne portait généralement qu'un pain dans sa besace. La ration ordinaire se composait de « 24 onces » (environ 720 grammes) de pain cuit plus ou moins gris et souvent rassis. Chaque fantassin avait droit à une pinte de vin, de cidre ou de bière selon la région.
En 1778, sous Louis XVI, les compagnies de soldats furent dotées de tentes (une tente pour 8 accompagnée de 2 grandes couvertures) et un petit bidon fut distribué à chaque homme. Le comte de Saint-Germain, ministre de la guerre, n’osa pas, en 1776, supprimer complètement l’usage de la poudre pour la coiffure, mais on modifia néanmoins la façon de la porter. Avec l’expérience, on se rendit compte de l’inutilité du sabre vu la présence de la baïonnette.
Les choix qui ont présidé à l'évolution de ces effets et matériels, visent à augmenter le fantassin, c'est-à-dire à optimiser ses performances et réduire sa vulnérabilité en réalisant un compromis entre mobilité, protection et autonomie. Ce compromis est lui-même soumis aux progrès technologiques, aux mutations du combat, aux contraintes de production, aux orientations budgétaires, ainsi qu'à la prise en compte des forces morales des combattants à travers leurs retours d'expérience. Dès la seconde moitié du XVIIIe siècle, les commissions mettent à profit les progrès de la médecine militaire en testant les nouveaux effets et matériels sur des sujets de différentes morphologies. Cette démarche encore empirique laisse place à une véritable approche scientifique dans la seconde moitié du XIXe siècle grâce au développement de l'hygiène militaire et à une analyse comparative systématique des équipements en dotation dans les différentes armées européennes. Dès les premiers temps, ces travaux visent à contenir le poids global de l'équipement. La coupe des effets et la répartition des équipements doivent s'adapter aux postures mobile ou statique du fantassin. Il s'agit avant tout de favoriser le mécanisme de la marche, de limiter les efforts musculaires en rapprochant le centre de gravité de la charge de celui du corps et en évitant d'entraver les mouvements d'ampliation de la poitrine ou de comprimer l'abdomen et les gros vaisseaux. Les effets doivent également offrir une protection efficace contre le froid et l'humidité, plus particulièrement au niveau des membres inférieurs, des poumons, des bronches, du cou et de la tête.
Le fantassin français de l'Empire emporte un chargement contenu à 29 kg où l'habillement et le grand équipement entrent pour 24 %, l'armement pour 36 %, les rations et le matériel de bivouac pour 40 %.
Le XIXe siècle : L'augmentation constante du poids et la recherche de solutions
Après 1815 et jusqu'à la Première Guerre mondiale, les principales évolutions de l'équipement sont dictées par les retours d'expérience des opérations conduites outre-mer, ainsi que les expérimentations conduites par des formations d'élite comme le corps des Chasseurs à pieds en France. La modernisation de l'armement, notamment l'adoption du canon rayé, de la cartouche métallique et du chargement par la culasse ainsi que les nouvelles formes de combat mises en évidence par les conflits du Transvaal (1880-1881 et 1899-1902) et de la Mandchourie (1904-1905) ont également un impact déterminant sur l'équipement individuel.
Le XIXe siècle est marqué par un net recul des performances du fantassin. Le fusilier des guerres de la Révolution et de l'Empire couvrait des étapes journalières de 20 à 30 kilomètres contre à peine 10 à 12 pour un fantassin français durant la campagne de 1859. Le problème fondamental demeure le poids global de l'équipement et sa répartition. La commission militaire française de 1861 fixe la charge maximale à 30 kg en se fondant sur l’idéal du légionnaire romain du Haut-Empire.
Après la guerre franco-prussienne, la charge moyenne du fantassin européen ne cesse d'augmenter, passant de 26 à 30 kg dans les dernières années du XIXe siècle, soit environ 50 % de son propre poids. Le grand équipement qui occupe désormais une part prépondérante dans la charge globale, subit des modifications importantes entre les années 1840 et 1890. Il comprend désormais un ceinturon à l'avant duquel sont disposées des poches à cartouches souples qui remplacent la giberne rendue inutile par le conditionnement des munitions. Leur poids est réparti au moyen de sanglons puis de bretelles de suspension et s'équilibre avec celui du paquetage distribué sur le pourtour du ceinturon, dans la musette et le havresac.
