Tout savoir sur le repiquage et l'entretien d'un toit de chaume

Le chaume, comme le bois et la terre, est certainement l’un des plus anciens matériaux utilisés dans la construction. Le toit en chaume est un héritage issu d’une longue tradition remontant à l’Égypte ancienne, voire bien au-delà, à la Préhistoire. Le chaume a peu évolué avec la société. Il a été associé au monde rural et péjorativement à la société paysanne, « la maison du pauvre ». Aux yeux des plus modestes, le chaume présente de nombreux avantages. La polyvalence manuelle de ces travailleurs de la terre fait qu’ils trouvent et restituent ce matériau dans leur habitat dit « vernaculaire ». Chaque paysan était son propre chaumier et chaque chaumière a sa personnalité. Les relations entre les ressources locales, le climat et l’organisation fonctionnelle ont des incidences sur le développement des typologies de l’habitat paysan.

Illustration d'une chaumière traditionnelle dans son environnement rural

Les matériaux et les ressources naturelles

Le roseau vert, jeune pousse de l’année appelée « sagne verte » ou « sagne d’hiver », est utilisé comme fourrage pour les animaux et comme litière. Cette coupe existant depuis le Moyen-Âge tente à disparaître au profit de la coupe des roseaux d’automne, une fois les feuilles tombées. Avec 5 000 ha, les roselières de Camargue sont les plus vastes de France. Si la coupe du roseau s’effectue aujourd’hui essentiellement sur le roseau sec de mi-novembre (après les premières gelées) à fin mars, la coupe manuelle que l’on appelle localement « la sagne » est remplacée par une exploitation mécanique. Avec 2 000 ha coupés, et un million de bottes par an, la Camargue assure les trois quarts de la production française. Après avoir séché naturellement dans le marais, le roseau est trié et nettoyé. Lié en bottes, il finira son séchage dans les hangars fortement ventilés par le mistral.

Très vite, l’homme a su qu’il pouvait tirer parti du roseau. Mis en bottes compactes et fixé sur une charpente, le végétal est devenu plus qu’une toiture : une couverture chauffante, isolante et belle de surcroît. L'un des éléments déterminants de la qualité et de la longévité du toit en chaume vient de la sélection et du traitement de la matière première. On distingue trois types de matériaux principaux : la tige du roseau, la paille du blé ou celle du seigle.

Aujourd'hui, les producteurs de chaume sèment au début du mois d'octobre, mais ils coupent la tige du blé ou du seigle à la fin du mois de mai (ou au début du mois de juin), au moment où la fleur tombe, et avant que le grain se forme. Les gerbes sont transportées du champ vers un entrepôt où des ouvriers procèdent à un triage manuel. Les mauvaises herbes sont éliminées et les bonnes tiges sont peignées et regroupées pour former des bottes de paille dont le diamètre moyen est de 30-35cm, la hauteur est comprise entre 160 à 175 cm et le poids unitaire est de 7,5 kg. Le roseau est une plante aquatique qui pousse sur un sol argileux, tourbeux ou sablonneux. Il a besoin que ses racines soient toujours dans l'eau. Dans une exploitation agricole, les propriétaires patienteront jusqu'à l'apparition des pousses (au printemps) pour inonder les roselières.

Le savoir-faire des artisans chaumiers

Instinctivement, le briéron s’est fait chaumier, perché entre ciel et terre, couvrant, passée après passée la géométrie des toits. Il a peaufiné son art au point de l’élever au rang de méthode briéronne. Le nez en l’air, il s’est promené pour observer les toitures d’ailleurs : de Hollande -autre pays d’eau- et a ramené une autre façon de faire. Geste après geste, la maison se couvre de son manteau que lissent à la perfection les ultimes coups de fauchet, et que couronne un faîtage de terre et de tourbe étalé sur un grillage. Les artisans-chaumiers perpétuent la tradition du toit de chaume dont ils ont su moderniser les techniques.

