La culture de la betterave : du semis au repiquage, techniques et enjeux

La culture de la betterave, qu'elle soit fourragère, potagère ou sucrière, occupe une place centrale dans les systèmes agricoles et les jardins familiaux. Appartenant à la famille des Chénopodiacées, cette plante bisannuelle, Beta vulgaris, se décline en une multitude de variétés aux formes et couleurs variées. Si les betteraves fourragères regagnent du terrain chez les éleveurs, notamment grâce à leur productivité qui reste importante même en année sèche, leur culture exige une maîtrise technique précise, qu'il s'agisse de semis direct ou de repiquage.

Champ de betteraves fourragères en croissance

Les fondamentaux de la culture de la betterave

La betterave est une plante qui préfère les climats frais à modérément chauds et nécessite une exposition ensoleillée pour une croissance optimale. Pour réussir son implantation, le choix du sol est déterminant : comme la plupart des légumes racines, la betterave craint l'excès d'humidité. Il faudra donc lui préparer un sol léger, frais, profond et riche en humus. Idéalement implantée derrière une prairie ou en deuxième année après celle-ci, la betterave se comporte relativement bien.

Le travail du sol permet de détruire les adventices déjà présentes et de limiter l’échelonnement des levées si la préparation est finement réalisée. Il permet également de détruire les larves de tipules et de taupins. Une technique efficace consiste à réaliser une préparation de sol semblable à un lit de semences environ 15 jours avant la date prévue du semis. Les graines des mauvaises herbes se trouvant en conditions favorables suite au travail du sol vont germer. Les plantules seront ensuite détruites par un passage de herse rotative ou de herse étrille, certainement plus adaptée, juste avant le semis des betteraves.

Stratégies de semis : une étape clé

Le calendrier de semis est assez serré. Il faut savoir patienter pour attendre les conditions de ressuyage et de température du sol idéales, sans être trop tardif et risquer les conditions limitantes d’une fin de printemps trop sec. Pour pouvoir profiter au maximum de la betterave, vous pouvez échelonner les semis du mois de mars jusqu'au mois de juin. Au mois de mars, semez sur couche. Vous procéderez en pépinière pour le mois d'avril puis en place pour les mois de mai et juin.

Pour le semis en place, les graines sont déposées en poquets de 3-4 graines tous les 20 cm, à 2 cm de profondeur, sur des lignes distantes d'au moins 30 cm. La levée intervient au bout d'une semaine. Lorsque les premières vraies feuilles apparaissent, un seul plant par poquet est conservé. L'arrivée des semences monogermes (1 semence = 1 plantule) a fait grandement évolué la culture de betteraves, devenue totalement mécanisable du semis à l'auge.

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Le repiquage : une alternative pour sécuriser la production

Afin d’éviter l’enherbement par les adventices pendant la phase d’installation de la culture, le repiquage de plants présente un intérêt certain. Il permettrait de réduire le désherbage manuel à environ vingt heures par hectare. Le repiquage se fait à 5 feuilles ; coupez au préalable le bout des feuilles et des racines et pralinez ces dernières pour favoriser la reprise.

Il est également possible de repiquer des betteraves mi-mai, par exemple derrière un méteil. Celles-ci seront alors d'abord semées en pépinière. Les établissements Thomas Plants, à Ploubazlanec, ont mis en place une production de mini-mottes de betteraves. Pour produire ces mini-mottes, il a fallu s'adapter à une graine beaucoup plus grosse que celles habituellement travaillées. Le repiquage des jeunes plants permet d’étaler les plantations du 15 avril au 15 juin. Les densités de plantations les plus courantes sont de l’ordre de 40 000 plants par hectare et peuvent monter jusqu’à 70 000 plants par hectare. Déjà bien formé, le jeune plant reprend très vite et la couverture végétale se développe à vive allure.

Gestion de l'entretien et protection des cultures

La betterave n'aime pas avoir soif. Binage, sarclage voire arrosage le cas échéant, sont donc de rigueur tout au long de sa croissance. La gestion du désherbage peut s’effectuer par la chimie et/ou de façon mécanique par le binage, avec par exemple des outils qui renvoient de la terre sur le rang pour étouffer les plantules d’adventices, alors que la betterave va parvenir à surmonter de légers enfouissements.

La betterave peut être victime du mildiou, de la rouille ou de la cercosporiose, trois maladies qui s'attquent aux feuilles. En prévention, pulvérisez de la bouillie bordelaise. L'altise, le silphe et le puceron noir sont aussi friands des feuilles. Les racines quant à elles sont la cible du ver blanc. Le respect des « bonnes » pratiques culturales, comme les apports de fumure et compost, la rotation des cultures et l’arrosage, reste toujours un bon moyen de prévention contre les attaques d'insectes ou de maladies.

Schéma de rotation culturale intégrant la betterave

Valorisation nutritionnelle et intérêt économique

La betterave fourragère est la plante énergétique la plus productive en bio, bien qu'elle soit exigeante. Avec une matière sèche variant entre 15 et 22 %, la valeur UFL oscille de 1,12 à 1,15. Elle permet de diversifier la ration des vaches et d’apporter de l’énergie sous forme de sucres fermentescibles. Elle a l’avantage d’être peu encombrante et très appétente.

Cependant, elle peut s'avérer contraignante : distribution, conservation et salissement de l’auge. Il est déconseillé de ne pas dépasser 3 à 4 kg MS par vache/jour, car elle est très riche en sucres et a une faible teneur en cellulose. Si elle est distribuée en trop grandes quantités, le risque d’acidose devient important. Si l’on distribue environ 3 kg MS et que tous les équilibres nutritionnels de la ration sont respectés, il est possible d’augmenter le taux protéique et le taux butyreux, ce qui entraîne une plus-value du prix du lait.

La récolte et la conservation

La récolte démarre mi-juillet si vous avez semé en avril et s'étale au fur et à mesure des besoins jusqu'aux premières gelées. Pour les variétés de conservation, elles seront stockées en silo, après les avoir laissé ressuyer une journée sur place. Dans les terres bien meubles, tirez simplement à la base des fanes pour les extraire. Si la terre est un peu dure ou sèche, utilisez un outil comme une aérobêche pour les sortir sans les casser.

Récolter ses propres graines de betterave permet d’être autonome, mais également d’avoir des semences adaptées à ses conditions de culture et à son terroir. Toutes les variétés de betterave - potagère, fourragère, sucrière - peuvent s'hybrider entre elles. Le pollen de la betterave, très léger, peut voyager sur plus de 7 km selon le climat, la topographie et la température de l’air. Ainsi, pour conserver les caractéristiques propres à chaque variété, le plus simple consiste à cultiver seulement une variété de betterave ou de blette à la fois en porte-graines.

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