En 1914, la majorité des armées disposent d'un grand équipement hétéroclite en cuir et forte toile modifié par touches successives. Pour le fantassin français, cela se traduit par une collection d'équipements adoptée sur soixante ans entre 1845 et 1905. Les conséquences sont désastreuses : le déséquipement partiel ou complet s'avère laborieux, son port interdit le tir couché, il génère également des douleurs dans la région cervicale et coupe la circulation du sang. L'objectif est alors de limiter le chargement au tiers du poids du fantassin et de pouvoir le décliner en un paquetage d'assaut limité à 4 kg avec une configuration qui optimise le confort de marche et l'accomplissement des actes réflexes sous le feu ennemi.
Entre 1907 et 1908, l'armée française teste, sans les retenir, les équipements Aubry et Mills-Bruzon qui répondent parfaitement à ce cahier des charges. Ces derniers offrent une parenté évidente avec le 1908 Pattern Web Infantry Equipment conçu par le major Burrows pour les forces britanniques. Confectionné en coton filé, il est d'un entretien aisé et sa configuration permet un déséquipement complet en dégrafant simplement le ceinturon. Il peut également être décliné en deux configurations, marche et combat. La première avec un sac-valise reposant sur la région lombaire et un havresac contenant le paquetage d'assaut sur le flanc gauche ; dans la seconde, le fantassin conserve uniquement le havresac porté en sac dorsal. L'infanterie russe opte en 1910 pour un sac souple porté en sautoir, reposant au choix sur la hanche ou la région lombaire et qui contient les effets, les différents nécessaires ainsi qu'un complément de munitions. Le paquetage et le matériel de campement sont, quant à eux, roulés dans la capote également portée en sautoir.
Les forces armées entreprennent également d'optimiser l'autonomie du fantassin en première ligne en étudiant sa dotation en vivres, en matériel de bivouac et en équipement technique. L'évolution exclusive du havresac nécessite d'introduire dans la dotation une couverture, éventuellement un sac à dormir et une tente-abri à laquelle on s'efforce de procurer une certaine modularité.
Jusqu'aux années 1830, le fantassin reçoit quatre jours de rations, mais les contraintes liées aux opérations outre-mer nécessitent parfois de doubler cette dotation, alors que le fantassin métropolitain de 1914 voit sa dotation revenir à une ration classique de quatre jours. Au cantonnement, le soldat français reçoit une ration normale remplacée par une forte pour les périodes de combat et complétée par une ration de réserve, consommée sur ordre en cas de déficience du ravitaillement. Les rations normale et forte, constituées de vivres frais, ne diffèrent que dans leurs proportions. Elles comportent du pain, de la viande, du lard, des légumes secs, du riz, du café et du vin, représentant plus de 3 600 calories pour la ration forte.
Les ustensiles destinés à la préparation des aliments, réalisés en fer battu étamé, s'avèrent résistants mais particulièrement pesants, aussi privilégie-t-on une dotation collective au niveau de l'unité élémentaire. Les limites de cette solution sont évidentes : le groupe est pénalisé en cas de défaillance ou de perte d'un seul de ses membres. Suivant l'exemple des forces allemandes, britanniques et russes, la majorité des armées européennes s'oriente après 1870 vers l'adoption d'un nécessaire individuel. Diverses solutions innovantes sont envisagées : gamelle individuelle de type norvégienne afin d'achever la cuisson des aliments durant les phases de déplacement, usinage en aluminium pour réduire le poids, etc. En France, le système de l'intendant Bouthéon, adopté en 1887, remplace brièvement la gamelle individuelle modèle 1852 et la classique dotation collective.
La dotation en équipements techniques suit une évolution assez similaire. Dès le XVIIIe siècle l'unité élémentaire d'infanterie reçoit une dotation collective en outils de terrassement (pelles, pioches, etc.) et de destruction (haches, scies, serpes, etc.) afin de réduire sa dépendance à l'égard des sapeurs et réaliser par elle-même des aménagements d'itinéraires ou des retranchements. Mais la guerre russo-turque de 1877-1878 démontre la nécessité d'un nouvel équipement technique, un outil individuel robuste, maniable et de dimensions réduites permettant d'élever rapidement des retranchements sommaires sous le feu de l'ennemi. La pelle-bêche brevetée par le capitaine Linnemann en 1869 répond parfaitement à ce programme. Après la guerre russo-japonaise, les comités techniques étudient des outils universels démontables conjuguant des capacités de fouissement et de coupe. Mais ils s'avèrent totalement incompatibles avec une utilisation opérationnelle qui doit combiner la facilité de la mise en œuvre et un entretien aisé.