Il existe plusieurs techniques de pose :

  • La technique à la poignée : technique traditionnelle qui consiste à poser le roseau par passées verticales d’environ 70 cm de large du bas vers le faîtage et généralement effectuée par un seul chaumier.
  • La technique à la barre : technique qui consiste à poser le roseau par passées horizontales successives du bas vers le faîtage et effectuée par un ou plusieurs chaumiers à la fois.
  • Le repiquage : technique traditionnelle spécifique au territoire de Brière, qui consiste à conserver dans la mesure du possible la couverture inférieure du chaume.

Le chaumier est un passionné qui aime son métier. On ne devient pas chaumier par hasard. Une rencontre, un héritage culturel, une aptitude particulière, de la patience, de la rigueur… En raison de tous ces éléments, la relation entre un propriétaire et un chaumier s’inscrit dans la durée. Il a fallu attendre l'année 2013 pour que naisse un diplôme qui sanctionne l'apprentissage spécifique du chaumier : le CQP Certificat de Qualification Professionnelle Couvreur Chaumier.

Jean-Étienne Brunier redonne vie aux toits de chaume

Maintenance : le repiquage de toiture

Un toit de chaume a une durée de vie de 25 à 40 ans. La durée de vie exacte dépend notamment de la qualité du chaume et des conditions auxquelles il est exposé. Pour améliorer l’apparence du toit et prolonger sa durée de vie, on peut le faire rénover. Le repiquage de toiture en chaume est une technique de maintenance vitale pour tout propriétaire de maison avec ce type de toiture. Ce processus non seulement renforce la durabilité mais aussi conserve l’esthétique de la toiture en chaume. Le repiquage implique l’ajout stratégique de nouveau chaume aux parties de la toiture qui en ont le plus besoin.

La méthode de travail en repiquage ne diffère pas du neuf, elle est en tout point identique si ce n'est que l'on pose une nouvelle couche de chaume sur l'ancienne existante. Au préalable, nous préparons l'ancien chaume en le nettoyant intégralement (grattage manuel, passage du taille-haie, démontage des derniers rangs de chaume pour refaire à neuf l'assise du faîtage, démontage des rives toujours refaites à neuve), cette opération nous permet d'obtenir une sous-couche saine, sèche et réduite à l'épaisseur désirée (en général 10 cm).

Les avantages du repiquage sont multiples :

  1. Il s'agit d'une couverture chaume neuve sans différence esthétique majeure, si ce n'est que le repiquage donne un aspect plus massif.
  2. La nouvelle couche bénéficie d'une excellente pente car les têtes de roseaux sont contraintes vers le haut par l'ancienne couche.
  3. L'isolation est réellement renforcée car l'épaisseur est plus importante, on atteint les 45/50 cm contre 30/35 cm en neuf classique.
  4. Le bâtiment est mieux protégé pendant la période d'intervention.

Autres techniques de rénovation

Outre le repiquage, d'autres approches permettent de maintenir une toiture :

  • Le remaniage : Cette technique commence par le nettoyage du toit. Ensuite, on pose du nouveau chaume là où le revêtement n’est plus tellement épais. Ceci dit, une épaisseur minimale de chaume doit être présente pour appliquer cette méthode. C'est une finition du repiquage qui requiert toujours une sous-couche d’au moins 10 cm d’épaisseur laissée sur le toit.
  • Le recouvrement : Il est possible de recouvrir le toit de chaume. On commence d’abord par le nettoyer et ensuite, un nouveau toit de chaume est placé au-dessus de l’ancien. L’avantage, c’est qu’il n’est pas nécessaire de détruire la sous-couche. Un toit de chaume rénové aura l’air tout neuf, permettant un prolongement de la durée de vie de 10 à 15 ans.

Schéma explicatif illustrant la coupe d'une toiture en chaume avec ses différentes couches

Réglementation et conformité

Tous les travaux de construction ou d'aménagement immobiliers doivent faire l'objet d'une autorisation administrative. C'est le cas des travaux portant sur une toiture dont l'aspect extérieur va être modifié. Pour obtenir leur autorisation, les propriétaires et les artisans constituent un dossier dans lequel figurent différents documents comme les plans et les mesures. S'il n'existe pas de DTU spécifiques à la réalisation d'un ouvrage, les Règles Professionnelles (RP) et quelques qualifications précises suffisent pour constituer un dossier. En l'absence de toute réglementation officielle, l'Association Nationale des Couvreurs Chaumiers (l'ANCC) a donc rédigé des recommandations techniques qui s'apparentent à des RP. Cela ne réduit pas l'importance de la réglementation locale qui fixe des normes complémentaires aux DTU. Chaque commune peut définir ses critères esthétiques concernant les formes, les matériaux ou les couleurs autorisés dans l'espace qu'elle réglemente.

Propriétés techniques et construction

Le chaume est un matériau qui est à la fois très isolant et très léger. Il ne pèse guère plus de 35 kg/m², ce qui permet de préserver la charpente durant de nombreuses décennies. Sauf si la charpente est très usée ou que les pentes ne sont pas assez longues ou pas assez prononcées. Ce qui est sûr, c'est que plus la pente est inclinée, plus l'eau de pluie est évacuée rapidement. Cela a un impact direct sur la longévité du toit ; si les eaux pluviales s'évacuent moins bien et moins vite, elles abîmeront le chaume. L'épaisseur du chaume est de 30 à 40 cm sur le toit. Quelle que soit la technique de pose du chaume sur la toiture, le sens est toujours de l'égout vers le faîtage. Quant à la tige, on positionne toujours le pied vers le bas et donc, la zone de la panicule vers le haut.

En France, un particulier n'a pas l'obligation d'ignifuger le chaume ou de poser un film anti-feu. Le chaume fait partie des matériaux inflammables dans des normes jugées normales. Une fois serré et rendu compact pour être posé sur le toit, le chaume est pratiquement incombustible, car les gerbes sont protégées et l'air ne peut pas s'infiltrer au coeur de la couverture. Toutefois, depuis quelques années, certains chaumiers optent pour la pose d'un panneau isolant spécial sur la charpente afin de renforcer l'isolation et la résistance au feu. On parle alors de toiture à construction fermée. Cette technique est vivement contestée par des professionnels du secteur.

Entretien et longévité

La durée de vie d'un toit de chaume de bonne qualité et bien entretenu est estimée à au moins 40 ans. Il sera impératif d'assurer la maintenance adéquate du toit. C'est donc à partir de la 7ème année qu'il faut commencer à programmer cette révision détaillée de l'état du chaume et procéder à la remise à neuf nécessaire :

  • Détecter et éliminer la mousse et les algues qui se sont formées.
  • Détecter les zones les plus dégarnies et procéder au remplacement des mottes.
  • Traiter le chaume en procédant à un nettoyage complet par grattage manuel.

Le démoussage, grattage ou « peignage » d’un toit de chaume se fait manuellement à l’aide d’une batte ou brosse spécifique. Il s’agit de retirer manuellement la mousse qui s’accumule sur la toiture de chaume, de manière à permettre au chaume de sécher. Si le chaume est une couverture durable et solide, il est très sensible à un entretien trop agressif. Pour ces mêmes raisons, ne faites jamais appel à un couvreur qui ne connait pas le chaume.

L'accumulation de mousse sur une couverture chaume peut à terme empêcher le chaume de sécher, et donc entraîner son pourrissement. Garantir l’étanchéité du toit : l’entretien permet également de renforcer les bottes de chaume. Une toiture chaume doit être bien serrée pour s’avérer parfaitement étanche et durable face à l’eau de pluie et aux intempéries. Le coût d’entretien d’un toit de chaume de 80 m2 sera donc situé entre 1440 et 2400 euros, et il faudra prévoir entre 1800 et 3000 euros pour l’entretien d’une couverture chaume de 100 m2. Le toit de chaume exige forcément une pente de toiture égale ou supérieure à 40°. À défaut, l’eau risque de ne pas s’évacuer correctement, ce qui nuirait à la durée de vie du chaume. La présence de nombreux arbres autour d’une maison à toit de chaume peut avoir tendance à réduire la durée de vie d’un toit de chaume, tout comme l'humidité, l'exposition au vent et les intempéries.

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