La Première Guerre mondiale : De l'inefficacité à l'innovation rapide
Sur le plan de l'habillement, la capote, principal effet vestimentaire après 1815, est désormais réservée au bivouac ou aux saisons froides et supplantée pour la marche et le combat par la tunique puis la vareuse. La poudre sans fumée rend également inutile le port de tenues aux teintes distinctives ; il s'agit désormais de se fondre dans l'environnement du champ de bataille. Les teintes neutres, jusqu'alors apanage des troupes légères et coloniales, sont généralisées à l'ensemble des forces. Le fantassin français se distingue en conservant une silhouette très proche de celle de 1870, et cela malgré les expérimentations concluantes menées entre 1898 et 1911. Le maintien de la coupe et des coloris traditionnels de l'uniforme français est motivé par des considérations budgétaires, idéologiques et doctrinales. La commission du Budget se prononce contre une coûteuse réforme générale de l'habillement, qui est également perçue comme un renoncement aux traditions militaires françaises et une atteinte aux forces morales des troupes en faussant leur perception du combat. Si l'armée française conserve la capote comme principal effet du fantassin durant tout le conflit, elle adopte néanmoins le drap bleu horizon en s'inspirant du drap tricolore étudié avant l'entrée en guerre. Cette solution d'urgence peu satisfaisante aboutit à une teinte salissante, visible et instable.

Les chaussants de la majorité des fantassins comportent deux paires de brodequins napolitains associées à une paire de jambières ou de guêtrons resserrée sur le pantalon pour préserver les jambes de l'humidité. Les coiffures disponibles lors de l'entrée en guerre s'avèrent inefficaces pour protéger la boîte crânienne des éclats et des shrapnels. Or, 77 % des blessés souffrent de lésions à la tête dont 88 % mortelles. Les belligérants lancent alors l'étude d'un casque métallique offrant une protection balistique du crâne, de la nuque, du haut du visage et dont l'ergonomie autorise le tir debout et couché. Les casques Adrian, Brodie et Stahlhelm sont conçus suivant deux approches différentes. Le modèle français est le fruit d'une réflexion pragmatique conduite par l'Intendance, privilégiant la légèreté, des matériaux et des technologies d'usinage éprouvés qui permettent une dotation massive dans les plus brefs délais. Les modèles allemand et britannique conçus par des ingénieurs et des chirurgiens sont réalisés d'un seul tenant par emboutissages successifs à partir d'une feuille d'alliage, une technologie innovante mais mal maîtrisée.
Les protections contre les agressifs chimiques relèvent également de deux démarches distinctes : les chimistes français privilégient l'efficacité de la solution neutralisante alors que l'Allemagne favorise la performance du support filtrant. Au printemps 1916, les soldats français reçoivent le M2, un appareil respiratoire polyvalent offrant une protection intégrale des voies respiratoires et des yeux contre la totalité des agressifs durant quatre heures. Il s'avère très supérieur au Gummimaske allemand, dont la cartouche filtrante interchangeable constitue néanmoins une avancée technologique majeure.
L'entre-deux-guerres et la Seconde Guerre mondiale : Le camouflage et l'adaptation à la guerre mécanisée
Dans les grandes lignes, les équipements des armées européennes de 1940 ont peu évolué depuis 1918. L'une des rares innovations concerne le camouflage. L'armée française avait acquis une certaine avance dans ce domaine durant la Première Guerre mondiale, mais limitait son usage aux matériels, aux positions, aux axes, etc. L'armée italienne introduit en 1929, le premier effet camouflé en dotation individuelle, la tela mimetizzata. Un carré bariolé percé d'une fente au centre et faisant fonction de tente-abri ou de vêtement de pluie. Ce système peu coûteux permet alors de réaliser un test à grande échelle sans remettre en cause les effets préexistants. L'exemple italien est suivi par l'armée allemande qui adopte la Zeltbahn en 1931. Suivant le même principe, il s'agit d'un triangle en coton d'Égypte doté de boutonnières et d'œillets qui peut faire fonction de tente-abri, de vêtement de pluie, de flotteur et servir au transport de blessés.

Mais parmi les différents belligérants, seule l'US Army conduit une réflexion de fond pour adapter l'équipement de son fantassin aux exigences de la guerre mécanisée. L'Office of the Quatermaster…